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Diversité et recompositions du protestantisme à Paris

The diversity and recompositions of Protestantism in Paris

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Publié le lundi 13 mai 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque s’inscrit dans le cadre du programme de recherche « Le protestantisme à Paris et les enjeux de la diversité » (appel à projets « Paris 2030 », mairie de Paris). Il vise à réfléchir aux recompositions contemporaines du protestantisme à Paris et en proche banlieue, dans un contexte urbain marqué par d’importantes mobilités (géographiques et religieuses), des contraintes spécifiques (cherté et pénurie de locaux) et une forte dimension symbolique, qui nourrit des revendications de visibilité dans l’espace public. La démarche retenue est pluridisciplinaire, associant historiens, géographes, anthropologues et sociologues et combinant des approches quantitatives et / ou qualitatives. Le colloque proposera des analyses croisées des mutations du paysage protestant parisien, à travers trois axes thématiques : les pratiques protestantes en contexte urbain ; la gestion de la « diversité » par les acteurs institutionnels ; l’inscription dans l’espace urbain de ces recompositions des pratiques protestantes.

Annonce

Argumentaire

L’Ile-de-France est aujourd’hui, à côté de l’Alsace-Moselle, la région qui concentre le plus de Protestants en France – soit un cinquième de la population protestante. Cette concentration démographique s’accompagne d’une spécificité régionale : les églises de sensibilité évangélique prédominent en Ile-de-France, notamment – mais pas uniquement – sous l’impulsion des églises dites « issues de l’immigration », d’expression africaine, antillaise, asiatique ou sud-américaine. Du point de vue institutionnel, ces églises peuvent être indépendantes, associées à une église-mère, partie prenante de structures transnationales et/ou rattachées à une fédération française d’églises, comme la communauté des églises d’expression africaine (CEAF) ou l’entente et coordination des œuvres chrétiennes (ECOC). Le paysage protestant se caractérise donc par une très grande diversité, qui n’est pas seulement culturelle, mais aussi organisationnelle, théologique, sociale et générationnelle.

Cette configuration parisienne incite à s’interroger d’une part, sur les nouvelles pratiques religieuses –  en contexte de pluralisation intra-protestante et d’ « offre religieuse » concurrentielle, et d’autre part sur les modalités de gestion de cette « diversité » par les acteurs institutionnels et associatifs – paroisses ou églises locales, unions d’églises, fédérations et organisations missionnaires. Il ne s’agit pas simplement de s’intéresser à la cohabitation plus ou moins harmonieuse entre de « nouvelles » églises, d’origine étrangère ou ultramarine, et des églises plus « anciennes » ou mieux établies, mais d’analyser plus profondément la manière dont identité et altérité se construisent aujourd’hui en terrain protestant et les formes d’inclusion – ou d’exclusion – observables au sein des protestantismes parisiens. Cette dimension d’inclusion/exclusion peut aussi s’analyser d’un point de vue spatial (la question des locaux) et dans la perspective d’une topographie symbolique liée à l’histoire des lieux parisiens : Paris intra-muros est en effet un espace privilégié d’expressions militantes, de visibilité et de conquêtes métaphoriques (places de la Bastille, de la nation ou de la république, par exemple), qui inspire un ensemble de manifestations et d’événements protestants (« Jésus au cœur », « Marche pour Jésus », « Protestants en fête », campagnes d’évangélisation, etc.). L’observation de ces rapports protestants à l’espace parisien devrait permettre de mieux comprendre comment se renégocient les frontières public/privé  au sein de la capitale.

 1-Les reconfigurations des pratiques protestantes en contexte urbain

Paris et la proche banlieue offrent une diversité religieuse qui permet aux pratiquants une mobilité sans équivalent : si certains continuent à préférer une église locale proche de leur lieu d’habitation, d’autres critères interviennent dans le choix de l’église d’appartenance. La population parisienne est en outre en renouvellement constant, au fil des itinéraires professionnels et des déménagements qui accompagnent les différentes étapes de la vie familiale (célibat, couple, famille avec enfants). Cette double mobilité, sociale et religieuse, est susceptible de remettre en question l’organisation classique des églises locales et les frontières institutionnelles. Ce premier axe s’intéressera donc à la manière dont le protestantisme interagit avec le contexte urbain parisien à travers des modes de fonctionnement et d’appartenance spécifiques. A l’échelle de l’église locale, on pourra par exemple analyser les relations entre les églises et leur quartier d’implantation, les circulations entre lieux d’habitation et lieux de culte, ou les effets du développement de groupes de maison dispersés dans l’ensemble de l’agglomération parisienne. A l’échelle de l’agglomération, il s’agira de préciser les réseaux et les maillages institutionnels qui structurent la géographie protestante parisienne : notamment les lieux de formation protestants, les réseaux de rencontres pastorales ou d’activités missionnaires, les reconfigurations du paysage protestant institutionnel issues d’initiatives récentes comme la création du CNEF (Conseil national des évangéliques de France) en 2010 et de l’EPUF (église protestante unie de France) en 2012.

 2- Le protestantisme parisien et la gestion de la « diversité »

Les migrations internes (des personnes originaires de l’outre-mer français) et internationales, associées à une pluralisation des courants protestants (notamment en milieu pentecôtiste/charismatique) et à l'intégration des luthériens et des réformés au sein d'une même église (l'EPUdF), contribuent à placer aujourd’hui au premier plan des préoccupations protestantes la question de la « diversité ». Ce second axe s’intéressera aux représentations et aux modalités de gestion de cette « diversité » au sein des différentes églises, médias, réseaux et fédérations du protestantisme parisien. Autrement dit, il s’agira de s’interroger sur la perception par les acteurs protestants d’un ensemble de différences (culturelles, théologiques, sociales, générationnelles) et de préciser la manière dont ils répondent à ces différences à travers des discours, des dispositifs institutionnels et des pratiques.

Dans les églises locales, on note par exemple des initiatives visant à intégrer un ensemble de populations en mobilité (migrants internationaux, jeunes étudiants ou professionnels nouvellement installés à Paris, jeunes protestants à la recherche d’une église distincte de celles de leurs parents, etc.). Ces initiatives s’accompagnent fréquemment d’une réflexion sur les notions d’intégration et d’identité ecclésiales (articulée ou non à des identités nationales, culturelles) : les églises parisiennes participent ainsi à l’élaboration d’un ensemble de références identitaires, par exemple à travers l’expression « franco-pluriel », qui définit la culture française comme matrice d’accueil des autres cultures au sein d’un même espace protestant.

On portera en outre une attention particulière à cette question de « l’accueil » dans les cas où des églises nouvellement établies (le plus souvent issues des migrations) sont hébergées par des églises plus anciennes et mieux établies dans Paris intra-muros – propriétaires de leurs locaux ou affectataires d’un bâtiment religieux propriété de la mairie de Paris : églises réformées et luthériennes, baptistes ou paroisses catholiques. Il faudrait alors analyser de près les relations qui s’instaurent entre les « accueillis » et leurs hôtes, dans la perspective d’une réflexion plus large sur les dynamiques d’inclusion ou d’exclusion au sein du protestantisme parisien.

Enfin, la gestion de la « diversité » est aussi prise en charge par les réseaux et institutions protestantes, à travers par exemple des programmes comme le projet Mosaïc de la fédération protestante de France qui vise principalement à nouer des liens entre d’une part des églises essentiellement définies par leur différence culturelle ou leur origine étrangère et d’autre part des églises protestantes « anciennes » implicitement pensées comme « autochtones ».

 3)- Les rapports protestants à l’espace urbain

Les protestants investissent régulièrement ses lieux publics parisiens pour des événements, des manifestations le plus souvent portées par les milieux évangéliques (campagnes d’évangélisation, « Marche pour Jésus », festival « Jésus au cœur », marathon de la Bible, etc.) mais qui peuvent être aussi le fait d’institutions fédératives (« Protestants en fête », organisée par la fédération protestante de France). Ces manifestations publiques expriment un ensemble de représentations de l’espace parisien, qui comporte une dimension symbolique particulièrement forte, et sous-tendent fréquemment des revendications plus ou moins explicites : pour davantage de visibilité, pour une meilleure  prise en compte des convictions religieuses dans le débat public ou encore – dans une perspective inspirée par la théologie charismatique du « combat spirituel » – pour une reconquête chrétienne du territoire urbain et de la nation. Ce troisième axe s’intéressera donc aux formes et aux enjeux de ces rapports protestants à l’espace urbain, notamment en termes de négociation des frontières public/privé  au sein de la capitale, des relations interreligieuses, et sous l’angle des différentes conceptions ou perceptions de la laïcité qu’ils expriment. Dans le contexte d’une laïcité française qui tend traditionnellement à associer la religion à l’espace privé, ces événements et manifestations constituent un cadre privilégié d’observation de nouveaux comportements religieux – qui empruntent aux registres de la « culture jeune », du militantisme politique et syndical ou des pratiques de pèlerinage.

Modalités de soumission

Le colloque se tiendra les 15 et 16 janvier 2014 au 59-61 rue Pouchet, Paris 17e.

Les propositions d’une à deux pages (ainsi qu’un bref C.V. et l’affiliation institutionnelle) sont à envoyer aux deux adresses suivantes : yannick.fer(at)gsrl.cnrs.fr et gwendoline.malogne-fer(at)gsrl.cnrs.fr

avant le 20 juillet 2013

Il est attendu des participants qu’ils envoient leur communication aux organisateurs au plus tard dix jours avant la date du colloque.

Le projet de publication des communications nécessite la présentation de travaux originaux.

Organisateurs

  • Yannick Fer (CNRS, GSRL)
  • Gwendoline Malogne-Fer (GSRL)

Comité scientifique

  • Marion Aubrée (EHESS-CRBC-CEIFR)
  • Claude Dargent (Université Paris 8-CRESPPA)
  • Lucine Endelstein (Lisst-CNRS)
  • David Garbin (University of Kent)
  • Maïté Maskens (ULB)
  • Philippe Portier (EPHE-GSRL)
  • Simona Tersigni (Sophiapol-Université Paris-Ouest Nanterre)
  • Gilles Vidal (IPT Montpellier)
  • Jean-Paul Willaime (EPHE-GSRL)

Lieux

  • 59-61 rue Pouchet
    Paris, France (75017)

Dates

  • samedi 20 juillet 2013

Mots-clés

  • protestantisme, ville, Paris, diversité, pluralisme, laïcité, espace, mobilité, migrations

Contacts

  • Gwendoline Malogne-fer
    courriel : gwendoline [dot] malogne-fer [at] gsrl [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Yannick Fer
    courriel : yannick [dot] fer [at] gsrl [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Diversité et recompositions du protestantisme à Paris », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 13 mai 2013, http://calenda.org/247640