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Mémoires de la Révolution française

Memories of the French Revolution

Jalons historiographiques et exemples inédits

Historiographical landmarks and unpublished examples

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Publié le mardi 25 février 2014 par Rémi Boivin

Résumé

Nul n’est besoin de rappeler ici combien l’entreprise des « Lieux de mémoire » que dirigea Pierre Nora a marqué un tournant dans l’approche que les historiens – et d’autres – ont été appelés à développer en prenant garde de ne plus placer la mémoire dans un coin de leur agenda mais d’en faire un agent des dynamiques sociales, politiques et culturelles investi d’enjeux fréquemment contradictoires. Objet à vif appliqué à un temps de passions – la Révolution française – : tel est le propos de ce séminaire (mars 2014-avril 2015) que scanderont cinq ateliers et une vingtaine de communications.

Annonce

Argumentaire

Nul n’est besoin de rappeler ici combien l’entreprise des Lieux de mémoire que dirigea Pierre Nora a marqué un tournant dans l’approche que les historiens – et d’autres – ont été appelés à développer en prenant garde de ne plus placer la mémoire dans un coin de leur agenda mais d’en faire un agent des dynamiques sociales, politiques et culturelles investi d’enjeux fréquemment contradictoires. Entrelacs des mémoires, chocs de ces dernières, conflits entre une mémoire nationale imposant ses dénominateurs communs et des mémoires plurielles revendiquant une place autre dans le canevas d’une histoire soumise, elle aussi, à ce flux d’informations démultipliées (internet) qui font, défont et refont les liens que des individus et des groupes entretiennent avec la société et/ou des institutions : l’inventaire des qualifications ne cesse d’exprimer, in fine, ce que d’aucuns qualifient d’inflation mémorielle Entre devoir de ne pas oublier et juridicisation d’une histoire au contemporain soumise à des intérêts et des groupes de pression divergents, entre prises en charge au nom de (l’État, l’éducation, tels ou tels porte-parole autoproclamés) et dénis plus ou moins inavoués, la nébulosité et les emballements de la mémoire rendent compte de la difficulté qu’il y a à l’objectiver et à la questionner. Objet à vif appliqué à un temps de passions – la Révolution française – : tel est le propos de ce séminaire (mars 2014-avril 2015) que scanderont cinq ateliers et une vingtaine de communications.

En une époque saturée d’objurgations mémorielles propices à toutes les instrumentalisations, en un temps où la littérature se propose comme moyen d’appréhension alternatif aux procédures historiques, - du quotidien des officiers SS à celui d’un tortionnaire français en Algérie, en passant par le hooliganisme du Heysel et l’insoutenable banalité du fait divers[1] – la mémoire paraît envahissante[2], la violence en vogue dans les interrogations historiennes[3], et la Révolution Française un champ particulièrement propice à l’examen des liens entre mémoire et régionale dans les processus de construction des identités nationales et régionales.

Il est aujourd’hui acquis que la mémoire, souvent écorchée vive, intime légende au cœur de l’identité individuelle et collective, ne saurait s’ériger en rivale de l’histoire, champs disciplinaire précisément identifié dont les procédures scientifiques établissent un savoir vérifiable. L’histoire peut en revanche contribuer à produire une mémoire apaisée parce qu’informée, ainsi que l’avait proposé Paul Ricoeur en général, et Régine Robin[4] pour la Shoah en particulier, et comme Jean-Clément Martin[5] l’a montré pour la Vendée.

La démarche qui consiste à faire de la mémoire un objet d’histoire vise à dresser, un peu plus de trente ans après Les lieux de mémoire[6],  un bilan historiographique de ce que les historiens savent aujourd’hui et de ce qu’ils continuent à déceler des processus, des acteurs, des moments et les objets de cristallisation de la mémoire, mais aussi de la complexité des prétentions mémorielles à l’historicité, et encore des petits arrangements que des mémoires communautaristes tentent parfois avec l’histoire - édulcorations plus ou conscientes, menus travestissements, fabrique des héros, mystifications délibérées, légendes noire…-.

Ce séminaire ouvert aux étudiants des Masters Métiers de l’Enseignement et Identités, Patrimoine, Histoire, ainsi qu’à ceux de l’École Doctorale des Sciences Humaines et Sociales et aux enseignants-chercheurs, entend proposer une réflexion épistémologique et des exemples inédits sur les éléments de construction, les usages et les dévoiements de la mémoire de la Révolution française, ainsi que son rôle dans la fabrique d’identité(s) nationale(s) et/ou régionale(s).

Ce séminaire courant sur deux ans s’articulera en cinq ateliers thématiques. Le premier consistera en une session historiographique. Les quatre ateliers suivants présenteront aussi chantiers en cours et études de cas inédites.

Programme

Premier atelier : « La mémoire sur l’établi de l’historien : enjeux et spécificités de l’histoire de la mémoire » (28 mars 2014)

Cet atelier inaugural consistera à proposer une réflexion historiographique où pionniers de la recherche et épistémologues reconnus seront invités à confronter leurs expériences pratiques, leurs exigences scientifiques sur les méthodes, apports, acquis, mais aussi sur les écueils, travers et possibles détournements de la mémoire au nom de l’histoire.

  • Philippe Joutard (Université d’Aix-en-Provence et EHESS), « Histoire et mémoires : deux approches du passé souvent en conflit, mais qui doivent s’articuler »
  • Johann Michel (Université de Poitiers, CEMS/EHESS, IUF), « Devoir de mémoire, travail de mémoire, devoir d’histoire »
  • Jean-Clément Martin (Université Paris 1, IHRF), « Quand l’histoire bute sur les mémoires : le cas de la Révolution française »
  • Sylvie Sagnes (CNRS, IIAC) « De passeur à décrypteur de mémoire : l’ethnologue au défi de l’objectivation »

Deuxième atelier : « Voix et voies de la mémoire : des mots, des hommes et des femmes » (10 octobre 2014)

Le deuxième atelier se focalisera sur les sources de l’histoire de la mémoire : il s’agira de dresser un bilan de la collecte et l’édition des textes mettant en scène la singularité des trajectoires biographiques dans et après la Révolution française, de scruter les acteurs de ces écrits afin de rendre compte des interactions entre sources du for privé, milieux dans lesquels pareilles productions adviennent et spécificités des regards portés sur l’expérience révolutionnaire.

  • Laurent Brassart (Université Lille 3, IRHIS), « Mémoires du nord. Une révolution noire ou invisible ? »
  • Hervé Leuwers (Université Lille 3, IRHIS), « Des mots pour dire Robespierre. L'incertain regard du mémorialiste Baudot »
  • Éric Saunier (Université du Havre, CIRTAI), « Les égo-documents et la mémoire des villes atlantiques »
  • Anne Verjus (CNRS, Triangle), « Peut-on faire, à partir des écrits du for privé, l'histoire d'une catégorie sociale ? »

Troisième atelier : « Les reliques de la mémoire : héros et contre-héros, hauts faits et légendes noires, lieux et objets » (12 décembre 2014)

Le troisième atelier s’intéressera aux objets et aux figures dans lesquels la mémoire de la Révolution française se cristallise, s’incarne et se dit. On y déconstruira la fabrication de héros et anti-héros, de hauts faits et de légendes noires, de lieux de culte ou d’affliction, d’objets authentiques ou non sur lesquels s’entent des souvenirs plus ou moins mythifiés, fantasmés d’une Révolution honnie ou idéalisée à l’aune des enjeux contemporains dans lesquels ils se trouvent incessamment actualisés.

  • Christian Amalvi (Université Montpellier 3, CRISES), « Les représentations de la Révolution française dans l'espace public au XIXe siècle, notamment de 1830 à 1899 »
  • Yannick Bosc (Université de Rouen, GRHis), « Robespierre, la gauche et la fabrique du négatif »
  • Philippe Bourdin (Université de Clermont-Ferrand, CHEC), « Le répertoire théâtral (1789-1795), espace de construction d’une mémoire immédiate »
  • Pascal Dupuy (Université de Rouen, GRHis), « La mémoire de la Révolution française dans la musique populaire aux XXe et XXIe siècle : la révolution enchantée ? »
  • Antoine Graziani (Université de Corse, LISA), « Relecture de Pascal Paoli à travers sa correspondance »
  • Sophie Kervran (conservatrice Musée des Beaux-Arts de Quimper) : « Les Révoltés de Fouesnant ramenés à Quimper par la Garde nationale en 1792 de Jules Girardet (vers 1886-1887) : un tableau emblématique de la représentation de la Contre-Révolution au XIXe siècle »
  • Alain Le Bloas (Professeur agrégé d’histoire, Brest) « La Tour d’Auvergne, quatrième mousquetaire de la Révolution. La fabrication d’un héros entre 1800 et 1841 »

Quatrième atelier : « La mémoire de la Révolution Française : un outil et des usages dans les pratiques politiques, XIX-XXIsiècles » (février 2015)

Le quatrième atelier entend observer comment la mémoire de la Révolution française passe par l’évocation d’un panthéon de références politiques ou négatives au sein d’un champ politique en construction. Il s’agira de s’intéresser aux aspects de la Révolution qui sont mis en exergue, les usages qui en sont faits et les fins au nom desquelles ils sont convoqués.

  • Bruno Dumons (CNRS, LARHRA-ISH), « Entretenir la mémoire contre-révolutionnaire au XIXe siècle. Lieux et pratiques dans la France du Sud-Est »
  • Jean El Gammal (Université de Lorraine, CRULH-Nancy), « Les usages politiques de l’histoire et de la mémoire de la Révolution française de 1880 à 1914 »
  • Marie-Claire Lavabre (CNRS, ISP), « La mémoire comme objet des sciences sociales »
  • Sophie Wahnich (CNRS, IIAC), « En finir avec Sartre, en finir avec la Révolution française ? Les années 1960 face à un objet surinvesti »

Cinquième atelier : « Les pulsations de la mémoire de la Révolution (XIX-XXIe siècles) » (avril 2015)

Le dernier atelier se concentrera sur les temporalités et les rythmes de la construction et de l’utilisation des mémoires de la Révolution française en insistant sur les temps forts, les silences et les réactivations desdites mémoires.

  • Paul Chopelin (Université Lyon 3, LARHRA), « L’Église de France et la “ persécution révolutionnaire ” : construction et usage d’une mémoire victimaire (XIXe-XXIe siècles) »
  • Laurent Douzou (Sciences Po Lyon, LARHRA), « L’histoire de la Révolution française dans les pratiques mémorielles de la Résistance »
  • Danielle Tartakowsky (Université Paris 8, Centre de recherches historiques : Histoire des pouvoirs, savoirs et sociétés), « Le rassemblement populaire et la mémoire de la Grande Révolution »

Sixième atelier : « Comparaisons internationales » (20 novembre 2015)

  • Antonio de Francesco (Université de Milan) : « La Révolution française dans l’historiographie italienne du xxe siècle »
  • Jean-Numa Ducange (Université de Rouen, GRHis) : « La Révolution française vue de l’autre Allemagne : Walter Markov, son œuvre, sa réception »
  • Rémy Duthille (Université Bordeaux 3, CLIMAS) : « Richard Price (1723-1791) : gloire, éclipse et redécouvertes »
  • Veronica Granata (Université de Liège) : « La Révolution censurée : les enjeux du contrôle de la mémoire dans la France du premier xixsiècle (1799-1830 »
  • Philippe Raxhon (Université de Liège) : « La transmission de la mémoire de la Révolution française en Belgique. Bilan est perspectives »
  • Alexandre Tchoudinov (Université de Moscou) : « La mémoire de la Révolution française en URSS »

Organisateurs


  • [1] Entre autres : Jonathan Little, Les bienveillantes, 2006.
  • Laurent Mauvignier, Dans la foule, éditions de Minuit, 2006, Des hommes, Éditions de Minuit, 2009, Ce que j’appelle oubli, éditions de Minuit, 2011.
  • Philippe Besson, L’enfant d’octobre, Paris, Grasset, 2006.
  • David Foenkinos, Les Cœurs autonomes, Paris, Grasset, 2006.
  • Thierry Jonquet, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, Paris, Seuil, 2006.
  • Laurent Binet, HHhH, Grasset, 2010.
  • Karine Tuil, Six mois, six jours, Grasset, 2010.
  • Régis Jauffray, Sévère, Paris, Le Seuil,  2010 et Claustria, Paris, Le Seuil, 2012.
  • Dominique Sigaud, Franz Stangl et moi, Stock, 2011.
  • [2] Régine Robin, La mémoire saturée, Paris, Stock, 2003.
  • [3] Par exemple : George L. Mosse, La brutalisation des sociétés européennes. De la Grande Guerre au totalitarisme, Hachette littérature, 2000.
  • Stéphane Audouin-Rouzeau, Annette Becker, Christian Ingrao et Henry Rousso (dir.), La violence de guerre : 1914-1945 : approches comparées des deux conflits mondiaux Bruxelles, Complexe / Paris, IHTP-CNRS, 2002.
  • Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d'Algérie, 1954-1962, Paris, Gallimard, 2001 ; L'embuscade de Palestro, Paris, Armand Colin, 2010 ; avec Fabrice Virgili, Isabelle Depla, John Horne (dir.), Viols en temps de guerre, Payot, 2011.
  • John Horne et Alan Kramer, 1914. Les atrocités allemandes. La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique, Tallandier, 2011.
  • Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essais sur la naissance d’un mythe national, Paris, Éditions du Seuil, 2006 ; La machine à fantasmes. Relire l’histoire de la Révolution Française, Paris, Vendémiaire, 2012.
  • [4] « Pour conjurer les retours, les répétitions, les parodies, les imitations, pour conjurer tous ces fantômes et tous ces spectres, ces retour du refoulé, cette « hantologie » souligné par Jacques Derrida, il faut alors une reconnaissance, reconnaissance de ce qui s’est passé, reconnaissance de sa propre responsabilité. C’est à ce prix que, dans les enjeux perpétuels dans lesquels le mémoriel et le régime d’historicité sont pris, quelque chose peut se mettre à bouger, quelque chose de moins mortifère ». Régine Robin, « Entre mémoire et histoire », dans Bertrand Müller (dir.), L’histoire entre mémoire et épistémologie. Autour de Paul Ricoeur, Payot, Lausanne, 2005, p. 39-73, p. 48.
  • [5] Voir le dernier chapitre de Jean-Clément Martin, La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire, Paris, Perrin, 2007, qui reprend un article paru dans la Revue d’Histoire Moderne et contemporaine, « Histoire, mémoire et oubli. Pour un autre régime d’historicité », octobre/décembre 2000, tome 47, p. 783-804.
  • [6] Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 3 vol., 1984-1992.

Lieux

  • 20 rue Duquesne
    Brest, France (29)

Dates

  • vendredi 28 mars 2014
  • vendredi 10 octobre 2014
  • vendredi 12 décembre 2014
  • lundi 02 février 2015
  • mercredi 01 avril 2015
  • vendredi 20 novembre 2015

Mots-clés

  • Révolution française, époque contemporaine, mémoire, noeuds mémoriels, politisation

Contacts

  • Anne de Mathan
    courriel : Anne [dot] demathan [at] univ-brest [dot] fr

Source de l'information

  • Laurent Le Gall
    courriel : legall-vidaling [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Mémoires de la Révolution française », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 25 février 2014, http://calenda.org/277656