AccueilLa Grande Guerre des bretons (1914-2014)

La Grande Guerre des bretons (1914-2014)

Brittany and the Great War (1914-2014) - lives, experiences, memoires

Vécu(s), expérience(s), mémoire(s)

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Publié le jeudi 28 mars 2013 par Élodie Faath

Résumé

Dans le foisonnement éditorial concernant la Grande Guerre, les études régionales restent rares, car souvent perçues – non sans raisons parfois – comme trop « régionalistes » ou trop « localistes ». Il nous a semblé pourtant, pour peu que l’on prenne soin d’éviter ces travers, que l’approche régionale de la Grande Guerre a toute sa pertinence ; mieux : qu’elle constitue potentiellement l’une des voies de renouvellement historiographique. La Bretagne, par ses caractéristiques et spécificités – réelles, supposées voire fantasmées – en constitue un observatoire privilégié.

Annonce

Argumentaire

Au cours des 20 ou 30 dernières années, la Grande Guerre a suscité une masse considérable de publications, portées par une demande sociale de plus en plus pressante. Dans ce foisonnement éditorial, les études régionales restent rares, car souvent perçues – non sans raisons parfois – comme trop « régionalistes » ou trop « localistes ». Il nous a semblé pourtant, pour peu que l’on prenne soin d’éviter ces travers, que l’approche régionale de la Grande Guerre garde toute sa pertinence ; mieux : qu’elle constitue potentiellement l’une des voies de renouvellement d’une historiographie partiellement figée dans des débats un temps productifs, pour une part sclérosants aujourd’hui, pour (re)penser les rapports entre le front et l’arrière, entre les différents types de combattants, pour redonner aussi une consistance sociale à l’indispensable étude des discours et des représentations, pour enfin, de façon plus globale, étudier aussi finement que possible la manière dont la guerre agit à la fois comme révélateur de certaines permanences et accélérateur du changement.

En effet, si, entre 1914 et 1918, l’on combat bien « pour la Patrie », si l’on meurt « pour la France », l’on ne saurait oublié que le recrutement des différents corps de l’Armée française, largement territorialisé avant la guerre, a ancré dans chaque « région » la présence de tel ou tel régiment, des « régions » conservant souvent par ailleurs une réelle identité, identité économique, sociale, religieuse, linguistique aussi. Nombreux sont les travaux qui, de La France des terroirs d’E. Weber à L’école républicaine… de J.-F. Chanet, ont montré la force de ces « petites patries » mais aussi celle du sentiment d’appartenance mêlée à la Nation et à des entités – régionales ou autres – territorialement plus restreintes[1]. Les journaux et lettres des combattants de la Grande Guerre en témoignent par ailleurs, entre souhait de retrouver dans son unité des camarades du même « pays » et moqueries ou indignation face à l’attitude des soldats d’autres régions. Les « midis » en font les frais après l’échec des offensives de l’été 1914 en Lorraine[2]. Les Bretons – « têtus, batailleurs, insociables », certes uniquement lorsque « leur cerveau est troublé par les vapeurs de vin ou autre mixture fermentée » selon le fameux Louis Barthas… – pour une part aussi.

La Bretagne n’est bien évidemment pas la seule région concernée par ces phénomènes. Mais, ses caractéristiques et spécificités – réelles, supposées voire fantasmées – en font sans doute un observatoire privilégié, ainsi que l’ont montré les réflexions de la journée d’étude tenue au Archives départementales d’Ille-et-Vilaine en novembre 2012[3].

Ici comme ailleurs, la recherche a progressé de manière importante depuis une trentaine d’années. A y regarder de plus près cependant, celle-ci s’est très – trop ? – largement concentrée sur quelques thématiques seulement, deux principalement à dire vrai : la vie dans une région de l’arrière d’une part, d’autre part la mémoire de la guerre[4]. A l’inverse, un champ de recherche a, de manière assez paradoxale sans doute, été laissé très largement en friche par les universitaires : celui des combats et des combattants. L’on chercherait en vain un article sur ce thème dans les principales revues historiques régionales, seuls quelques rares travaux universitaires étant recensés, alors que, dans le même temps, fleurissaient les publications d’amateurs – au sens noble du terme – parfois très éclairés. En cela, l’historiographie bretonne est restée assez largement en marge des grands débats qui se sont fait jour depuis une vingtaine d’années, en France comme à l’étranger, sur les expériences de guerre et du combat,  sur les évolutions tactiques des différentes armées et leurs conséquences pour les hommes, sur les effets du shell-shock ou sur l’analyse possible des adaptations aux nouvelles normes du combat en terme de « professionnalisation », pour n’en rester qu’à quelques exemples.

Autant de raisons qui nous poussent à souhaiter engager une réflexion sur la Grande Guerre des Bretons, un conflit appréhendé ici sur la moyenne durée d’un large xxe siècle qui s’étendrait de l’été 1914 à nos jours. Loin de tout « localisme », nous voudrions que ce projet s’inscrive dans un cadre clairement comparatiste. C’est la question de la banalité et/ou de l’exceptionnalité de ce que révèle l’étude de la Bretagne au regard de ce que nous donnent à voir les exemples bourguignons, limousins, lorrains, corses ou provençaux qu’il conviendra donc de poser, tout en s’interrogeant sur le rapprochement possible de cette région « périphérique » qu’est la Bretagne avec d’autres régions de ce genre.

Pour mieux appréhender cet objet historiographique particulièrement complexe que constitue la Grande Guerre, objet susceptible de bien des approches et d’une  multiplicité de lectures, nous proposons trois grands axes qui pourront guider une réflexion préoccupée avant tout par la volonté de saisir la manière dont la Grande Guerre s’est inscrite dans le vécu, l’expérience, la mémoire des Bretonnes et des Bretons, combattants ou non.

Axe 1. Les combattants bretons

Dans le cadre d’une histoire militaire qui s’est profondément renouvelée au contact de l’anthropologie, de la sociologie ou de l’histoire culturelle, écrire l’histoire du combat ne consiste plus seulement à décrire attentivement les mouvements des unités ou à s’interroger sur les choix stratégiques des chefs. Suivant en cela une historiographie anglo-saxonne ayant renoncé à l’approche traditionnelle – qualifiée de « drum and trumpet »  ou de « good general/bad general » –, nous voudrions mettre l’accent ici sur des problématiques bien plus larges, sociales, culturelles, religieuses, anthropologiques mais aussi techniques, prenant ou essayant de prendre en compte l’ensemble des conséquences de l’évolution de la manière de faire la guerre pour les combattants bretons dont il s’agira de saisir ici l’expérience vécue.

  • La mobilisation des combattants 
  • Les combattants bretons dans la bataille : la guerre sur terre
  • Les combattants bretons dans la bataille : la guerre sur mer
  • Les combattants bretons dans la bataille : l’expérience individuelle
  • Les perte bretonnes : approches scalaires, de la commune à la région

Axe 2. Arrière ou « home-front » breton ?

La vie à l’arrière a, fort logiquement, particulièrement attiré l’attention des historiens des dernières décennies, sous des angles d’ailleurs fort divers. Tout en nous appuyant sur ces riches apports, nous voudrions ici proposer l’ouverture de nouvelles pistes permettant de saisir en quoi cet « arrière » breton relève de ce que les Anglo-Saxons ont pu qualifier de home-front. Plusieurs types d’approches nous semblent ici à privilégier.

  • De la ville moyenne à la « communauté »
  • Les femmes et l’enfance en guerre
  • La vie politique bretonne des années de guerre
  • L’économie bretonne dans la guerre
  • Un arrière ouvert sur le monde…
  • Sur tous ces points, à défaut de synthèses sans doute encore prématurées, des études de cas, des monographies dûment problématisées seront les bienvenues.

Axe 3. Les lendemains de guerre bretons 

Les « sorties de guerre » – celles des combattants, des civils – ont fait l’objet de renouvellements historiographiques récents particulièrement importants. Si de trop rares études portent spécifiquement sur la Bretagne, la situation bretonne est éclairée par le travail de B. Cabanes qui a dépouillé une partie de la presse locale du Morbihan et d’Ille-et-Vilaine[5]. Il n’en reste pas moins que nombre d’aspects demanderaient à être étudiés de manière plus poussée.

C’est sur les « recompositions » de la société bretonne – ou, selon le point de vue, sa « déstabilisation » par la guerre… – qu’il nous semble falloir s’interroger dans cette dernière partie. Les recompositions politiques de l’entre-deux-guerres ont été bien éclairées par les travaux, entre autres, de J. Sainclivier sur l’Ille-et-Vilaine, C. Bougeard sur les Côtes-du-Nord, de D. Bensoussan sur la droite catholique bretonne[6] etc. Il en va de même du second emsav et de la « question régionale », qui mériteraient cependant d’être étudiés dans cette perspective particulière. D’autres chercheurs ont insisté sur les recompositions religieuses, à l’instar de F. Le Moigne qui mesure les effets de la guerre au sein de l’épiscopat breton. Y. Lambert a noté, à Limerzel, l’irruption de toute une série de changements dans la société rurale vers 1920, apparemment anodins mais ô combien révélateurs, de l’abandon de la coiffe par les femmes à l’adoption de robes de mariées blanches[7].

Tout ces changements – « ce monde qui s’en va » selon l’expression de M. Lagrée – demandent à être éclairés et, plus encore peut-être, mis en relation.

  • La démobilisation des combattants
  • La mémoire combattante
  • La mémoire : la guerre comme « trauma » ?

D’une façon générale – et pour autant que les sources utilisées le permettent, on s’efforcera de replacer le cas de la Bretagne dans le contexte plus global de la France et/ou de l’Europe des années 1914-2014, afin de mieux faire ressortir à la fois les spécificités et/ou la banalité du cas breton.

Modalités de soumission

Date limite de soumission des propositions de communication : 15 septembre 2013

Forme des propositions : résumé de 2 à 3000 signes

Date du colloque : 14-15 mai 2014 (une éventuelle 3e journée pourrait être retenue, le 16 mai, en fonction du nombre de communications)

Lieu : Ecoles de Coëtquidan (56) et Rennes (35)

Comité d’organisation

  • Mickaël Bourlet (CREC, Ecoles de Coëtquidan)
  • Yann Lagadec (CERHIO-UMR 6258)
  • Erwan  Le Gall (En Envor, conseil mémoriel)

Comité scientifique

  • Christian Bougeard, professeur d’histoire contemporaine, UBO (CRBC-EA 4451)
  • Frédéric Dessberg, maître de conférences d’histoire contemporaine, Paris I-Sorbonne/Ecoles de Coëtquidan (CREC)
  • Frédéric Guelton, colonel (ER), ancien Chef du Département de l’Armée de Terre/Service historique de la Défense
  • Didier Guyvarc’h, maître de conférences d’histoire contemporaine (H.), IUFM de Bretagne (CERHIO-UMR 6258)
  • Claude Jeay, directeur des Archives départementales d’Ille-et-Vilaine, Rennes
  • Vincent Joly, professeur d’histoire contemporaine, Université Rennes 2 (CERHIO-UMR 6258)
  • Martin Motte, maître de conférences d’histoire contemporaine, Paris IV-Sorbonne/Ecoles de Coëtquidan (CREC)
  • Philippe Nivet, professeur d’histoire contemporaine, Université de Picardie-Jules Vernes (CHSSC, EA 4289)
  • Jean-Paul Pellegrinetti, professeur d’histoire contemporaine, Université de Nice-Sophia Antipolis (CMMC, EA 1193)
  • Rémy Porte, lieutenant-colonel, Centre de doctrine d’emploi des Forces (CDEF), Ecole militaire, Paris.

 

[1] Weber, Eugen, La fin des terroirs. La modernisation de la France rurale, Paris, Fayard, 1983 et Chanet, Jean-François, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

[2] Le Naour, Jean-Yves, Désunion nationale. La légende noire des soldats du Midi, Paris, Vendémiaire, 2011.

[3] Journée d’étude sur les « Approches régionales de la Grande Guerre », coorganisée par le CERHIO et le CREC le 13 novembre 2012, en partenariat avec les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine et avec le soutien de la chaire Jean-Monnet « Défense et sécurité européennes ». Les actes de cette journée paraîtront à l’été 2013 : Bourlet, Michaël, Lagadec Yann et Le Gall Erwan, Petites patries dans la Grande Guerre, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

[4] En témoignent, entre autres, les sommaires des principales revues historiques publiées dans la région (Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, bulletins et mémoires des différentes sociétés savantes départementales)mais aussi les bases de données consacrées à la recension des travaux d’étudiants, de la maîtrise et du master au doctorat.

[5] Cabanes, Bruno, La victoire endeuillée. La sortie de guerre des soldats français (1918-1920), Paris, Seuil, 2004.

[6] La question d’un modèle breton de sortie de l’Union Sacrée – si tant est qu’elle ait jamais existée ici – est notamment ouvertement posée par Bensoussan, David, Combats pour une Bretagne catholique et rurale. Les droites bretonnes dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 2006. Voir aussi Sainclivier, Jacqueline, L’Ille-et-Vilaine, 1918-1958. Vie politique et sociale, Rennes, PUR, 1996 et Bougeard, Christian, Le choc de la guerre dans un département breton. Les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, Thèse, dact., Rennes 2, 1985.

[7] Lambert, Yves, Dieu change en Bretagne. La religion à Limerzel de 1900 à nos jours, Paris, CERF, 1985.

 

Lieux

  • Archives départementales d'Ille-et-Vilaine - 1 rue Jacques-Léonard
    Rennes, France (35)

Dates

  • dimanche 15 septembre 2013

Mots-clés

  • Grande Guerre, Bretagne, 1914-2014, combattants, arrière, mémoire

Contacts

  • Yann Lagadec
    courriel : yann [dot] lagadec [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Erwan Le Gall
    courriel : legallerwan [at] gmail [dot] com
  • Michaël Bourlet
    courriel : michael [dot] bourlet [at] st-cyr [dot] terre-net [dot] defense [dot] gouv [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Yann Lagadec
    courriel : yann [dot] lagadec [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La Grande Guerre des bretons (1914-2014) », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 28 mars 2013, http://calenda.org/242903