AccueilDe retour de la guerre. Femmes, autochtone et minorités ethniques : regards croisés

De retour de la guerre. Femmes, autochtone et minorités ethniques : regards croisés

The return from war. Women, natives and ethnic minorities: crossed perspectives

81e Congrès de l'Acfas

81st Acfas congress

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Publié le jeudi 20 décembre 2012 par Elsa Zotian

Résumé

Comment l'armée en tant qu'expérience sociale colore-t-elle les épreuves qui jalonnent le retour à la vie civile des militaires ? Du point de vue historique et contemporain, ce colloque s'intéressera en particulier aux groupes minoritaires au sein de l'armée, mais occupant, depuis quelques années, une place importante dans l'historiographie militaire. Les femmes, les autochtones ou les minorités ethniques font-ils face à des épreuves singulières ? L’expérience du retour à la vie civile des anciens combattants ou des vétérans demeure relativement méconnue si ce n’est au travers des représentations médiatiques de jeunes vétérans meurtris physiquement, en détresse psychique ou de héros de guerre commémorant le souvenir de leurs camarades. Pour le dire autrement, les figures de la victime ou du héros s’imposent et révèlent en creux les enjeux de la construction d’un récit national. Afin d’explorer ces enjeux, ce colloque s’organisera selon deux axes distincts.

Annonce

Argumentaire

Ce colloque portera sur le retour à la vie civile de groupes minoritaires au sein de l’armée (femmes, Autochtones et minorités ethniques) des points de vue historique et contemporain. Alors que les périodes de post-conflits sont de manière générale le théâtre d’une unité nationale retrouvée (Bucaille, 2006), la participation des minorités ethniques ou des Autochtones à l’effort de guerre, au Canada, est longtemps demeurée inavouée (Macfarlane et Moses, 2006). Par exemple, les témoignages des vétérans autochtones engagés dans les grands conflits mondiaux du XXe siècle mettent l’accent sur l’expérience de l’égalité et l’absence de distinction ethnique à l’intérieur de l’armée. Or, au retour de l’armée et de la guerre, les vétérans autochtones firent face à de nombreuses discriminations. Le retour au Canada cimenta ainsi leur conscience d’appartenir à une minorité dont l’horizon commun était la domination et de la discrimination; la guerre jouant le rôle d’« agent d’autochtonisation » (Martin, 2009). D’un point de vue contemporain, la fin de la conscription transforme l’armée en tant qu’institution sociale. Celle-ci tend aujourd’hui, au Canada, à être, non plus au service de la nation, mais à l’image de celle-ci. La multiplication, par exemple des programmes pour enrôler au sein des forces armées des membres des minorités témoigne de ce processus de rapprochement entre l’armée et la société canadienne. De quelle manière agissent les « nouveaux » vétérans après avoir fait l’expérience d’une armée qui valorise la diversité et reconnaît désormais les individus comme porteurs d’une identité collective ?

Le retour à la vie civile ne se pose pas qu’en termes d’acteurs historique ou politique, individuel ou collectif. Le problème de la déstructuration, de la destruction et de la violence auxquelles ont été confrontés les militaires pèsent sur le retour à la vie civile et sur la capacité des individus à affronter les épreuves de la société qu’ils ont quittée parfois pendant de nombreuses années. L’abondance des travaux de psychiatrie sur les traumatismes de guerre en témoigne (Crocq, 1999). L’expérience du retour à la vie civile des anciens combattants ou des vétérans demeure relativement méconnue si ce n’est au travers des représentations médiatiques de jeunes vétérans meurtris physiquement, en détresse psychique ou de héros de guerre commémorant le souvenir de leurs camarades. Pour le dire autrement, les figures de la victime ou du héros s’imposent et révèlent en creux les enjeux de la construction d’un récit national. Afin d’explorer ces enjeux, ce colloque s’organisera selon deux axes distincts.

Axe 1 : L’expérience sociale de l’armée et l’épreuve du retour

Quels rapports les vétérans entretiennent-ils désormais avec les institutions sociales desquelles leur mission ou la garnison les a tenus éloignés ? Comment après avoir fait l’expérience sociale de l’institution militaire et de la guerre construisent-ils leur identité personnelle, leur identité collective et appréhendent-ils l’Autre ? Nous privilégierons dans cet axe, les contributions qui mettent l’accent d’une part sur la manière dont l’expérience de l’armée colore et influence les épreuves (Martuccelli, 2006) auxquelles sont confrontées les vétérans au retour de la guerre et d’autre part sur la reconstruction identitaire des individus (Wieviorka, 2005). Les femmes, les Autochtones ou les minorités ethniques font-ils face à des épreuves singulières ?

Axe 2 : La place des vétérans dans l’historiographie militaire et le récit national

On s’interrogera ici de manière plus large sur la place qu’occupent ces vétérans minoritaires dans l’armée dans l’historiographie militaire et la construction de la mémoire collective. En quoi la participation de ces groupes aux grands conflits mondiaux du XXe siècle leur a-t-elle permis de sortir de l’invisibilité ou d’acquérir un nouveau statut social ? Au Canada par exemple, quels sont les enjeux qui entourent la reconnaissance de ces groupes dans l’histoire militaire ? L’intérêt pour la place des femmes, des Autochtones ou des minorités ethniques éclairent ainsi les mutations de l’institution militaire dont la fonction n’est plus d’être au service de la nation, mais à l’image de celle-ci (Winslow, 2003). Cette reconnaissance des vétérans permet-elle pour autant la reconnaissance plus large des groupes auxquels ils appartiennent ?

Le retour à la vie civile dans les périodes de post-conflits a fait l’objet de nombreuses recherches tant sur le point historique que contemporain, mais au Québec, il demeure un objet mal connu. À ce titre, on pourra s’interroger sur les rapports que les minorités nationales entretiennent avec leurs vétérans. La question des Autochtones nous intéressera particulièrement dans la mesure où s’ils constituent une population minoritaire au sein de l’armée le nombre d’engagés volontaires fut et est bien plus nombreux comparativement à la population canadienne toutes proportions gardées.

Conditions de soumission

La proposition comportera un titre (180 signes espaces compris), un résumé de 1500 signes (espaces compris) et cinq mots-clefs au maximum.

Veuillez également indiquer votre prénom, nom, statut, affiliation, courriel et coordonnées.

Les critères d’évaluation porteront sur la qualité de la réflexion scientifique proposée; la pertinence scientifique et / ou sociale du sujet présenté.

Merci d’envoyer vos propositions à Brieg Capitaine (briegc@ehess.fr)

avant le 25 janvier.

Un courriel de confirmation de réception vous sera envoyé, mentionnant les dates de réponse du comité d’évaluation.

Le colloque se tiendra la 7 mai 2013 à l'Université Laval, Québec (QC).

Responsables scientifiques

  • Brieg Capitaine Ph.D.
Chercheur postdoctoral
Chercheur associé au CADIS (EHESS-CNRS)
Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance autochtone du territoire
Département des sciences sociales
Université du Québec en Outaouais
briegc@ehess.fr
(1) 819 595 3900 (2051)
 
  • Thibault Martin Ph.D.
Professeur et Titulaire,
Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance autochtone du territoire
Département des sciences sociales
Université du Québec en Outaouais
Thibault.martin@uqo.ca
(1) 819 595 3900 (2210)

Bibliographie

  • Bucaille L. (2006), « Introduction. Récits de l’après-conflit », Revue internationale des sciences sociales, vol. 3, n° 189, p. 459-466.
  • Crocq L. (1999), Les traumatismes psychiques de guerre, Paris : Odile Jacob.
  • Macfarlane J. et J. Moses (2005) « Le son d’un autre tambour : la culture autochtone et les forces armées canadiennes, 1939-2002 »,Revue militaire canadienne, n° 2, p. 25-32.
  • Martin T. (2009) « L’expérience d’Eddy Weetaltuk dans le contexte de la participation des Autochtones aux guerres canadiennes » dans Weetaltuk E., E9-422. Un nuit de la toundra à la guerre de Corée, Paris : Carnet Nord, 2009. p. 331-384.
  • Martuccelli D. (2006) Forgé par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine, Paris : Armand Colin.
  • Wieviorka M. (2005) « Les problèmes de la reconstruction identitaire », Le Coq-Héron, n° 180, p. 122-131.
  • Winslow D. (2003) « La société canadienne et son armée de terre »,Revue militaire canadienne, hiver 2003-2004, p. 11-24.

Lieux

  • 844 Rue Paradis, Sainte-Foy
    Québec, Canada (G1V4J5)

Dates

  • vendredi 25 janvier 2013

Mots-clés

  • vétérans, guerre, minorités, épreuves, histoire militaire, témoignages

Contacts

  • Brieg Capitaine
    courriel : briegc [at] ehess [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Brieg Capitaine
    courriel : briegc [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« De retour de la guerre. Femmes, autochtone et minorités ethniques : regards croisés », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 20 décembre 2012, http://calenda.org/233106