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La transnationalisation du religieux par la musique

The Transnationalization of Religion through Music

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Publié le mercredi 27 novembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

La transnationalisation du religieux se traduit par une délocalisation et une relocalisation des croyances, rituels et pratiques religieuses qui se réalise au-delà du cadre national étatique, dans des espaces réels ou symboliques, et le plus souvent au moyen de nouveaux imaginaires et récits identitaires. Si l’analyse de cette transnationalisation religieuse a permis de mettre en lumière divers processus par lesquels le religieux transcende les frontières, il est frappant de constater que la musique est rarement appréhendée pour le rôle qu’elle y joue. Or, ce dernier est essentiel dans la transnationalisation des religions à vocation universelle comme l’islam ou le christianisme. La musique contribue aussi activement à la migration des religions de terroir, des mouvements néo-traditionalistes et des cultes associés à une localité d’origine, tels que le vodou haïtien, la santeria cubaine ou le candomble brésilien. Ces phénomènes musicaux, loin d’être nouveaux, ont d’abord donné le jour à des proto-mondialisations religieuses.

Annonce

Colloque international – 16 au 18 octobre 2014, Faculté de musique, Université de Montréal

Argumentaire

La transnationalisation du religieux se traduit par une délocalisation et une relocalisation des croyances, rituels et pratiques religieuses qui se réalise au-delà du cadre national étatique, dans des espaces réels ou symboliques, et le plus souvent au moyen de nouveaux imaginaires et récits identitaires (Capone 2005). Si l’analyse de cette transnationalisation religieuse a permis de mettre en lumière divers processus par lesquels le religieux transcende les frontières, il est frappant de constater que la musique est rarement appréhendée pour le rôle qu’elle y joue. Or, ce dernier est essentiel dans la transnationalisation des religions à vocation universelle comme l’Islam ou le Christianisme. La musique contribue aussi activement à la migration des religions de terroir, des mouvements néo-traditionalistes et des cultes associés à une localité d’origine, tels que le vodou haïtien, la santeria cubaine ou le candomble brésilien. Ces phénomènes musicaux, loin d’être nouveaux, ont d’abord donné le jour à des proto-mondialisations religieuses (Irving 2010). Aux XVIe et XVIIe siècles, les Jésuites ont par exemple utilisé la musique baroque européenne pour implanter le catholicisme romain en Chine (Picard 2002), en Éthiopie (Damon 2009) et dans la Cordillère des Andes (Carme 1989).

Au cours du XXe siècle, l’émergence de nouveaux moyens de transports et supports de communication a accéléré les transferts musicaux qui se réalisent désormais à des échelles plus globales. Conséquence de ces changements, les répertoires religieux transnationaux revêtent aujourd’hui une multiplicité de formes, qui va du gospel noir américain (Williams-Jones 1975) au rock chrétien japonais (Stevens 2004), en passant par le hip hop musulman suédois (Ackfeldt 2012), la musique hindoue de Martinique (Desroches 1996) et les hymnes pentecôtistes de Tanzanie (Barz 2003) et de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Webb 2011).

Si la transnationalisation musicale du religieux est historiquement liée à l’évangélisation, l’esclavage et la colonisation, elle s’observe aussi dans le contexte de la migration et, plus largement, lors du déplacement des musiciens, de la circulation des recueils de chants et de la diffusion des enregistrements, sur des supports matériels (disques, cassettes, CDs, DVDs) et immatériels (radio, télévision, Internet). Dans tous ces contextes, les rythmes, mélodies, paroles des chants, répertoires, danses et instruments circulent et véhiculent des significations qui participent à la recomposition des univers de sens, des identités religieuses, des rituels, des prières et des modes d’incarnation du divin.

En étudiant ainsi la mobilité musicale et sa réception dans des contextes localisés, ce colloque se donne pour objectif de comprendre comment et sous quelle forme la musique "migre" conjointement aux cultes qu’elle accompagne, comment elle participe à la fabrique de sociétés plurielles et le rôle fondamental qu’elle joue dans l’invention et la réinvention des idées, des identités et des pratiques religieuses en contexte transnational. Il deviendra alors possible de faire ressortir les positionnements, malentendus et postures musicales ambivalentes qui résultent de ces processus transnationaux et qui s’articulent autour de choix religieux, esthétiques ou politiques. Par ailleurs, en engageant ainsi un dialogue entre musicologues, historiens de la musique, ethnomusicologues, anthropologues et sociologues des faits musicaux, ce colloque a pour ambition d’apporter de nouveaux éclairages à un phénomène souvent étudié d’un point de vue essentiellement religieux.

Axes thématique

Quatre axes thématiques seront retenus pour orienter les propositions :

1. La transnationalisation au prisme de l’histoire

La notion de transnationalisation est-elle pertinente pour décrire les premières phases de la mondialisation religieuse ou doit-on la remplacer par les concepts de globalisation ou d’internationalisation ? Les phénomènes de recontextualisation du religieux ayant subi de profondes mutations au XXe siècle, il conviendra d’en rendre compte par la musique, à travers notamment le développement des nouvelles technologies et le déplacement accru des musiciens. On pourra aussi se demander dans quelle mesure ces transformations sont réellement inédites ou si elles ne reproduisent pas des phénomènes plus anciens. Cet axe concerne donc la dimension diachronique de ce phénomène mais envisage conjointement la modélisation possible de processus s’étant produit et/ou répétés sous des formes similaires dans des contextes et des époques différents.

2. Nouveaux terrains, nouvelles problématiques

La nature transnationale des musiques étudiées conduit le chercheur à mener des enquêtes de terrain à la fois localisées et multi-situées (Marcus 1995). Si l’observation participante, la conduite d’entretiens et le recueil de récits de vie restent pertinents pour son étude, l’enquêteur est parfois amené à recouper ses données de terrain avec des sources de secondes mains (écrites, sonores). Dans certains cas, il doit combiner des enquêtes en milieu urbain et rural, alors que le "cyber-terrain", auquel il est inévitablement confronté, pose de nombreux problèmes méthodologiques. Cet axe a pour ambition d’interroger la façon dont l’étude des musiques transnationales religieuses peut renouveler le travail de terrain dans les sciences sociales.

3. Analyse des processus à l’œuvre

En analysant les processus de réception, d’appropriation, de création et de remise en circulation des pratiques et objets musicaux localisés, cet axe vise à mieux comprendre les différentes phases de la transnationalisation religieuse et les différentes formes et fonctions qui affectent la musique au cours de ce processus. À titre d’exemple, on pourra s’attacher à analyser les processus de sacralisation des musiques séculières, ou encore la sécularisation des musiques religieuses. L’analyse pourra aussi porter sur le déplacement des musiciens, ainsi que sur les réseaux, les parcours ou les trajets dans lesquels ils s’inscrivent. Enfin, les aspects esthétiques sont à considérer dans leur stabilité ou leur évolution.

4. Échelles et pôles d’identification

On sait depuis longtemps que la transnationalisation religieuse implique un double processus d’homogénéisation des pratiques cultuelles et de réaffirmation des identités locales (Hervieu-Léger 2001). À partir d’exemples localisés, on se demandera dans quelle mesure l’articulation du musical et du religieux participe de ces mouvements d’uniformisation et de diversification du monde. On interrogera aussi la manière dont les musiques religieuses transnationales contribuent à la fabrique d’identités multiples. En s’appuyant sur une analyse croisée des paramètres musicaux et des discours des musiciens, cet axe cherchera à révéler comment chacune des dimensions musicales est associée à des aspects différents de l’identité, tels que la religiosité, la nationalité, l’ethnicité et l’appartenance à diverses communautés imaginées.

Modalités de soumission

Chaque proposition de communication, en français ou en anglais, comprendra les éléments suivants :

  • Nom et prénom de l’auteur ;
  • Affiliation institutionnelle (veuillez indiquer si vous êtes étudiant);
  • Adresse postale, téléphone et adresse électronique ;
  • Courte notice biographique (maximum 150 mots) ;
  • Liste des diplômes obtenus incluant la discipline, dans l’ordre chronologique inversé (max. 5);
  • Liste des postes occupés récemment si pertinents, dans l’ordre chronologique inversé (max. 5);
  • Liste de publications récentes pertinentes, dans l’ordre chronologique inversé (max. 5);
  • Titre proposé de la communication ;
  • Résumé, d’une longueur de 750 à 1000 mots. Le résumé doit être divisé en trois parties : 1) sujet (thématique(s) abordée(s)); 2) méthodologie de recherche et 3) résultats. Le texte soumis doit impérativement être accompagné d’une bibliographie sélective.

La durée des présentations est fixée à 20 minutes.

Les dossiers devront être envoyés pour le 1er décembre 2013 au plus tard en fichiers joints (format WORD) à info@oicrm.org 

Les résumés seront évalués de manière anonyme par un jury constitué d’experts internationaux.

Deux bourses de déplacement offertes par l’OICRM seront remises aux deux meilleures candidatures étudiantes (hors Montréal).

Comité organisateur

  • Hugo Ferran (Université de Montréal, Boursier Banting)
  • Nathalie Fernando (Université de Montréal)

Comité scientifique

  • Nathalie Fernando (Université de Montréal)
  • Hugo Ferran (Université de Montréal, Boursier Banting)
  • Deirdre Meintel (Université de Montréal)
  • François Picard (Université de Paris-Sorbonne)
  • Kay Kaufman Shelemay (Harvard University)

Lieux

  • Université de Montréal, faculté de musique - 200, avenue Vincent d'Indy Montréal, Canada
    Montréal, Canada

Dates

  • dimanche 01 décembre 2013

Mots-clés

  • music, religions, transnationalization, globalization

Contacts

  • Liouba Bouscant
    courriel : liouba [dot] bouscant [at] umontreal [dot] ca

Source de l'information

  • Hugo Ferran
    courriel : hugo [dot] ferran [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La transnationalisation du religieux par la musique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 27 novembre 2013, http://calenda.org/267215