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Conservation et pluridisciplinarité : quelle place pour l’ethnologie ?

Conservation and pluridisciplinarity: what place for ethnology?

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Publié le mercredi 04 juillet 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Quel est, peut ou doit être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de protection et / ou de conservation de la biodiversité ? Quel peut être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de recherche (pluridisciplinaires) sur la biodiversité ? Que peuvent s’apporter, les biologistes, les écologues et les ethnologues, pour ne citer qu’eux, sur la connaissance des milieux et des interactions entre les sociétés et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre du numéro spécial de la revue ethnographiques.org à paraître à l'automne 2013.

Annonce

Argumentaire

Quel est, peut ou doit être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de protection et/ou de conservation de la biodiversité ? Quel peut être le rôle de l’ethnologue dans le cadre de programmes de recherche (pluridisciplinaires) sur la biodiversité ? Que peuvent s’apporter, les biologistes, les écologues et les ethnologues, pour ne citer qu’eux, sur la connaissance des milieux et des interactions entre les sociétés et leurs environnements ? Telles sont les questions que nous souhaitons poser dans le cadre de ce numéro spécial de la revue ethnographiques.org.

La communauté internationale, depuis le sommet de Rio en 1992, constatant et cherchant à freiner la perte de la biodiversité, a été amenée à remettre en question l’opposition conceptuelle entre nature et culture et à reconnaître la nécessité de prendre en compte les dimensions sociales de la biodiversité (Orlove et al, 1996 ; Maris, 2010 ; Roué, 2006 ; Blandin, 2009). La compréhension de la biodiversité, de ses dynamiques tant sociales que biologiques et des problèmes qu’elle pose est un enjeu majeur pour les politiques d’aménagement du développement durable mais aussi pour les recherches fondamentales et finalisées ; c’est plus particulièrement un objet de recherche privilégié pour les sciences sociales et notamment pour l’ethnologie. L’ethnologie remet en question l’universalité des catégories et représentations occidentales (telle l’opposition nature/culture par exemple, cf. Descola, 1986, 1996, 2006) et éclaire les constructions sociales de la nature ou plutôt des natures des sociétés qu’elle étudie (Guille-Escuret, 1989). Si elle s’intéresse aux sociétés dites traditionnelles et à leurs relations à leur environnement, elle s’intéresse également aux sociétés dites modernes, aux discours sur l’écologisme et aux présupposés culturels qui sous-tendent les pratiques de protection ou de conservation de la nature (Garine et Erikson, 2001). Elle aborde l’influence que peuvent avoir ces nouveaux discours sur les relations que les sociétés modernes mais aussi traditionnelles ont à leurs natures et sur les conflits et tensions qu’ils engendrent (conflits d’usages, de légitimité mais aussi phénomènes de différenciation sociale par exemple. Voir notamment Manceron et Roué, 2009). L’apport de l’ethnologie dans la compréhension des interactions sociétés / environnement et des dynamiques de la biodiversité est indéniable tant du point de vue des débats scientifiques que politiques. Pourtant les ethnologues restent minoritaires dans les équipes de recherche pluridisciplinaires ou dans les programmes de conservation de la biodiversité s’attachant à ces questions.

L’environnement, la biodiversité, la nature sont des domaines de recherche longtemps restés l’apanage des seules sciences de la vie (Welch-Devine et Campbell, 2010). Des programmes de recherche pluridisciplinaires existent, alliant sciences de la vie et de la société et cherchant à rendre compte de la complexité des phénomènes environnementaux et des systèmes socio-écologiques au travers d’approches holistes (Holling, 2001 ; Deconchat et al, 2007) — on peut citer, par exemple, les réseaux « Resilience Alliance » ou encore « Coupled Human and Natural Systems » (Berkes et Folkes, 1998 ; Liu et al., 2007). Néanmoins, les sciences sociales, et notamment l’ethnologie, sont encore très souvent considérées comme de simples appuis aux sciences écologiques (Mathevet, 2010) ou encore comme un faire-valoir lors de réponses à des appels d’offre pluridisciplinaires (Campbell, 2005) et la place qui leur est accordée devrait être redéfinie. Il existe, en outre, de profonds décalages entre ce que peut ou veut étudier l’ethnologue et ce qu’on attend de lui. Des spécialistes en sciences de la vie ou des décideurs politiques considèreront qu’il remet en cause les principes de la sauvegarde de la biodiversité en questionnant les nouveaux discours sur l’écologisme par exemple (Brosius, 2006). On attendra plutôt, au sein de certaines recherches finalisées, qu’il éduque les communautés locales et agissent en facilitateur dans le cadre de la mise en place des mesures environnementales, ce qui n’est pas son rôle. La rigueur de la méthode ethnographique peut également être remise en question, et les résultats qui en sont issus assimilés à de simples anecdotes du fait de la difficulté à les concevoir comme généralisables (Welch-Devine et Campbell, 2010). Ces éléments suggèrent des dissensions et une méconnaissance profondes, dans le cadre de programmes de recherches pluridisciplinaires, des méthodes et de l’approche anthropologique qui peuvent être dépassées via une explicitation de ses concepts, méthodes et objectifs (Deconchat et al, 2007 ; Sourdril et al, 2012) et via une réflexion en amont en ce qui concerne les règles, les moyens, les méthodes et les objectifs de la pluridisciplinarité (Jollivet, 1992 ; Scoones, 1999).

Dans ce contexte, l’objectif de ce numéro thématique est de proposer un aperçu des recherches actuelles en ethnologie touchant aux questions liées à la biodiversité et à sa conservation, recherches pouvant ou non être intégrées à des programmes pluridisciplinaires. A partir de pratiques concrètes de recherche, chaque article apportera des éléments de réponse concernant (1) les apports de la discipline à la compréhension des dynamiques sociales et des mécanismes de conservation de la biodiversité et (2) la place de la discipline au sein de programmes de recherche pluridisciplinaires appliqués à l’appréhension des phénomènes naturels. Les articles abordant la question des apports de la méthode ethnographique (collecte et analyse des données qualitatives, terrain long…) à ces thématiques sont les bienvenus. On s’intéressera également dans le cadre de recherches ethnologiques impliquées dans des programmes pluridisciplinaires aux influences des disciplines quant à leurs protocoles de recherche, leurs terrains, leurs méthodes, la collecte et l’analyse de leurs données.

Conditions de soumission

Les propositions de contribution (1 page maximum et la bibliographie) devront être rendues

au plus tard le 31 août 2012.

  • Un premier tri sera effectué sur la base de ces propositions.
  • Les articles devront être remis pour le 15 décembre 2012.
  • Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.

Les propositions devront être envoyées, avec la mention « BIODIVERSITES » comme objet du message, aux destinataires suivants : Anne Sourdril (asourdril@gmail.com / asourdril@u-paris10.fr) et Meredith Welch-Devine (mwdevine@uga.edu).

Coordination du numéro :

  • Anne Sourdril, chargée de Recherche CNRS affectée à l'UMR 7533 Ladyss et
  • Meredith Welch-Devine, Associate Director of the Center for Integrative Conservation à l'Université de Géorgie aux Etats-Unis.

Les comités de la revue

http://ethnographiques.org/Acteurs

Bibliographie indicative

  • Berkes Fikret et Folke Carl, 1998. Linking social and ecological systems : management practices and social mechanisms for building resilience. Cambridge UK, Cambridge University Press.
  • Blandin Patrick, 2009. De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité. Versailles, Editions Quae.
  • Brosius J. Peter, 2006. « Common ground betweenanthropology and conservation biology », Conservation biology, 20(3) : 683-685.
  • Campbell Lisa M., 2005. « Overcoming obstacles to interdisciplinary research », Conservation biology, 19(2) : 574-577.
  • Deconchat Marc, Gibon Annick, Cabanettes Alain, Du Bus De warnaffe Gaëtan, Hewison Mark, Garine Eric, Gavaland André, Lacombe Jean-Paul, Ladet Sylvie, Monteil Claude, Ouin Annie, Sarthou Jean-Pierre, Sourdril Anne & Balent Gérard, 2007. « How to set up a research framework to analyze social and ecological interactive processes in a rural landscape », Ecology & Society, 12(1) : 15 (en ligne). http://www.ecologyandsociety.org/vol12/iss1/art15/ (page consultée le 2 mai 2012).
  • Descola Philippe, 1986. La Nature domestique : symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar. Paris, Fondation Singer-Polignac et Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme.
  • Descola Philippe et Palsson Gisli, 1996. Nature and Society : Anthropological Perspectives. Londres, Routledge.
  • Descola Philippe, 2006. Par-delà nature et culture. Paris, Gallimard.
  • Garine Eric et Erikson Philippe, 2001. « Ecologie et sociétés », in Segalen Martine (dir.), Ethnologie, Concepts et aires culturelles. Paris, Armand Colin : 116-139.
  • Guille-Escuret Georges, 1989. Les sociétés et leur nature. Paris, Armand Colin.
  • Holling Crawford S., 2001. « Understanding the complexity of economic, ecological, and social systems », Ecosystems, 4 : 390-405.
  • Jollivet Marcel, 1992. « Pluridisciplinarité, interdisciplinarité et recherché finalisée ou des
  • rapports entre sciences, techniques et sociétés », in Jollivet Marcel (dir.), Sciences de la Nature, sciences de la société. Paris, CNRS Editions : 519-535.
  • Liu Jianguo, Dietz Thomas, carpenter Stephen R., Alberti Marina, Folke Carl, Moran Emilio, Pell Alice N., Deadman Peter, Kratz Timothy, Lubchenco Jane, Ostrom Elinor, Ouvang Zhiyun, Provencher William, Redman Charles L., Schneider Stephen H., Taylor William W., 2007. « Complexity of Coupled Human and Natural Systems », Science, 14 : 317 (5844) : 1513-1516.
  • Manceron Vanessa et Roue Marie, 2009. « Introduction », Ethnologie Française. Les animaux de la discorde, 39 (1) : 5-10.
  • Maris Virginie, 2010. Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril. Paris, Buchet-Chastel.
  • Mathevet Raphaël, 2010. « Peut-on faire de la biologie de la conservation sans les sciences de l’homme et de la société ? Etat des lieux », Natures, Sciences, Sociétés, 18 : 441-445.
  • Orlove Benjamin et BRUSH Stephen, 1996. « Anthropology and the conservation of biodiversity », Annual Review of Anthropology, 25 : 329-352.
  • Roue Marie, 2006. « Introduction : entre cultures et nature », Revue internationale des sciences sociales, 187(1) : 11-18.
  • Scoones Ian, 1999. « New ecology and the social sciences : what prospects for a fruitful engagement ? », Annual Review of Anthropology, 28 : 479-507.
  • Sourdril Anne, Andrieu Emilie, Cabanettes Alain, Elyakime Bernard et Ladet Sylvie, 2012. « How to Maintain Domesticity of Usages in Small Rural Forests ? Lessons from Forest Management Continuity through a French Case Study », Ecology & Society, 17 (2) : 6 (en ligne). http://www.ecologyandsociety.org/vol17/iss2/art6/ (page consultée le 2 mai 2012).
  • Welch-DEvine Meredith et Campbell Lisa, 2010. « Sorting out roles and defining divides : Social sciences at the World Conservation Congress », Conservation and Society, 8(4) : 339-348.

Dates

  • vendredi 31 août 2012

Mots-clés

  • biodiversité, nature, conservation, interactions sociétés / environnement, pluridisciplinarité, ethnologie, anthropologie

Contacts

  • Anne Sourdril
    courriel : asourdril [at] gmail [dot] com
  • Meredith Welch-Devine
    courriel : mwdevine [at] uga [dot] edu

URLS de référence

Source de l'information

  • Anne Soudril
    courriel : asourdril [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Biodiversité(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 juillet 2012, http://calenda.org/209164