AccueilDes êtres vivants et des artefacts. L’imbrication des processus vitaux et des processus techniques

Des êtres vivants et des artefacts. L’imbrication des processus vitaux et des processus techniques

Of living beings and artifacts. The relationship between vital and technical processes

Première journée d’étude : Océanie

First study day: Oceania

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Publié le vendredi 24 mai 2013 par Élodie Faath

Résumé

L'objectif de cette journée d'étude est de réfléchir sur les relations existant entre les processus vitaux (croissance, reproduction, interaction avec l’environnement, etc.) et les processus techniques. En s’appuyant sur des données ethnographiques, l’idée est d’étudier les diverses modalités de l’articulation entre ces processus, dans des domaines tels que les mythes cosmogoniques, l’activité rituelle, les pratiques productives, l’incorporation d’artefacts par les humains ou encore l’imitation des processus vitaux par des artefacts.

Annonce

  • Institutions partenaires : Fondation Fyssen, CNRS, Collège de France, Laboratoire d'anthropologie sociale.
  • Organisateurs : Perig Pitrou (CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale), Ludovic Coupaye (University College London), Laura Rival (Oxford) 

Présentation

La place particulière occupée par les êtres vivants au sein de l’environnement naturel est reconnue de façon universelle. Mais, alors que des caractéristiques distinctives telles que la croissance, la reproduction ou l’interaction avec le milieu s’observent relativement aisément, le fonctionnement interne de ces phénomènes, tout autant que les causes qui les produisent demeurent en partie soustraits au regard des humains. C’est pourquoi les systèmes explicatifs visant à les rendre intelligibles varient selon les contextes historiques et culturels. Alors qu’en Occident, l’évolution des théories de la vie et du vivant depuis l’Antiquité est relativement bien documentée, les investigations anthropologiques se fondant sur des données ethnographiques sont demeurées moins approfondies. Malgré quelques ouvrages (Bloch & Parry 1982, Rival 1998, 2012, Ingold 2011, Pitrou 2011, 2012), peu de travaux ont en effet cherché à entreprendre une exploration systématique des ethnothéories associées à la vie. Pourtant, depuis ses origines, l’anthropologie n’a cessé d’aborder cette question, dans des domaines tels que la catégorisation, l’ethnobiologie, l’ethnomédecine, la mythologie, le langage ou la ritualité par exemple.

Un des premiers objectifs de la journée d’étude est d’engager une réflexion comparatiste sur la diversité des représentations de la vie en privilégiant une approche transversale mettant en relation ces différents ordres de faits, souvent abordés de façon séparée. Pour aller au-delà du repérage analytique des caractéristiques grâce auxquelles on fait le départ entre vivant et non-vivant, nous suggérons de faire porter l’attention sur les processus vitaux entendus comme des ensembles d’activités intégrées produisant des effets conjoints (croissance, reproduction, etc.) qui, en s’incorporant dans un individu ou un groupe d’individus, instaurent des relations spécifiques avec un environnement. Plutôt que de seulement envisager la vie comme une substance circulant entre les corps, il s’avère pertinent de déterminer quels types d’agents, humains comme non-humains, participent à ces activités et les types d’agentivité qu’ils mettent en œuvre.

Cette problématique se révèle d’autant plus féconde qu’elle inclut une réflexion sur les modalités de l’articulation entre les processus vitaux et les processus techniques. Les travaux sur les usages (Hoskins 1998, Warnier 2007), les techniques (Cresswell 1996, Bonnemère & Lemonnier 2007) ou les modes de figuration (Forge 1979, Gell 1998, Severi 2007, Descola 2010), ont conduit à repenser les relations existant entre les humains et les non-humains à partir de l’étude des artefacts, qui peuvent  apparaître à la fois comme des produits et des êtres dotés d’agentivité. La description des pratiques, combinée à la meilleure prise en compte des ontologies locales, confirme notamment que les « actions sur la matière » ne se déploient jamais dans un univers neutre et inerte, mais dans un cosmos peuplé d’entités non-humaines, souvent prises dans des dynamiques déjà sociales (Coupaye 2013). Dès lors qu’elle cherche à étudier la complexité des interactions mobilisées dans la production ou l’usage des artefacts, l’enquête anthropologique est donc amenée à réfléchir sur les multiples relations qui existent entre les êtres vivants et les artefacts. Parmi les interrelations possibles, les communications pourront par exemple porter sur :

  • l’usage de la métaphore techniciste pour rendre intelligibles les actions de création réalisées dans des mythes cosmogoniques ou leurs éventuelles réitérations dans des contextes rituels ;
  • l’utilisation de l’activité d’êtres vivants à l’intérieur de processus techniques, comme par exemple dans la fermentation ;
  • les formes d’incorporation d’artefacts par les humains, depuis les systèmes de parures jusqu’aux greffes ;
  • ou, au contraire, l’intégration et la transformation d’êtres vivants au cours de la production d’artefacts ;
  • les tentatives d’imitation des processus vitaux par des artefacts (biomimétisme, intelligence artificielle, robotique).

Plutôt qu’une délimitation hermétique entre des domaines ontologiques distincts auxquels appartiendraient les êtres vivants et les artefacts, la mise en relation des processus vitaux et techniques invite à s’intéresser à la complexité des phénomènes d’hybridation, d’analogisme ou d’incertitude catégorielle ainsi qu’aux effets matériels et cognitifs qu’ils produisent. Dans ce cadre, certaines communications pourront adopter un point de vue systémique. Selon l’échelle à laquelle on se place, un enchaînement d’actions peut en effet relever d’un processus technique ou d’un processus vital ; et ce, d’autant plus si l’on s’intéresse à des dynamiques telles que la transformation, la régénération, la réversibilité, etc. L’enjeu est alors d’élaborer des modèles explicatifs globaux, emic ou etic, ou de tester la validité de modèles existants – schèmes d’identification et de relation (Descola), acteur-réseau (Latour), perspectivisme (Viveiros de Castro), ecology of life (Ingold), panarchy (Holling), etc.) pour unifier l’imbrication des divers processus.

On remarquera enfin que cette question ontologique possède une dimension (cosmo-)politique, dans le sens que Latour ou Stengers donnent à ce terme. C’est pourquoi des communications pourront enquêter sur les hiérarchies, les dispositifs de délégation d’agentivité (contrôle, influence, dépendance, etc.), l’établissement des systèmes de valeurs (esthétique, d’usage, d’échange, etc.) et de répartition, qui sont associés aux processus techniques et vitaux. Un des enjeux est alors de réfléchir à la façon dont les humains imitent, s’approprient ou exercent un contrôle sur les processus vitaux qui s’effectuent, pour partie, indépendamment d’eux.

Quel que soit le sujet abordé, les participants n’hésiteront pas à utiliser autant que possible des documents (photographie, vidéo, dessin, diagramme, etc.) susceptibles de mieux visualiser les processus étudiés dans leur communication.

Programme

Matin

9h30 Accueil des participants

  • 9h45 Perig Pitrou, CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale - La vie, un objet pour l’anthropologie ? Problèmes et méthodes
  • 10h15 Ludovic Coupaye, University College London - Des personnes et des choses revisitées : remarques introductives sur les rapports entre processus vitaux et processus techniques

10h45 Pause

Discutante : Laura Rival, Institute of Social & Cultural Anthropology, Oxford

  • 11h Julien Clément, musée du quai Branly - Quel sens le mana a-t-il dans les échanges cérémoniels de Samoa aujourd’hui ?
  • 11h30 Jessica de Largy Healy, musée du quai Branly - Quand les hommes deviennent des objets sacrés : initiations et funérailles chez les Yolngu de la Terre d’Arnhem

12h30 Pause

Après-midi

Discutants : Philippe Descola, Collège de France,  Laboratoire d’anthropologie sociale Pierre Lemonnier, CNRS, CREDO

  • 14h  Sandra Revolon, Université d’Aix Marseille, CREDO, S’approprier les photométéores pour contrôler les morts (îles Salomon, Océanie)
  • 14h45 Allen Abramson, University College London, Growth after Paradise :  of God-Relations and Technical Process in Fijian Chiefdoms

15h30 Pause

  • 15h45 Susanne Küchler, University College London, Knowing how: an Exploration of Quaternion Logic and Topological Thought in the Managing of Life in Pacific Islands
  • 16h30 Pascale Bonnemère, CNRS, CREDO, Actions, relations, transformations : le cycle de la vie selon les Ankave de Papouasie-Nouvelle-Guinée

17h15 Discussion générale

18h Pot

Lieux

  • Collège de France - 3, rue d'Ilm
    Paris, France (75005)

Dates

  • jeudi 13 juin 2013

Mots-clés

  • anthropologie de la vie, anthropologie des techniques, artefact, processus technique, processus vital, biomimétisme

Contacts

  • Perig Pitrou
    courriel : perig [dot] pitrou [at] college-de-france [dot] fr

Source de l'information

  • Perig Pitrou
    courriel : perig [dot] pitrou [at] college-de-france [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Des êtres vivants et des artefacts. L’imbrication des processus vitaux et des processus techniques », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 24 mai 2013, http://calenda.org/249725