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Le développement local en question

Réalités africaines, politiques et enjeux

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Publié le mercredi 03 avril 2013 par Élodie Faath

Résumé

Au regard des expériences croisées des différents États africains en la matière, la problématique du développement local suscite aujourd’hui un certain nombre de questionnement et d’enjeux scientifiques. Peut-on réellement faire une différence entre aménagement du territoire et développement local ? Quelles sont les spécificités des approches utilisées dans les initiatives de développement local ? Que cache en réalité cette notion aux contours souvent flous et aux enjeux multiples ? Quels sont les acteurs du développement local en Afrique et comment leurs rôles s’imbrique-t-il au contexte actuel de décentralisation ? Voilà des questionnements autour desquels se bâti ce projet éditorial.

Annonce

Argumentaire

Apparu dans les années 60, la notion de développement local est partie du principe selon lequel la mobilisation des potentialités locales (ressources naturelles, sociales, individuelles, etc.) peut orienter les dynamiques socio-économiques et les dynamiques de développement en général. En France par exemple, certains acteurs prirent conscience que leurs territoires n’avaient pas bénéficié des effets des initiatives de développement économique engagés pendant l’après-guerre. Pour eux, il s’agissait alors d’orienter leur destin selon des décisions prises localement avec pour objectif de mobiliser les potentialités et les ressources de groupes sociaux et de communautés locales, afin d’en tirer un bénéfice social et économique, en premier lieu pour les groupes en question. Dans ce sens, le développement local correspondait à une critique du fonctionnement économique en faisant le constat que toutes les collectivités humaines, tous les territoires, ne pourront pas remplir les conditions d’une intégration à un fonctionnement économique national et, à plus forte raison, mondial. C’est ainsi que l’approche en termes de développement local conduit à considérer que le développement ne découle pas seulement de la valeur économique des activités et qu’il ne relève pas seulement des systèmes organisés de production et des institutions centralisées mais est aussi lié à de petites initiatives localisées, à la mobilisation de la population locale autour de projets utilisant des ressources locales. Il apparait alors d’une part comme une réponse à la mondialisation naissante à l’époque, dont on commence à peine à ressentir les conséquences et les enjeux, d’autre part à l’approche classique de l’aménagement du territoire, très centralisé. Ainsi, ce concept montant en puissance depuis une cinquantaine d’années, semble aujourd’hui en maturation, au regard de la remise en cause des centralismes consubstantiels au développement économique. Petit à petit, le développement local s'impose dans le langage populaire, alors que c'est l'expression développement communautaire (community-based development) que l'on utilisait au Québec en référence aux initiatives adoptées dans un cadre d'intervention partenariale en vue de répondre au problème du sous-emploi.

Le concept de développement local et les pratiques qui s'y rapportent se caractérisent par la multiplicité des discours et des programmes, tour à tour complémentaires et contradictoires. Le développement local est une pratique institutionnalisée sous de multiples facettes. Devenue un phénomène de plus en plus préoccupant pour de nombreuses sociétés, le développement local s’impose aujourd’hui à la fois comme une philosophie du développement, une grille de lecture du développement qui oriente d’ailleurs les pratiques sociales de différentes acteurs qui y sont impliquées (communautés, OSC, acteurs de la solidarité internationale, acteurs public) et par conséquents les politiques publiques qui les sous-tendent. Cette problématique a pris de l’ampleur aujourd’hui dans plusieurs pays africains à la faveur de la décentralisation vers laquelle ils semblent tous s’orienter. Le concept de développement local devient de part et d'autre de l'Afrique de plus en plus familier. Il s’impose de plus en plus par endroits comme stratégie prioritaire de développement. On comprend dès lors qu'il s'agit avant tout d'une démarche ou d'une pratique qui, contrairement au développement régional, ne s'appuie pas sur un cadre théorique rigoureusement défini. En tant que processus de diversification et d’enrichissement des activités économiques et sociales sur un territoire d’échelle locale à partir de la mobilisation et de la coordination de ses ressources matérielles et immatérielles, le développement local constitue à la fois une posture vis-à-vis de la question du développement, une méthode pour le développement des territoires locaux ainsi qu’un cadre d’analyse de ses ressorts.

C’est dans ce sens que de nombreux travaux de ces dernières décennies se sont focalisés sur la question en Afrique. A cela s’associe la résurgence récente des notions de gouvernance locale et de gouvernance participative dont la mise en oeuvre plus particulièrement dans les jeunes « Etats-nations » postcoloniaux, parfois en panne de développement, accrédite la recherche d’alternatives au centralisme à tout cran, et qui tentent de l’investir dans les processus de décentralisation.

Au regard des expériences croisées des différents Etats africains en la matière, la problématique du développement local suscite aujourd’hui un certain nombre de questionnement et d’enjeux scientifiques. Peut-on réellement faire une différence entre aménagement du territoire et développement local ? Quelles sont les spécificités des approches utilisées dans les initiatives de développement local ? Que cache en réalité cette notion aux contours souvent flous et aux enjeux multiples ? Quels sont les acteurs du développement local en Afrique et comment leurs rôles s’imbrique-t-il au contexte actuel de décentralisation ? Voilà des questionnements autour desquels se bâti ce projet éditorial.

Les grands axes thématiques que propose d’aborder ce premier numéro de la revue « Emergences Sud » sont :

  • Développement local en Afrique : sens et enjeux épistémologiques ;
  • Méthodes et approches disciplinaires : limites, critiques et défis (entre complémentarité et incompatibilités) ;
  • Développement local, décentralisation et coopération décentralisée ;
  • Les activités/métiers du développement local en Afrique
  • Expériences africaines et approches utilisées
  • Territoires du développement local ;
  • Migrations internationales et développement local en Afrique : état des lieux et perspectives régionales ;
  • Solidarité internationale et développement local en Afrique ;
  • Aménagement du territoire et développement local ;
  • Les acteurs du développement local en Afrique.

Modalités de soumission

Dans le cadre de cet appel, une démarche comparative sera privilégiée. Les articles s’appuyant sur un matériau constitué de données empiriques sera particulièrement encouragé. Ce projet tente de soumettre la problématique du développement local à une réflexion scientifique et critique au regard des pratiques de différentes acteurs qui y sont impliqués et des formes que prennent les politiques publiques.

Les personnes intéressées sont priées de faire parvenir aux adresses ci-dessus un résumé de 500 mots, comportant également le nom, l’adresse et l’institution de rattachement des auteurs.

Les propositions d’article sont attendues jusqu’au 30 mai 2013 aux adresses suivantes :

Les auteurs des propositions seront notifiés de l’avis du comité scientifique le 30 avril 2013. Les versions finales des articles retenus sont attendues le 30 octobre 2013.

Responsables scientifiques

  • Jean Nodem (HDR), Sociologue-Chargé de Cours, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Dschang (Cameroun) ;
  • Honoré Mimche (PhD), Sociologue-Chargé de Cours, IFORD (Cameroun)

Bibliographie

  • BRAUDEL Fernand, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVè-XVIIIè siècles, Paris, A. Colin, 1979.
  • BRET Bernard, Le Tiers-Monde, croissance, développement, inégalités, Paris Ellipses, 2006 (3ème éd), 222 p.
  • BRUNEL Sylvie, Le développement durable, PUF, coll. QSJ ?, 3°éd 2009 (2004), 127 p.
  • FRANK André Gunder, Le développement du sous-développement, l’Amérique latine, Paris, Maspéro, 1970, 372 p.
  • FURTADO Celso, Théorie du développement économique, Paris, PUF, 1976, 2ème éd. 1976, 281 p.
  • LACOSTE Yves : Géographie du sous-développement, Paris, PUF, 1976 (3ème éd) 292 p. (1ère éd. 1965)
  • LATOUCHE Serge, Faut-il refuser le développement ? Essai sur l’antiéconomique du Tiers Monde, Paris, PUF, coll. Economie en liberté, 1986, 216 p.
  • PERROUX François, L’économie du XX ème siècle, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 1991, 814 p. (1 ère éd. PUF 1961).
  • GREFFE Xavier, 2002, Le développement local, Editions de l’Aube - DATAR, La Tour d’Aigues, 199 p.
  • PECQUEUR Bernard, 2000, Le développement local, Syros -Alternatives Economiques, 132 p.
  • TEISSERENC Pierre, 2002, Les politiques de développement local, Économica, Paris, 231 p.

Dates

  • jeudi 30 mai 2013

Mots-clés

  • Afrique, développement local, enjeux politiques et sociaux

Contacts

  • honoré mimché
    courriel : h_mimche [at] hotmail [dot] com
  • Emet Nodem
    courriel : jeanemet [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • honoré mimché
    courriel : h_mimche [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le développement local en question », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 03 avril 2013, http://calenda.org/243408