AccueilLes opinions publiques arabes à l’épreuve des révolutions

Les opinions publiques arabes à l’épreuve des révolutions

Arab public opinion and the challenge of revolutions

Médias, élites et societés

Medias, elites and societies

*  *  *

Publié le vendredi 26 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque porte sur les opinions publiques arabes à l’épreuve des révolutions. Il a pour ambition de réunir, dans une perspective multidisciplinaire, des chercheurs et des professionnels qui s’intéressent aux nouvelles dynamiques politiques, sociales et culturelles dans le monde arabe. Cet intérêt pour l’objet « opinion publique » est l’occasion, non seulement d’interroger ce concept méconnu et de le remettre au centre de l’analyse mais également d’explorer les stratégies déployées par les acteurs (production de discours) pour l’influencer et de connaitre ses spécificités (le clivage féminin / masculin). L’idée est de jeter un regard nouveau, par le bas, sur les processus révolutionnaires qui secouent le monde arabe et de tenir compte de cette variable souvent ignorée pour une meilleure compréhension du phénomène dans sa globalité.

Annonce

Argumentaire

Les évènements historiques et plus particulièrement les ruptures révolutionnaires, constituent des moments privilégiés pour renouveler les analyses concernant les fonctions et les interactions entre les différentes composantes de la société. En effet, les processus révolutionnaires transforment les rapports de forces non seulement entre les groupes politiquement et socialement organisés mais également entre les individus sur la base des idées, des intérêts ou même du genre (masculin / féminin). Ils affectent également la production des discours dans la mesure où de nouveaux clivages apparaissent ; les nouvelles élites dominantes et leurs contestataires ont recours à cette activité stratégique pour expliciter et légitimer leurs positions ou leur opposition et participer ainsi à la formation des opinions publiques.

En effet, la tenue d’élections compétitives comme moyen de sélectionner le personnel politique dans les pays affectés par les révolutions arabes notamment la Tunisie et l’Egypte, donne un poids politique inédit aux individus et aux opinions publiques dans la mesure où le pouvoir n’est plus désormais que le reflet de leurs préférences majoritaires.  La formation d’une « nouvelle culture politique arabe » consubstantiellement liée aux procédures électorales et marquée par le poids des électeurs modifie la nature des rapports très inégalitaires qu’entretenaient les élites et les «masses». Dans cette perspective, la variable « opinion publique » acquiert une pertinence réelle, une efficacité politique indiscutable et un intérêt scientifique évident.

L’intensité des luttes médiatiques et discursives menées aussi bien sur les champs politiques nationaux (Tunisie/Egypte/Syrie) que régionaux (Moyen-Orient/monde arabe) ou internationaux, illustre l’effort fourni par les différents acteurs pour gagner la bataille de l’opinion. Or si politiquement cette « opinion » est identifiable, elle demeure une véritable inconnue sur le plan scientifique.

Ainsi, si l’on peut définir l’opinion publique comme l'ensemble des convictions, des valeurs et croyances plus ou moins partagées par une société, il convient de constater que cette notion fondamentale pour la compréhension du fonctionnement des systèmes politiques contemporains est victime d’une triple marginalisation dans le monde arabe.

Tout d’abord, les fondements de la légitimité du pouvoir politique dans le monde arabe qui sont essentiellement basés sur les origines des gouvernants (prophétiques ou dynastiques) ou leurs réalisations (lutte pour les indépendances ou performances économiques et sociales) négligent les sentiments et les préférences politiques du peuple. Dans cette perspective, l’assentiment des opinions publiques est loin d’être considéré comme l’une des conditions essentielles du gouvernement juste et efficace.

En réalité, cette marginalisation au niveau politique des opinions publiques comme source de la légitimité du gouvernement n’est que le reflet d’une conception élitiste du pouvoir dominante parmi les intellectuels arabes. En effet, la croyance dans le rôle avant-gardiste de l’intellectuel éclaireur entrave toute possibilité de saisir l’importance de la base, du peuple, des foules comme pourvoyeurs de légitimité.  Les élections, quand elles sont organisées, ont gardé un aspect purement procédural ou folklorique, sans effet réel sur le choix et la sélection d’un projet de société particulier.

Cette marginalisation au niveau politique et intellectuel explique en partie le peu d’intérêt que le monde de la recherche mais également les instituts de sondage accordent aux opinions publiques arabes. Sans poids politique reconnu et légitimé, les opinions publiques arabes ont été les grandes absentes des terrains d’investigations sociologiques, nous ne disposons pas d’études chiffrées et d’analyses contextualisées aussi bien de leurs conditions de production que de leurs contenus.

Dans le sillage des révolutions arabes qui ont permis des mobilisations populaires inédites dans cette région, sans leaders et en dehors des institutions politiques et partisanes existantes, l’hypothèse d’une autonomisation des opinions publiques arabes semble pertinente. D’objet de manipulation et d’instrumentalisation, de nombreux indicateurs montrent que les opinions publiques sont en train de devenir de véritables acteurs de la vie politique dans le monde arabe. En outre, les processus de transition vers la démocratie initiés dans les pays arabes postrévolutionnaires et la tenue d’élections libres et compétitives montrent la place prééminente que la notion d’opinion publique est susceptible d’occuper dans la sociologie politique du monde arabe dans le futur.

Ce colloque a pour ambition de réunir, dans une perspective multidisciplinaire, des chercheurs qui s’intéressent aux nouvelles dynamiques politiques, sociales et culturelles dans le monde arabe. Cet intérêt pour l’objet « opinion publique » est l’occasion, non seulement d’interroger ce concept méconnu et de le remettre au centre de l’analyse mais d’explorer également les stratégies déployées par les acteurs (production de discours) pour l’influencer et de connaitre ses spécificités (le clivage féminin / masculin). L’idée est de jeter un regard nouveau, par le bas, sur les processus révolutionnaires qui secouent le monde arabe et de tenir compte de cette variable méconnue pour une meilleure compréhension du phénomène dans sa globalité.

Quatre axes non exclusifs seront privilégiés :

Axe n°1 – La connaissance des opinions publiques dans le monde arabe

Il s’agit d’une exploration sur le plan théorique et historique de la notion d’opinion publique en général et dans le monde arabe en particulier. La parole sera donnée aussi bien aux chercheurs qu’aux professionnels des sondages d’opinion dans le monde arabe.

  • L’opinion(s) publique(s) entre croyances individuelles et logique de l’action collective
  • L’historicité de la notion d’opinion publique dans le monde arabe
  • Le concept de « Ra’y ‘âm » (opinion publique) : mise en perspective historique et linguistique
  • Peut-on parler d’une opinion publique arabe ?
  • Les différentes approches des opinions publiques dans le monde arabe
  • L’approche des professionnels au quotidien de la notion d’opinion publique dans le monde arabe
  • Opinion publique nationale ou transnationale ?

Axe n°2 – La production des opinions publiques dans le monde arabe

L’intérêt est porté sur les producteurs de discours politiques en direction des opinions publiques mais également sur les lieux et les modalités de production des discours susceptibles d’influer sur les processus politiques.

  • La question et les enjeux de la mesure des opinions dans le monde arabe
  • La connaissance des instituts de sondages dans le monde arabes ou qui travaillent pour des partenaires dans la région (TNS Sofres, PEW, Ipsos, Sigma Conseil)
  • Le rôle des opinions publiques dans les révolutions arabes
  • L’opinion publique et le numérique, Facebook, Twitter
  • Lieux de production des discours : rôle des télévisions nationales et satellitaires.

Axe n°3 – La gestion des opinions publiques.

Dans la mesure où l’opinion publique ne constitue pas une totalité uniforme mais le reflet de la société, elle est traduit ainsi les clivages qui la structurent et nécessite un travail de gestion. L’analyse du regard des élites sur cet objet est l’occasion de mieux comprendre le fonctionnement et la gestion des opinions publiques par les différentes forces politiques et sociales.

  • Opinion publique et conflit : Gaza, Syrie, Egypte etc.
  • L’irruption de l’opinion publique dans le débat politique tunisien après la révolution
  • Les sondages d’opinion en Tunisie ou au Maroc et en Egypte etc.
  • La gestion par les Etats-Unis des opinions publiques arabes.
  • Les stratégies des autres puissances peuvent être envisagées comme la France, l’Iran ou la Turquie.

AXE n°4 – Les opinions publiques autrement : dissidence et contestation

Modalités d’expression des opinions, chansons, poésie, Bandes dessinées, Rap.

  • Les mouvements islamistes et la bataille de l’opinion
  • Peut-on parler d’une opinion publique féminine ?
  • Opinion et stratégie de mobilisation en ligne 
  • Peut-on parler d’opinions publiques confessionnelles dans le monde arabe : Liban, Syrie, Irak etc. ?
  • Les organisateurs sont ouverts à toute nouvelle piste de réflexion sur cet objet.

Modalités de participation

Le colloque est ouvert aux universitaires, chercheurs, doctorants, journalistes ou professionnels des sondages et des opinions publiques, installés en France ou à l’étranger.

Les frais de transport (classe économique) d’hébergement et de restauration seront pris en charge par les organisateurs.

L’envoi d’un court résumé de la communication

avant le 20 octobre 2014.

Joindre au résumé un curriculum vitae abrégé.

L’envoi d’un texte, après la tenue de la conférence (de 20000 à 30000 signes) qui sera publié dans un ouvrage collectif.

Le colloque aura lieu ate le 4 et 5 décembre 2014 à l'Université Sorbonne Nouvelle, Paris III, 13 rue de Santeuil 75005 Paris    

Responsables scientifiques

  • Bourhan Ghalioun, Professeurs des universités à Paris III (sociologie)
  • Safaa Monqid, Maitre de conférence à paris III (sociologie)
  • Zaineb Ben Lagha, Maitre de conférences à Paris III, (littérature et culture arabe contemporaines.)

Organisateurs

  • Safaa Monqid,
  • Mohammed El Oifi.

Lieux

  • Université Sorbonne Nouvelle, Paris III - 13 rue de Santeuil
    Paris 05 Panthéon, France (75005)

Dates

  • lundi 20 octobre 2014

Mots-clés

  • opinion publique, monde arabe, média, révolution, sondage

Contacts

  • Mohammed El Oifi
    courriel : mohammed [dot] eloifi [at] sciencespo [dot] fr

Source de l'information

  • Mohammed El Oifi
    courriel : mohammed [dot] eloifi [at] sciencespo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les opinions publiques arabes à l’épreuve des révolutions », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 26 septembre 2014, http://calenda.org/295838