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Corps et patrimoine dans l’espace chorégraphique africain

Bodies and heritage in the African choreographical space

Workshop du groupe « Corps, danse et patrimoine » – Programme « Patrimoines africains » de la FMSH

"Bodies, dance and heritage" group workshop, FMSH "African heritage" program

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Publié le mercredi 29 mai 2013 par Élodie Faath

Résumé

Réunissant des recherches menées sur les espaces et les pratiques chorégraphiques en Afrique (Burkina Faso, Mali, Guinée, Kenya, Tanzanie), le groupe de travail « Corps et patrimoine » est à l’initiative d’une journée d’étude sur la danse contemporaine et ses rapports avec les politiques culturelles en Afrique. À partir de la présentation de recherches et d’expérimentations artistiques en cours, l’atelier propose de mettre en débat l’articulation patrimoine et création. Il s’agira d’envisager les formes de patrimonialisation chorégraphique des États africains et les processus créatifs à partir desquels les danseurs s’approprient et gèrent au quotidien des régimes de savoir hétérogènes ainsi qu’aux manières dont ils composent avec des héritages passés. Dans le sillage des heritages studies, ce groupe vise également à mettre à jour la manière dont les sociétés et les acteurs pensent leurs héritages dans des formes alternatives aux labellisations internationales (UNESCO, IUCN etc.). 

Annonce

Présentation

Cette journée d’étude « Corps et patrimoine dans l’espace chorégraphique africain » s’inscrit dans la continuité des réflexions menées par le programme de recherche de la FMSH « Les territoires du patrimoine en Afrique subsaharienne : enjeux politiques et scientifiques ». Conçu comme une veille sur l'actualité scientifique autour du patrimoine en Afrique, le programme regroupe des recherches initiées dans un cadre académique sur les conséquences sociales et culturelles de l’inflation patrimoniale, et élabore un état de l’art sur un domaine encore méconnu des recherches en Afrique. Il aborde les multiples déclinaisons du patrimoine en valorisant des recherches situées et en questionnant les processus locaux et globaux actifs dans la construction des représentations du passé, des identités et des territoires.

Réunissant des recherches menées sur les espaces et les pratiques chorégraphiques en Afrique (Burkina Faso, Mali, Guinée, Kenya, Tanzanie), le groupe de travail « Corps et patrimoine » est à l’initiative d’une journée d’étude sur la danse contemporaine et ses rapports avec les politiques culturelles en Afrique. À partir de la présentation de recherches et d’expérimentations artistiques en cours, l’atelier propose de mettre en débat l’articulation patrimoine et création. Il s’agira d’envisager les formes de patrimonialisation chorégraphique des États africains et les processus créatifs à partir desquels les danseurs s’approprient et gèrent au quotidien des régimes de savoir hétérogènes ainsi qu’aux manières dont ils composent avec des héritages passés. Dans le sillage des heritages studies, ce groupe vise également à mettre à jour la manière dont les sociétés et les acteurs pensent leurs héritages dans des formes alternatives aux labellisations internationales (UNESCO, IUCN etc.).

Les dynamiques institutionnelles du patrimoine chorégraphique en Afrique

Depuis la mise en place d’une convention sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel en 2003, l’UNESCO est devenu un acteur incontournable de la patrimonialisation chorégraphique. En effet, la danse, et plus généralementles « représentations, les savoir-faire et les techniques » ont, suite à l’adoption de cette convention, accédé au statut de patrimoine longtemps réservé aux objets et monuments. Orienté vers la sauvegarde et la préservation des « danses populaires » et « traditionnelles », le classement de certaines pratiques chorégraphiques a suscité beaucoup de questionnements tant du côté des professionnels du patrimoine que des praticiens devenus « détenteurs/défenseurs » de ces pratiques. Comment sauvegarder des pratiques chorégraphiques sans pour autant réduire leurs interprètes à des archives vivantes? Par quels processus peut-on rétablir une transmission altérée tout en conservant le caractère dynamique des savoir-danser ? Quelles danses plutôt que d’autres méritent une « sauvegarde urgente », pour qui et pourquoi ?

Si des conventions internationales protègent désormais de nombreux savoir-danser de par le monde, les États africains n’ont pas attendu l’existence de ces réglementations pour entreprendre des actions de patrimonialisation des danses pratiquées sur leurs territoires. Depuis les indépendances africaines, les pratiques chorégraphiques ont en effet constitué un enjeu fort des politiques culturelles nationales, dont témoignent la création de nombreux ballets nationaux et l’essor des festivals de danses « traditionnelles » largement soutenus par les pouvoirs publics. Centrées sur la notion d’authenticité culturelle et la promotion des identités nationales, ces initiatives ont donné lieu à de nouvelles mises en scène de la culture, de la tradition et de l’identité, mais aussi à des formes inédites de codification des savoir-danser locaux. Dans certains cas, cette codification a pu se faire à rebours des héritages dansés du passé tout en étant inscrite dans la fabrication de patrimoines liés à la construction des États-nations indépendants.

Le contexte actuel où ces politiques nationales et internationales de mise en patrimoine des danses s’enchevêtrent soulève de nouveaux enjeux et entraîne l’élaboration de nouvelles pratiques. Comment le processus nationaliste de collecte et de mises en spectacle des danses s’accommode-t-il avec le principe de promotion de la diversité culturelle ? Quelles places occupent les institutions chorégraphiques créées au lendemain des indépendances (Ballets nationaux, Biennale artistique et culturelle, Semaine nationale de la culture, etc.) dans le processus actuel de sauvegarde des patrimoines chorégraphiques ? Comment les différents acteurs engagés dans cette dynamique gèrent-ils les rapports de pouvoir et d’autorité liés à cette patrimonialisation de l’immatériel ?

L’entreprise patrimoniale aux prises avec la création contemporaine

Les années 1990-2000 ont été marquées par une internationalisation croissante du marché chorégraphique, et plus spécifiquement par son ouverture aux artistes du Sud. L’essor de politiques transnationales de coopération culturelle et le succès rencontré sur la scène internationale par certains danseurs et chorégraphes africains s’inscrivant dans le champ de l’art contemporain, ont fait de la danse de création une ressource nouvelle, à la fois pour les États et pour les acteurs locaux. Si les formes spectaculaires promues par les ballets nationaux dès 1960-1970 permettaient de véhiculer en Occident la grandeur de la culture africaine, de nouvelles expérimentations chorégraphiques africaines trouvent aujourd’hui une audience et une reconnaissance internationale. À ce titre, elles concentrent les gains économiques et symboliques liés à sa pratique (investissements financiers des institutions de la coopération, invitations des compagnies africaines de danse contemporaine sur les scènes de la consécration artistique). À cet égard, elles conduisent à une progressive reconfiguration des constructions du patrimoine en Afrique, comme en témoignent l’intérêt de plus en plus marqué des institutions patrimoniales pour la création contemporaine et, d’une manière générale, l’intérêt grandissant des États africains pour une discipline jusqu’alors tenue à distance (construction d’un musée de la danse jumelé au Centre de développement chorégraphique de Ouagadougou, haut-lieu de la danse contemporaine africaine ; inclusion d’une formation à la danse contemporaine au sein de la filière danse du Conservatoire National de Bamako ; financements publics de la création contemporaine, etc.).

Ce constat interroge à la fois les formes et les modalités de l’appropriation par les États de ces pratiques de création, et, symétriquement, la manière dont les danseurs et acteurs du champ chorégraphique investissent un patrimoine chorégraphique assigné et/ou revendiqué, dans leur démarche créative – patrimoine qui constitue, sur un marché de la danse contemporaine particulièrement segmenté et concurrentiel, une marque distinctive.

À partir de la présentation et de l’analyse de plusieurs contextes de création chorégraphique, il s’agira alors d’alimenter la réflexion sur les patrimonialisations en Afrique, en en identifiant les différents acteurs, les nouvelles stratégies et les effets sociaux émergents.

Parallèle et partie prenante de l’atelier, le travail de création mené par le sculpteur burkinabé Yacouba Touré sur le corps du danseur fournira un point d’appui pour discuter les processus d’artification, ou de passage à l’art, qui se jouent dans les politiques culturelles en Afrique. À partir de ce travail de création plastique réalisé dans un contexte chorégraphique, il s’agit de réinterroger les rapports entre création contemporaine et patrimoine.

Programme de l’atelier

(sous-réserve d’ajustements)

Matinales

Introduction de l’atelier

  • 9h30 -10h30 Benoit Hazard, Directeur du programme patrimoines africains, chargé de recherche au CNRS. Yacouba Toure : un cas d’artification entre patrimoine et création (titre provisoire)
  • 10h00-10h30 Yacouba Toure, artiste sculpteur – Burkina Faso. Observer et travailler sur la scène chorégraphique burkinabé et sa remise en scène.

Études

  • 10h30 Sarah Andrieu, Anthropologue, chercheure associée au CEMAf-Centre d’Études des Mondes africains. "On ne peut pas créer sans rétroviseurs". Les valeurs de la création chorégraphique ouest-africaine.
  • 11h00 Elina Djebari, CRAL EHESS - Paris. Création et patrimoine en tension. Le cas de la Biennale artistique et culturelle du Mali
  • 11h30 Altaïr Depres, chercheure associée à l’URMIS, Université Paris Diderot/IRD. Africain mais pas trop. Les injonctions paradoxales de la création chorégraphique contemporaine africaine

Vespérales

Après-midi en partenariat avec la revue AFRIKADA

13h00-13h30 Maica Gugolati , École des Hautes Etudes en Sciences sociales – Paris, Centres d'études africaines. Autour du film de Pascale Obolo "Déambulation Carnavalesque"  et des territoires " Caraïbes ".

"(...) La danse, qui est l’objet du langage visuel de la vidéo, est un pur « embodiment » (incorporation), d’une part individuel avec  sa propre singularité et d’autre part  reprend l’histoire des ancêtres. Elle est aussi une incorporation d’empathie kinesthésique et physique entre les participants des différents groupes. Plusieurs frames, qu’on peut voir dans les premières minutes de la vidéo, reflètent l’émotion corporelle produite parla musique ressentie à travers le mouvement dansant.

Avec ces deux mascarades, le corps  dansant vit un processus d’incorporation et de vécu de transgression,  contestation et rébellion historique dans la liberté du to Play (jouer) soi même. La fluidité (et le changement continu) des mouvements de danse pendant le carnaval où la danse  est urbaine, est paradoxalement un free-style codifié. Elle  amène par conséquence le changement formel du carnaval de Trinidad en chaque représentation (...).

- « Déambulation carnavalesque »: un film de Pascale Obolo, 8 minutes. Tourné en super 8, le film associe le spectateur aux danses et à l’errance des masquereders enduits  de peinture, qui dansent dans les rues de Port of Spain (Trinidad et Tobago) lors du « Jouvert ». Jouvert, jour d’ouverture du carnaval, exprime la liberté retrouvée des esclaves en 1838. Pleine de poésie picturale, l’oeuvre de Pascale Obolo est une fresque dansée dont les mouvements créent un pont entre l’Afrique et la diaspora caribéenne.

13H30-14H00 Nabou Diop, chorégraphe / Louisa Babari, revue Afrikadaa

Chorégraphe, danseuse et chanteuse sénégalaise, née en Côte d’Ivoire, figure singulière de la danse africaine contemporaine, Nabou Diop a vécu et travaillé en France et au Sénégal. Débutant sa carrière avec le ballet congolais Lemba, puis avec le mythique groupe Touré Kunda, se produisant sur les cinq continents, son oeuvre nourrie de chorégraphies traditionnelles de l'Afrique de l'Ouest, a permis à la danse africaine d’aborder diverses influences et de s’inscrire dans un langage formel contemporain.

Présentation du film de Louisa Babari « Nabou Diop »

Documentaire, 19 minutes, couleur, DV.Version originale: Français
Réalisation: Louisa Babari. Montage: Pascale Obolo
Musique: Ramiro Naka, Youssou N’Dour. Production & distribution: scenarioindustrie. France.
Année de production: 2009.
Festival International du Film Panafricain, Cannes, 2009
Portrait de l’artiste, le film revient sur le parcours de Nabou Diop et son rôle au sein du patrimoine dansé africain.

14h00-14h30 Pascale Obolo, cinéaste. Projet : Decolonize Architecture Now/ Occupy Schloss von Puttkammer 2013

Ce projet artistique élaboré par la cinéaste camerounaise Pascale Obolo et la plasticienne allemande  Caecilia Tripp est une plongée dans les enjeux de la mémoire coloniale germano-camerounaise. Les artistes proposent d’interroger les mémoires croisées de la colonisation telles qu’elles se sont construites en Allemagne et au Cameroun, tout en invitant à analyser les « politiques » et les « usages » de ces mémoires à travers un dialogue artistique avec les disciplines du cinéma, de la danse et la littérature. Schloss von Puttkamer est un château bavarois construit dans la ville de Buéa au pied du mont Cameroun, un volcan en activités, l’occupant comme un symbole du pouvoir, de surveillance et d’autofiction coloniale. Initiative de Jesko von Puttkamer qui décida de faire de Buéa la capitale du Cameroun à la place de Douala pour construire son Puttkamerschlßchen sur le Mont Cameroun : montagne de cette “promesse” d’un système de plantation coloniale.

14H30-15H00 Stanne Gold Djemba, danseuse et chorégraphe.

Danseuse et chorégraphe américano - camerounaise, Stanne Gold Djemba enseigne à Paris; Remettant en question l'enseignement des danses africaines en Europe, elle crée une méthode d'enseignement thérapeutique de la danse, l'Original Afro Dance. Elle réfléchit à l'aspect thérapeutique de l'apprentissage des danses et sur le rapport corps / danse. Par la prise de conscience des différentes parties du corps et par la recherche d’un juste rapport à la pesanteur, elle permet d’acquérir : le lâcher prise, l’enracinement, la verticalité, la maîtrise du rythme et de l’espace, ainsi que la coordination des gestes. Pour parvenir à ces acquisitions, il est nécessaire, comme l’enseigne la tradition africaine initiatique, de mettre en éveil la sensorialité du corps (tactile, visuelle, auditive et kinesthésique) et de développer une présence d’esprit à ses sensations. Son travail est à l'origine d'une publication dont la sortie est prévue fin 2013.

15h00-15h30
- Conclusion de la journée sous forme d’une discussion générale avec tous les présents


Nocturnales

16h00 Pôt autour de l’exposition

Lieux

  • Salle du Centre d'études africaines - 2 eme étage - 96 boulevard Raspail
    Paris, France (75006)

Dates

  • mercredi 12 juin 2013

Mots-clés

  • danse contemporaine, Afrique, patrimoine, création, politique culturelle

Contacts

  • benoit Hazard
    courriel : bhazard [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • benoit Hazard
    courriel : bhazard [at] msh-paris [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Corps et patrimoine dans l’espace chorégraphique africain », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 29 mai 2013, http://calenda.org/249796