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L’invention de la Méditerranée

The invention of the Mediterranean

Repères antiques et médiévaux, héritage renaissant

The landmarks of Antiquity and the Middle Ages - heritage and renaissance

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Publié le vendredi 19 octobre 2012 par Loïc Le Pape

Résumé

Lors de cette journée, suivie d’une table ronde, nous aborderons les rapports entre la construction de la Méditerranée et la manière dont cette contruction influe sur les destins humains, sur la vie sociale, politique et économique, sur l’écriture de l’histoire, sur la mémoire des temps révolus. Nous partirons de faits individuels ou de moments historiques qui peuvent nous éclairer sur l’appropriation mentale de la mer située au cœur du monde habité : quel rôle a joué la Méditerranée dans l’idéologie impériale et dans la stratégie de domination œcuménique ? Comment se forment et s’articulent les régions ? On s’intéressera aux traces matérielles qui peuvent refléter cette hégémonie : quels sont les signes des changements dans l’approche de la Méditerranée aux différents moments de l’Antiquité ?

Annonce

Présentation

La Méditerranée est un thème à la mode. La globalisation et l’approche postcolonialiste du monde en ont fait un sujet privilégié : corrupting sea, structure ou espace de connectivité ou de dissolution, la Méditerranée de Fernand Braudel est devenue le personnage de nombreuses histoires, sur la très longue durée. Les initiatives politiques récentes, liées au Processus de Barcelone - Union pour la Méditerranée, l’ont ramenée dans l’attention des rédacteurs de projets politiques, socioéconomiques et culturels, qui cherchent une légitimation du moderne dans la mémoire du passé. Pendant les derniers mois, la poussée du régionalisme et l’accentuation des conflits civilisationnels ont propulsé cette mer intercontinentale parmi les priorités des media. On s’interroge, une fois de plus, sur les enjeux de l’harmonisation, ou, au contraire, des désaccords qui pourraient marquer les pays riverains pendant les prochaines années. Au-delà des effets, on se demande comment penser cette mer et ses terres limitrophes.

L’idée de cette journée d’études part des exempla anciens et de leur pertinence dans les débats actuels. En effet, à la suite du livre de Peregrine Horden et Nicholas Purcell, « repensé », entre autres, par William Harris, les travaux d’Irad Malkin ont mis sous une lumière nouvelle notre connaissance de l’œkoumène grec. Sensible aux particularités du Moyen Âge, David Abulafia a recentré la discussion sur l’espace maritime en soi, en laissant de côté l’épineux problème des littoraux. Les Romains et leur mare nostrum, pourtant moteur traditionnel des études antiques et même méditerranéennes, sont restés dans l’ombre. Une question importante attend encore des réponses : est-ce les Romains qui ont inventé la Méditerranée, comme on l’a cru aussi longtemps ? Sont-ils les inventeurs d’un concept géographique, d’une Méditerranée en tant que région, avec un centre et des périphéries, avec des forces centrifuges de nature politique, économique, culturelle ?

L’histoire pré-moderne du concept géographique de Méditerranée comprend trois étapes. La première, grecque, s’affirme avec l’expression «  », symbolisée par les voyages épiques (Héraclès), et détaillée dans les circuits des logographes (Hécatée). On la conceptualise en tant qu’axe structurant le monde habité (chez Platon, Isocrate), juste avant qu’Alexandre ne change l’équilibre gravitationnel de l’hellénisme. La mer par excellence devient alors mer Intérieure, opposée à d’autres mers extérieures (Aristote). Dans un deuxième temps, les Romains héritent de toutes ces traditions à la fois: la Méditerranée est simplement « mare », ou « totum mare » sur lequel l’imperium de Pompée peut s’exercer. Elle est, surtout dans des contextes hellénophones, « mare internum » ou « intestinum ». Les modernes la connaissent comme « mare nostrum »,même si, de César jusqu’à l’antiquité tardive, le terme est utilisé plus volontiers dans des contextes savants. Dans tous les cas, il s’agit d’une conséquence logique de la conquête des territoires environnants, avec des implications qui méritent d’être étudiées davantage. Troisièmement, l’invention du nom de Méditerranée (Isidore de Séville) trahit la rupture politique et idéologique de l’orbis. Littéralement, ce nom apparaît lorsque le concept géopolitique n’est plus une réalité effective : c’est le mythe qui naît de l’éloignement de la réalité. Il restera un concept culturel, à travers des redécouvertes successives, jusqu’à nos jours.

Le but de cette journée d’études est de donner un autre type de réponse à la question « qu’est-ce que la Méditerranée romaine ? », en tenant compte, à la fois, des bases solides des travaux sur le Mare Nostrum et des débats actuels. En effet, quelle que fût l’époque sur laquelle portèrent ces derniers, la question de la définition de la Méditerranée a été toujours posée par rapport à une réalité que l’on souhaiterait reconstituer. On n’est guère remonté à certaines causes profondes de ces réalités, pour s’interroger sur la construction mentale de cet espace, en termes de perception et de représentation.  Les noms, les formes, les fonctions, en un mot l’impact de la Méditerranée - en tant que concept - sur les Romains, sur leurs initiatives politiques, militaires, économiques, sur leurs productions littéraires et artistiques, seront nos objets d’étude. On a invoqué le déterminisme de la nature sur la culture. On a analysé la continuité et la rupture comme rythme de l’histoire. Une autre piste d’enquête pourrait être celle de la construction mentale et sociale comme principe de la réalité.

Programme

Vendredi, 26 octobre 2012

Sorbonne : Maison de la recherche (28 rue Serpente), rez-de-chaussée, salle 035

9h00 Ouverture

Mots des directeurs : Carlos Lévy (Paris IV) et Stéphane Verger (EPHE et CNRS-AOROC, ENS)

Approches antiques de la Méditerranée : Anca Dan, Jean Trinquier

9h30 Directeur de séance : Jean Trinquier

  • Pascal Arnaud (Lyon II, IUF, AERES), Les Cosmopolitismes en Méditerranée ancienne
  • Stéphane VergerLa Méditerranée des Celtes et l’extrême Nord des Grecs
  • Vincent Jolivet (CNRS-AOROC, ENS), La Méditerranée étrusque
  • Marie-Françoise Baslez (Paris IV), Les Diasporas orientales en Méditerranée au début de l’Empire : construction et réinvention de l’espace

11h30-11h45 : pause

11h45 Directeur de séance : Serena Bianchetti (Florence)

13h15-14h15 : pause déjeuner

14h15 Directeur de séance : Michel Reddé (EPHE)

16h15-16h30 : pause

16h30 Directeur de séance : Patrick Gautier Dalché (EPHE, CNRS-IRHT)

Samedi 27 octobre : Regards sur la Méditerranée à la Renaissance

École normale supérieure (45, rue d’Ulm, 75005 Paris). Salle Dussane

9h00 Directeur de séance : George Tolias (Athènes)

10h45-11h : pause

11h00 Table ronde

Modérateur : Anca Dan et Jean Trinquier

Avec la participation de : Michel Balard, Michel Casevitz, Jehan Desanges

Lieux

  • École normale supérieure, salle Dussane - 45 rue d'Ulm
    Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 26 octobre 2012
  • samedi 27 octobre 2012

Fichiers attachés

Contacts

  • Anca Dan
    courriel : anca-cristina [dot] dan [at] ens [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sophie Legrain
    courriel : labextransfers [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’invention de la Méditerranée », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 19 octobre 2012, http://calenda.org/224234