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Intégration(s) en Méditerranée

Integration in the Mediterranean

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Publié le mardi 12 mars 2013 par Élodie Faath

Résumé

Ce colloque pluri-disciplinaire interroge l’Euroméditerranée au regard des changements récents, et s’intéresse plus particulièrement aux processus formels et informels, aux espaces, aux normes et aux formes de l’intégration régionale. Une attention particulière sera donnée aux intégrations par le bas et vues du sud de la Méditerranée.

Annonce

Argumentaire

Depuis 2011, un processus de transformation politique s’est engagé dans un grand nombre de pays arabes partenaires de l’Union Européenne (Partenariat Euro-méditerranéen - PEM). Or, les révolutions en cours n’affectent pas seulement les sociétés considérées mais la région euro-méditerranéenne dans son ensemble, y compris l’Union Européenne. Les révolutions au sud, mais aussi les évolutions profondes que connaît l’Union Européenne depuis 20 ans, engagent en effet à questionner cet ensemble géopolitique sous l’angle des modalités de cette intégration, de ses limites, de ses ruptures, de sa diversité et de ses paradoxes. C’est cette relation complexe entre intégration et fragmentation que ce colloque se propose d’aborder.

Dans ce contexte historique nouveau, ce colloque pluridisciplinaire a pour objectif de dresser  un état des lieux analytique de l’« Euroméditerranée », une région qui est une construction politique mise en oeuvre par l’Union Européenne envers ses « partenaires méditerranéens » depuis les années 1990 au moyen de nombreuses initiatives, coopérations, partenariats. Ce colloque a pour objectif de rendre compte des effets normatifs directs et indirects des  politiques Euromed et des dispositifs institutionnels sur les pratiques sociales et spatiales des acteurs de la région « euro-méditerranéenne », comprise dans son acception spatiale la plus large.

Un nouveau contexte : un cadre euroméditerranéen en transformation

L’ensemble euro-méditerranéen est le fruit d’une vision géopolitique portée par les architectes (européens) du PEM afin de structurer la relation de l’Union Européenne avec ses voisins  méditerranéens. Son objectif était de faire émerger en Méditerranée un « espace commun de paix et de stabilité » et « une zone de prospérité partagée » (Déclaration de Barcelone, 1995).

En 2013 pourtant, l’émergence d’un « espace partagé » annoncé par la Déclaration de  Barcelone demeure un horizon lointain et toujours repoussé, pour de nombreuses raisons. D’une part, des obstacles politiques fondamentaux bloquent tout progrès de la dimension régionale, en particulier le conflit israélo-palestinien. D’autre part, les différentiels de développement économique, social et politique autour des rives de la Méditerranée semblent plus importants que jamais. S’y ajoutent les décalages d’interconnaissance entre les sociétés européennes et celles de la rive Sud. Vingt ans de politiques euroméditerranéennes ont échoué à engager de réelles trajectoires de convergence en Méditerranée. De ce point de vue,  la question de leur impact peut se poser. Enfin, les initiatives européennes qui se sont succédées en Méditerranée depuis 1995 (Politique Européenne de Voisinage en 2003 ; L’Union Pour la Méditerranée en 2008) ont contribué à éroder l’approche régionale initiale du PEM pour favoriser les accords bilatéraux différenciés entre l’Union Européenne et ses partenaires. Les évolutions géopolitiques majeures de l’Union Européenne depuis 1995 ont également participé à la transformation de l’espace euro-méditerranéen. D’une part, depuis 2003, priorité politique et budgétaire a été donnée par l’Union à l’absorption de nouveaux Etatsmembres. Les élargissements successifs des années 2000 ont par ailleurs donné lieu à de vifs débats et suscité parfois de nouveaux sentiments d’insécurité au sujet de l’emplacement et de la nature des limites de l’Union. D’autre part, la poursuite du processus d’intégration européenne - depuis l’approfondissement du marché intérieur jusqu’à la mise en place de la zone Schengen - a changé la nature des frontières extérieures de l’Union, en les renforçant mais aussi en les multipliant. Leur multiplication contribue à créer des « régions frontalières », des « marches » de l’Union dans lesquelles la ligne séparant ce qui est à l’« intérieur » de ce qui est à l’ « extérieur » est brouillée sous bien des aspects. Aujourd'hui, la région euro-méditerranéenne est le théâtre de ces tensions croissantes entre la transformation croissante de la nature des frontières de l’Union Européenne et des objectifs de plus grande intégration nord/sud.
Enfin, les dynamiques politiques et économiques de la région euro-méditerranéenne ne sont pas limitées à un tête-à-tête entre l’Europe et ses voisins du Sud. Elles s’inscrivent de plus en plus dans le contexte de la mondialisation de l’économie et de transformation d’un nouvel équilibre géopolitique régional dans lequel les pays du Golfe, les pays émergents d’Asie, et dans une certaine mesure la Turquie jouent un rôle croissant.

Renversement de perspective : explorer les formes de l’intégration en Méditerranée

Que sont devenues les perspectives de plus grande intégration annoncées dans les années 1990 ? A l’évidence, au cours des deux dernières décennies, la région Méditerranée a considérablement changé. Pourtant, les objectifs portés par la Déclaration de Barcelone sont loin d’être atteints. La région méditerranéenne reste un ensemble marqué par les ruptures et les divisions plutôt que par des trajectoires de convergence ou de complémentarité. Pourtant, le point de départ de ce colloque est qu’il se passe pourtant des choses en Méditerranée. Au sein de cette région sont produites de nouvelles configurations sociales et culturelles transnationales, se partagent des normes, des modèles, des idées, s’organisent des flux formels et informels, des circulations de personnes, de biens, de services, de finances, de culture, de langues… Les pratiques nouvelles d’une grande variété d’acteurs participent à la définition de nouveaux espaces liés à la dimension régionale méditerranéenne. Le printemps arabe a rendu visible de nouveaux réseaux culturels et politiques panarabes, tandis que le l’affirmation de mouvements politiques islamistes dans la mouvance des Frères Musulmans contribuent à créer dans la région un axe majoritairement pro-américain. Les gens et les idées circulent librement entre des entités aussi diverses que le parti Justice et Liberté en Egypte, Ennahda en Tunisie, le parti Justice et développement turc, ou le Hamas palestinien.

Dix ans après le lancement de la Nouvelle Politique de Voisinage, cinq ans après celui de l’Union Pour la Méditerranée, deux ans après le début des mouvements révolutionnaires de contestation dans le monde arabe, ce colloque se propose d’explorer les pratiques et les espaces qui participent la région Euroméditerranéenne (incluant la Turquie) vers des formes différenciées d’intégration, qui divergent certainement de la vision des pères fondateurs du Partenariat.

Cette exploration privilégiera les grands thèmes suivants :

  • De l’intégration par le haut à l’intégration par le bas : une nouvelle approche de l’espace euro-méditerranéen

Nous examinerons les formes d’intégration qui se construisent dans l’espace méditerranéen malgré et avec les écarts (par exemple le différentiel de développement ou les perception de l’autre), les limites (par exemple les effets frontières) et les conflits. Ces aspects de l’intégration seront analysées dans leur rapport au cadre du Partenariat, selon qu’il les impulse, qu’elles se développent malgré lui, ou encore contre lui. Il s’agit moins d’analyser les effets du PEM – un projet d’intégration régionale impulsé « par le haut » - que d’examiner la variété des processus, pratiques, représentations, perceptions, lieux et espaces… qui se justifient d’une analyse en termes d’intégration. Les acteurs (individuels, collectifs, privés, gouvernementaux, institutionnels…) qui façonnent cette intégration (parfois inattendue ou paradoxale) adaptent leurs stratégies aux possibilités et aux contraintes politiques, juridiques, économiques du PEM, et/ou de l’Union Européenne, et/ou des Etats-Nations. Ils contribuent à dessiner une géographie alternative de la région euro-méditerranéenne, Union Européenne géographie qui se structure au travers d’espaces transnationaux de différentes natures, à différentes échelles, mais aussi autour de lieux d’articulation et d’interface de réseaux, de routes, de lieux dans lesquels la visibilité et l’invisibilité peuvent être négociées, dans lesquels des pratiques illégales ou seulement alternatives peuvent se développer.

  • Normes, modèles et intégration régionale

Les formes de l’intégration dans l’espace euro-méditerranéen sont en partie le résultat de laproduction de plus en plus importante de normes, de leur exportation, de leur diffusion, de leur circulation. L’Union Européenne est l’un des grands producteurs de normes dans la région méditerranéenne. Elle exporte ces normes vers les pays partenaires au travers les coopérations inscrites dans le Partenariat mais aussi du fait de la position dominante de son marché intérieur. Cependant, l’UE n’est par la seule exportatrice de normes dans la région, dans un contexte de concurrence internationale accrue, notamment en provenance des pays du Golfe. La formidable puissance normative américaine ne doit pas non plus être négligée. Quels sont les impacts de cette production et de cette circulation normative sur les pays du sud, et sur l’intégration en Méditerranée? Comment se diffusent ces normes, comment sont-elles adoptées, mais aussi adaptées, voire contournées ? Quels sont les espaces qu’elles définissent ? Quel est l’impact de l’intériorisation de cette intégration normative sur les politiques, l’économie, les acteurs sociaux et économiques, les perspectives des populations, les regards croisés sud-nord? Avec la question des normes se pose celle des modèles qui circulent dans cette région. Le projet européen lui-même, ou bien la façon dont il construit des partenariats bilatéraux, est en soi producteur de normes et de modèles qui influencent fortement les pays avec lesquels il noue un partenariat, dans des domaines aussi divers que le développement économique, les accords commerciaux, les politiques de décentralisation, la planification du développement urbain, etc... Les influences touchent également des dynamiques ne relevant pas de politiques publiques, comme les pratiques professionnelles, les modes de consommation, la production culturelle, le sens et la perception des identités, etc. Ces influences peuvent être concurrentielles, qu’elles viennent d’Europe ou des Etats-Unis, de
Turquie, du Golfe ou même d’Iran. Cette question des modèles se pose avec une acuité nouvelle dans le contexte des révolutions arabes et des nouveaux pouvoirs qui s’installent.

  • Nouvelles géographies de l’espace euro-méditerranéen : circulations et espaces transnationaux, l’intégration régionale vue du sud

La Méditerranée est un espace d’intense circulation : humains, biens, services, investissements, mais également idées, culture, normes, modèles, représentations…
Le colloque identifiera d’une part en quoi et comment les différentes catégories d’acteurs sociaux qui ont des pratiques transnationales (des entreprises aux contrebandiers, des migrants aux professionnels, des individus aux réseaux sophistiqués etc.) utilisent, contournent ou doivent s’adapter aux dispositifs euroméditerranéens. D’autre part, nous examinerons les modalités concrètes de ces circulations, qui s’appuient sur des infrastructures, des points de passages, des lieux de transition, des réseaux physiques et humains. Quels sont les lieux investis par ces circulations ? Où et comment se font les ruptures, seuils, interfaces, connexions? Quels sont les routes et les carrefours qui structurent aujourd’hui la Méditerranée ? Il s’agira également de comprendre la place occupée par l’ensemble des pratiques qui participent de « l’intégration par le bas ». Comment prendre en compte les circulations informelles et/ou illégales, dans la mesure où elles se développent en opposition aux structures politiques tout en leur conférant une nouvelle légitimité ? La redéfinition des espaces de frontière, notamment la fermeture et l’externalisation des frontières européennes, est elle-même une conséquence et une cause de ces circulations informelles : le colloque cherchera donc à comprendre comment elles s’articulent à l’évolution des contextes normatifs et juridiques en Méditerranée.

Les processus paradoxaux de fermeture et d’intégration ont des impacts directs sur la production de nouveaux espaces transnationaux, de nouveaux lieux de l’entre-deux, de nouveaux discours, de nouvelles représentations, de nouvelles cartes mentales qui définissent un espace régional méditerranéen transnational. Le colloque s’attachera donc à examiner la production de géographies alternatives de la Méditerranée.

Modalités de soumission

Un colloque pluri-disciplinaire et international à l’Université Rennes-2, France

Des communications de toutes les disciplines relevant du droit, des sciences sociales (géographie, sociologie, anthropologie, ethnographie) et des sciences politiques sont bienvenues. Les communications feront état de travaux récents s’appuyant sur des études de terrain. Les communications mobilisant de nouvelles approches théoriques ou abordant des questions méthodologiques sont également bienvenues. Les questions débattues pendant le colloque englobent toute la zone méditerranéenne. Cependant, les analyses développées à partir des sociétés du sud de la Méditerranée seront privilégiées.

Les communications les plus pertinentes feront l’objet d’une publication scientifique internationale.

Les propositions de communications (400 mots), accompagnées d’une courte biographie ou CV, peuvent être envoyées en français ou en anglais.

Les langues de travail du colloque seront l’anglais et le français.

Les communications seront acceptées dans les deux langues. Cependant, afin de favoriser les débats, les supports visuels seront rédigés en anglais.

  • Nouvelle date limite d'envoi : 19 avril 2013

  • Retour du comité scientifique : 6 mai 2013
  • Date limite d’envoi des résumés étendus (2500 mots): 10 septembre 2013
  • Inscription : 60€

Résumés à envoyer à : conference-med@univ-rennes2.fr

Organisation

Organisé par le laboratoire ESO-Rennes, en collaboration avec le Centre d’Excellence Jean Monnet (Rennes-1 et Rennes 2), ce colloque s’inscrit également dans le programme de recherche en cours :
« Géographies de la mondialisation, émergence d’un système régional au Moyen-Orient » (ANR SYSREMO), financé par l'Agence Nationale de la Recherche, France (laboratoire ESORennes).

Organisateurs

Comité scientifique

  • Guy Baudelle, Professeur, Université Rennes-2 ;
  • Raffaella Del Sarto, Directrice du programme Borderlands, Institut Européen de Florence ;
  • Catherine Flaesch-Mougin, Professeur, Université Rennes-1 ; Danielle Le Bihan, professeur, Université Rennes-2 ;
  • Benoit Montabone, Maître de conférences, Université Rennes-2 ;
  • Kalypso Nicolaïdis, Professeur, Université d’Oxford ;
  • Kerem Oktem, Chercheur, Université d’Oxford ;
  • Leïla Vignal, Maître de conférences, Université rennes-2 ;
  • Serge Weber, Maître de conférences, Université Marne-la-Vallée ;
  • Michael Willis, Professeur, Université d’Oxford

Lieux

  • Université Rennes 2, campus Villejean
    Rennes, France (35)

Dates

  • vendredi 19 avril 2013

Mots-clés

  • Euroméditerranée, processus formels et informels, espaces, normes, intégration régionale

Contacts

  • Benoît Montabone
    courriel : benoit [dot] montabone [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Leïla Vignal
    courriel : leila [dot] vignal [at] univ-rennes2 [dot] fr

Source de l'information

  • Sophie Brones
    courriel : sophiebrones [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Intégration(s) en Méditerranée », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 12 mars 2013, http://calenda.org/241374