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Quand la nuit fait l’événement

Journée d’études sur les nuits historiques

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Publié le vendredi 03 octobre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Depuis l’Antiquité des événements célèbres (ou qui ont pu avoir un impact non négligeable sur les consciences, à différentes échelles : régionales, nationales, internationales) se sont singularisés particulièrement, ou en partie, par leur nocturnité. Pour les plus célèbres on peut bien entendu penser à la Saint-Barthélemy (août 1572), la nuit de la Boston Tea Party (décembre 1773), la nuit du 4 août 1789, la nuit des longs couteaux (29 au 30 juin 1934), la nuit de cristal (du 9 au 10 novembre 1938)… L’objectif des deux journées d’étude organisées à Poitiers le 11 décembre 2014 et à Paris en 2016 n’est pas d’apporter une description factuelle de ces épisodes célèbres, mais plutôt de réfléchir sur les processus (matériels, « environnementaux » ou psychiques) qui permettent d’affirmer que la nuit infléchit bien les événements. Par exemple, recherche-t-on particulièrement la nuit pour user d’un avantage tactique décisif lors d’un affrontement ou d’une bataille, ou bien seulement pour accentuer la dramaturgie de l’épisode ? Le rapport souvent perceptible entre la mémoire de l’événement et la nocturnité de son déroulement n’est pas non plus à négliger.

Annonce

Ces journées d’études sur les nuits historiques auront lieu le jeudi 11 décembre 2014 à Poitiers et en 2016 à Paris.

Argumentaire

  • L’histoire de la nuit : un champ disciplinaire novateur et original

Alors que le jour se « lève », la nuit « tombe » et amène avec elle des menaces tapies dans l’ombre. Encore de nos jours, beaucoup d’enfants s’endorment comme leurs ancêtres en ayant peur du loup, alors qu’il est absent depuis des siècles de notre biotope. Véronique Nahoum-Grappe remarquait à juste titre que « le fait que la nuit soit liée à la peur relève donc autant de la phénoménologie de sa perception récurrente que de son interprétation héritée dans une culture donnée ». La nuit s’impose dans notre imaginaire et dans notre quotidien comme le moment où tout peut arriver. Pourtant, l’obscurité ne procure-t-elle pas le plaisir intense d’un repos bien mérité ? Médecins, spiritualistes et philosophes depuis l’Antiquité ont démontré que la nuit était faite pour dormir et c’est pour cela qu’elle porte conseil. Certains personnages importants, saints, prophètes… peuvent même concilier nuit et spiritualité s’ils repoussent les limites du sommeil. Dans la tradition chrétienne, mais aussi dans d’autres religions, nous découvrons une figure ambivalente de la nuit. C’est de nuit que Judas a trahi. La Bible révèle la nuit comme un temps privilégié. Les ténèbres c’est l’absence de Dieu : les promesses faites à Abraham, la libération d’Egypte, la Nativité et la Passion qui commence par l’agonie nocturne au jardin des Oliviers et s’achève sous un ciel enténébré en plein milieu du jour. Pourtant, comme nous l’avons déjà remarqué, la Chrétienté ne tente pas de dissimuler les dangers de la nuit, et comme pour Abraham, elle peut être un temps de souffrance qu’il faut savoir surpasser. Dans le silence de la nuit, pendant le sommeil, l’individu peut être amené à souffrir, et à ce moment-là, seule la foi pourra le sauver. Ce foisonnement des représentations et des vécus de la nuit des sociétés passées a bien entendu intéressé les historiens des différentes périodes (Jean Verdon, Alain Cabantous, Simone Delattre, Roger Ekirch, Craig Koslovsky…). L’historiographie de la nuit a trouvé son existence dans une histoire des mentalités qui cherchait à comprendre les représentations et les sensibilités collectives. Parmi ces dernières, ce sont les peurs nocturnes qui ont retenu en premier l’attention des historiens. A cela rien d’étonnant : l’imaginaire populaire, mais aussi les ressentiments exprimés dans les procédures judiciaires, offraient de nombreuses pistes de réflexion pour saisir la complexité des réactions face aux dangers des ténèbres. A la suite de Lucien Febvre, on doit à Jean Delumeau une première approche bien structurée des dangers de la nuit qui sert encore de référence sur le sujet. Partant d’un sentiment naturel collectif, Jean Delumeau décrypte les mécanismes humains et religieux qui ont conduit l’homme à se méfier de la nuit. Doit-on pour autant dénier tout attrait des populations vers cet instant obscur ? Incontestablement non ! La volonté de comprendre la nuit comme un espace social spécifique, qui a ses propres logiques, et qui veut remettre en cause le fait que l’espèce humaine est essentiellement diurne, a d’ailleurs dissimulé l’importance que revêtait le sommeil dans les sociétés passées. Le découpage diachronique du jour et de la nuit ne correspond pas à une dualité d’action et de repos. Les sociétés ont toujours, dans une certaine mesure, refoulé la nuit, en tentant de repousser l’obscurité, mais aussi afin de la vivre pour donner naissance à un véritable noctambulisme. Ce passage d’une nuit d’Ancien Régime à une nuit où le noctambulisme s’affirme comme une activité à part entière a notamment été mis en valeur par Simone Delattre à Paris qui a saisi l’ambiance nocturne d’une capitale qui tend à s’émanciper de ses tabous. La ville renaît la nuit selon d’autres logiques et sous une surveillance particulière qui tend toujours et encore à préserver le sommeil. En 1995, François Angelier et Nicole Jacques-Jacquin ont réuni des textes très différents sur la nuit, permettant de voir que la nuit est une expérience plurielle qui touche à toutes les disciplines où se mêlent : « Nuits des songes et des mythes, des fantasmes et des fantômes, nuits des cités modernes ou des éternelles angoisses, nuit des poètes, des sorciers ou des mystiques, nuit romanesque ou théâtrale, nuit chantée par la musique ou la parole, nuit peinte ou gravée, la nuit donne lieu ici à des évocations, des réflexions, des analyses et des méditations… »  Ce travail ouvrait beaucoup de pistes mais ne suffisait pas à délimiter une nuit insaisissable, d’autant qu’il dévoile plus la nuit comme objet d’art récurrent dans la littérature, la peinture, le cinéma…, que l’historicité même de la nuit.

  • De la perspicacité des événements historiques

Entre une nuit réparatrice mais immobile, et une nuit suspecte mais socialement restreinte, la nuit connaît d’autres enjeux et représentations. L’objet de la journée d’étude qui se déroulera à Poitiers le jeudi 15 décembre 2014 entend approfondir les recherches antérieures sur l’histoire de la nuit pour les envisager sous un angle nouveau, en partie entrepris lors du colloque « Les Nuits de la Révolution » qui s’est tenu à Clermont Ferrand les 5 et 6 septembre 2011, celui de la perspicacité des événements nocturnes.

Il est ainsi demandé aux futurs intervenants de s’interroger sur la notion même « d’événement historique » et de son adéquation avec le nocturne, à différents moments de l’histoire (toutes les périodes, de l’Antiquité à l’époque contemporaine peuvent être questionnées) et à différentes échelles : régionales, nationales, internationales. Aussi, il n’est nul besoin d’être un spécialiste des représentations et des pratiques nocturnes, il s’agit juste de se saisir d’un événement nocturne. Les réflexions peuvent évidemment s’appuyer sur un fait en particulier, ou sur plusieurs dans une démarche comparative. Mais il n’est pas question de se limiter uniquement à une description factuelle d’épisodes célèbres ou non. Il est nécessaire dans chacune des approches, de réfléchir sur les processus (matériels, « environnementaux » ou psychiques) qui permettent de saisir l’influence ou non de la nuit sur le déroulement des événements. Par exemple, recherche-t-on particulièrement la nuit pour user d’un avantage tactique décisif lors d’un affrontement ou d’une bataille, ou bien seulement pour accentuer la dramaturgie de l’épisode ? Alain Cabantous a justement remarqué que certains événements « inscrivent le moment nocturne comme consubstantiel à la mémoire à venir en utilisant des supports divers, inégaux et complémentaires. L’événement historique s’inscrit dans la mémoire grâce à sa nocturnité ». Le rapport souvent perceptible entre la mémoire de l’événement et la nocturnité de son déroulement n’est donc pas à négliger.

Modalités de soumission

Les propositions de communication pour ces journées d'étude (2500 caractères maximum) sous forme d'un résumé,  devront être envoyées  à g.garnier2@wanadoo.fr et en copie aux adresses suivantes : chauvaud.frederic@wanadoo.fr ; alain.cabantous@wanadoo.fr

avant le 20 octobre 2014.

Comité d'organisation

  • Alain Cabantous (Université de Paris I)
  • Frédéric Chauvaud (Université de Poitiers)
  • Guillaume Garnier (Université de Poitiers)

Comité scientifique

  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, Professeure d’histoire contemporaine, Université de Limoges, CRIHAM
  • Michel Porret, professeur d’histoire moderne, Université de Genève, DAMOCLES
  • Alain Cabantous, Professeur d’histoire moderne, Université de Paris I, IHMC

Lieux

  • Hôtel Fumé
    Poitiers, France (86)
  • Paris, France (75)

Dates

  • lundi 20 octobre 2014

Mots-clés

  • événement, nuit

Contacts

  • Guillaume Garnier
    courriel : g [dot] garnier2 [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Garnier
    courriel : g [dot] garnier2 [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Quand la nuit fait l’événement », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 03 octobre 2014, http://calenda.org/300550