AccueilModélisation et évaluation au service des acteurs des villes de demain

Modélisation et évaluation au service des acteurs des villes de demain

The modelisation and evaluation serving the actors of cities tomorrow

Appel à projets de recherche MODEVAL-URBA

Call for MODEVAL-URBA research projects

*  *  *

Publié le lundi 24 février 2014 par Luigia Parlati

Résumé

Cet APR souhaite initier et soutenir des recherches visant à accompagner efficacement les acteurs de la ville dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de politiques énergétiques et climatiques locales permettant d’atteindre le facteur 4. L’objectif de cet APR est alors de mener des travaux de recherche sur la ville de manière globale, en s’appuyant notamment sur les avancées scientifiques réalisées et ayant comme objectif principal d’assurer le passage vers l’opérationnel des résultats de la recherche dans les pratiques de planification, de conception ou de réhabilitation. L’objectif étant de permettre des recherches transdisciplinaires sur la ville. 

 

Annonce

Avant-propos

L’étalement urbain génère des surconsommations multiples en termes d’espaces, de sols, d’énergies, de temps, etc. Si depuis les années 1990, la performance énergétique à l’échelle des bâtiments est devenue progressivement une priorité des pouvoirs publics, que ce soit au niveau national ou européen[1], sa prise en compte à l’échelle urbaine est plus récente. Les engagements nationaux et internationaux actuels en matière de réduction des gaz à effet de serre et de changement climatique élargissent le champ d’action dans une perspective de « ville décarbonée et résiliente », voire de « ville post-carbone »[2] contribuant à l’atteinte de l’objectif « facteur 4 » à l’horizon 2050.

Le rapport de l’Union Européenne « Villes de demain » publié en octobre 2011 souligne le rôle essentiel que peuvent jouer les villes pour la mise en œuvre de la stratégie Europe 2020 et confirme l’importance d’une approche intégrée du développement urbain. Par ailleurs, Horizon 2020, le nouveau programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’Union Européenne sur la période 2014-2020 vise à soutenir des approches globales ayant trait au développement durable de la ville, notamment via un appel spécifique sur les smart cities.

En France, la « Stratégie Nationale de Développement Durable » pour la période 2010-2013 met en cause fortement l’artificialisation des sols ; ses objectifs de maîtrise de la tâche urbaine et de prise en compte de l’énergie et du climat ont été retranscrits dans les documents d’urbanisme via la réforme du code de l’Urbanisme en application de la loi dite Grenelle 2 de 2010. Le projet de loi ALUR (Accès au Logement et un Urbanisme Rénové) actuellement en discussion au Parlement reprend et renforce ces objectifs via plusieurs mesures concernant le développement de la planification stratégique.

Par ailleurs, les conditions de création d’un Institut de la Ville Durable sont actuellement à l’étude, tout comme la perspective de démonstrateurs numériques de la ville durable, sujet sur lequel la France est motrice également à l’international avec la visibilité de la marque VIVAPOLIS. En effet, l’une des missions de ce futur Institut est de rechercher les voies et les moyens d’expérimenter la constitution d’une offre intégrée de démonstrateurs[3].

Le présent Appel à projets de recherche s’inscrit dans ce contexte qui voit associées à la fois les problématiques d’évaluation de la performance (en particulier énergétique) des formes urbaines et aussi les réflexions émergentes de maquettes numériques et de modélisation de la ville durable (en cherchant à initier des recherches visant la réalisation de démonstrateurs de documents d’urbanisme, mais aussi de démonstrateurs virtuels).

1. Contexte et objectifs de l’APR

Cet Appel à projet de recherche est issu de différentes réflexions autour de la recherche sur la ville durable menées par l’ADEME, notamment :

révision actuelle de la Stratégie Recherche de l’Agence ;
exercice prospectif « Défis et perspectives pour des villes durables performantes : climat, énergie, environnement » conclu en novembre 2013. Cet exercice prospectif insiste notamment sur le fait que les objets de démonstration du développement durable de la ville peuvent prendre des formes diverses, en particulier : démonstrateurs physiques, outils de planification urbaine ou outils de modélisation et de simulation virtuels… ;
réflexion stratégique interne de structuration de la recherche sur le développement durable de la ville qui s’est notamment illustrée, dès 2011, par le lancement d’un programme dédié « Observation Critique de la Recherche sur la Ville Durable» visant à mettre en débat la recherche urbaine elle-même. La finalisation de ce programme de recherche au printemps 2014 nourrira une réflexion partenariale permettant une structuration nouvelle de la recherche sur le développement durable de la ville ;
feuille de route sur les Bâtiments et îlots à énergie positive et à bilan carbone minimum de 2010.
De manière complémentaire, la Stratégie Urbanisme 2012-2015 de l’ADEME insiste sur les objectifs que sont la lutte contre l’étalement urbain, la préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources, la lutte contre les nuisances et le développement de modes de production et de consommation responsables et plus globalement la vulnérabilité sanitaire, énergétique et économique des populations.

Cet APR fait également suite à l’APR « Ilots à haute efficacité énergétique et à bilan carbone minimum : comment activer les leviers d’actions et ouvrir les verrous socio-économiques et urbanistiques en tissu urbain constitué ? », ainsi qu’à l’APR « Urbanisme durable et environnement sonore : outils, guides, solutions techniques ou matériaux » initiés en 2013 par le Service Organisations Urbaines de l’ADEME; ce dernier s’étant clôturé fin 2013, le présent APR ne comporte pas d’axe thématique spécifique à l’environnement sonore, mais intègre cette dimension de manière transversale.

Le Service Organisations Urbaines de l’ADEME souhaite ici initier et soutenir des recherches transdisciplinaires visant à accompagner efficacement les acteurs de la ville dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de politiques énergétiques et climatiques locales permettant d’atteindre le facteur 4. En particulier les problématiques d’évaluation de la performance (en particulier énergétique) des formes urbaines et les réflexions émergentes de maquettes numériques et de modélisation de la ville durable sont l’objet de cet APR.

L’objectif est de mener des travaux de recherche sur la ville de manière globale, en s’appuyant sur les avancées scientifiques réalisées et ayant comme objectif principal d’assurer le passage vers l’opérationnel des résultats de la recherche dans les pratiques de planification, de conception ou de réhabilitation de la ville.

Mots clés : Aide à la décision, changement climatique, étalement urbain, évaluation, formes urbaines, modélisation, performance énergétique, planification, urbanisme.

2. Champs de recherche

Cet APR porte sur deux champs de recherche chacun décomposé en deux axes thématiques :

A. Evaluation de la planification et des formes urbaines

  • Axe A1 : Démonstrateurs de documents d’urbanisme pour des politiques urbanisme et énergie-climat intégrées « Facteur 4 »
  • Axe A2 : Performance énergétique et environnementale et qualité d’usage des formes urbaines

B. Modélisation urbaine

  • Axe B1 : Simulation des performances énergétiques des formes urbaines de l’échelle de l’îlot à la ville
  • Axe B2 : Outils de modélisation multithématiques pour l’aide à la décision

Les propositions de recherche pourront se positionner sur l’un ou l’autre de ces champs, voire soumettre des projets transversaux.

Trois principes sont retenus pour les travaux de recherche attendus dans le cadre de cet APR :

  • Des recherches radicalement pluridisciplinaires (selon la terminologie consacrée issue des travaux du PIRVE[4]). A cette fin, des équipes associant sciences de l’Ingénieur et Sciences Humaines et Sociales (sociologie urbaine, psychologie environnementale, économie géographique, économie foncière et immobilière, etc.) seront à rechercher.
  • Des recherches qui répondent clairement à l’expression d’une demande des acteurs de la ville au travers d’une analyse éclairée de leurs besoins sur les thématiques ici traitées et qui devra être le socle des travaux proposés et ayant une forte composante territoriale afin de fournir la preuve de leur caractère opérationnel. A cette fin, des consortium intégrant des collectivités territoriales seront à rechercher.
  • Des recherches dont les actions de valorisation sont clairement définies. A cette fin, dans un souci d'opérationnalité, un plan de valorisation scientifique et opérationnel des projets de recherche devra être intégré dans le dossier de candidature.

Les propositions de recherche s’attacheront à expliquer comment elles répondent à l’ensemble de ces trois principes.

3. Evaluation de la planification et des formes urbaines

3.1 Contexte spécifique à ce champ de recherche

La montée en puissance de l’évaluation se traduit notamment par la recherche de critères évaluatifs relatifs au projet urbain. La durabilité urbaine est le terrain propice à l’évaluation environnementale au sens large ; évaluation renforcée par l’évaluation des incidences des documents d’urbanisme sur l’environnement.

De nombreux travaux sur le sujet sont en cours ou ont été réalisés et devront servir d’appui à la recherche. Les travaux issus de « l’Observation de la recherche sur le développement durable de la ville » ont analysé les « indicateurs et outils liés aux enjeux énergétiques et climatiques à l’échelle de la ville ». Ce programme de recherche a notamment permis de dégager des préconisations de recherches visant les approches énergétiques et territoriales. Le programme de recherche « Repenser les villes dans la société post-carbone »[5], via la recherche-action menée avec l’Agence d’urbanisme de Tours « Axe de progrès pour un SCOT Facteur 4 » montre notamment les limites des SCOT actuels. En particulier, dans la lignée des SCOT Grenelle, documents d’orientation stratégique (SRCAE et PCET) et de planification (SCOT, PLU…) devraient être mieux articulés. Le projet de loi de programmation sur la transition énergétique envisage d’ailleurs des évolutions des SRCAE et des PCET pour agir sur une meilleure articulation des niveaux national-local.

Par ailleurs, une préconisation de recherche issue des travaux menés dans le cadre de la feuille de route « Défis et perspectives pour des villes durables performantes : climat, énergie, environnement » concerne la prise en compte de variables socio-économiques basée sur une évaluation d’usage. Différentes recherches introduisent le lien entre modes de vie, espace et consommation et soulignent l’importance de la prise en compte des variables socio-économiques dans les études concernant la ville durable et les formes urbaines. A titre d’exemples peuvent être cités : les scénarios 5 et 6, Ville contenue et Urbanité Sobre[6] ; les recherches conduites dans le cadre du programme Promov (IDDRI) ; les travaux Milieux Urbains Durables (EIFER Sociovision)[7].

Ceux-ci viennent en complément de nombreux travaux sur les formes urbaines et les formes intermédiaires (CEREMA, PUCA, Agences d’Urbanisme…).

Par ailleurs, les travaux menés en économie territoriale ont permis de quantifier divers bénéfices et inconvénients de la concentration urbaine à travers des analyses générales sur l’attractivité des territoires ou des bénéfices en termes d’innovation, évaluation des externalités environnementales, conséquences du prix du foncier sur les localisations résidentielles et les activités économiques….

La question de l’évaluation est aussi une priorité pour les pouvoirs publics et se traduit notamment via la mise en place du label EcoQuartiers porté depuis 2009 par le Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Par ailleurs, l’ADEME copilote actuellement avec l’Association HQE un groupe de travail dont l’objectif est l’élaboration d’une méthodologie d’évaluation des opérations d’aménagement. A l’échelle de la ville, les travaux sont plus récents, impulsés notamment par la transcription nationale du référentiel européen RFSC (Reference Framework for european Sustainable Cities).

L’ADEME a elle-même engagé des réflexions sur l’évaluation urbaine, en l’intégrant comme un principe déterminant dans la démarche AEU2[8]. Par ailleurs, un travail est en cours avec la FNAU visant la réalisation d’un document contribuant à la construction d’un référentiel d’évaluation pour la planification. Ce document sera constitué de retours d’expériences visant à donner des orientations à la planification « Facteur 4 ».

Cet APR fait également suite à l’appel à manifestation d’intérêt « Mettre l’innovation sur la trajectoire du Facteur 4 » de l’ADEME dont est issu le projet Nexus Energie[9] qui tâche notamment de définir une typologie des éco-quartiers et d’identifier les catégories d’acteurs en présence.

Les propositions veilleront à clarifier, en fonction des sujets traités, leur positionnement par rapport aux différents travaux déjà réalisés sur ce champ de recherche.

Ce champ de recherche se décompose en deux axes thématiques.

3.2 Axe A1 : « Démonstrateurs » de documents d’urbanisme pour des politiques urbanisme et énergie-climat intégrées « Facteur 4 »

Types de recherches et résultats attendus : Recherche-action, démonstrateurs de documents d’urbanismeà haute performance énergétique, climatique, environnementale et sanitaire, méthodes d’évaluation des documents d’urbanisme.

Il s’agit de montrer comment améliorer l’articulation entre les documents de planification énergétique et environnementale (SRCAE, PCET) et les documents d’urbanisme révisés par le Grenelle de l’environnement (SCOT, PLU) dans une optique « facteur 4 » et d’adaptation au changement climatique. Les jeux d’acteurs et leurs médiations, les différentes échelles territoriales et leurs articulations, ainsi que les champs sectoriels appréhendés serviront de base de réflexion. Un partenariat direct avec une ou plusieurs collectivités territoriales sera à privilégier de préférence.

L’articulation entre ces documents pourra être réalisée à différentes étapes clés du processus :

- Elle pourra avoir lieu très en amont par la mise en place de réflexions partenariales avec les différents acteurs territoriaux,

- Elle pourra avoir lieu lors de la révision d’un document d’urbanisme, étape particulièrement propice à l’évaluation,

- Ou encore, elle pourra évaluer un document d’urbanisme finalisé afin de réaliser, à l’issue de sa mise en œuvre, une grille méthodologique pour en évaluer ses performances « énergie-climat »..

Les recherches devront proposer des modes de transversalité urbanisme/énergie-climat au sein des documents de planification et devront chercher à répondre aux différentes questions suivantes : Quelles orientations ? Quelle articulation entre les différentes échelles temporelles et spatiales ? Quelle articulation entre atténuation et adaptation ? Dans quels documents supports et avec quelle traduction opérationnelle ? Quelle place imaginer pour les mesures d’urbanisme prescrites par les SCOT et PLU dans les documents de planification énergie-climat ?

Une analyse des modes de gouvernance (temporalités, échelles, mode de concertation, compatibilité, verrous, etc.) et de la mise en œuvre opérationnelle des articulations permettra d’évaluer les conditions nécessaires à l’émergence des mesures les plus efficaces (la temporalité peut par exemple avoir une influence significative sur la hiérarchisation des mesures à mettre en œuvre).

Des travaux économiques complémentaires pourront également venir tester la robustesse de ces documents au regard des préférences des agents économiques comme l’attractivité des territoires, les contraintes de déplacements générés, les externalités environnementales, les effets d’agglomérations, etc.

3.3 Axe A2 : Performance énergétique et environnementale et qualité d’usage des formes urbaines

Types de recherches et résultats attendus : Recherches-actions, retours d’expériences.

Il s’agit de dépasser l’opposition ville dense/étalée et de se questionner en particulier sur le lien entre formes de développement urbain et performance énergétique.

L’objectif recherché est d’apprécier la performance énergétique, voire environnementale, de différentes formes urbaines, dont celles intermédiaires, et de leur qualité d’usage et de confort, en s’attachant à connecter les préoccupations urbaines et énergétiques, qui s’expriment et sont traitées dans la grande majorité des cas dans des instances différentes et à des moments variés.

Les approches et les méthodes d’évaluation feront l’objet des propositions de recherche. La reproductibilité des méthodes proposées sera un élément fondamental d’appréciation. Des recherches-actions sont à privilégier.

Partant du point de vue de l’ADEME, les impacts environnementaux prioritairement considérés sont les atteintes aux milieux et tout particulièrement l’air et les sols ou sous-sols, la maîtrise de la consommation des ressources et matières non renouvelables (y compris spatiale). Pour les impacts sanitaires, l’attention est portée sur le bruit et la qualité de l’air.

Au-delà de l’approche énergétique et environnementale, une approche sensible des modes de vie, des pratiques et des représentations des formes urbaines sera à développer à travers des approches méthodologiques innovantes et participatives.

Il sera par exemple recherché dans quelle mesure l’implication des acteurs dans les différentes phases de conception (comme à simple titre d’exemple la co-conception des formes urbaines avec ses habitants/usagers) peut permettre une meilleure appropriation et donc de meilleures performances. Ainsi, il pourra être proposé d’analyser dans quelle mesure une économie collaborative, du partage ou de fonctionnalité pourrait conduire à repenser les conventions urbaines et architecturales actuelles.

Par ailleurs, les recherches en économie territoriale et urbaine ont apporté d’autres éclairages sur les enjeux de densité et plus largement d’agglomération. Des apports croisés des recherches économiques, sociales et urbanistiques permettraient de questionner différemment les nouveaux modes d’habiter et formes urbaines émergentes.

4. Modélisation urbaine

4.1 Contexte spécifique à ce champ de recherche

La compréhension des impacts des choix urbains pour une meilleure prise en compte des exigences énergétiques et environnementales nécessite la mise au point et l’application d’outils de simulation/modélisation intégrés au service de la conception architecturale et urbaine et de la planification urbanistique.

Les recherches actuelles sur la performance énergétique tendent à s’intéresser à l’organisation urbaine. A titre d’exemple, l’ouvrage Écologies urbaines[10] porte son regard sur la recherche française relative à la morphologie urbaine et aux consommations énergétiques[11]. Ainsi, sous le terme d’organisation urbaine, ce sont non seulement les enveloppes bâties, mais aussi et surtout les formes et morphologies urbaines, les densités urbaines et les mobilités associées qui sont à envisager. L’ouvrage Achieving Sustainable Urban Form permet aussi de faire un tour d’horizon des recherches internationales sur les problématiques associées à la durabilité de la forme urbaine comme le transport, les politiques urbaines ou la conception du bâti[12]. Pour M. Maïzia, plus la règlementation thermique sera exigeante à l’échelle du bâtiment, plus il s’avèrera crucial de concevoir des tissus urbains denses et ce notamment afin d’assurer la rentabilité des réseaux. D’ailleurs, les travaux du groupe « Bâtiment responsable 2020-2050 » au sein du Plan Bâtiment Durable prônent l’approfondissement de l’articulation entre le bâtiment et son environnement urbanistique.

Ce changement d’échelle dans les réflexions sur l’efficacité énergétique induit implicitement une conception des tissus urbains en termes de densité énergétique et non plus seulement de densité urbaine. Des règlementations de plus en plus performantes énergétiquement à l’échelle du bâtiment et leur transcription voulue dans les documents d’urbanisme, justifie notamment une évolution d’échelle pour le développement de maquettes numériques ou d’outils de modélisation. Parallèlement, tout un champ de recherche tend à se structurer sur la thématique urbanisme / transport (issue de la sociologie des transports) ainsi que des travaux sur la modélisation énergétique (adéquation entre l’offre et la demande). Chaque modèle est orienté par les questions auxquelles il tente de répondre en fonction des échelles traitées et les objectifs recherchés. Les axes de recherche ici ciblés s’inscrivent notamment dans la continuité des questionnements initiés par le GIS Modélisation Urbaine, dont l’ADEME est membre fondateur. Il s’agit ici de soutenir le développement de la modélisation urbanistique et sa réalisation au service de l’aide à la décision dans une vision systémique de la ville et du territoire, en offrant aux acteurs des politiques publiques des outils pragmatiques. Les propositions veilleront à clarifier, en fonction des sujets traités, leur positionnement par rapport aux différents travaux déjà réalisés sur ce champ de recherche.

Ce champ se décompose en deux axes thématiques.

4.2 Axe B1 : Simulation des performances énergétiques des formes urbaines de l’échelle de l’îlot à la ville

Types de recherches et résultats attendus : modélisation / simulation servant à expliquer, visualiser ou expérimenter des options de décisions publiques

Plusieurs travaux insistent[13] sur le fait que, pendant longtemps, on a opposé logement individuel et collectif. En France les deux semblent difficilement conciliables, alors que les Pays-Bas ou la Grande-Bretagne ont une très grande expérience en la matière. Les formes intermédiaires visent à favoriser un mode d’urbanisation qui puisse répondre aux attentes individuelles, en présentant les attributs de la maison individuelle, mais avec une moindre consommation de la ressource sol. Bien qu’ayant doublé en dix ans, la production d’habitat groupé reste minoritaire en France. Concevoir un habitat hybride entre collectif et individuel pourrait répondre aux demandes habitantes, tout en générant une ville intense et vivable.

D’un point de vue environnemental, non seulement l’urbanisation « horizontale » est consommatrice d’espace qui, minéralisé et imperméabilisé, stocke moins de carbone, mais elle suscite aussi une certaine vulnérabilité énergétique vis-à-vis des déplacements, qui jouent un rôle majeur en matière de pollution de l’air et de production de gaz à effet de serre. La redensification du tissu urbain et la limitation de l’étalement urbain passe par des formes urbaines réfléchies. La réflexion devra donc être menée à l’échelle de l’îlot (c'est-à-dire du groupement de bâtiments et des fonctions annexes), du quartier, voire de la ville.

Cet axe porte sur la simulation des performances énergétiques de différentes formes urbaines. Cela pourra porter sur plusieurs aspects :

- impact de la compacité / étalement : disposition et typologies de bâtiments (logement individuel / collectif / intermédiaire ; tertiaire) ; mixité des fonctions ;

- impact sur les déplacements ;

- limitation de la consommation d’espace et de l’artificialisation ;

- impact des formes urbaines sur la ventilation/circulation de l’air, sur les émissions de chaleur anthropique (véhicules et systèmes de climatisation), sur le phénomène d’îlot de chaleur urbain, résilience du quartier, voire de la ville… ;

- coûts / bénéfices efficacité énergétique[14]et climatique ;

- propriétés thermiques et qualité des espaces publics par le biais de l’utilisation de nouveaux matériaux et dispositifs ;

- capacité et impact de la mutualisation (des réseaux…) ;

Les simulations des performances énergétiques pourront porter sur l’ensemble, voire une partie de ces dimensions, voire en considérer des supplémentaires. Les attentes concernent une adéquation entre formes urbaines et performance énergétique dans un objectif « facteur 4 » : différents scénarii de formes et de croissances urbaines à différentes échelles pourront être simulés. Cet axe porte sur la simulation réalisée avec des outils de simulation existants.

4.3 Axe B2 : Outils de modélisation multithématique pour l’aide à la décision

Types de recherches et résultats attendus : Outils de modélisation intégrés destinés à l’aide à la décision pour la planification urbaine, recherche-action

La prise en compte du territoire en tant que système implique une réflexion multithématique repositionnant non seulement les flux (de matières premières, d’énergie etc.), mais aussi les pratiques et comportements spatiaux.

Divers outils de modélisation s’intéressant à la ville de manière globale. Il est recherché ici des outils de modélisation pouvant servir d’aide à la décision aux acteurs de la ville et qui devront notamment permettre :

- De simuler les impacts énergétiques et climatiques des systèmes urbains, incluant les réseaux, la consommation de ressources, ainsi que les modes de vie ;

- De disposer d’une vision d’ensemble (multithématique) du système urbain au regard de différents scénarios d’évolution de ses composantes et mesurer leurs impacts.

Les propositions de recherches comprendront l’une et/ou l’autre des approches suivantes :

- développement de modules d’agrégation d’outils sectoriels existantsaprès analyse critique et justification,

- développement d’un outil de modélisation multithématique.

Il est rappelé ici que la recontextualisation du développement des modèles par rapport aux besoins des décideurs et des territoires est indispensable (calage des modèles sur des territoires réels).

A cette fin, les résultats de la recherche devront être testés en conditions réelles sur un territoire donné pour consolider/démontrer leur portée opérationnelle et valider leurs avantages. Les critères à refléter dans l’outil de modélisation, afin de servir la décision publique, devront notamment faire l’objet d’une définition claire et réaliste sur les points suivants : analyse des besoins et implication des usagers, échelle, disponibilité et acquisition des données d’entrée, données de sortie et leur représentation, ergonomie par cible, accessibilité, ouverture et interopérabilité…

Cet axe concerne le développement d’outils de modélisation multithématiques basés sur des solutions techniques innovantes.

5. Définitions retenues dans le cadre de cet APR

Démonstrateur de document d’urbanisme : Nous entendons dans le cadre de cet APR « démonstrateur de document d’urbanisme », la réflexion avec les acteurs territoriaux, la mise en œuvre (lors d’une révision par exemple) d’un document de planification innovant dans sa forme ou dans ses liens avec d’autres documents territoriaux (notamment en lien avec l’énergie) et son évaluation.

Démonstrateur virtuel : Un démonstrateur virtuel vise à simuler des performances ou des impacts environnementaux sur un territoire donné selon des choix d’organisations urbaines (à différentes échelles, de l’îlot au système urbain).

Evaluation : L’évaluation vise à caractériser les résultats d’une réalisation (document, opération, etc.) par des méthodes quantitatives et/ou qualitatives. Le concept d’évaluation et notamment d’évaluation environnementale est pertinent en sciences de l’espace. Le milieu de la recherche s’exerce, pour cela, à développer des méthodes afin d’analyser les expériences environnementales et les évaluations spatiales qui en découlent.

Ilots performants / à haute efficacité énergétique : Sont considérés comme îlots performants des îlots construits, projetés, ou imaginés présentant une performance énergétique globale à l’échelle de l’îlot proche de 25 kWh ep/m².an[15] pour les cinq usages réglementés(chauffage, refroidissement, eau chaude sanitaire, éclairage, ventilation).

Ville : L’ADEME entend ici par agglomération, territoire urbain ou ville, l’ensemble urbanisé qui fait système. Il comprend donc la ville dense, les premières et deuxièmes couronnes ainsi que le tissu périurbain qui est dans leur zone d’attraction et constitue le bassin de vie du système.

6. Modalités de soumission et d’évaluation des projets de recherche

6.1 Qui peut répondre ?

Cet appel à projets de recherche s’adresse prioritairement à des consortium constitués connaissant bien à la fois les problématiques de l’urbanisme et de la planification. De ce fait, il est attendu des propositions de la part d’équipes multidisciplinaires associant urbanisme, sciences de l’ingénieur et sciences humaines et sociales et intégrant les différentes dimensions de la ville.

Ces équipes pourront comprendre des laboratoires de recherche, des bureaux d’études…

Les dimensions de la recherche et de l’action ou pratique pourront se coordonner pour répondre au mieux à cet APR : en particulier, des consortium associant des collectivités territoriales sont à rechercher.

6.2 Types de projets ?

Les projets proposés relèveront soit de la recherche en connaissances nouvelles soit de la recherche industrielle soit de développement expérimental conformément aux dispositions d’encadrement des aides au plan européen et du dispositif d’aide de l’ADEME notifié par la Commission Européenne (www.ademe.fr, rubrique Recherche Développement et Innovation, système d’aides ou Annexe).

6.3 Instances de pilotage

Cet APR sera suivi par un comité de pilotage interne composé d’experts du Service Organisations Urbaines (SOU) de la Direction Villes et Territoires Durables (DVTD), avec le soutien du Service Recherche et Technologies Avancées (SRTA) de la Direction Recherche et Prospective (DRP).

6.4 Modalités de soumission et calendrier

Le dossier de candidature comportera :

- une proposition détaillée du projet, décrivant la problématique, les hypothèses à tester, la méthodologie envisagée, les livrables attendus et le plan de valorisation (10 à 20 pages maximum) ;

- des informations concernant la ou les équipe(s) de recherche et précisant le rôle de chacun et la complémentarité des compétences (un exposé des travaux passés ou en cours, une liste de publications récentes et des CV des personnes impliquées) ;

- une estimation budgétaire respectant les règles d’aide à la recherche téléchargeable sur le site Internet de l’ADEME sous la rubrique « recherche et innovation » à l’adresse suivante : http://www.ademe.fr,

Chaque dossier sera soumis en ligne via une plateforme dédiée mise à disposition par l’ADEME : « appelsaprojets.ademe.fr ». Le lien pour accéder à la plate-forme de dépôt des dossiers est disponible sur le site www.ademe.fr rubrique « Appel à Propositions », sur la page de l’APR MODEVAL-URBA. Les déposants y ont également à leur disposition un document de présentation synthétique des modalités de dépôt qui résume les étapes à suivre pour le dépôt dématérialisé, ainsi que les délais nécessaires.

Chaque dossier sera également remis sous format électronique (clé USB) et 2 exemplaires papier (le cachet de la poste faisant foi) à l’adresse suivante :

ADEME

Service Organisations Urbaines

APR MODEVAL-URBA

A l’attention de Solène MARRY

500, route des Lucioles

06560 VALBONNE

6.5 Evaluation des propositions et instruction des demandes d’aide

Toute proposition incomplète ou dont la durée excédera 36 mois sera déclarée irrecevable.

Les projets seront évalués sur la base des critères suivants :

La pertinence de la proposition en regard des orientations de l’APR, de la qualité scientifique et technique de la proposition et du caractère innovant du projet,
l’adéquation des moyens (humains et financiers) aux ambitions du projet, la qualité du partenariat et l’organisation de l’équipe,
l’utilité, la valorisation et les retombées opérationnelles et scientifiques de la recherche compte tenu des finalités de l’APR. Dans un souci d'opérationnalité, un plan de valorisation scientifique et opérationnel des projets de recherche est à développer dans le dossier de candidature.
Les propositions de recherche seront examinées par le comité de pilotage qui formulera un avis argumenté sur la base des critères précédemment précisés. Les propositions seront classées en 3 catégories :

- A : favorable ou très favorable

- B : favorable sous réserve d’orientation pour intégration au programme de travail

- C : défavorable

Au vu des réponses et de leur appréciation, l’ADEME se réserve le droit d’auditionner les équipes classées A ou B et de proposer des évolutions marginales des projets, voire de proposer des regroupements de consortium.

Contact

Pour toute question relative à cet APR, vous pouvez vous adresser à :

Solène MARRY

Service Organisations Urbaines

solene.marry@ademe.fr

Tél. : 04 93 95 38 55


[1] Pollard J., 2011, « Les groupes d’intérêt vus du local : les promoteurs immobiliers dans le secteur du logement en France », Revue française de science politique, vol. 61, n°4, p. 681-706.

[2] L’expression « ville post-carbone » a été proposée par le Commissariat Général au Développement Durable en 2008 (Programme CGDD – ADEME : Repenser les villes dans la société post-carbone) et repris par la Commission Européenne en 2012 dans un appel à projets de recherche FP7 consacré aux « Post Carbone Cities ».

[3] Lettre de mission du 9 janvier 2014 du Premier Ministre à Monsieur Roland PEYLET, Conseiller d’Etat.

[4]Programme Interdisciplinaire de Recherche Ville et Environnement (PIRVE) cofinancé par le CNRS et le Ministère de l'Ecologie.

[5] La mission prospective du CGDD – MEEDDM et le Service Économie et Prospective de l'ADEME copilotent le programme « Repenser les villes dans une société post-carbone » depuis 2009

[6] 6 scénarios de transition Vers des villes post carbone Repenser les villes dans une société post carbone ? Mars 2012, Mission prospective – MEEDDTL / Agence Nationale de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie

[7] L’ensemble des recherches est disponible sur le site du programme villepostcarbone.fr.

[8] Approche Environnementale de l’Urbanisme

[9] Le descriptif du projet est disponible en ligne : http://www.nexus-energy.fr/

[10] Chapitre 5.

[11] Coutard O., Lévy J.-P. (dir.), 2010, Écologies urbaines, Paris, Éditions Economica Anthropos, collection Villes, 371 p.

[12] Williams K., Burton E., Jenks M., 2000, Achieving Sustainable Urban Form, Londres, Éditions Spon Press, 408 p.

[13] Panerai, P. (2005). Densité : entre refus et devoir : dossier. Traits urbains, n°10, pp. 14-25.

[14] Voir notamment la thèse de Mathieu Saujot (IDDRI) sur la construction de MACCS sur l’agglomération de Grenoble et le projet AETIC conduit par le LEPII dans le cadre de l’ANR (Pour une approche économique dans l’élaboration des politiques climatiques locales, 2013).

[15] AMI ADEME « Vers des bâtiments et ilots performants », 2012.

Lieux

  • 500 route des Lucioles
    Valbonne, France (06)

Dates

  • vendredi 18 avril 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • changement climatique, étalement urbain, évaluation, formes urbaines, modélisation, performance énergétique, planification, urbanisme

Contacts

  • Solène Marry
    courriel : solene [dot] marry [at] ademe [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Solène Marry
    courriel : solene [dot] marry [at] ademe [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Modélisation et évaluation au service des acteurs des villes de demain », Appel d'offres, Calenda, Publié le lundi 24 février 2014, http://calenda.org/277045