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Entre abondance et rareté : eau et sociétés dans le monde arabo-méditerranéen et les pays du Sud

Between abundance and rarity: water and societies in the Arab-Mediterranean world and the southern countries

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Publié le lundi 07 octobre 2013 par Élodie Faath

Résumé

L’eau, c’est la vie, ou la base de la vie. Cette affirmation, dictée par le bon sens et fréquemment érigée en proverbe, mériterait-elle que l’on s’y attarde si la crainte (fondée ou non) de voir l’humanité un jour privée d’eau ne lui conférait une lancinante actualité ? En fait, il s’agit là d’une manière réductrice de poser la question. Que les plus grands spécialistes parviennent à démontrer rigoureusement qu’aucune pénurie globale d’eau douce n’est à redouter dans un avenir prévisible devrait certes soulager la conscience de la partie de l’humanité qui jouit d’un confort matériel minimal. Par contre, que changerait une telle nouvelle au sort de tous ceux qui ne disposent pas d’un accès régulier à l’eau potable ou qui sont exposés aux multiples maladies transmises par l’eau, aux catastrophes naturelles liées à l’eau, etc. ? Raisonner exclusivement en termes de disponibilités physiques revient à éluder le caractère éminemment social des règles d’accès à l’eau, quels que soient les lieux et les époques.

Annonce

Argumentaire

Tunisian-Mediterranean Association for Historical, Social and Economic Studies (T.M.A. for H.S.E.S.) organisera le 28, 29, et 30 Avril 2014 à Béja (Tunisie), son sixième Colloque international sur le thème : « Entre abondance et rareté » : eau et sociétés dans le monde arabo-méditerranéen et les pays du Sud

L’eau, c’est la vie, ou la base de la vie. Cette affirmation, dictée par le bon sens et fréquemment érigée en proverbe, mériterait-elle que l’on s’y attarde si la crainte (fondée ou non) de voir l’humanité un jour privée d’eau ne lui conférait une lancinante actualité ?

En fait, il s’agit là d’une manière réductrice de poser la question. Que les plus grands spécialistes parviennent à démontrer rigoureusement qu’aucune pénurie globale d’eau douce n’est à redouter dans un avenir prévisible devrait certes soulager la conscience de la partie de l’humanité qui jouit d’un confort matériel minimal. Par contre, que changerait une telle nouvelle au sort de tous ceux qui ne disposent pas d’un accès régulier à l’eau potable ou qui sont exposés aux multiples maladies transmises par l’eau, aux catastrophes naturelles liées à l’eau, etc. ? Les discours médiatiques sur la « rareté croissante » de cette ressource vitale ne tendraient-ils pas surtout à occulter le caractère inéquitable de sa répartition[1] ? Raisonner exclusivement en termes de disponibilités physiques revient à éluder le caractère éminemment social des règles d’accès à l’eau, quels que soient les lieux et les époques.

I. Facteurs naturels et action humaine : qu’est-ce que la « rareté » de l’eau ?

Il importe certes de tenir compte de l’infinie variété des conditions imposées par la Nature à la vie et l’activité humaine. Les paradoxes sautent à l’esprit, comme celui du lac Baïkal au cœur de la Sibérie, gigantesque réserve d’eau douce (20 % de celles de la planète) quasi inexploitée, tandis qu’aux quatre coins du monde, des lacs de toutes tailles se réduisent dangereusement par suite de pressions anthropiques diverses. Parmi les plus grands fleuves du monde, certains traversent d’immenses régions restées longtemps quasi vides d’habitants (Amazonie, bassin du Congo), d’autres au contraire sont au centre des plaines les plus peuplées du monde (Chine, Inde, Asie du Sud-est), d’autres enfin traversent une série de pays présentant de très forts contrastes climatiques et démographiques (cas du Nil). Mais le principal facteur discriminant est bien sûr le régime pluviométrique. De ce point de vue, l’écart est brutal entre les zones tempérées, bénéficiant dans l’ensemble de précipitations abondantes et bien réparties sur l’année, et les zones soumises à de sérieuses contraintes ou pénuries : cas entre autres d’une grande partie du Bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. Au sud du Sahara, les pays du Sahel souffrent de l’aridité, malgré un volume annuel de précipitations relativement élevé, en raison de l’irrégularité des pluies et de leur concentration sur une période très courte de l’année. En comparaison, les zones tropicales humides d’Afrique, d’Asie et d’Amérique bénéficient de conditions globalement favorables, avec toutefois des variations sensibles selon la longueur de la saison sèche.

A l’échelle du Bassin méditerranéen, c’est la diversité qui est de règle, compte tenu du relief et de divers facteurs naturels : la discontinuité entre régions voisines se répercute sur les modes d’occupation et de mise en valeur. Mais les différences observées ne s’expliquent pas tant par un déterminisme physique que par les modes d’organisation sociale et les choix concrets effectués par les sociétés concernées au niveau des systèmes de production. Les contraintes climatiques peuvent peser lourdement sur l’activité économique et le niveau de vie, sans jouer pour autant un rôle exclusif : certaines des régions les mieux arrosées peuvent être parmi les plus pauvres. A l’inverse, l’insuffisance de l’eau du ciel stimule parfois le développement d’une agriculture irriguée dynamique – dont la viabilité suppose néanmoins une gestion équilibrée des ressources (surtout des eaux souterraines).

Une sécheresse prolongée est souvent à l’origine de famines, même si elle se conjugue avec d’autres facteurs de crise – dont la pauvreté, phénomène à caractère social. On se souvient de la tragédie qui a frappé l’Afrique sahélienne et l’Ethiopie au début des années 1970. Depuis lors, les vagues de sécheresse se succèdent, touchant une part croissante du continent, mais les interventions plus rapides de la communauté internationale permettent de limiter (relativement) les pertes humaines. En Inde, pays où les données météorologiques sont systématiquement relevées depuis plus de deux siècles, la fréquence des sécheresses ne présente aucun accroissement régulier. Les plus graves des sécheresses récentes (1987 et 2009) n’auraient provoqué aucune perte en vies humaines, les autorités indiennes ayant elles-mêmes assuré les secours aux populations sinistrées en dehors de toute aide extérieure.

Selon les rares estimations disponibles, les grandes sécheresses enregistrées à l’échelle mondiale entre 1970 et 2009 (428 cas au total) auraient provoqué environ 558.500 morts et affecté un total cumulé de quelque 1.625,4 millions de personnes[2] : mais alors que le continent africain représenterait à lui seul 99 % des décès (sur 43 % des cas), il ne concernerait que 16 % de la population totale affectée, contre 80 % en Asie. Si le continent africain apparaît donc le plus exposé aux sécheresses sur le plan « naturel », son principal handicap est de loin d’ordre socio-économique : l’extrême pauvreté de très larges fractions des populations amplifie de manière démesurée leur vulnérabilité aux aléas climatiques.

Il convient de préciser par ailleurs que nombre de pays ou régions les plus exposés à la sécheresse le sont également au fléau opposé, à savoir les inondations, dont les dégâts sont en général bien plus graves encore. Ceci peut être illustré par le cas du Pakistan, dont 60 % de la superficie totale est classée comme aride (pluviométrie annuelle inférieure à 200 mm). 82 % des superficies cultivées sont irriguées, le pays étant quadrillé par un gigantesque réseau de canaux – qui facilite en même temps la circulation des flots destructeurs. Les terribles inondations de 2010, touchant un cinquième du pays, ont provoqué officiellement 1985 morts et affecté plus de 18 millions de personnes (parmi lesquelles 6 millions de déplacés).

II. Eau, histoire et sociétés

Quels que soient le poids et la diversité des facteurs physiques, et les multiples contraintes qu’ils exercent sur la vie et l’activité humaine, aucun problème relatif à l’eau ne peut être abordé en faisant abstraction des facteurs sociaux. L’Histoire enseigne d’ailleurs que les formes de contrôle et de gestion des ressources en eau (à des fins économiques ou autres) peuvent être à la base de l’organisation et du fonctionnement de sociétés entières – définies, à tort ou à raison, comme « sociétés hydrauliques ». Tel est du moins la thèse défendue par l’historien social Karl Wittfogel dans son ouvrage monumental Le Despotisme oriental[3]. Selon cet auteur, il existerait des sociétés hydrauliques comme il existe des sociétés féodales ou capitalistes industrielles : leur spécificité résiderait dans le rapport fondamental entre une organisation économique fondée sur la maîtrise de l’eau à grande échelle et le fonctionnement politique. Plusieurs sociétés, dont certaines sont à l’origine des plus anciennes civilisations du monde, répondraient à cette définition : la Chine impériale, l’Egypte pharaonique, la Mésopotamie (de Sumer à Babylone), certaines sociétés précolombiennes d’Amérique… Rassemblant des populations nombreuses sous l’autorité d’un pouvoir étatique très centralisé, ces sociétés vivent principalement d’une agriculture irriguée (« hydro-agriculture ») impliquant la construction de vastes ouvrages hydrauliques, sous le contrôle d’une sorte de bureaucratie aux prérogatives très étendues, capable de mobiliser régulièrement la majorité de la paysannerie pour la réalisation de travaux d’intérêt collectif, et s’appropriant un surplus substantiel (en travail ou en produit), tout en veillant généralement à constituer des réserves alimentaires en prévision des années difficiles. Ce système très hiérarchisé est d’une efficacité incontestable aux plans technique et économique. Il n’en présente pas moins des carences, même si leurs effets ne se font sentir que sur de longues périodes, notamment au plan écologique. L’un des exemples les plus édifiants serait celui de l’effondrement très graduel mais inexorable de la brillante civilisation sumérienne, en Mésopotamie (3700-1600 av. J.C.) en raison de la stérilisation des terres sous l’effet de la salinisation[4].

Tout autre est le contexte des sociétés féodales de la rive Nord de la Méditerranée, où le rôle du pouvoir central en matière hydraulique apparaît minime. Un cas particulièrement intéressant est toutefois celui de l’Espagne, notamment au cours de l’occupation musulmane (« période andalouse »). Différents groupes sociaux s’efforcent de tirer avantage des potentialités naturelles et des techniques d’irrigation (en grande partie importées d’Orient). Regroupés en communautés dotés d’une solide cohésion, les producteurs agricoles négocient avec l’Etat (malgré leur défiance à son égard) afin de s’assurer le soutien de celui-ci face aux ambitions des seigneurs et notables avides de rente foncière[5]. Les espaces ou périmètres irrigués, qui intègrent fréquemment des moulins à eau, sont gérés dans une logique paysanne, visant l’autosuffisance des communautés sur la base d’une exploitation aussi économe que possible de l’eau. Mais l’évolution du régime féodal (postérieure à l’occupation musulmane) conduit à une dissociation de la propriété de l’eau par rapport à celle de la terre, surtout dans les régions où l’eau est le plus rare : ce qui favorise l’apparition de « seigneurs de l’eau », qui tirent de substantiels bénéfices de la location ou de la vente aux enchères du précieux liquide. Malgré la résistance des communautés paysannes, la concentration des droits d’eau va en se renforçant au fil des siècles, tandis que le contrôle de l’eau tend à devenir un instrument de contrôle social au service des grands propriétaires fonciers.

Le rôle effectif de la mobilisation des ressources hydrauliques dans l’histoire économique, sociale et politique du Maghreb précolonial apparaît particulièrement difficile à définir, compte tenu de l’extrême diversité des situations et des pratiques, de l’assise territoriale fluctuante de la plupart des formations étatiques, et surtout de la place limitée de l’agriculture en tant que facteur d’accumulation. Pendant des siècles, c’est le commerce à grande distance (notamment transsaharien), qui a constitué la principale source de richesse pour des groupes capables d’exploiter la position de carrefour du Maghreb (entre Nord et Sud, Occident et Orient). Les facteurs socio-économiques se seraient donc conjugués avec les caractéristiques physiques pour limiter les grands aménagements hydrauliques.

C’est seulement à partir de la colonisation que les pays du Maghreb vont être confrontés à l’un des grands bouleversements « exportés » par la révolution industrielle : à savoir l’exploitation de l’eau à des fins industrielles (notamment production d’énergie hydro-électrique). Dès les débuts de l’occupation, l’administration coloniale s’efforce de définir des règles strictes en matière d’exploitation de l’eau, notamment avec la loi de 1851 en Algérie qui intègre l’eau au domaine public. Au fil du temps, les gros colons trouveront cependant le moyen d’infléchir la législation dans le sens de leurs intérêts, et l’administration ne parviendra guère à éviter leur mainmise sur les ressources en eau des paysans autochtones.

Un tournant décisif a lieu à partir des années 1920, avec l’option pour les barrages réservoirs et la grande hydraulique, liée à l’influence décisive des grosses entreprises de travaux publics (soutenues par les groupes financiers). Le Maghreb colonial va leur offrir un terrain privilégié pour tester de nouvelles techniques – et réaliser d’énormes bénéfices. Le bilan technique et économique des barrages réalisés en Algérie puis au Maroc est cependant loin d’être brillant : capacité limitée, débit régularisé très inférieur à la capacité théorique, délais de réalisation excessifs et surcoûts exorbitants. Mais le plus grave est l’absence de prise en compte de l’érosion qui affecte les bassins-versants : faute de mesures efficaces de défense et de restauration des sols, les retenues subissent un envasement excessivement rapide. Si ces grands barrages restent bien en-deçà des espoirs soulevés dans la stricte logique coloniale,leurs répercussions sur la vie et l’activité des populations rurales autochtones sont souvent aussi graves qu’imprévues : remise en cause des formes et droits d’usage des tribus ou fractions riveraines des cours d’eau, perturbations des régimes de ces cours d’eau, placage de réseaux d’irrigation rigides et inadaptés aux réalités locales…

La politique hydraulique coloniale aura surtout contribué dans les trois principaux pays du Maghreb à une profonde dépossession des paysanneries autochtones, en termes d’accès à la ressource eau, mais aussi et surtout de capacité de gestion autonome de celle-ci, de savoirs et de savoir-faire, etc. Cette forme de dépossession, moins connue que celle portant sur les terres agricoles, mais tout aussi lourde de conséquences, mériterait un examen plus approfondi. Cette hydraulique coloniale de type « minier » (le court terme imposant sa loi) laisse ainsi un lourd héritage[6]. D’où des interrogations quant aux implications sociales de la politique actuelle de l’eau des Etats du Maghreb ou de l’ensemble du monde arabe.

III. Usages agricoles de l’eau et structures sociales

Les activités agricoles mobilisent jusqu’à nos jours la plus grande part des disponibilités en eau, à l’échelle mondiale comme à celle de presque toutes les sociétés. Mais la part relative des cultures irriguées dans l’ensemble de l’agriculture varie dans des proportions considérables, qui ne s’expliquent qu’en partie par les facteurs naturels. A l’échelle du Bassin méditerranéen et du Moyen Orient, il existe une différence importante entre les pays de la rive Nord et de la rive Sud : les premiers sont essentiellement des pays industrialisés, ayant achevé la « transition démographique », et où la population agricole ne représente plus qu’une part de plus en plus réduite de la population totale. A l’inverse, les pays de la rive Sud connaissent jusqu’à présent une croissance démographique soutenue, malgré la baisse régulière de la fécondité ; de plus la population agricole, majoritaire ou non, représente toujours une proportion importante de la population totale. Ces pays font donc face à des contraintes nettement plus lourdes que les premiers, dont celle de l’autosuffisance alimentaire, qui leur impose de produire un volume croissant de denrées alimentaires de base, et celle d’assurer des revenus décents à une masse importante de familles rurales. Si les céréales (base de l’alimentation) sont le plus souvent cultivées en sec, une partie au moins des cultures irriguées est fréquemment destinée à l’exportation, afin d’importer en retour le complément de céréales nécessaire. Cette logique, applicable notamment aux Etats maghrébins, se retrouve à l’échelle des producteurs familiaux, dont la production de fruits ou légumes (essentiellement irrigués) est en grande partie destinée au marché, afin de compenser l’insuffisance de leur production céréalière. Mais ce schéma général fait abstraction des inégalités socio-économiques opposant de gros exploitants dégageant de confortables surplus (tant céréaliers que maraîchers) à des catégories de familles rurales dont la production agricole reste inférieure aux besoins, et qui ne subsistent que grâce à la pluriactivité.

Une question aussi intéressante que complexe est celle du rapport entre irrigation, inégalités et statut socio-économique. Certains auteurs, rejoignant la position du PNUD[7], considèrent l’irrigation comme un moyen efficace de lutte contre la pauvreté, dans la mesure où elle aiderait le paysan à sortir du statut de métayage et de la dépendance foncière : tel serait le cas notamment au Liban depuis les années 1950[8]. On ne saurait pour autant généraliser, et le cas de l’Egypte illustre (a contrario) l’acuité que peuvent prendre les inégalités foncières dans un pays où pratiquement toute l’agriculture est irriguée. La révolution de 1952 s’est accompagnée d’une réforme agraire radicale (avec un abaissement régulier du plafond de superficie autorisé). Mais face au morcellement continuel des terres, les dirigeants promulguent en 1992 une nouvelle loi, que l’on peut qualifier de contre-réforme agraire, et dont l’une des principales conséquences, en dehors du renforcement des gros possédants, est la quasi disparition officielle des contrats de faire-valoir indirect et mixtes. D’où une précarisation accrue des paysans pauvres ou sans terre[9].

Au Maghreb, il est excessivement difficile de parler d’une manière générale des systèmes de production basés sur l’irrigation, compte tenu à la fois de leur extrême diversité et de leurs profondes transformations. Les périmètres irrigués implantés dans les grandes plaines depuis la fin de l’époque coloniale apparaissent comme des « enclaves » au sein du monde rural. Au Maroc, pays considéré comme pionnier en la matière[10], ces grands périmètres apparaissent surtout comme les instruments d’une modernisation à marche forcée des campagnes, soumettant les paysans à des règles rigides et étrangères à leurs logiques[11]. En revanche, les fellahs maghrébins font preuve d’un réel engouement pour la petite hydraulique dès lors que celle-ci leur offre la possibilité de diversifier et moderniser leurs systèmes de production. Le dynamisme des maraîchers-arboriculteurs du Cap Bon en Tunisie en est sans doute le meilleur exemple[12]. Mais il importe de tenir compte également de la transformation radicale de certaines zones longtemps vouées uniquement aux grandes cultures, comme le Sud-Sétifois en Algérie, grâce à la multiplication des motopompes individuelles[13]. La petite et moyenne hydraulique occuperait ainsi une place nullement négligeable au niveau de l’ensemble du Maghreb (de plus de 50 % à 80 % des superficies irriguées de chaque pays). Cependant, ce mouvement, en dépit de ses multiples avantages (souplesse, adaptation, coût réduit de l’irrigation), présente de sérieuses contreparties : en particulier la surexploitation des nappes – dont les conséquences se font déjà sentir dans certaines régions.

A travers la diversité de ces exemples, un point commun se dégage : l’absence générale de véritable tradition hydraulique parmi la majorité des paysanneries maghrébines, pour qui l’adoption (spontanée ou non) de l’irrigation constitue une rupture plus ou moins marquée avec les anciens systèmes de production. La situation est totalement différente dans les zones arides et surtout dans les oasis, où toute activité agricole implique un contrôle technique et social de l’eau. En milieu désertique à proprement parler, l’irrigation repose principalement, voire exclusivement, sur les nappes souterraines. La prodigieuse diversité des techniques de captage et de distribution de l’eau – reflétant pour partie (mais pour partie seulement) celle des conditions naturelles – témoigne de l’ingéniosité et de la capacité d’adaptation des peuples sahariens. L’une des formes de captage les plus originales est celle de la foggara (galerie drainante souterraine), répandue notamment au Sud-ouest du Sahara algérien : celle-ci permet de capter l’eau d’une nappe peu profonde et de l’amener par gravité jusqu’à la surface d’une dépression, où peut être installée une oasis. Ailleurs, l’exploitation des eaux souterraines s’effectue généralement au moyen de divers types de sources ou de puits (y compris artésiens). Enfin, les oasiens ont même réalisé dans certains cas la prouesse d’une agriculture sans irrigation, en tirant parti de la proximité des nappes  (cas du Souf).

L’efficacité des systèmes hydro-agricoles se fonde sur leur insertion dans des formes d’organisation sociale complexes, capables d’imposer la discipline collective nécessaire à la survie dans un environnement hostile. Mais du fait d’une répartition inégale des droits d’eau, ces dernières impliquent généralement une exploitation implacable des producteurs par une minorité de notables, dans le cadre de contrats de « métayage ». La situation évolue certes depuis quelques décennies, avec l’affaiblissement des anciennes hiérarchies, mais aussi l’apparition de nouvelles formes d’inégalité. Et les luttes actuelles pour l’eau, à caractère souvent « souterrain », n’en sont pas moins intenses. L’Etat est-il en mesure d’assurer à lui seul une gestion rationnelle et viable de la ressource, ainsi qu’une distribution équitable ?

IV. Eau potable et eau à usage domestique : modes d’accès et inégalités sociales

L’accès régulier à l’eau potable et à usage domestique a été longtemps considéré comme un « luxe » de citadins – les ruraux étant supposés, du fait de leur mode de vie plus « fruste », avoir des besoins nettement plus réduits en ce domaine. Ce cliché a la vie dure, en dépit de l’image largement véhiculée par les média des femmes rurales (surtout africaines) astreintes quotidiennement à des marches harassantes en portant de lourdes cruches d’eau sur la tête. En réalité, par-delà l’extrême diversité des situations, le clivage fondamental dans les pays pauvres se situe non pas entre villes et campagnes, mais entre une fraction de la population « raccordée » à un réseau de distribution et une autre fraction n’ayant en général le choix qu’entre deux types de solutions : des déplacements longs et pénibles ou l’achat régulier d’eau auprès de revendeurs privés à des prix souvent exorbitants. De multiples études et enquêtes menées dans diverses régions du monde font ressortir la même disproportion choquante entre le coût réel de l’eau pour les habitants les plus aisés des villes et les plus défavorisés. Ainsi, selon les données relevées au niveau d’une douzaine de grandes villes asiatiques, les tarifs appliqués aux usagers des réseaux apparaissent aussi homogènes que modiques (de l’ordre de 0,10 à 0,15 US $/m³), tandis que les prix supportés par ceux qui recourent au marché « informel », nettement plus variables, atteignent des niveaux excessifs, au moins par rapport à leur pouvoir d’achat : le plus souvent compris entre 1 et 2 US $/m³, mais atteignant parfois 5 ou 6 US $[14]. Au Pérou, un « Mouvement des sans eau » lutterait activement dans les quartiers populaires de la capitale[15].

Ceci n’autorise pas pour autant à classer l’ensemble des abonnés à un réseau comme des « privilégiés », du fait de la très grande variabilité des conditions réelles : dans un grand nombre de villes des rives Sud et Est de la Méditerranée par exemple, l’état déficient des réseaux se répercute lourdement sur la régularité de l’alimentation en eau, et sur la qualité de celle-ci. Face à des coupures d’eau incessantes, de nombreux foyers « branchés » doivent recourir eux-mêmes à de coûteux expédients. D’autre part, la dimension financière de l’accès à l’eau soulève le plus souvent des problèmes excessivement complexes. Dans les grandes villes du Maghreb, la nécessité d’acheminer l’eau sur des distances toujours plus longues se traduit inévitablement par une hausse des coûts de revient. Les tarifs pratiqués par les entreprises prestataires sont le plus souvent à la fois très inférieurs aux coûts réels et excessivement élevéspour les fractions les plus pauvres de la population, ce qui place les pouvoirs publics devant un grave dilemme. Certains experts affirment que la solution passe par la privatisation générale des services de l’eau. Mais les expériences tentées dans divers pays du Sud au cours des années 1990 (à l’instigation de la Banque mondiale et du FMI) montrent que la substitution de monopoles (ou oligopoles) privés aux monopoles étatiques se traduit surtout par des hausses exorbitantes des tarifs, entraînant même des émeutes (cf. Cochabamba en Bolivie). La rentabilité visée par les multinationales de l’eau implique l’exclusion des catégories sociales défavorisées. Et les pouvoirs publics peuvent-ils imposer des tarifs fortement différenciés en fonction du pouvoir d’achat des usagers ?

V. Eau, environnement et santé 

La question de l’accès à l’eau potable est en fait indissociable de celle des rapports entre eau, environnement et santé. Facteur de base de toute vie, l’eau est également (ironie de la nature ?) facteur de maladie et même de mort. Les spécialistes distinguent au moins trois types de maladies liées à l’eau : 1) les maladies hydriques, causées par le contact avec de l’eau contaminée (diarrhées, choléra, etc.) ; 2)  les maladies transmises par des vecteurs liés à l’eau (comme le paludisme) ; 3) les maladies d’origine aquatique, transmises par des vers présents dans les eaux de surface (comme la bilharziose)[16].

L’eau contribue de diverses manières à la reproduction et à la transmission de multiples agents pathogènes : il s’agit d’un phénomène général, mais prenant fréquemment des proportions plus importantes en milieu tropical (du fait de conditions climatiques plus favorables à la prolifération de certains parasites et de leurs vecteurs). A quoi s’ajoutent les pollutions causées par l’homme. La question des rapports entre eau et santé revêt donc une importance primordiale, et se pose à plusieurs niveaux. Le contrôle de la qualité de l’eau pour la consommation humaine est aussi essentiel que la régularité de l’approvisionnement. D’autre part, la présence d’eaux stagnantes et la circulation incontrôlée d’eaux usées constituent des dangers permanents pour la population et plus particulièrement les enfants, appelant des mesures régulières d’assainissement. En dehors des variations selon le type de pathologie, l’exposition au risque peut varier sensiblement à l’échelle d’une agglomération urbaine, entre quartiers « résidentiels » et quartiers populaires réputés insalubres du fait de la présence d’eaux stagnantes, de l’accumulation de détritus, de la pollution des points d’eau ou des nappes phréatiques, etc. Autrement dit, les inégalités sociales jouent un rôle décisif dans la vulnérabilité à certaines maladies.

D’autre part, il convient de tenir compte des différences de mode de vie et des formes d’adaptation vis-à-vis de telle ou telle pathologie. Or, en Afrique tropicale par exemple, le risque d’exposition aux parasitoses transmises par des insectes liés à l’eau varie à la fois selon le type d’habitat et selon les caractéristiques de chaque maladie : de fortes densités humaines constituent la meilleure protection naturelle face à l’onchocercose, alors que c’est l’inverse pour la trypanosomiase. Le paludisme, qui est l’une des principales causes actuelles de mortalité (surtout infantile) à l’échelle mondiale, est à l’origine un phénomène spécifique aux zones rurales, le milieu urbain étant défavorable à la multiplication des anophèles ; par contre, l’immunité naturelle acquise par les jeunes en milieu rural se perd lors de l’installation en ville, et les formes les plus graves de paludisme surviennent lors de retours au village. Quant à la bilharziose, transmise par des mollusques vivant notamment dans les canaux d’irrigation, son incidence est très variable selon les rapports des hommes avec l’eau.

Enfin, les perturbations environnementales provoquées par l’homme ont inévitablement répercussions plus ou moins graves en matière de santé et de conditions de vie. En particulier, la question des grands barrages fait régulièrement l’objet de polémiques acharnées depuis des décennies. Le grand barrage d’Assouan en Egypte, construit dans le contexte de la guerre froide avec l’aide de l’URSS, a été longtemps la cible de violentes critiques – dont l’intensité a nettement diminué de nos jours. Ce type de question reste néanmoins d’une actualité brûlante, avec la multiplication des grands barrages et autres grands projets hydrauliques à l’échelle mondiale, qui entraînent souvent le déplacement forcé de masses de populations  considérables : aménagement de la Vallée de la Narmada en Inde, barrage géant des Trois-Gorges en Chine, transfert des eaux des fleuves Yangzhi et Han vers le nord (également en Chine), etc. Il est toujours très difficile de comparer objectivement les avantages économiques (surestimés ou non) de ces énormes travaux et leur coût humain réel.

Cependant, la polarisation sur les opérations colossales tend à masquer bien des formes de « catastrophes écologiques », qui gardent souvent un caractère quasi invisible, surtout lorsqu’elles émanent d’initiatives non coordonnées d’acteurs sociaux aux logiques divergentes. Tel est le cas de certaines régions de l’Inde ayant participé activement à la « révolution verte ». En une dizaine d’années, l’exploitation incontrôlée des nappes souterraines a conduit une fraction notable des agriculteurs à se reconvertir dans le commerce de l’eau, jugé plus rentable et moins risqué que l’activité agricole. Ces « fermiers-pompeurs » vendent l’eau de leurs puits profonds ou forages essentiellement à des usines textiles, lesquelles la rejettent chargée de déchets toxiques dans des rivières, stérilisant les sols en aval et polluant les nappes phréatiques : tout ceci au détriment de la population des villages riverains, privée de ressources agricoles et d’eau potable, et exposée à de graves maladies. Pour la majorité, la seule solution consiste à partir en ville et offrir leurs bras aux industriels-pollueurs responsables de leur ruine ![17] 

VI. Concurrence et conflits pour l’eau. Vers une « guerre de l’eau » ?

D’une manière générale, l’eau se prête mal, de par ses propriétés physiques, à des formes de captage et d’usage purement individuelles. Quelles que soient ses principales affectations, elle ne peut être stockée durablement et en grande quantité à une échelle domestique ou locale, d’où la nécessité d’une coopération à divers niveaux. Cette coopération ne peut exclure les tensions ou conflits, du fait de l’hétérogénéité des intérêts et de la difficulté d’assurer régulièrement une répartition équitable. La diversité des usages de l’eau donne lieu à des formes de concurrence, que la « rareté » relative – ou plutôt les difficultés d’accès au précieux liquide – ne manquent pas d’exacerber. Ce qui est vrai à l’échelle de petites communautés locales ne l’est-il pas a fortiori à celle de vastes ensembles régionaux ou nationaux ? .Il serait cependant hasardeux de chercher à transposer au niveau international l’image banale des rixes pour l’usage d’un point d’eau en zone aride (par exemple).

Il convient tout d’abord de se méfier du raisonnement mécaniste selon lequel l’intensité des conflits pour l’eau serait proportionnelle à l’insuffisance de la ressource disponible par rapport aux « besoins » (réels ou virtuels) des collectivités concernées. Quant aux discours actuels sur la « guerre de l’eau », en dépit de leur retentissement géopolitique mondial, force est de constater qu’il s’agit d’un phénomène récent, en grande partie postérieur à la guerre froide. Les propos alarmistes régulièrement lancés au sujet de certaines régions parmi les plus « chaudes » du monde, comme le Proche ou le Moyen-Orient, selon lesquels « la prochaine guerre sera celle de l’eau », semblent relever davantage de l’incantation que d’une argumentation scientifique. S’il est incontestable que des Etats voisins, en conflit ouvert ou larvé depuis plus d’un demi-siècle, s’opposent entre autres sur des questions relatives à l’eau, comment peut-on démontrer à la fois le caractère inéluctable et imminent du prochain conflit armé et généralisé, et le fait que sa cause principale ou même unique sera l’eau[18] ? L’auteur d’une étude récente sur le sujet, tout en répondant par la négative à cette question, tient à préciser que l’eau représente néanmoins « l’une des clés de la paix dans la région »[19].

Ceci s’applique sans doute également aux régions marquées par de fortes tensions, notamment à propos des fleuves transfrontaliers, comme le Nil, le Tigre ou l’Euphrate. Dans ce domaine, en l’absence d’un véritable droit international, les relations entre Etats riverains semblent se fonder surtout sur les rapports de force (cf. la « doctrine Harmon » et les rapports déséquilibrés entre les USA et le Mexique). Ceci dit, les problèmes de répartition de l’eau entre Etats voisins tendent souvent à masquer l’articulation complexe entre une multitude de facteurs divers, entretenant une situation conflictuelle dont les causes profondes peuvent être essentiellement extérieures à l’eau. Ainsi, les relations entre les Etats d’Asie centrale ex-soviétique seraient exclusivement interprétées à travers un discours « tautologique » tendant à imposer l’image artificielle d’une « pénurie » d’eau généralisée[20]. Rien n’autorise néanmoins à conclure à une prédominance générale de la « loi de la jungle ». La coopération entre l’Inde et le Bangladesh semblerait démontrer la possibilité d’un partage à la fois souple et équitable de l’eau des fleuves transfrontaliers, tenant compte notamment de l’extrême vulnérabilité du Bangladesh aux inondations. Une autre question, tout aussi importante, est celle de savoir comment assurer l’application effective de ce droit humain fondamental reconnu universellement depuis 2010 qu’est l’accès à l’eau (et plus précisément l’eau potable) : actuellement, seuls les Etats sont garants de ce droit, mais qui peut en contrôler le respect ?

Les développements qui précèdent auront sans doute donné au moins une idée de l’extrême complexité des problèmes liés à l’eau, tout comme de la quasi-impossibilité de les aborder de manière « exhaustive ». Si la succession des forums mondiaux de l’eau (doublés de forums « alternatifs ») et des innombrables rencontres scientifiques sur le sujet tend à faire douter de l’opportunité d’un nouveau colloque en la matière, il convient de rappeler que la situation change constamment, à l’image (sinon au rythme) de l’écoulement des fleuves vers la mer. Le problème de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement se pose chaque jour, mais en des termes renouvelés, pour un à deux milliards d’êtres humains, tandis que la gestion viable des ressources disponibles se heurte sans cesse à de nouvelles contraintes, du fait d’exigences contradictoires et souvent imprévues. Aussi importe-t-il de s’interroger sur les principaux facteurs sociaux, économiques, politiques et culturels qui influent sur les conditions d’utilisation de l’eau, du niveau le plus local au plus global, et les obstacles effectifs à une répartition plus équitable et efficiente. De manière plus précise, la réflexion devra porter sur la question évoquée au départ, à savoir celle de la signification et des implications sociales de la notion de « rareté de l’eau ». Ceci implique un dialogue approfondi et ouvert entre les spécialistes des sciences sociales au sens le plus large (historiens, géographes, économistes, juristes, sociologues, anthropologues, politologues, etc.) ; dialogue auquel la participation de représentants des sciences « dures » (hydrologie, climatologie, etc.) pourrait être particulièrement bénéfique.

Axes thématiques

  1. Qu’est-ce que la « rareté » de l’eau ? Poids respectifs des facteurs climatiques, écologiques, socio-économiques et politiques.
  2. Dimension historique : place de la « maîtrise de l’eau » dans l’organisation et l’évolution des sociétés humaines
  3. Eau et systèmes de production agricoles : irrigation, logiques paysannes et rapports sociaux
  4. Eau potable et eau à usage domestique : modes d’accès et inégalités sociales.
  5. L’eau comme « bien commun » ou « bien marchand » ?
  6. Eau, environnement et santé : maladies liées à l’eau, stratégies d’adaptation des populations, répercussions écologiques, sanitaires et sociales des grands travaux hydrauliques
  7. Concurrence et conflits pour l’eau. « Guerre de l’eau » ou gouvernance mondiale ?

Modalités de soumission

Dates importantes

  • 31 décembre 2013 : Date limite pour les soumissions à l’adresse suivante :  tunisian.mediterranean.associ@gmail.com

  • La sélection des communications par le comité scientifique sera rendue publique avant le 10 janvier 2014.
  • 15 avril 2014 : Date limite pour l’envoi du Texte Final
  • 28, 29, et 30 avril 2014 : Colloque

Modalités de soumission

  • Les propositions de communication pourront être soumises en arabe, en anglais, en françaisou en espagnol.
  • Résumé détaillé: une page au minimum (Police : Times New Roman 12, Page: Marges 2,5 cm), avec un C.V. scientifique mis à jour
  • Pour les résumés en français ou en espagnol, une traduction détaillée en anglais est obligatoire (une page au minimum).
  • Pour les résumés en arabe, une traduction détaillée en anglais ou en français est obligatoire (une page au minimum).
  • Le colloque se tiendra à Béja (Tunisie) : 28, 29, et 30 avril 2014.
  • Une publication est envisagée à l’issue du colloque après l’évaluation des textes.

Comité scientifique

  • Ibrahim Muhammed SAADAOUI (Université de Tunisie / T.M.A. for H.S.E.S.),
  • Yves GUILLERMOU (Université de Toulouse 3. France),
  • Ali TOUMI (Université de Tunis. Tunisie),
  • Gérard FAŸ (UFR Géographie, Histoire et Sciences de la Société ‘‘GHSS’’-Paris Diderot, France),
  • Khalid NOUICER (Université de Mannouba. Tunisie),
  • Minoti CHAKRAVARTY KAUL (lady Shri Ram College for Women, University of Delhi. India),
  • Edinam KOLA (Département de Géographie. Université de Lomé. Togo),
  • Anne-Claire de Gayffier-Bonneville (INALCO – Paris. France),
  • John CHIRCOP (University of Malta),
  • Adel BEN YOUSSEF (Université de Sousse. Tunisie),
  • Hichem NAIJA (Université de Sousse. Tunisie),
  • Ralph SCHOR (Université de Nice-Sophia Antipolis. France),
  • Habib BELAID (Université de Mannouba. Tunisie),
  • Abderrezak AMOKRANE (Université Sétif. Algérie), 
  • Nelly HANNA (Université américaine. Caire. Egypte),
  • Abdelghani GARTET (Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Saïs-Fès, Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, FES - MAROC),
  • Slobodan Dan Paich (Artship Foundation, San Francisco. U.S.A.),
  • Adel ZYADA  (Supreme Council of Antiquities. Egypte),
  • Mohammed CHADLI, (Université Houari Boumediene. Alger. Algérie),
  • TANOH RAPHAEL BEKOIN (Université de Bouaké, Côte d’Ivoire), 
  • Mohamed TAABNI (Université de Poitiers, Département de Géographie et Laboratoire RURALITES. France),
  • Hasan AMILI (Université Hassan II. Mohammedia. Maroc),
  • Alain HUGON (Université de Caen Basse-Normandie. France)
  • Antonio GARRIDO (Université de Jaén – Espagne),
  • Laurence MICHALAK (University of California, Berkeley. USA)
  • Wague Ousmane (Université de Nouakchott. Mauritanie)

Notes

[1] « Le manque d’eau ne menace pas l’humanité, en revanche, des investissements considérables sont nécessaires pour produire plus et mieux d’eau potable, notamment dans les pays pauvres. […] Force est de constater que la solidarité est moins abondante que l’eau. »  (Jean de Kervasdoué et Henri Voron, Pour en finir avec les histoires d’eau. L’imposture hydrologique, Paris, Plon, 2012, p. 25)

[2] Source : EM-DAT, Centre for Research on Epidemiology of Disasters, Leuven.

[3] Karl Wittfogel, Le Despotisme oriental. Etude comparative du pouvoir total, Paris, Minuit, 1964. (La version originale a été publiée en anglais par Yale University Press en 1957.)

[4] Franz J. Broswinner, Ecocide : une brève histoire de l’extinction en masse des espèces, Paris, Parangon, L’Aventurine, 2003, p. 60.

[5] Angel Poveda Sanchez, « Sistemas hidráulicos y organización campesina durante el período andalusí » in El agua en la historia de España, Universidad de Alicante, 2000, p. 23-4.

[6] Jean-Jacques Pérennès, L’eau et les hommes au Maghreb. Contribution à une politique de l’eau en Méditerranée, Paris, Karthala, 1993, p. 158.

[7] Selon des recherches récentes à l’échelle mondiale, les taux de pauvreté seraient fréquemment de 20 à 30 % plus faibles dans les régions irriguées que non irriguées (Rapport mondial sur le développement humain, PNUD, 2006, p. 175).

[8] Pierre Blanc, Proche-Orient : le pouvoir, la terre et l’eau, Paris, Presses de la FNSP, 2012, p. 193-4.

[9] Habib Ayeb, La crise de la société rurale en Egypte, Paris, Karthala, 2010, p. 54-5.

[10] ce pays comptant 85 barrages d’une capacité totale de l’ordre de 3 milliards de m³, permettant d’irriguer environ 550.000 ha  (Georges Mutin, L’eau dans le monde arabe, Ellipses, 2000, p. 110)

[11] cf. Pérennès J.J., p. 289-320.

[12] comme il ressort de la thèse admirable que leur a consacré l’un des premiers géographes de la Tunisie indépendante (récemment décédé) : Hafedh Sethom, Les fellahs de la presqu’île du Cap Bon (Tunisie), Thèse d’Etat ès-Lettres, Paris VII, 1975, 3 vol.

[13] Marc Côte, Pays, paysages, paysans d’Algérie, Paris, CNRS, 1996, p. 93-105.

[14] Source : Rapport Mondial sur la mise en valeur des ressources en eau, WWAP, 2003, cité par Alexandre Taithe, Partager l’eau : les enjeux pour demain, Paris, Ed. Technip, 2006, p. 106-7.

[15] Chrystelle Barbier, « Au Pérou, l’accès à l’eau potable reste un privilège », Le Monde, 22/08/2009.

[16] François Anctil, L’eau et ses enjeux, Bruxelles, De Boeck, 2008, pp. 145-9.

[17] Fred Pearce, Quant meurent les grands fleuves. Enquête sur la crise mondiale de l’eau, Paris, Calmann-Lévy, 2006, p. 57-68.

[18] Habib Ayeb, L’Eau au Proche-Orient : la guerre n’aura pas lieu, Paris, Karthala-Cedej, 1998, p. 192.

[19] Mohamed El Battiui, La gestion de l’eau au Moyen-Orient, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 11-12.

[20] Raphaël Jozan, Les débordements de la mer d’Aral : une sociologie de la guerre de l’eau, Paris, PUF, 2012.

 

Lieux

  • I.S.E.T., Route de Tunis, Béja
    Béja, Tunisie (9000)

Dates

  • mardi 31 décembre 2013

Mots-clés

  • eau, inondation, secheresse, abondance, rareté, irrigation, conflit, développement rural

Contacts

  • Ibrahim Muhammed Saadaoui
    courriel : saadaoui_brahim [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Ibrahim Muhammed Saadaoui
    courriel : saadaoui_brahim [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Entre abondance et rareté : eau et sociétés dans le monde arabo-méditerranéen et les pays du Sud », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 07 octobre 2013, http://calenda.org/261052