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Retour des territoires, renouveau de la mésologie

The return of territories, the renewal of mesology

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Publié le jeudi 24 avril 2014 par Luigia Parlati

Résumé

Dans le cadre de la Chaire « Développement des territoires et innovation : questions de mésologie », l’UMR LISA en collaboration avec la Fondation de l’université de Corse, organise un colloque les 26 et 27 mars 2015 sur le thème « Retour des territoires, renouveau de la mésologie ».

Annonce

Argumentaire

La preuve est faite aujourd’hui qu’une mondialisation délocalisant sans limite et laminant les territoires est insoutenable d’un point de vue tant humain qu’écologique. On parle même de « retour des territoires », comme le faisait récemment Jean-Louis Guigou dans un article du Monde . Cela n’est pas seulement constater que les « circuits courts » ont le vent en poupe ; c’est aussi récuser un double mythe de la modernité finissante : « La chute du mur de Berlin devait marquer la ‘fin de l’histoire’. Il n’en est rien ! La mondialisation devait marquer la ‘fin de la géographie’ et le déclin des territoires. C’est le contraire qui se produit » . 

La première question posée par le colloque sera de s’interroger sur la réalité de ce « contraire qui se produit », non seulement du point de vue de l’économie territoriale et de la géographie économique, mais plus largement de l’ensemble des sciences sociales et humaines concernées par le rapport des êtres humains avec leurs territoires : problèmes de gouvernance, de production, de consommation, d’aménagement, d’urbanisme, de convivialité… Avons-nous vraiment les indices d’un renversement de la tendance, plus que séculaire, du capitalisme moderne à défaire les territoires pour leur substituer une étendue abstraite, aux différenciations purement fonctionnelles et quantitatives, qui serait définie uniquement en tant que marché, c’est-à-dire par le rapport objectal de marchandises entre elles, y compris par la réification mercatique des « facteurs humains » ?

La seconde question mène à l’ontologie. Réalité ou vœu pieux, le retour des territoires s’accompagne en de nombreux domaines d’une remise en cause des manières d’agir et de penser qui ont produit le monde actuel, et dont Descartes a parfaitement livré l’essence dualiste lorsqu’il écrivit : « je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui, pour être, n’a besoin d’aucun lieu, ni ne dépend d’aucune chose matérielle » . C’était là proclamer que l’être du sujet moderne s’auto-institue face à un monde purement objectal, sans interdépendance entre les deux termes. Autrement dit, c’était récuser l’essence des milieux traditionnels, où l’être et son milieu vont ensemble et sont indissociables. De cette abstraction du sujet hors de son milieu est née la modernité. Désormais le monde, et en particulier le territoire, pouvaient être traités comme des objets. Pour le dualisme moderne, en effet, le milieu n’existe pas, ou du moins ne concerne pas l’être individuel. Il est forclos en une pure externalité, celle d’un donné environnemental universel. La question devient donc : serions-nous en train de dépasser cette forclusion, et si oui, quels en sont concrètement les indices ?

Le traitement de ces deux questions renvoie à une problématique de fond qui constitue en quelque sorte le soubassement analytique de ce colloque : la planète Terre n’est pas qu’une table rase, une étendue neutre où joueraient sans attache les calculs de l’homo œconomicus ; c’est à la fois une biosphère – l’ensemble des milieux vivants – et une demeure humaine, une écoumène constituée de milieux humains, tous singuliers et tous territorialisés.
L’heure est ainsi à la redécouverte des milieux. Elle est à un renouveau de la mésologie, cette science des milieux que des disciples d’Auguste Comte avaient inaugurée en 1848, mais qui, après de brillants débuts sous l’angle positiviste, s’était finalement étiolée devant une nouvelle venue, l’écologie. Cette mésologie-là, en effet, brassait un champ trop vaste, couvrant virtuellement les sciences humaines comme les sciences naturelles, mais sans principe unificateur. Or ce principe unificateur, c’était cela même qu’avait récusé le dualisme : le milieu d’un sujet vivant, humain ou non humain, est autre chose qu’un simple objet. Il est lié à cet être dans une relation réciproque, que le dualisme, par définition, ne peut pas saisir.

Ce principe, ce sont les travaux du naturaliste allemand Jakob von Uexküll (1864-1944) et du philosophe japonais Tetsurô Watsuji (1889-1960) qui, sous l’influence de la phénoménologie, l’ont mis en évidence dans les années trente, donnant du même coup un nouveau départ à la mésologie. Ils établissaient une distinction révolutionnaire entre, d’une part, le donné environnemental objectif (Umgebung, shizen kankyô 自然環境), valable uniquement du point de vue abstrait qui est celui de l’observateur scientifique, et d’autre part la réalité concrète du milieu (Umwelt, fûdo 風土) qui est vécu par chaque être, qu’il soit individuel (un organisme, une personne) ou collectif (une espèce, une société, une culture), et qu’il soit vivant en général (pour Uexküll) ou humain en particulier (pour Watsuji).

À la mésologie d’Uexküll (Umweltlehre) répondait donc celle de Watsuji (fûdoron 風土論), toutes deux fondées sur le même principe : la relation entre un être et le milieu qui lui est propre ne relève pas d’une détermination mécanique de l’être par l’environnement, ni d’une projection arbitraire du sujet sur l’objet, mais d’une co-suscitation où cet être et son milieu sont fonction l’un de l’autre. Cette vision récuse donc la causalité linéaire du dualisme, tant pour les phénomènes biologiques que pour les phénomènes sociaux. Pour Uexküll, l’animal n’est pas une machine, c’est un machiniste ; ce n’est pas un objet parmi d’autres objets universels, c’est un sujet qui a son milieu propre ; d’où la nécessité, pour comprendre cette relation concrète, d’une Bedeutungslehre, théorie de la signification qui préfigurait les développements ultérieurs de la biosémiotique. La mésologie de Watsuji se fondait pareillement sur une herméneutique, seule capable de saisir de l’intérieur comment son milieu existe concrètement pour l’humain qui le vit. Corrélativement, aux antipodes du dualisme, Watsuji saisissait la structure ontologique de la réalité humaine par le concept de fûdosei 風土性 , qu’il définissait comme « le moment structurel de l’existence humaine (ningen sonzai no kôzô keiki 人間存在の構造契機) » ; c’est-à-dire comme le couplage dynamique de deux moitiés indissociables, dont l’une est ce que Leroi-Gourhan devait appeler notre « corps animal » individuel, et l’autre ce que la mésologie considère aujourd’hui comme notre « corps médial », éco-techno-symbolique et collectif, c’est-à-dire notre milieu.

La mésologie, science des milieux (Umweltlehre, fûdoron), se distingue donc de l’écologie, science de l’environnement. C’est dans cette perspective que sont posées les deux questions du colloque. Au delà de la fiction abstraite que l’étendue terrestre ne serait plus que le champ hors-sol d’une mécanique des marchés, il s’agit de reconcevoir ce que sont, concrètement, les territoires de l’existence humaine au sein de son milieu.

Organisation du colloque

Le colloque est organisé conjointement par :
- le CNRS, Laboratoire LISA (Lieux, Identités, eSpaces, Activités) UMR 6240
- l’Université de Corse Pasquale Paoli
- la Fondation pour l’Université de Corse
Secrétariat : Corinne IDDA (idda@univ-corse.fr)

Corte, 26 et 27 mars 2015

Appel à contributions

Les personnes désireuses de présenter une communication touchant à l’un, l’autre ou aux deux thèmes du colloque sont invitées à envoyer au secrétariat,

avant le 1er septembre 2014,

un courriel indiquant :
- titre de la communication
- résumé de la communication (environ 1000 signes)
- identification : NOM, prénom, date de naissance, diplômes, fonctions actuelles, adresse postale, téléphone, courriel, principales publications et/ou réalisations (maximum 5).

Les propositions seront examinées par le comité scientifique et la sélection effectuée avant le 10 novembre 2014.

Comité scientifique

  • - Giorgio AGAMBEN, professeur associé à l’Université Paris VIII (biopolitique)
  • - Augustin BERQUE, géographe et philosophe (mésologie)
  • - Luciano BOI, maître de conférences à l’EHESS (épistémologie)
  • - Franck FISCHBACH, professeur à l’Université de Strasbourg (philosophie)
  • - France GUÉRIN-PACE, directrice de recherches à l’INED (démographie)
  • - Frédéric JOULIAN, maître de conférences à l’EHESS (éthologie)
  • - Marie-Antoinette MAUPERTUIS, professeur à l’Université de Corse (économie)
  • - Pascal OTTAVI, professeur à l’Université de Corse (langues et cultures régionales)
  • - Philippe PESTEIL maître de conférences à l’Université de Corse (ethnologie)
  • - Caroline TAFANI, maître de conférences à l’Université de Corse (géographie)
  • - Don Mathieu SANTINI, Professeur à l’Université de Corse (Langues et cultures régionales)

Lieux

  • avenue Jean Nicoli
    Corte, France (20250)

Dates

  • lundi 01 septembre 2014

Mots-clés

  • mésologie, économie régionale, lieu, mondialisation

Contacts

  • Corinne Idda
    courriel : idda [at] univ-corse [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Corinne Idda
    courriel : idda [at] univ-corse [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Retour des territoires, renouveau de la mésologie », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 avril 2014, http://calenda.org/283103