AccueilExpérimentation(s) : comment définir et faire exister une scène transgressive en Asie du Sud ?

Expérimentation(s) : comment définir et faire exister une scène transgressive en Asie du Sud ?

Experimentation(s): how to define and create a transgressive scene in South Asia?

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Publié le lundi 22 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Cette année, le festival du film d'Asie du Sud trangressif #3 explore l'idée d'expérimentation(s) en revenant au cœur même de l'idée fondatrice du festival : transgressif, alternatif, underground, expérimental, indépendant, Prayoga : quel mot pour quel cinéma ?

Annonce

Argumentaire

Le festival du film d’Asie du Sud transgressif (FFAST) questionne depuis maintenant 3 ans « normes et transgressions » sous différents aspects. Le premier état des lieux lors de la journée de conférences-rencontres du 28 janvier 2013, permettait d’introduire la norme cinématographique dominante : le cinéma populaire de Bombay. La transgression était alors avant tout géographique, et nous avons exploré les variations régionales, les alentours du cinéma indien, avec le Népal, le Pakistan, le Bangladesh. Dans cette première incursion, nous avons noté que le sexe, l’amour et le mariage étaient des sujets « vecteurs » de transgressions à l'intérieur d’une scène « mainstream », une scène normée et normative. De ce constat sont nées les journées d’étude du FFAST 2014 : « Industrie des cœurs, industrie des corps. Amour, sexualité et mariage dans l’Inde du XXIe siècle : imaginaires, fantasmes et ruptures ».

Cette année nous avons fait le choix de revenir au cœur même de l'idée fondatrice de notre festival : transgressif, alternatif, underground, expérimental, indépendant, Prayoga : quel mot pour quel cinéma ? Pour s’opposer à quoi, à qui ? Au cinéma indien quand on est un réalisateur pakistanais ; au cinéma de masse quand on est un réalisateur indépendant ? Comment définir un film transgressif : par son esthétique, sa maison de production, son circuit de distribution, sa langue ?  

Pour mener cette réflexion, le concept de référence sera le terme indien de Prayoga développé par le théoricien du cinéma Amrit Gangar.

Un nouveau concept : autour du cinéma de Prayoga

« Le cinéma de Prayoga définit un cadre conceptuel qui englobe l’histoire du film expérimental indien en s’inspirant d’une tradition prémoderne d’innovation créative, le Prayoga.

Le cinéma de Prayoga est aussi une théorie de la pratique cinématographique bouleversant les formes dominantes de la syntaxe du cinéma de l'Inde contemporaine tels que Bollywood ou le réalisme social de la « Nouvelle Vague » indienne. Cette doctrine éclaire un nouvel idiome cinématographique et prend source dans la résonance de la philosophie indienne et de son imaginaire culturel.

En transformant la perception du cinéma, cette théorie articule une sensibilité qui s'inscrit dans les fondements de prāchin de la culture indienne, tout en puisant dans les principes de temps et d'espace et en donnant sa temporalité inhérente à la cinématographie.

Elle emploie le cinéma dans le but d'entamer une nouvelle conversation avec l'hétérogénéité idiosyncrasique des traditions indiennes. Le cinéma de Prayoga est par définition un geste radical dans l'histoire du cinéma en Inde.

Étymologiquement parlant, le terme Prayōga se réfère en Sanskrit à une théorie de la pratique, se focalisant sur les vastes possibilités d'une forme de contemplation – ritualisée, poétique, mystique, esthétique, magique, mythologique, physique ou alchimique – et pourrait ainsi être défini comme le processus rigoureux d'un "acte d'innovation" d'une forme d'une pratique quelconque.

Dans le cinéma, il désigne un exercice interrogatif filmique conçu pour une quête vers un déroulement continu du temps et de l'espace. C'est un cinéma qui intègre de la musique classique indienne, de la poésie, de la mythologie et des arts scéniques en les élevant au statut de matière cinématique et de "fiction-en-devenir" en tant que sujet à étudier a contrario aux autres tentatives similaires de théories de cinéma venant d'ailleurs. »

Extrait du texte d’Amrit Gangar « The moving image: Looped, to be Mukt! – the Cinemā Prayōga conscience » (traduction Pierre Friquet)

Le FFAST et Prayoga

Le FFAST est né de la volonté de décloisonner les binarismes stylistiques entre cinéma d’art et d’essai et cinéma populaire ; de sortir le cinéma indien des deux stéréotypes auxquels il est  associé en France, les films « dans la veine » de Satyajit Ray et les productions « Bollywood » ; et de tenter de penser des cinémas différents, en dehors des catégories préétablies d’avant-garde, de cinéma indépendant, de films expérimentaux, ou encore de Nouvelle vague indienne, telle qu’a pu être qualifiée la nouvelle génération de réalisateurs contemporaine. Ce désir a voulu s’exprimer par le terme, peut-être provocateur, de « transgressif », afin de replacer les œuvres cinématographiques dans un continuum créatif, par-delà genres et cadres théoriques admis.

Face aux interrogations qu’a pu susciter le terme « transgressif » au cœur du nom de notre festival, nous avons eu envie de poser les jalons théoriques qui nous ont amené à ce choix, et de parcourir les questionnements qu’il amène.

En chemin, nous avons rencontré Amrit Gangar et sa pensée du cinéma de Prayoga. Dans sa capacité à repenser et à questionner les cadres posés par le cinéma occidental, nous y retrouvons nos propres questionnements, et la même volonté de mise en pratique des idées, d’expérimentations, un aspect que porte en lui le terme de Prayoga et que cherche à incarner notre Festival.

Pour notre troisième édition, nous invitons Amrit Gangar à présenter sa théorie du cinéma de Prayoga, autour de discussions et d’un programme de films choisis par lui. Nous espérons ouvrir ainsi un espace de dialogue entre les idées de Prayoga et de transgression.

Pour l’appel à communication, les axes thématiques incluent mais ne se limitent pas à :

1. Notions / définitions / traductions

Dans cette section, nous aimerions explorer les différentes notions et termes pour qualifier les types de cinéma en Asie du Sud, et nous demander quelle réalité ils recouvrent. Aujourd’hui dans le sous-continent indien de nombreux cinémas cohabitent, les typologies se renouvellent et entraînent un nouveau questionnement : quels sont les héritages du cinéma « indépendant régional » ? Comment qualifier un cinéma alternatif qui ose des expérimentations d’un côté et qui de l’autre s’allie aux grands studios ?

Cinémas d'hier et d'aujourd'hui, comment les notions / termes ont-ils évolués en Asie du Sud, et quelles réalités ont-ils recouvert diachroniquement ? Quelles frontières différentes ont-ils tracés au cours de l'histoire ?

2. Espaces d’expérimentations : festivals, salles de cinéma, Internet

Les conditions pour l’émergence de cinémas alternatifs dans le sous-continent indien et leur affirmation dans l’espace des imaginaires visuelles interrogent aussi bien les structures étatiques, que les entreprises privées. Où faire exister ces films ?

Festivals et rétrospectives autour du cinéma expérimental s’organisent en Inde, tandis que le réseau de salles PVR met en place une bannière spécialisée « Director’s Rare » pour promouvoir au cœur des multiplexes un autre genre de cinéma. Et, pour une diffusion de masse, Internet se présente comme une plateforme source à plusieurs égards : pour la distribution des films, comme le montre l’initiative du NFDC « cinemasofindia.com » et pour la diffusion des actualités et des ressources dédiées aux cinémas indépendant, au cœur de l’entreprise de dearcinema.com. Comment ces différents secteurs ont-ils pu contribuer à construire une place pour une voix alternative à Bollywood sur la scène intérieure ?

3. Esthétique du Prayoga et appropriations du concept

Alors que le terme de Prayoga se veut un concept alternatif à la notion d’expérimental qui s’est forgée en Occident ; comment peut-il être repris et travaillé dans des corpus de films hors de l’Asie du Sud ? Cette section est une invitation à expérimenter dans l’analyse esthétique même, au travers d’un corpus venant d’Asie du Sud ou non.

Modalités de soumission 

Les propositions (2500 signes maximum) sont à envoyer

avant le 15 novembre.

à helene@ffast.fr et nemesis@ffast.fr accompagnés d’une courte biographie et bibliographie. 

Comité scientifique

  • Amrit Gangar (Président du comité, théoricien du cinéma et historien)
  • Robert Cahen (artiste et vidéaste)
  • Kristian Feigelson (sociologue, Université Sorbonne Nouvelle – IRCAV)
  • Hélène Kessous (doctorante, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – CEIAS)
  • Rossella Ragazzi (anthropologue des médias, Université de Tromsø Museum)
  • Némésis Srour (doctorante, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – CEIAS)
  • Richard I. Suchenski (Directeur “Center for Moving Image Arts”, Bard College)

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • samedi 15 novembre 2014

Mots-clés

  • cinéma, Inde, Népal, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka, expérimental, Prayoga

Contacts

  • Némésis Srour
    courriel : nemesis [at] ffast [dot] fr
  • Hélène Kessous
    courriel : helene [at] ffast [dot] fr

Source de l'information

  • Programmation FFAST
    courriel : programmation [at] ffast [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Expérimentation(s) : comment définir et faire exister une scène transgressive en Asie du Sud ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 22 septembre 2014, http://calenda.org/297099