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Archives des savoirs : problèmes et enjeux

Archives of knowledge: problems and issues

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Publié le mercredi 05 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les archives sont au centre de débats et de réflexions : se pose la question de leur définition, gestion, conservation et utilisation. Partant de ce constat, nous nous intéressons plus particulièrement aux archives des enseignants-chercheurs : celles que nous qualifions d’archives des savoirs. En effet, dès le Moyen Âge, la recherche scientifique, qu’il s’agisse de sciences humaines, sociales, expérimentales, produit différents types d’archives. Ces matériaux bruts deviennent, à plus ou moins long terme, source de recherches. Les archives des savoirs peuvent être collectives ou individuelles, mais dans les deux cas elles possèdent une valeur intellectuelle pour les institutions au sein desquelles elles sont produites.

Annonce

Argumentaire

Depuis quelques années, les archives sont au centre de débats, de controverses et de préoccupations diverses qui ont largement débordé les milieux patrimoniaux et historiques. Signe paradoxal de cette centralité : la singularisation du mot. On parle plus volontiers aujourd'hui de l'archive que des archives. Manière de contourner ou de conjurer l'institution, le lieu et le dépôt, au profit d'une extension sémantique qui vise des supports, des contenus et des usages qui se sont diversifiés. Tout devient archive et l'archive paraît ainsi retrouver son sens matériel et ontologique pour désigner l'origine, le commencement, le primitif, le matériau brut.

Dans un moment de conversion numérique irréversible, l'archive se confronte à la fragilité des supports. Parce que l'archive est incertaine, archiver devient une obsession de notre temps. Enjeu d'un avenir problématique, l'archive n'est plus seulement une trace, un vestige, une relique, mais l'expression d'une consignation, d'une conservation et d'une préservation de notre présent.

Du Moyen Âge au XXIe siècle, qu'en est-il des archives des savoirs et plus particulièrement des archives de la recherche scientifique toutes disciplines confondues ? La mise en forme du savoir ne contribue-t-elle pas précisément à une mise à l'écart, à un effacement systématique des traces ? L'archive serait ici le brouillon, la rature, ou alors le reste, la scorie qui a échappé ou résisté à la mise au propre, à l'écriture, à la réduction à la formule. Pourtant les traces du processus même de la recherche constituent une manière de déconstruire des certitudes, de comprendre comment une idée s’est esquissée, comment des connaissances nouvelles se sont élaborées.

Par ailleurs, la marginalisation de l'archive n'a pas nécessairement entravé la mise en forme mémorielle des savoirs. L'archive peut ainsi devenir en soi un trésor, une relique, ou plus prosaïquement une ressource supplémentaire, le prolongement d'une leçon, d'une transmission, ou encore un lieu de mémoire.

Oscillant entre archéologie, mémoire et commémoration, la relation de l'archive avec les savoirs paraît complexe. Dans un moment de transformation rapide des savoirs, de l'obsolescence accélérée des supports, il importe d'interroger ce lien. Les archives sont génériquement publiques et collectives, produites par des institutions ou des organisations. Les savoirs qui ne se réduisent pas à une activité administrative sont aussi le produit de processus de créations et de conceptions personnelles et collectives.

De source classique de l'histoire, l'archive est devenue aussi un lieu d'exploration, d'interrogations originales mais aussi de nouvelles recherches. L'archive des savoirs ouvre dès lors d'autres perspectives pour les praticiens des savoirs : elle n'est pas seulement source pour une histoire des pratiques mais également un élément, un ensemble de données, de documents pour la mise en œuvre de ces pratiques elles-mêmes, de leur dépassement.

Dans le but de reprendre les questions même les plus simples en apparence, ce colloque international se propose d'approfondir cette problématique à partir des trois registres d'interrogations suivants :

  • Archives des savoirs, savoirs de l'archive

Que sont les archives des savoirs ? S'agit-il seulement des brouillons ou des restes de la production scientifique ? Quelle est la spécificité de cette archive ? Comment les producteurs de savoirs et les institutions dans lesquelles ils œuvrent se positionnent-ils à l'égard de leurs archives ? Quelles sont les stratégies de collectes et de conservation ? Quels savoirs spécifiques s'élaborent à partir et dans l'archive ? Comment se distribue la relation inégale des savoirs face à l'archive ?

De quelle accumulation l'archive est-elle le signe ? Pourquoi, pour quoi et pour qui conserve-t-on les archives des savoirs ? Symétriquement, de quels savoirs l'archive relève-t-elle et quelles sont les incidences des transformations des savoirs sur l'archive ? Comment le numérique transforme-t-il l'archive ?

  • Archives personnelles, archives collectives

Qu'en est-il précisément de la tension entre archives des personnes et des groupes ? Quelles sont les clés de l'articulation entre sphère privée et sphère publique, dimension individuelle et dimension collective ? A qui « appartiennent » les archives produites par les chercheurs ? Comment s'établissent les fonds personnels ? Comment se définissent précisément les archives collectives des savoirs ? Quelles en sont les configurations organisatrices et les dimensions politiques sous-jacentes ?

Dans quelle mesure la construction disciplinaire est-elle un cadre structurant ? Comment s'articule le lien entre archives institutionnelles (les lieux des savoirs, notamment l'université, les laboratoires, etc.) et les archives des disciplines ? Pour prolonger la réflexion, quels sont les enjeux entre archives institutionnelles et archives disciplinaires dans les Archives ouvertes (Open archive) ?

  • Usages de l'archive

De quelles archives a besoin l'histoire des savoirs ? Quelle histoire les archives des savoirs, telles qu'elles ont été diversement conservées, permet-elle d'écrire ?

De quelles manières cette ressource potentielle est-elle sollicitée dans les diverses pratiques de savoir ? Comment les archives peuvent-elles être utilisées dans la mise en œuvre de nouvelles formes de savoir, dans la documentation de nouvelles questions, de nouvelles problématiques ? Quels rapports de pouvoir se dévoilent dans la manière dont individus et institutions convoquent, interprètent, valorisent ou délaissent les archives des savoirs ? De quels savoirs enfin les archives sont-elles elles-mêmes l’enjeu ?

Telles sont quelques-unes des questions que nous souhaitons développer à l'occasion du colloque international qui réunira des chercheurs, des historiens et des archivistes, à Genève, du 19 au 21 juin 2014.

Modalités de soumission

Les personnes intéressées à présenter une communication dans le cadre de ce colloque sont invitées à nous adresser un titre, un bref résumé de leur contribution (ca. 300 mots), en précisant leur fonction ainsi que leur affiliation institutionnelle, en anglais ou en français,

jusqu'au 31 octobre 2013.

Comité scientifique

(incluant le comité d’organisation*)

  • Bruno Bachimont, Directeur de recherche UTC, Compiègne
  • Jean-François Bert*, Faculté de théologie et de science des religions, Institut religion, culture, modernité, UNIL
  • Blandine Blukacz-Louisfert, Chef de la Section de la mémoire institutionnelle, Bibliothèque de l'Office des Nations Unies à Genève
  • Françoise Briegel*, Maison de l’histoire, UNIGE
  • Roger Chartier, Professeur au Collège de France
  • Yann Decorzant*, Faculté des sciences économiques et sociales, Institut d’histoire économique Paul Bairoch, UNIGE
  • Antoine Fleury*, Faculté des lettres, UNIGE
  • Pierre Flückiger, Archiviste d’Etat, Genève
  • Anthony T. Grafton, Professor, Princeton University
  • Michel Grandjean*, Faculté de théologie, direction de la Maison de l’histoire, UNIGE
  • Didier Grange, Archiviste de la Ville de Genève
  • Rita Hofstetter*, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Archives Institut Jean-Jacques Rousseau, UNIGE
  • Christian Jacob, Directeur de recherche CNRS, directeur d’étude EHESS
  • Bertrand Müller*, Faculté des lettres, UNIGE, CNRS
  • Emmanuelle Picard, Maître de conférence, ENS, Lyon
  • Krzysztof Pomian, Professeur, directeur de recherche émérite CNRS
  • Philip Rieder*, Faculté des lettres, Maison de l’histoire, UNIGE
  • Olivier Robert, Archiviste de l'Université de Lausanne
  • Barbara Roth, Conservatrice des manuscrits et des archives privées, Bibliothèque de Genève
  • Dominique Torrione-Vouilloz*, Archiviste de l’Université de Genève
  • Sonia Vernhes Rappaz*, Adjointe scientifique, Maison de l’histoire, UNIGE, Sonia.VernhesRappaz@unige.ch
  • Fernando Vidal, Professeur, Histoire de la Médecine, Barcelone

Lieux

  • Université de Genève - 5 rue de Candolles
    Genève, Confédération Suisse (CH-1211)

Dates

  • jeudi 31 octobre 2013

Mots-clés

  • archives, chercheurs, disciplines, enseignants, épistémologie, savoirs, scientifiques

Contacts

  • Sonia Vernhes Rappaz
    courriel : sonia [dot] vernhesrappaz [at] unige [dot] ch

Source de l'information

  • Sonia Vernhes Rappaz
    courriel : sonia [dot] vernhesrappaz [at] unige [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Archives des savoirs : problèmes et enjeux », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 05 juin 2013, http://calenda.org/252039