AccueilLa pensée sociale française face au droit (XVIIIe-XXe siècle)

La pensée sociale française face au droit (XVIIIe-XXe siècle)

French social thought in the face of law (18th-20th century)

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Publié le jeudi 19 septembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

Quels sont les liens que la pensée sociale française a tissé et entretenu avec les notions de droit et d'individu ? Cette journée d'étude abordera la question en tentant de cerner les effets produits par une pensée sociologique sur le droit et, inversement, les impacts de l'évolution post-révolutionnaire du droit sur la sociologie naissante. Il s'agira de reconstruire dans toutes sa complexité l'histoire de la pensée sociale française face au droit, de Saint-Simon à Gurvitch en passant par Durkheim et Duguit, des lendemains de la Révolution aux premières ébauches de l'Etat social. Nos réflexions seront guidées par l'hypothèse selon laquelle la séquence historique qui va de la critique du droit et de l'individualisme à leur réhabilitation sociologique touche à des questions qui sont aujourd'hui encore les nôtres. 

Annonce

Organisée par le Centre de théorie politique (ULB) et le Phi-Centre de recherches en philosophie (ULB).
Avec le soutien du projet ERC "Human Rights versus Democracy" et du FRS-FNRS.

Présentation

Les historiens des idées ont insisté sur le fait que la sociologie française puise sa source dans un courant de pensée contre-révolutionnaire. Aux lendemains de la Révolution s’est développée en France une pensée originale et hérétique, réagissant aux excès et aux désordres qui ont suivi la chute de l’Ancien régime. Selon des auteurs comme Bonald et Maistre, les causes profondes de l’« anarchie » révolutionnaire remontaient aux principes de 1789. Parmi ces principes furent tout particulièrement fustigés l’« individualisme », « maladie du monde occidental » (Comte), et l’idée concomitante de « droits naturels » dont seraient pourvus les individus.

En admettant que la pensée sociale française se soit en amont construite au travers d’une opposition entre souveraineté de l’individu libéral et autorité de l’ordre social, entre droits individuels et primauté des liens sociaux, comment alors expliquer qu’elle ait pareillement contribué en aval à l’idée, qui émerge au tournant des XIXe et XXe siècles, d’un « droit social » ? Au regard de sa généalogie, la notion de « droit social » n’apparaît-elle pas comme hautement paradoxale, voire purement et simplement contradictoire ? Pour le dire encore autrement : comment une critique sociologique du droit et de l’individualisme s’est-elle renversée en une revalorisation sociale du droit et de l’individu ? Dans un texte célèbre publié en 1898, Durkheim faisait état d’un tel basculement : « Non seulement l'individualisme n'est pas l'anarchie, mais c'est désormais le seul système de croyances qui puisse assurer l'unité morale du pays ». En distinguant un ‘bon’ (« spiritualiste », « français » et « allemand ») d’un ‘mauvais’ individualisme (« utilitariste », « anglais »), Durkheim ouvrait la voie à une conception sociologique du droit qu’allaient emprunter à leurs façons des auteurs comme Maurice Hauriou et Léon Duguit.

Le but de cette journée d’étude sera de retracer les liens ambivalents que la pensée sociale française a entretenus avec les notions de droit et d’individu depuis ses origines à la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la première moitié du siècle dernier. Au cours des interventions, nous tenterons de cerner les effets produits par la pensée sociologique sur le droit et, inversement, l’impact de l’évolution post-révolutionnaire du droit sur la sociologie naissante. Il s’agira ainsi de reconstruire dans toute sa complexité l’histoire intellectuelle de la pensée sociologique face au droit, de Saint-Simon à Gurvitch, des lendemains de la Révolution aux premières ébauches de l’Etat social. Nos réflexions seront guidées par l’hypothèse que la séquence historico-intellectuelle qui va de la critique du droit et de l’individualisme à leur réhabilitation sociologique touche à des questions qui sont aujourd’hui encore les nôtres.

Programme

9h30-10h30 : "L'idée mystique de la solidarité sociale : la peine de mort de Maistre à Ballanche", par Jean-Yves Pranchère (ULB)

10h45-11h45 : "Le statut du droit chez les saint-simoniens", par Frédéric Brahami (Université Franche-Comté)

11h45-12h45 : "Autour de la raison collective. Normes sociales et justice chez Pierre-Joseph Proudhon", par Anne-Sophie Chambost (Université Paris-Descartes)

14h-15h : "Durkheim et l'idée de contrat social", par Louis Carré (FNRS-ULB)

15h-16h : "Droit social et critique de la démocratie : les paradoxes de la règle du droit chez Duguit", par Philippe Crignon (Université Bordeaux)

16h-17h : "La Déclaration des droits sociaux de Goerges Gurvitch : un programme conscient d'action politico-sociale", par Alain Loute (CPDR, UCL)

17h15-19h : Table ronde autour du livre de Bruno Karsenti (EHESS-Paris) D'une philosophie à l'autre. Les sciences sociales et la politique des modernes

Lieux

  • Salle Spaek, Institut d'Etudes Européennes (Universite libre de Bruxelles) - Av. F.D. Roosevelt 39
    Bruxelles (Ixelles), Belgique (1050)

Dates

  • jeudi 17 octobre 2013

Mots-clés

  • droit, pensée sociale française, critique des droits de l'homme, État social

Contacts

  • Louis Carré
    courriel : lcarre [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Louis Carré
    courriel : lcarre [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« La pensée sociale française face au droit (XVIIIe-XXe siècle) », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 19 septembre 2013, http://calenda.org/259789