AccueilAnalyser la circulation des savoirs : contributions et méthodes

*  *  *

Publié le lundi 25 février 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Les enjeux de la circulation des savoirs offrent depuis plusieurs années un matériau essentiel à la réflexion de plusieurs sciences humaines et sociales, au premier rang desquelles la sociologie, l’histoire, les sciences politiques ou encore les sciences de l’information et de la communication. Au carrefour de ces disciplines, les études sociales sur les sciences ont documenté de multiples aspects de la circulation comme le rôle des porteurs de savoirs, des objets, des textes ou des normes qui à la fois rendent possible et contraignent la circulation des savoirs. De nombreux travaux ont ainsi contribué à mettre en évidence que les phénomènes de circulation des savoirs sont caractérisés avant tout par l’hétérogénéité des mécanismes qui les composent.

Annonce

Présentation

Les enjeux de la circulation des savoirs offrent depuis plusieurs années un matériau essentiel à la réflexion de plusieurs sciences humaines et sociales, au premier rang desquelles la sociologie, l’histoire, les sciences politiques ou encore les sciences de l’information et de la communication. Au carrefour de ces disciplines, les études sociales sur les sciences ont documenté de multiples aspects de la circulation comme le rôle des porteurs de savoirs, des objets, des textes ou des normes qui à la fois rendent possible et contraignent la circulation des savoirs. De nombreux travaux ont ainsi contribué à mettre en évidence que les phénomènes de circulation des savoirs sont caractérisés avant tout par l’hétérogénéité des mécanismes qui les composent. En effet, la circulation des savoirs scientifiques et techniques implique de tenir compte à la fois des producteurs de connaissances, des acteurs intermédiaires et des communautés d’accueil, des lieux – dont l’échelle varie -, des médiations diverses comme les écrits, des séances de démonstration, des outils et objets de toutes sortes. Cette hétérogénéité impose l’idée que les circulations des savoirs, loin de constituer des phénomènes indépendants, sont imbriquées dans des phénomènes économiques, sociaux, techniques, sémiotiques dont l’analyse doit rendre compte simultanément.

Dans cette perspective, le séminaire poursuit deux objectifs complémentaires. Le premier est de rassembler des interventions dans lesquelles les phénomènes de circulation des savoirs sont analysés en tenant compte des différentes strates, des différents mécanismes qui les composent et surtout en mettant en évidence la façon dont ils s’articulent (acteurs, textes, dispositifs techniques, etc.) pour en tirer des enseignements méthodologiques et conceptuels. Le second est de rassembler des interventions qui s’intéressent plus particulièrement aux circulations dans une perspective internationale prenant en compte la singularité de la contribution des pays du sud dans la production des connaissances.

Organisation

  • Mathieu Quet (UMR 196, IRD-Paris 5-INED & IFRIS)
  • Mina Kleiche-Dray (UMR 196, IRD-Paris 5 & INED)
  • David Dumoulin (IHEAL-CREDA-Paris 3 Sorbonne Nouvelle)

Horaires et localisation

Le séminaire se tient de 14h à 17h30, le 6 mars 2013, le 9 avril 2013, le 21 mai 2013 et le 17 octobre 2013.

La dernière séance du séminaire a lieu au CEPED, 19 rue Jacob, Paris 6e.

Pour tout renseignement, envoyer un message à mathieu.quet@ird.fr

Un carnet de recherche est également en ligne sur lequel il est possible d'écouter les enregistrements des séances précédentes : http://cisav.hypotheses.org/

Partenaires institutionnels

  • Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS)
  • Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
  • Université Paris V Descartes
  • Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle

Programme

6 mars 2013 : Jeux d'échelles, les savoirs embarqués du local au global

  • Annamaria Lammel (Université Paris 8) « Comment transmettre des savoirs liés à l'avenir incertain ? » (savoirs climatiques)

Les questions de circulation des savoirs liées aux nouveaux défis de notre monde sont liées à un avenir incertain et risqué. Comment gérer les savoirs sur les processus futurs quand même entre les scientifiques d’importantes controverses existent en ce qui concernent le changement climatique, la biodiversité, les effets de nouvelles énergies, etc. Les difficultés consistent également dans le fait que le point de départ n’est plus le passé, mais le présent. La réduction des dimensions du temps rend difficile une circulation claire des savoirs confirmées. Autre difficulté consiste dans le fait que les humains semblent changer les forces de la nature. Les conséquences de l'accumulation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère produisent des changements rapides dans le monde, mais d’une manière inégale. Nos études portant sur ??la compréhension humaine du changement climatique montrent que la circulation des savoirs sur le changement climatique dépendent des modes de pensée culturellement transmises (analytique / holistique) et du niveau de l'exposition au changement climatique, malgré que l'éducation formelle et les médias soient identiques. Notre recherche, financé par l'ANR, en Nouvelle-Calédonie, en Guyane française, dans les Alpes françaises et à Paris montrent que le phénomène du changement climatique est traité différemment. Quelques exemples seront présentés et discutés à la lumière de la littérature actuelle.

  • Elisabeth Motte-Florac (Université de Montpellier 1, Faculté de Pharmacie) « La circulation des savoirs thérapeutiques traditionnels : un défi éthique. L’exemple de la limpia au Mexique »

Les recherches sur les thérapeutiques traditionnelles donnent lieu à un transfert de connaissances, de compétences et de résultats vers des domaines aussi divers que ceux du développement économique (en majorité, les industries pharmaceutiques et agro-alimentaires), de la recherche scientifique, de l’enseignement public et privé, des administrations gouvernementales, etc. Or de la circulation des savoirs et savoir-faire traditionnels, dépendent non seulement la sauvegarde de ce patrimoine immatériel, mais aussi la pérennité des tradipraticiens, voire la survie de certaines populations locales. C’est pourquoi un questionnement éthique s’impose. Comment, à chaque étape et dans chacun des contextes, se choisissent les modes, formes et mécanismes de communication entre les différents partenaires (thérapeutes traditionnels, sociétés locales, scientifiques, économistes, décideurs, grand public, etc.) et quelles sont les conséquences de ces choix ? L’analyse sera menée à partir d’une recherche ethnologique réalisée sur la limpia, pratique couramment utilisée au Mexique par les thérapeutes traditionnels.

9 avril 2013 : Mobilité des chercheurs étrangers au Mexique, entre sociologie et histoire

(séance exceptionnellement située salle 1, bâtiment 13 de l'IEDES)

  • Sylvie Didou Aupetit (CINVESTAV, Mexique) « Mobilités scientifiques au Mexique : chercheurs étrangers en résidence et en  séjour temporaire »

Résumé à venir

  • Leoncio Lopez Ocon Cabrera (Instituto de Historia, Madrid) « L’éditorial Atlante et la revue Ciencia: la multiplicité des rôles des républicains espagnols exilés au Mexique pendant les années 1940 »

Cette communication vise à analyser la transformation culturelle des deux entreprises créés par un collectif de l’élite républicaine espagnole éxilée dans le Mexique à la suite de sa défaite dans la guerre civile de 1936-1939. Au debut l’éditorial Atlante et la revue Ciencia étaient des instruments de la politique culturelle et scientifique des républicains espagnols mais après des quelques années ils sont devenus des éléments significatifs de la culture et de la science mexicaine et américaine.  Répondre au comment et au pourquoi de la transformation de ces médiateurs culturels dans les années 1940 est l’objectif de ce travail.

21 mai 2013 : Circulations politiques des savoirs économiques. Expérimentation et randomisation

  • Rigas Arvanitis (UMR 201, IRD – Paris 1) « Les études randomisées en économie : l'approche de la sociologie des sciences »

Résumé à venir

  • Isabelle Guérin (UMR 201, IRD – Paris 1) « Les études randomisées comme « gold standard »  épistémologique, théorique et méthodologique ? Evaluer les politiques de développement : quels outils d’évaluation pour quels objectifs et quelles politiques ? »

Il existe aujourd’hui un consensus grandissant sur la nécessité d’évaluer toutes les politiques de développement à l’aide de méthodes expérimentales par assignation aléatoire (randomized controlled trials, RCT). Les RCT tendent  à être  considérées comme la seule méthode « rigoureuse », permettant des prises de décision politique fondées sur des « preuves scientifiques » (« evidence based policy »). Leur prétention hégémonique pose néanmoins plusieurs problèmes qui méritent d’être discutés : 1) leur champ d’application est beaucoup plus restreint que ce que prétendent leurs promoteurs ;  2) leur mise en ?uvre se heurte à de multiples contraintes techniques qui affaiblissent considérablement leur validité scientifique 3) enfin d’un point de vue épistémologique, les RCT s’inscrivent dans un paradigme positiviste qui prétend apporter des réponses universelles à des problèmes de développement qui sont pourtant indissociables de contextes sociaux, culturels, économiques et politiques et agro-écologiques.

17 octobre 2013 : Circulation des savoirs au prisme de l'anthropologie de la communication

La séance se déroulera au CEPED, 19 rue Jacob, 75006 Paris. M° Saint-Germain-des-Prés.

  • Frédérique Jankowski (CIRAD) « Approche socio-cognitive de la mise en dialogue de savoirs scientifiques et paysans. L'exemple d'un projet d'agro-écologie dans l’état de Oaxaca (Mexique) »

En Amérique du Sud, l’agro-écologie est très souvent associée au retour de la souveraineté alimentaire et au maintien d’une agriculture familiale (Altieri et Toledo, 2011). Dans ce cadre, les compétences et savoirs traditionnels des paysans sont considérés comme le substrat fertile permettant de concevoir de nouvelles technologies respectueuses tant de l’environnement que des pratiques locales. L’agro-écologie constituerait ainsi un espace de dialogue et d’intégration des savoirs scientifiques et paysans. A partir d’un projet d’agro-écologie de restauration des sols dans l’état de Oaxaca (Mexique) nous décrivons les formes concrètes d’articulations entre des savoirs multiples et leurs justifications par des agronomes. Il s’agit de questionner tant les modalités des traductions opérées que les espaces d’incommensurabilité auxquelles elles sont confrontées. Pour cela, nous proposons un triple cadrage conceptuel qui emprunte à : (i) l’analyse anthropologique des modes d’acquisition et de circulation des savoirs sur la Nature ; (ii) les travaux en sociologie de la traduction portant sur des dispositifs d’intermédiation et (iii) la théorie de la justification développée en sociologie des régimes d’action.

  • Joëlle Le Marec (CERILAC, Université Paris Diderot) « Circulation des savoirs et communications sociales dans la recherche »

Voilà maintenant plus de 50 ans que Serge Moscovici a établi un direct entre les savoirs sociaux (les représentations sociales) et la communication, à partir de l'idée qu'il n'est aucun "contenu" de la pensée sociale qui ne soit observable en dehors des processus de communication. Paradoxalement, cette idée a largement nourri quantités de travaux relatifs à des phénomènes de la pensée sociale, des mystère des visions du monde construites hors de la rationalité scientifique, mais n'a en rien symétrisé le type de regard qui pouvait s'appliquer à la fois à la recherche et à d'autres domaines d'élaboration de savoirs. Il a fallu la conjonction d'une critique plus ou moins explicitement politique du fonctionnement social de la recherche, et d'une réhabilitation également plus ou moins explicitement politique du sujet social ordinaire, pour qu'on prenne au sérieux l'hypothèse d'une pluralité des savoirs dans et hors recherche. Je souhaiterais écarter au moins dans un premier temps les implicites politiques (critique de la domination académique et promotion des savoirs méconnus), pour revenir à l'idée d'une dimension fondamentalement communicationnelle de n'importe quel type de savoir, et sur cette base, présenter quelques situations de recherche portant précisément sur le travail scientifique ordinaire et sur les discours à propos de sciences.

Lieux

  • Grand amphithéâtre, IEDES, jardin d’agronomie tropicale de Paris | salle 1, bâtiment 13 de l'IEDES - 45 bis avenue de la Belle Gabrielle
    Nogent-sur-Marne, France (94)
  • CEPED - 19 rue Jacob
    Paris, France (75006)

Dates

  • mercredi 06 mars 2013
  • mardi 09 avril 2013
  • mardi 21 mai 2013
  • jeudi 17 octobre 2013

Mots-clés

  • circulation des savoirs, mobilité des connaissances

Contacts

  • Mathieu Quet
    courriel : mathieu [dot] quet [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Mathieu Quet
    courriel : mathieu [dot] quet [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Analyser la circulation des savoirs : contributions et méthodes », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 25 février 2013, http://calenda.org/240120