AccueilTemps des plantes, temps des humains

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Publié le mercredi 10 avril 2013 par Élodie Faath

Résumé

Le Musée de Salagon, ethnopôle régional tourné vers les relations sociétés / nature, lance son appel à contribution pour son douzième séminaire annuel d'ethnobotanique, qui se tiendra à Forcalquier (04) les 10 et 11 octobre 2013. Ces séminaires sont un rendez-vous incontournable pour les chercheurs amateurs comme professionnels travaillant dans le domaine de l'ethnobotaniqe, rassemblant un nombre de plus en plus important de personnes. Ceci prouve l'intérêt grandissant d'un questionnement social autour des perceptions du végétal, autant dans les pratiques anciennes, que dans notre contexte moderne, voire urbain. Cette année, la thématique est « Temps des plantes, temps des humains», étant entendu qu'ici, le « temps » pris en compte est celui de la durée, non les contingences atmosphériques.

Annonce

Appel à  communication, séminaire d’ethnobotanique de Salagon. Session d’octobre 2013.

« Temps des plantes, temps des humains ».

[N.B. Le “temps” pris en compte est celui de la durée, non les contingences atmosphériques]

Argumentaire

Entre les extrêmes du temps des plantes : le nôtre

Notre mesure du temps est bien différente de celle du végétal.

Nombre de petites plantes annuelles lèvent avec les pluies de mars et meurent en mai, graines accomplies.

À l’autre inverse, certains peuplements végétatifs d’un peuplier américain, à la propagation de souche théoriquement infinie, dépasseraient les 40 000 ans.

Dans le registre du temps des sociétés, un “chêne de mille ans” (tous les vieux chênes ont mille ans), contemporain de Saint-Louis qui rendait la justice sous sa ramure (Saint Louis a rendu la justice sous tous les chênes millénaires), l’est aussi de nos ancêtres, nous relie à un passé, sinon connu, en tout cas indirectement connaissable.

Entre éphémère — la plante annuelle mais plus encore la fleur, métaphore de la jeunesse fugace — et quasi-éternité relative : le végétal nous confronte à l’occupation humaine des heures, des mois, des ans, des siècles, des millénaires mythiques.

Le temps long, le temps bref. 

  • L’entremise du végétal dans l’appréhension des différences

Sans doute contemporaine des premiers états de la conscience, la perception des durées de vie variables chez les êtres a dû intégrer très tôt la grande longévité possible des plantes — dans l’hypothèse où les plantes ont été tôt perçues comme “êtres”.

Certaines d’entre-elles, hors de nos mesures du temps, en deviennent de la familiarité des immortels.

Des arbres capables d’outrepasser l’espérance de vie des humains, voire des sociétés, fournissent à certains dieux la résidence permanente ou secondaire.

L’oracle de Dodone, en Grèce ancienne, traduisait les murmures du vent dans le feuillage d’un chêne (sûrement “millénaire”) qui entendait leur langage — paroles des puissances célestes au fait de l’avenir. Ces “auspices” sans les oiseaux peuvent déchiffrer un langage qui leur serait apparenté.

Au Ier siècle, selon Pline l’Ancien, on rencontrait en Germanie des chênes “à la condition presque immortelle, respectés par le temps et contemporains de l’origine du monde”1, à Rome un chêne vert avec une inscription en étrusque, qu’on regardait comme antérieur à la fondation mythique de la ville2.

Les arbres attestent l’ancienneté du monde, valident celle des empires, donnent un repère souverain à notre brièveté.

D’un autre côté, la fulgurance des floraisons (lis minoen, lotus, prunier, iris, etc.), si elle illustre l’éclat bref de la jeunesse humaine, parle aussi des maturations profondes qui la précèdent et la continueront.

L’instant des fleurs, entre de longues obscurités, éclaire très tôt l’imaginaire du voyage des âmes, des gestations et des renaissances.

  • Des arbres “vénérables” au retour à l’enracinement

C’est parce que les très vieux chênes se relient aux origines que les dignitaires nazis les prenaient à témoin de leurs noces : la race pure, aux antécédents fabuleux, est parente des héros qui se reposaient à leur ombre.

L’arbre est un enraciné profond, dans le temps, mais aussi dans les “forces” de la nature contingentes de cette durée — Forces que peut affronter/revendiquer le héros.

  • À chêne de mille ans, Reich de mille ans.

Longtemps passés sous silence dans les temps chrétiens, qui s’en méfiaient (la Croix a d’abord été un arbre abattu), les arbres “vénérables”, “remarquables”, etc., reviennent aujourd’hui en force — de la nature, des “énergies”, du “sacré”, etc.

Cela en regard d’une conscience nouvelle de la fragilité du monde, dans des sociétés dépossédées de l’ancien espoir de vie éternelle.

Il est souhaitable que le séminaire s’interroge sur ce retour de perception où s’exprime l’une des inquiétudes majeures du XXIe siècle.

Pourquoi les seuls témoins vivants des siècles sont-ils revus, inventoriés, visités ?

Cette question s’articule à l’évidence avec notre fragmentation du temps en immédiatetés.

  • Siècles sur catalogue

Puisque l’arbre peut accumuler du temps, qu’il accepte parfois la transplantation à un âge avancé, on peut installer ce temps sur la pelouse, voire dans le salon.

Dans le Sud, l’olivier a ce rôle majeur de fournisseur de siècles aux humains en accéléré.

Cet arbre emblématique est déjà apparu dans les séminaires de Salagon (comme allusion urbaine à la culture rurale, etc.), mais il ne semble pas avoir été interrogé au regard de sa charge d’un temps susceptible d’être acquis avec lui.

Il existe des versions bonzaïs de l’olivier mais elles ne semblent pas en duper beaucoup : c’est l’olivier dans sa vraie forme “vénérable”, “torturée” par la lutte dans le temps, non par l’artifice ornemental, qu’on requiert. (Supposition à vérifier).

Reste à interroger la situation de l’arbre bonzaï lui-même, produit d’une réduction morphologique avec concentration de temps, dans ses cultures d’origine, et sa perception dans les nôtres.

Le bonzaï permet, dans l’espace domestique, une appropriation de paysage (originel, sacré : groupes d’arbres nanifiés avec “rochers”, etc.) et de durée. La réduction octroyant une grande accessibilité symbolique : on transporte un paysage avec son temps du perron à la margelle, on peut y intervenir.

L’Occident voit le bonzaï davantage comme un artéfact esthétique que comme l’expression d’un temps apprivoisé.

  • Brièveté de la fleur : la métaphore amoureuse, le morcellement du temps des roses

Dans nos climats, les floraisons printanières bouleversent depuis longtemps les hommes.

Elles fondent les métaphores les plus durables de la jeunesse et de l’élan amoureux :

“Sur notre terre les fleurs se montrent. (...) Lève-toi, ma bien-aimée, Ma belle, viens !”3

Le temps de la fleur est d’autant plus celui de l’amour que les anciens jardins perdent leurs floraisons dès la fin du printemps.

Au jardin de Ronsard il n’y a pas de rosiers “remontants”, ceux qui continuent de fleurir tout l’été. D’où l’urgence de cueillir “dès aujourd’hui les roses de la vie”.Que reste-t-il aujourd’hui de la part du temps, des jours fragiles, dans l’offrande de la “belle fleur” ?

 Le parfum n’en est plus le complice obligé : la plupart des roses de fleuriste l’ont perdu. Il se fait présent à lui-seul, attribue durablement au corps même les prérogatives de la fleur passagère.

En séparant la fleur du printemps, le parfum de la fleur, écarterait-on davantage le péril de finitude ?

Qu’en est-il de la perte du temps de la fleur à un moment du monde où il importe de ne plus perdre de temps ?

  • Des primeurs toute l’année

Dans une perspective analogue, on peut questionner la rupture du rapport plantes/saisons dans nos pratiques alimentaires.

S’il paraît, de prime abord, céder aux impératifs commerciaux et injonctions consommatrices associés, le symbolique réapparaît du côté de la perception des relations temps de la “nature”/temps des sociétés (de nos climats), longtemps tenues à la stricte observance des règles vivrières imposées par les saisons.

Le bouleversement du rapport offre saisonnière/vécu (plus ou moins implicite) des rythmes de la végétation (mais aussi des animaux domestiques et de leurs produits) a des résonances sociales multiples, apparentées à ce qu’induit dans les cultures (culturelles) la possibilité d’accès permanent aux banques de données des quatre coins du monde3.

« Le Hollandais a de la tomate toute l'année, et les efforts du XIXe siècle paraissent un peu ridicules : comprenons-nous encore ce qu'étaient les primeurs, ce que signifiait le verbe “forcer”, ou ce que voulait dire Charles Baltet quand il parlait d'avoir des pommes toute l'année, “Graal de l'arboriculteur”(il ne savait pas qu'il suffisait de les faire venir par avion d'Argentine) ? Le temps sans saison des pays tropicaux est en quelque sorte devenu planétaire (en quelque sorte seulement, et cette agriculture moderne hors-temps a aussi un coût qui n'est pas que financier) »4.

A l’inverse, une perception rétrécie des “richesses du passé”, dont la redécouverte est censée contribuer au bon entretien, sinon au regain d’énergie du corps moderne, suscite des fables qui convoquent des puretés originelles suspectes : « Le grain survit sous la terre pendant quelques hivers, avant de germer s'il en a l'occasion ; cette durée elle-même a conduit à des mythes modernes, comme celui du blé Kamut (©), sorti tout droit des tombes égyptiennes, si l'on croit des propagandistes crédules ou mal intentionnés »5.

  • Déjouer les injonctions du temps : les fleurs hors-saison.

Peur de la mort et printemps perpétuel

Avec la découverte du Nouveau Monde et les apports exotiques ultérieurs, la fleur d’ornement outrepasse le printemps au point de privilégier l’été, gagne l’automne et une bonne partie de l’hiver.

Cette permanence s’accorde avec le désir de nos société de mettre la vieillesse et la mort à distance, d’allonger le plus possible les signes de la jeunesse — jusqu’à ajouter les “jeunesses florales” les unes aux autres, afin de produire l’illusion d’un printemps perpétuel.

Exemplaire à cet égard est la sortie des chrysanthèmes du cimetière, vers les espaces publics où s’affichent désormais, en novembre, des formes conduites en gerbes “retombantes”.

S’agit-il là aussi de dédramatiser la mort, de la “séculariser” ?6

Ce “nouvel usage des plantes” laisse bien supposer un changement foncier d’attitude au regard du vécu du temps et de la fin de la vie.

Rythmes des plantes, rythmes des sociétés

Sous nos climats à périodes contrastées, et aussi bien dans les régions à saison sèche/saison humide, la plante, quelle que soit sa longévité propre, exprime des rythmes.

Ces périodicités fournissent des repères majeurs aux sociétés, au regard des durées incompréhensibles aussi bien dans leur brièveté que dans leur longueur extrême.

Loin des simultanéités au premier degré, les mesures du temps manifestées par les plantes animent en nous des horloges et des calendriers qui intéressent autant l’imaginaire que la raison.

Les rythmes du végétal contribuent à ordonner les nôtres.

  • Cycles des plantes, calendrier des fêtes, des travaux et des jours

Des moments du temps végétal, sans doute de très ancienne perception, qui ont pu soutenir (ou initier) des rituels “païens”, se retrouvent dans le calendrier chrétien.

Les cycles calendaires, saisonniers, déterminent un “agenda social” précis, structurant, qui a suscité de nombreuses études historiques, folkloristes, ethnologiques...

Les rythmes des plantes dépendent souvent de ceux des animaux : apparition des oiseaux printaniers (la chélidoine doit son nom à l’hirondelle, khelidôn des grecs : elle fleurit au moment où l’oiseau revient), appariements, sortie d’hibernation pour les mammifères, périodes de rut et de naissances, mue des reptiles, etc.

Ce sont les liaisons entre événements saisonniers (cosmiques et terrestres) qui sont remarquées. Les plantes y ont leur part.

Floraisons et fructifications sont souvent “calées” à partir des dates, fixes ou mobiles, du calendrier chrétien. Ainsi de la Saint-Joseph (19 mars) pour le début des semis. Et quand se montre la laitue appelée Saint-Joseph, elle devient un nouveau repère.

On pourra considérer les :

  • Fructification du gui, du houx, plantes qui mûrissent leurs baies vers le solstice d’hiver (ou en rapport avec le cycle lunaire pour le gui), qui se retrouvent associées aux rituels de Noël et du Nouvel an...
  • Floraison de l’aubépine, de la stellaire holostée, fleurs du “mois de Marie”, des asphodèles en Corse et sur le Causse de Blandas (Gard), etc.
  • Blé » de la Sainte-Barbe en Provence.

Des floraisons ou des fructifications invitent aussi à entreprendre des travaux agricoles7.

  • “Le lupin est l’horloge des agriculteurs”.

Des plantes toujours vertes ne sont pas moins requises dans les fêtes qui ont à voir avec les notions d’immortalité, de renaissance : laurier, buis, myrte, olivier des Rameaux, “sapin” de Noël, etc. Il s’agit alors de plantes hors du temps, qui ne nous questionnent pas moins8.

Parfois, des floraisons peuvent se voir décalées dans le temps par un geste de foi : le rameau d’amandier cueilli la nuit de Noël et gardé dans un vase fleurit à la Chandeleur... Cela ne concerne semble-t-il que des plantes par ailleurs associées aux croyances (chrétiennes dans nos cultures)9.

  • Le temps des plantes dans la société urbaine du XXIe siècle

Cette extension du thème peut prêter à interrogation spécifique. Elle se relie à ce qui a déjà approché des relations société urbaine/végétal par le séminaire.

On pourra discuter la place actuelle de certaines plantes associées à des fêtes civiles (muguet du 1er mai...), questionner la perception éventuelle des phases du végétal dans la ville (arbres urbains florifères, sophoras parisiens, tilleuls des avenues berlinoises, etc.), à l’extrême considérer celle des floraisons ou fructifications allergènes (cyprès méditerranéen, platanes, etc.).

À noter que, en Europe moyenne, l’annonce du printemps urbain privilégie les arbrisseaux d’ornement d’origine exotique : lilas (XVIe s.), cognassier du Japon (fin XVIIIe s.), Forsythia (XIXe s.) ...

L’incidence de ces acclimatations dans le “vécu” du printemps est à considérer.

  • Cycles cosmiques, calendrier des cueillettes et des récoltes

La perception des relations entre les plantes et le cosmos est attestée dès les premières traces écrites en Occident.

Des constellations, apparaissant ou se retirant, règlent des cycles agraires associés à ceux de la végétation, dans de nombreuses cultures de l’Hémisphère Nord.

Les Pléiades, en particulier, rythment le calendrier agricole, pastoral et maritime de bien des civilisations, actuelles et anciennes.

  • “Quant auront plongé les Pléiades [en novembre, vers la St Martin], les Hyades et la force d’Orion, souviens-toi des semailles dont voici la saison”10.

L’apparition et la disparition des Pléiades sont aussi en rapport avec ce qu’on peut espérer des récoltes l’année suivante.

Dans les anciennes pharmacopées, les plantes sont regardées comme étant chacune “sous la dépendance” d’un moment du zodiaque. Leur efficacité médicinale est alors au plus haut11.

La cueillette des plantes sauvages — “par nature” reliées aux cycles, et aux forces des profondeurs (tandis que l’acte agricole rapproche les végétaux des contingences humaines) — doit prendre en compte l’alliance des moments cosmiques (lunaires, planétaires, stellaires...) avec la puissance de guérison reçue et transmise par le végétal.

Les temps chrétiens délèguent ainsi à Saint-Jean plusieurs dizaines d’herbes cueillies aux alentours du solstice d’été : millepertuis, armoise, lierre terrestre, etc.

Sans pour autant la caution de Saint Jean dans leur nom, d’autres plantes ont à voir avec le solstice d’été, comme la sauge.

La coupe des arbres n’est pas moins étroitement dépendante des cycles célestes :

“(Au) moment où Sirius (...) chemine peu durant le jour et emprunte plutôt aux nuits, alors le bois qu’abat la hache risque le moins d’être attaqué par les vers”12..

  • Dans son Théâtre d’Agriculture (1600), Olivier de Serres met en rapport la coupe de l’osier à différents moments lunaires avec diverses attributions techniques13.

Des bois considérés comme prompts à la vermoulure, tel le bouleau, deviennent très durables s’ils ont été coupés “à la bonne lune”. [Les représentations de la corruption ont aussi leur rôle ici ; à mettre en rapport avec le cycle des vers dans le corps humain]

Des pratiques de semis en lien avec les phases lunaires et planétaires sont très documentées. Elles font l’objet de calendriers annuels intéressant les diverses variétés de fruits et de légumes (agriculture biodynamique, etc.).

Elles développent et précisent (sous une forme “rationnelle’) la relation plantes/cosmos de très ancienne perception.

Il est intéressant d’interroger les commentaires, voire les explications de ceux qui observent ces préceptes. Y a-t-il perception “raisonnée” des liens entre telle planète (ou constellation) et telle plante cultivée ? S’agit-il de recettes suivies sans distance critique ? Qu’est-ce qui amène à les suivre ?

Là se manifeste à l’évidence la représentation du monde comme réseau d’énergies impossibles à méconnaître, de relations macrocosme/microcosme, où s’unifie le regard moderne non savant (encore que...) sur la nature14.

Mémoire et prémonition du végétal

Comme elles débordent les limites du temps humain, les plantes sont parfois capables de prédire l’avenir.

Si les folkloristes (après les “manuels de magie”) ont évoqué, dans nos sociétés, la plante comme diseuse de bonne ou de mauvaise aventure, le Séminaire est ouvert à ce qui concerne les pratiques divinatoires mettant en œuvre le végétal dans d’autres cultures.

Dans nos pays, la “magie domestique” interroge la feuille de buis, de houx, de laurier, la verveine, le peuplier noir, le tubercule de l’orchis vanillé, etc., en particulier dans l’intention de prédiction amoureuse.

Dans beaucoup de cas, c’est la simple présence sous l’oreiller de la plante diseuse d’avenir qui fait voir en rêve la personne dont on désire la rencontre.

La verveine, elle, sait aussi pronostiquer l’issue d’une maladie.

Parfois, c’est une “magie pratique” qui attestera la familiarité des plantes avec le temps :

  • Si on se ceint la tête d’un bandeau enserrant autant de feuilles de laurier que d’heures de sommeil souhaitées, on se réveille au moment attendu15.
  • “oignon du début d'année fait un bon présage”. En Catalogne, dans l’Est , un “calendrier de l’oignon” autorise des présages pour l’année à venir (info A.Fédensieu).

Comme déjà évoqué plus haut, il existe aussi des “sympathies” entre plantes perçues dans une parenté symbolique. L’aspect de l’une peut renseigner à l’avance sur ce qu’on espère de l’autre :

  •  “Toute belle apparence que vous trouverez au lierre (...), soyez sûrs de la rencontrer en la vigne les vendanges suivantes”16.

Autres sympathies dans le temps, celles d’un végétal avec une lignée. Ainsi, le laurier très âgé qui dépérit au jardin d’un prince annonce la fin de la dynastie.

Le séminaire devra s’interroger, non seulement sur l’anecdote, mais sur ce qui pourrait “justifier” le recours à telle ou telle plante dans la pratique divinatoire (par ex. : qu’est-ce qui octroie à la feuille de laurier le pouvoir de décompter les heures d’un humain ?).

La plante témoin du mythe : une voyageuse temporelle

Le thème des plantes psychotropes est l’un des plus largement étudiés des sciences humaines et biologiques, de l’anthropologie sociale à la psychiatrie.

L’approche ethnobotanique y est marginale.

Elle prendrait en compte la rencontre avec un végétal, ses particularités dans l’appréhension des signes selon la culture considérée, dans un milieu naturel, dans les systèmes de tri opérés par une société dans les propositions de l’environnement, au regard de ses attentes dans un ordre symbolique illustré ici par le végétal, etc.

Déjà apparu par diverses entrées au Séminaire de Salagon (la dernière concernait “Les plantes et l’effroi”), le végétal psychotrope doit être, dans la problématique présente, regardé dans ses rapports avec sa faculté d’aider à la maîtrise du temps.

Le voyage chamanique, qui affronte les images (les êtres) du mythe d’origine, est une forme de voyage dans le temps.

Il revisite la ou les entreprises fondatrices des divinités, les apprentissages premiers.

Il explore le temps initial (qui est aussi bien l’extension d’un présent inaccessible au non-initié) et y trouve des informations utiles au “présent au premier degré”, à la “bonne gestion” du futur.

Ce thème occuperait un ou plusieurs séminaires.

Dans le cadre de nos rencontres, il pourrait être questionné comme en contrepoint :

  • la perception et la mise en œuvre des plantes dans le registre temporel ont-elles à voir avec l’existence de plantes qui attestent l’alliance du végétal avec le temps ?

L’intitulé “Temps des plantes, temps des humains” simplifie un thème dont la complexité est loin de se voir seulement recensée.

Outre ce qu’il suggère des relations entre végétal et société, en regard de la durée comme évidence et comme mystère, et aussi bien des grands cycles que du “simple passage des jours” aux ponctuations temporelles chargées d’échos chevauchants, c’est aussi le “temps des plantes” qu’il importe de chercher à cerner pour lui-même, celui qui nous est par nature étranger, “monde à côté” où s’aventurent nos inquiétudes et nos attentes.

Note

1[1] Pline, Hist. nat., 16, 6.

2[1] Pline, Hist. nat., 16, 237.

3[1] Le passage au sens figuré de “culture”, au XVIe siècle, pourrait contribuer à attester que nos sociétés tendent alors à se libérer du déterminisme temporel régissant les pratiques agricoles, via les rythmes de la végétation en particulier. Nous sommes parvenus à une période de l’Histoire où dire “culture” n’évoque plus, en premier lieu, travail de la terre. C’est aussi que la culture, en tant production intellectuelle et artistique, se reconnaît moins comme l’expression d’un temps que comme contribution à la durée de l’expérience humaine du monde.

4[1] P. Luccioni, in litt.

5[1] P. Luccioni, in litt.

6[1] « Je me demande combien de nos contemporains reconnaissent ces plantes dans un contexte si différent ». (P. Luccioni, in litt.). —  En parallèle, il faut rappeler que l’âge fut honoré, la mort “accompagnée” avec des arbres d’allure éternelle, comme l’if et le cyprès des cimetières. « Cf. aussi le genévrier, symbole d'éternité : "Notre genèvre ainsi donc que vivra / non offensé d'aucun mortel létharge" (dernier dizain de la Délie de Maurice Scève). (P. Luccioni, ibid.)

7[1] « Ce n'est pas tant le fait qu’une plante soit en fruit ou en fleur qui invite aux travaux agricoles, mais le lien qui est fait entre une bonne floraison, fructification, de l’une et une bonne/mauvaise récolte de l’autre (année de châtaignes, année de champignons, par exemple en Cévennes). Le lien entre châtaigne et blé se fait par l'influence des Pléiades en mai. C'est donc par le biais d’intermédiaires, de conjonctions remarquables dans le calendrier, qu’on prend en compte la lune et les constellations, et que plantes et entreprises humaines sont reliées ». (A. Fédensieu, notes additives).

8[1] « On peut penser aussi à l’expression “être pris sans vert” »(P. Luccioni, notes additives). — « “Hors du temps” fait aussi référence à la période des 12 jours du cycle d’hiver, intervalle aux origines complexes, dont la question du raccord des calendriers julien et grégorien ». (A. Fédensieu, notes additives).

9[1] « Une branche d'amandier, conservée grâce à la poudre de myrte, va refleurir à la Saint-Sébastien (le 20 janvier) pour commémorer son martyre si particulier. Pour la Saint-Blaise (3 février), ce sont les fruits qui sont recherchés, en bonne conservation, pour le don au saint protecteur, toujours grâce au myrte. On est donc dans une perspective où l'homme agit sur la nature, par des rituels ; il ne suit pas son rythme, il veut influer sur celle-ci, contrairement à ce qui est dit généralement : ce qui pourrait être important à souligner/questionner ». (A. Fédensieu, notes additives). — « Je me pose la question de la familiarité de “l’homme de la rue” ou de ses voisins un peu plus informés avec l‘idée que le calendrier chrétien est en partie issu de traditions beaucoup plus anciennes liées à la magie, la religion, etc., de la végétation. Cette idée a été introduite, notamment par Mannhardt (le sapin de Noël), puis reprise par Frazer. Les gens ne connaissent pas Mannhardt, mais ils sont nombreux, je pense, à percevoir plus ou moins confusément que le sapin ne relève pas d’un rituel particulièrement chrétien, et que c'est lié avec le solstice etc. Peut-être faudrait-il quand même dire un mot de tout cela, dans la mesure, aussi, où ces auteurs font partie des "grands classiques" de l'Anthropologie, etc. (P. Luccioni, notes additives )

10[1] Hésiode, Les travaux et les jours, 615-17.

11[1] Avec les signes du zodiaque, on est dans un système savant, qui a son histoire passionnante depuis la Mésopotamie en passant par les Hébreux, les Perses, les Grecs, mais dont on n’a que des bribes au niveau des pratiques populaires, qui ont aussi fait leur chemin de leur côté. (A. Fédensieu, notes additives).

12[1] Hésiode, Les travaux et les jours, 415-20.

13[1] O. de Serres, Théâtre, livre 7, 12.

14[1] Les “calendriers des semis” modernes sont souvent suivis par des jardiniers peu soucieux “d’irrationnel”, par ailleurs. Ils questionnent la perception d’un végétal menant sa vie indépendamment des normes de la raison, à qui serait concédées une indépendance comportementale, une “nature différente”, dont même l’incroyant doit tenir compte...

15[1] D’après E. Rolland, Fl. popul., IX, 201.

16[1] G. Bouchet, 1635, cité par Rolland, Fl. popul., 9, 133.

Comité organisateur

  • Danielle Musset, ethnologue et directrice du Musée de Salagon
  • Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste, Musée de salagon
  • Elise Bain, coordinatrice du séminaire, Musée de Salagon

Conditions de soumission

Si vous souhaitez intervenir à ce séminaire, veuillez nous communiquer un texte (avec un titre) d'une dizaine de lignes résumant votre proposition,

avant le 6 mai 2013.

Les textes sont à envoyer à l'adresse suivante : elisebain@hotmail.fr

Comité scientifique

  • Danielle Musset, ethnologue
  • Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste
  • Pascal Luccioni, enseignant de langues anciennes
  • Jean-Yves Durand, ethnologue

Lieux

  • Forcalquier, France (04)

Dates

  • lundi 06 mai 2013

Mots-clés

  • ethnobotanique

Contacts

  • Elise Bain
    courriel : elisebain [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Elise Bain
    courriel : elisebain [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Temps des plantes, temps des humains », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 10 avril 2013, http://calenda.org/243948