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Vers une histoire des théories phono-symboliques

Toward a history of phono-symbolic theories

Les traditions de l'iconicité linguistique et l'apport de Charles de Brosses

The traditions of linguistic iconicity and the contribution of Charles de Brosses

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Publié le jeudi 13 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

Ce colloque vise à rassembler des chercheurs de différentes disciplines pour étudier les formes que l'hypothèse d'un rapport motivé entre le son et le sens du langage a assumées au cours de l'histoire dans les différentes traditions. Plusieurs types d'approches et de questionnements sont envisageables. En quoi consiste exactement le rapport que la théorie établit entre le son et le sens du langage ? Quelles sont les formes, les éléments, les phénomènes concernés ? Est-il possible d'expliquer les valeurs phono-symboliques proposées par une analyse de propriétés phono-articulatoires ? Quels sont les critères pour évaluer les points forts et les faiblesses de la théorie ? Quelle est sa fonction dans la pensée de l'auteur ? Quel est son rôle dans le contexte culturel de son époque ? Quels sont ses enjeux descriptifs, méthodologiques, épistémologiques, métaphysiques ?

Annonce

« Vers une histoire des théories phono-symboliques. Les traditions de l'iconicité linguistique et l'apport de Charles de Brosses », colloque international - Dijon, 20-21 février 2014, Université de Bourgogne - Conseil Régional de Bourgogne

Argumentaire

Une partie non négligeable de la recherche récente en neurosciences cognitives semble aujourd'hui remettre en valeur l'hypothèse d'un rapport originairement motivé entre phonétique et sémantique (Rizzolatti et Arbib 1998, Ramachandran et Hubbard 2001, Gentilucci et al. 2001, Maurer et al. 2006, Rizzolatti et Craighero 2007, Imai et. al 2008, Ozturk et al. 2012). Confrontés à la méfiance de la plupart des linguistes modernes sur ce sujet et à la rareté des ouvrages de linguistique le concernant (exceptions : Hinton et al. 1994, Hamano 1998, Voeltz et Kilian-Hatz 2001, Bohas et Dat 2007), ces scientifiques ont parfois été obligés de mobiliser des auteurs d'un passé révolu pour articuler un discours autour des données expérimentales dont ils disposent. Ainsi Rizzolatti et Craighero citent à plusieurs reprises Condillac (1715-1780), tandis que Ramachandran et Hubbard ont recours, sans le citer, à un célèbre argument de Nigidius Figulus (98-45 av. J.-C.). Si, d'une part, cette situation signale une faiblesse de la recherche actuelle en sciences du langage face aux apports des sciences de la nature, elle suggère, d'autre part, que l'histoire des théories sur le langage, grâce au recul épistémologique qu'elle permet, pourrait fournir un précieux terrain de médiation pour engager un échange fructueux entre ces deux domaines disciplinaires.

L'histoire des théories qui font une place importante au rapport de similarité ou d'analogie entre le son et le sens du langage est en effet riche et ancienne. Dans la plupart des principales traditions écrites (notamment occidentale, juive, arabe, indienne, japonaise), ces spéculations, souvent liées aux questions de l'origine ou de la création de l'humanité et du monde, émergent dans les toutes premières étapes de la réflexion métalinguistique (dans les Upanishad en Inde,chez Platon en Grèce, chez Kukaï au Japon…) et refont souvent surface à l'occasion de grandes mutations dans l'histoire des civilisations (par exemple avec Nigidius Figulus à la fin de la République romaine, ou encore avec John Wallis et Charles de Brosses peu avant les Révolutions anglaise et française). Les formulations de ces théories sont extrêmement variées, non seulement du point de vue des genres textuels concernés (textes scientifiques, philosophiques, littéraires, religieux, etc.) et de celui de leurs fonctions politico-culturelles (théories mystiques ou matérialistes, révolutionnaires ou réactionnaires, marginales ou institutionnelles, etc.), mais également du point de vue des solutions techniques, méthodologiques et épistémologiques adoptées (théories constatives de l'imitation du réel et théories performatives de son instauration ; théories iconiques de la similarité son-sens et théories indexicales de la contigüité voix-monde ; théories du son-image, du son-diagramme et du son-métaphore ; théories onomatopéiques, phono-symboliques ou phono-sémantiques, fondées sur l'audition ou sur la motricité articulatoire, etc.). Le plus souvent oubliées ou méconnues, ces hypothèses constituent, dans leur ensemble, un immense patrimoine d'idées, de problèmes et parfois de solutions sur le rapport entre le langage et l'esprit, tantôt bizarrement naïfs, tantôt étonnamment raffinés, toujours profondément stimulants, grâce à leur hétérogénéité radicale par rapport au cadre épistémologique actuel. Un patrimoine qui nécessite le travail du linguiste, de l'historien, du philosophe, de l'anthropologue, de l'épistémologue pour être dégagé de ses encodages désormais cryptiques et resitué dans ses propres coordonnées culturelles permettant de le comprendre et de l'exploiter.

Des théories de ce type se trouvent par exemple (à des niveaux d'élaboration très différents) dans la Chandogya Upanishad (II, 22), puis chez Platon (Cratyle, 422e-427d), Épicure (Lettre à Hérodote, 75-76), Nigidius Figulus (chez Aulu-Gelle, X, 4), Denys d'Halicarnasse (De compositione verborum, XVI, 4), Origène (Contra Celsum, I, 24), Jamblique (De mysteriis Aegyptiorum,VII, 5), Augustin (De Dialectica, VI et VII), dans le Sefer Yetsirah, chez Kuukaï (Shoji Jisso Gi), Abhinavagupta (Paratrisikavivarana et Tantraloka ch. III), Ibn Jinni, Abraham Aboulafia, Henri de Gand (Summa quaestionum ordinariarum, ch. LXXIII), Jacob Böhme (Mysterium magnum), John Wallis (1653 : ch. XIV), Leibniz (1710 et 1765 :ch. III, 2), Giambattista Vico (1744: ch. I, 3, 57 et II, 2, 4), Charles de Brosses (1765 : ch. I et VI), Condillac (1775 : ch. I, 2), Court de Gébelin (1774-1783 et 1776), Melchiorre Cesarotti (1785), Dieudonné Thiébault (1802), Carlo Denina (1804), Charles Nodier (1808 et 1834 : ch. I-III), Abel-François Villemain (1835), Wilhelm von Humboldt (1836 : ch. 10), Ernest Renan (1848), Honoré Chavée (1849), Karl Wilhelm Heyse (1856), Adolphe Pictet (1859), Hensleigh Wedgwood (1866), Edward Tylor (1871 : vol. I), Jean Pierre Brisset (1883, 1900, 1913), Georg van der Gabelentz (1891), Wilhelm Wundt (1900 : ch. I, 1), Maurice Grammont (1901, 1933 : ch. III), Otto von Jespersen (1922 ch. XX-XXI), Edward Sapir (1929), Wolfgang Köhler (1929), Richard Paget (1930), Stanley Newman (1933), Dwight Bolinger (1949), Maxime Chastaing (1958, 1962, 1964, 1966), Jean-Michel Peterfalvi (1964, 1966, 1970), Roman Jakobson (1965), Pierre Guiraud (1967 : ch. 3), Ivan Fónagy (1983, 2001), Stanislav Voronine (1983), et sans doute beaucoup d'autres que nous ne connaissons pas encore.

La littérature critique sur le sujet est désormais abondante. Nous ne rappellerons que quelques repères fondamentaux. Un point de départ peut être situé dans les années soixante avec, d'une part, la thèse d'André Padoux, Recherches sur la symbolique et l'énergie de la parole dans certains textes tantriques (1963) et, d'autre part, la revue de Jean-Michel Peterfalvi, « Les recherches expérimentales sur le symbolisme phonétique » (1965). Dans le domaine sémitique le tournant est représenté sans doute par l'essai de Gershom Scholem Der Name Gottes und die Sprachtheorie der Kabbala (1970) retraçant le premier profil philologiquement fondé de la théorie cabaliste du langage au Moyen-Âge. Malgré son approche sarcastique, Mimologiques de Gérard Genette (1976) représente une autre étape importante en tant que première tentative de fournir une synthèse de la tradition occidentale. Pour la partie moderne, on l'intégrera avec La charpente phonique du langage de Roman Jakobson et Linda Waugh (1979 : ch. 4) et Le sens du signifiant de Philippe Monneret (2003 : ch. 1-2). À partir des années 1980, les travaux sur le sujet se multiplient. On citera au moins les recherches de Jürgen Trabant sur Humboldt (1985, 1990, 1992), de Moshe Idel sur Aboulafia et la kabbale (1987, 1988, 1989), de Donatella Di Cesare sur Humboldt et Hamann (1989, 1998, 2001), de Stefano Gensini sur Leibniz (1991, 1995), d'Irène Rosier-Catach sur Henri de Gand (1995), de John Joseph (2000) et David Sedley (2003) sur le Cratyle, de Raffaele Torella sur Abhinavagupta (2004), de Luca Nobile sur de Brosses et Condillac (2007, 2011, 2012). Le moment est peut-être venu de tenter un nouveau bilan d'ensemble. On remarquera dans cette perspective que Keith Allan, l'éditeur de l'Oxford Handbook of History of Linguistics (2013), a intégré dans la dernière édition un chapitre sur l'histoire du symbolisme phonétique, confié à Margareth Magnus.

Le présent colloque vise à rassembler des contributions sur les théories phono-symboliques du passé. Plusieurs types d'approches et de questionnements sont envisageables. En quoi consiste exactement le rapport que la théorie établit entre le son et le sens du langage ? Quelles sont les formes, les éléments, les phénomènes concernés ? Est-il possible d'expliquer les valeurs phono-symboliques proposées par une analyse de propriétés phono-articulatoires ou graphico-visuelles ? Quels sont les critères pour évaluer les points forts et les faiblesses de la théorie ? Quelle est sa fonction dans la pensée de l'auteur ? Quel est son rôle dans le contexte culturel de son époque ? Quels sont ses enjeux descriptifs, méthodologiques, épistémologiques, métaphysiques ?

Modalités de soumission

Les langues du colloque sont l'anglais et le français.

La durée des communications sera de 20 minutes (+ 10 minutes de discussion).

  • Les propositions seront constituées d'un résumé de 500 mots suivi d'une brève bibliographie.

Elles doivent être envoyées par email à Luca Nobile : luca.nobile@u-bourgogne.fr

  • Le terme pour l'envoi des propositions est le 30 octobre 2013.

L'acceptation sera communiquée le 30 novembre 2013.

Le colloque aura lieu les 20 et 21 février 2014  à l'Université de Bourgogne, Dijon, France.

Une sélection des contributions sera proposée à l'éditeur John Benjamins d'Amsterdam.

Les articles proposés à la publication devront être rédigés en anglais.

Organisateur et responsable scientifique

Luca Nobile (Université de Bourgogne)

Comité organisateur

Philippe Monneret (Université de Bourgogne), Odile Leclercq (Université d'Aix-Marseille), Thomas Verjans (Université de Bourgogne), Jean-Baptiste Goussard (Université de Bourgogne), Sergueï Tchougounnikov (Université de Bourgogne), Pilar Mompeán Guillamón (Universidad de Castilla la Mancha), Ekaterina Voronova (Université de Bourgogne), Mariangela Albano (Université de Bourgogne), Samuel Bidaud (Université de Bourgogne).

Comité scientifique

Kimi Akita (Université d'Osaka), Sylvain Auroux (CNRS Paris), Émilie Aussant (CNRS Paris), Samir Bajric (Université de Bourgogne), Marc Baratin (Université de Lille 3), Bernard Colombat (Université de Paris 7), Alessandro Garcea (Université de Lyon 2), Olga Fischer (Université d'Amsterdam), Shoko Hamano (Université de Washington), Tetyana Kozlova (Université de Zaporizhzhya), Odile Leclercq (Université d'Aix-Marseille), Edoardo Lombardi Vallauri (Université de Rome 3), Philippe Monneret (Université de Bourgogne), Luca Nobile (Université de Bourgogne), Kazuko Shinohara (Université de Tokyo).

Le colloque est financé par le Conseil Régional de Bourgogne et par l'EA 4178 CPTC "Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures" de l'Université de Bourgogne.

Lieux

  • Université de Bourgogne, Maison des Sciences de l'Homme, Amphithéâtre - 2, bd Gabriel
    Dijon, France (21)

Dates

  • mercredi 30 octobre 2013

Mots-clés

  • iconicité, symbolisme phonétique, onomatopée, théorie du signe, théorie du langage, voix, articulation, synesthésie, phonologie

Contacts

  • Luca Nobile
    courriel : luca [dot] nobile [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Luca Nobile
    courriel : luca [dot] nobile [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Vers une histoire des théories phono-symboliques », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 13 juin 2013, http://calenda.org/253166