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Récits de vies extraordinaires : saints, stars, héros

Cahiers de littérature orale n°79

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Publié le mardi 01 juillet 2014 par João Fernandes

Résumé

Récits de vies extraordinaires, récits hagiographiques fabriquent saintes et saints, héroïnes et héros ; souvent post-mortem, parfois de leur vivant, qu’il s’agisse de personnages politiques ou religieux : héros nationaux, figures « saintes » musulmanes ou bouddhiques ; ancêtres vénérés ; stars, etc. Si les récits « biographiques » de vies extraordinaires partagent avec les récits légendaires une part de merveilleux, ils s’en distinguent par bien des aspects, notamment par une dimension d’action efficace déployée par le personnage central du récit ; par une dimension fondatrice — d’un culte, d’un sanctuaire, d’un « lieu de mémoire », d’un mouvement collectif — ou encore par une dimension médiatrice. Appuyées sur une démarche ethnographique, les contributions attendues pour ce numéro des Cahiers de littérature orale exploreront des récits de vies extraordinaires et leur production.

Annonce

Cahiers de littérature orale, n°79 (2016/1)

Sous la direction d’Agnès Clerc-Renaud et Cécile Leguy

Titre

Récits de vies extraordinaires : saints, stars, héros

Argumentaire

Récits de vies extraordinaires, récits hagiographiques fabriquent saintes et saints, héroïnes et héros ; souvent post-mortem, parfois de leur vivant. « Les saints existent d’abord par le récit » constate Calavia Sáez (1996) en observant les cultes d’un cimetière de Belo Horizonte (Brésil). Ce constat, qui vaut pour les « morts très spéciaux » (Brown, 1996) que sont les saints catholiques ou orthodoxes vaut aussi semble-t-il dans bien d’autres contextes et aires culturelles pour d’autres récits de vies très particulières, qu’il s’agisse de celles de personnages politiques ou religieux : héros nationaux, figures "saintes" musulmanes ou bouddhiques ; ancêtres vénérés ; stars, etc.

Si les récits "biographiques" de vies extraordinaires partagent avec les récits légendaires une part de merveilleux, ils s’en distinguent par bien des aspects, notamment par une dimension d’action efficace déployée par le personnage central du récit ; par une dimension fondatrice — d’un culte, d’un sanctuaire, d’un « lieu de mémoire », d’un mouvement collectif — ou encore par une dimension médiatrice.

Appuyées sur une démarche ethnographique, les contributions attendues pour ce numéro des Cahiers de littérature orale exploreront des récits de vies extraordinaires et leur production sous l’un et/ou l’autre des trois axes de réflexion suivants :

 1 • La place des récits "biographiques" des saints et des héros dans les fêtes, cultes et commémorations

Un premier aspect saillant des récits de vies extraordinaires consiste dans leur contribution, par la narration et la circulation, à l’invention, à la « fabrique » du saint ou du héros. En ce sens, les contributions s’intéresseront aux situations narratives et contextes d’énonciation, ainsi qu’aux modes de transmissions des récits, qu’il s’agisse des groupes sociaux ou des milieux où ils se déploient, du statut des narrateurs, « spécialistes » ou non, ou encore des lieux privilégiés où ils se déroulent, sanctuaires, tombeaux et leurs abords, fêtes, rituels commémoratifs, pèlerinages, etc.

Les contributions pourront aborder un autre aspect de ces récits : l’inscription de la vie du personnage principal comme des personnages secondaires dans un groupe social donné dont ils et elles figurent et incorporent la geste. Ces récits sont aussi (d’abord ?) des récits collectifs. En ce sens, ils permettent l’analyse du quotidien ou des valeurs du groupe comme de celui des narrateurs ou de ses relations avec d’autres groupes (Hertz, 1928 : Gellner, 2003). De même, les dimensions d’exemplarité ou d’extraordinaire qui se posent en contrepoint aux règles et normes sociales expriment les modèles sociaux et les valeurs du groupe.

Enfin, le récit laudatif ou hagiographique « en associant une figure à un lieu » (Certeau, 1975 : 277) cristallise la figure du héros ou du saint comme le producteur d’un site devenant ainsi « une fondation, le produit et le signe d’une advenue » (Ibid.) Quelle place ces récits tiennent-ils dans les cultes, commémorations, etc. ? Quelles pratiques langagières articulent ces deux plans de la construction d’une figure sainte ou héroïque ? Quel « espace narratif » (Belmont, 2001 : 83 sq) les caractérise ?

 2 • Le récit hagiographique, une zone d’ombre de la littérature orale ?

De la Légende dorée de Jacques de Voragine aux exempla médiévaux, la littérature hagiographique des siècles précédents a été passée au crible de la critique des historien-nes (Boureau, 1984 ; Schmitt, 1983, par exemple). Par contraste, les récits oraux ont fait l’objet de beaucoup moins d’attention. Pour relever plutôt du registre de la légende et n’être pas stricto sensu des contes merveilleux (Bru, 1999 : 6-7), ils ont échappé aux travaux anthropologiques qui les caractérisent comme aux entreprises classificatrices y compris, concernant l’Europe, au catalogage des formes culturelles incluses sous la rubriques « contes religieux » (Aarne et Tompson, 1961 ; Delarue et Tenèze, 1997 ; Cardigos, 2006, etc.).

Pourtant, en tant que récits de tradition orale en prose, les récits de vies extraordinaires présentent des similitudes, des affinités, des analogies qui s’apparentent à des thèmes, voire à des motifs. Ainsi, l’Amérique latine foisonne de saints locaux non « homologués » par l’Église dont la geste présente un « air de famille » au sein d’une région, voire d’un pays à l’autre, tout comme elle entrecroise, en les ‘créolisant’ des motifs issus de différentes traditions culturelles.

Ce numéro se propose d’éclairer les zones d’ombre que posent la classification des « récits de croyances » (Abry, 2005) par des contributions portant sur la structure et les motifs des récits hagiographiques ; la porosité entre littérature orale et écrite, qu’il s’agisse de littérature de colportage (Cavignac, 1997) ou de bandes dessinées, ou encore la relation entre récit et iconographie (photographies, ex voto, images, etc.). De même peut-on interroger la façon dont la geste orale des saints « homologués » s’écarte des versions fixées par l’écrit ou encore la façon dont les récits relatifs à des figures composites de la spiritualité new age réemploient ou recombinent tels ou tels thèmes et motifs.

 3 • Les ancrages spatiaux, les enjeux territoriaux et politiques de la narration

Outre l’inscription spatiale de la situation narrative, un autre type de performativité peut être interrogée, qui se déploie à l’intérieur du récit. En Amérique latine encore, les travaux d’Anne‑Marie Losonczy par exemple ont montré « une transformation continue de morts récents en figures de recours sanctifiées […] dont une part de l’efficacité semble tenir à leur ancrage spatial » (Losonczy, 1998) régional et national. Ainsi, les contributions attendues pourront-elles questionner la part des récits biographiques extraordinaires dans ces constructions régionales et nationales du territoire ; leurs variantes et transformations urbaines et rurales (Hertz, 1928 ; Slater, 1991) ; leurs jeux d’emboitement, à l’échelle d’une localité, d’une région ; les processus de localisation (Isnart, 2008) ou encore les modalités de l’intrication ou de la séparation entre figures religieuses et politiques (Centlivres, Fabre, Zonabend, 1998) mises en avant dans les récits. 

Procédure et calendrier

Les intentions de contributions (titre et résumé ne dépassant pas 1000 signes) doivent être adressées à Agnès Clerc-Renaud (agnes.clerc-renaud@misha.fr) et Cécile Leguy (cecile.leguy@univ-paris3.fr)

le 30 septembre 2014 au plus tard

Les articles sélectionnés devront être remis le 30 mai 2015. 

Les articles doivent être écrits en français ou en anglais ; le titre, le résumé et les mots clés sont à donner dans les deux langues. 

La note aux auteurs est disponible sur le site de la revue : http://clo.revues.org/

Comité scientifique

«Cahiers de littérature orale  n°79» 

  • Ioana Andreesco, Paris
  • Mihaela Bacou, Columbia University, Paris
  • Nicole Belmont, EHESS – Laboratoire d'Anthropologie Sociale
  • Brunhilde Biebuyck, Columbia University, Paris
  • Sandra Bornand, CNRS – LLACAN
  • Manon Brouillet, EHESS, Paris
  • Josiane Bru, LISST, Centre d’anthropologie sociale, Toulouse
  • Micheline Lebarbier, CNRS – LACITO
  • Cécile Leguy, Université Sorbonne Nouvelle, Paris 3 – LACITO
  • Bertrand Masquelier, LACITO
  • Jean-Marie Privat, Université de Lorraine – CREM
  • Agnès clerc-renaud, Université de Strasbourg– DynamE

Bibliographie indicative

  • Aarne, Antti ; Thompson, Stith. The Types of the Folktale : A Classification and Bibliography. Helsinki : Academia Scientiarum Fennica. 1961. 588 p.
  • Abry, Nicolas.  "Indexer le récit de croyance", Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques [En ligne], 35 | 2005, mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 31 mars 2014. URL : http:// ccrh.revues.org/3020 ; DOI : 10.4000/ccrh.3020
  • Belmont, Nicole. "Du catalogue à l’histoire cachée. À propos de la typologie Aarne-Thompson", Cahiers de littérature orale 50, 2001, pp. 75-94.
  • Boureau, Alain. La Légende dorée, Le système narratif de Jacques de Voragine. Paris : Editions du Cerf. 1984, 283 p.
  • BROWN, Peter. Le culte des saints : son essor et sa fonction dans la chrétienté latine. Paris : Cerf, 1996. 165 p.
  • Bru, Josiane. "Le repérage et la typologie des contes populaires. Pourquoi ? Comment ?", Bulletin de liaison des adhérents de l’AFAS 14, 1999. [En ligne], 14 | automne 1999, mis en ligne le 01 octobre 1999, consulté le 23 janvier 2014. URL : http://afas.revues.org/319
  • CALAVIA SÁEZ, Oscar. Fantasmas falados : Mitos e mortos no campo religioso Brasileiro. Campinas : Editora da UNICAMP, 1996, 216 p.
  • CAVIGNAC, Julie. La littérature de colportage au Nord-Est du Brésil. De l’histoire écrite au récit oral. Paris : CNRS Éditions. 1997. 336 p.
  • CENTLIVRES, Pierre ; FABRE, Daniel ; ZONABEND, Françoise (eds.) La fabrique des héros. Paris : Editions de la Maison des sciences de l’homme. 1998. 318 p.
  • certeau, Michel de. L’écriture de l’histoire. Paris : Gallimard. 1975. 361 p. [Chap. 7. "Une variante : l’édification hagio-graphique",  pp. 274-288].
  • Delarue Paul et Ténèze Marie-Louise. Le Conte populaire francais. Catalogue raisonné des versions de France et des pays de langue française outre-mer. Paris : Maisonneuve et Larose, 1957-1977. [Réédité en 1 vol. en 1997]
  • GELLNER, Ernest. Les saints de l’Atlas. Paris : Editions Bouchène. 2003. 301 p.
  • HERTZ, Robert. "Saint Besse, étude d’un culte alpestre" pp. 131‑194 in : Mélanges de sociologie religieuse et de folklore. Paris : Alcan 1928.
  • ISNART, Cyril. Saints légionnaires des Alpes du sud. Ethnologie d’une sainteté locale. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008. 181 p.
  • LOSONCZY, Anne-Marie. Les saints et la forêt : Rituel, société et figures de l’échange avec les Indiens Emberá chez les Négro-Colombiens du Chocó. Paris / Montréal : L’Harmattan, 1997. 419 p.
  • Mallison, Françoise. "Cinq études pour un point de vue comparatif sur les littératures hagiographiques en Asie", Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient 85, 1998. pp. 259-263.
  • SCHMITT, Jean-Claude (ed.) Les Saints et les Stars. Le texte hagiographique dans la culture populaire, 1979, Paris : Beauchêne, 1983. 303 p.
  • SLATER, Candace. Trail of Miracles. Stories from a Pilgrimage in Northeastern Brazil. Berkeley : University of California Press. 1986. 289 p.

Dates

  • mardi 30 septembre 2014

Mots-clés

  • littérature orale, récit, vie extraordinaire

Contacts

  • Cécile Leguy
    courriel : cecile [dot] leguy [at] univ-paris3 [dot] fr
  • Agnès Clerc-Renaud
    courriel : agnes [dot] clerc-renaud [at] misha [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Agnès Clerc-Renaud
    courriel : agnes [dot] clerc-renaud [at] misha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Récits de vies extraordinaires : saints, stars, héros », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 01 juillet 2014, http://calenda.org/288408