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Diplomatie globale et ressources naturelles

Global diplomacy and natural resources

Enjeux, pratiques et influences des acteurs non-étatiques (XVIIIe-XXIe siècle)

Stakes, practices and influences of non-state actors (18th-21st centuries)

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Publié le lundi 06 octobre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

La fin de la guerre froide a été l’occasion de (re)découvrir le poids des acteurs non-étatiques dans une diplomatie de plus en plus mondialisée. Selon Richard Langhorne, c’est avec le Congrès de Vienne de 1961 que s’amorce le processus de déliquescence de la diplomatie classique née au XVIIe siècle dans laquelle seuls les États jouaient véritablement un rôle. Cet affaiblissement progressif des États a conduit à l’effacement des frontières traditionnelles entre ce qui relève de l’action diplomatique officielle et des relations internationales plus informelles, menées en marge des États. Le poids croissant de divers acteurs non-étatiques sur la scène internationale est un signe révélateur de cette transition. 

Annonce

Argumentaire

La fin de la guerre froide a été l’occasion de (re-)découvrir le poids des acteurs non-étatiques dans une diplomatie de plus en plus mondialisée. Selon Richard Langhorne, c’est avec le Congrès de Vienne de 1961 que s’amorce le processus de déliquescence de la diplomatie classique née au XVIIe siècle dans laquelle seuls les États jouaient véritablement un rôle[1]. Cet affaiblissement progressif des États[2] a conduit à l’effacement des frontières traditionnelles entre ce qui relève de l’action diplomatique officielle et des relations internationales plus informelles, menées en marge des États. Le poids croissant de divers acteurs non-étatiques sur la scène internationale est un signe révélateur de cette transition. Alors que le statut des États s’est considérablement affaibli, celui d’institutions transnationales, aussi bien publiques que privées, s’affirme : des organisations non-gouvernementales telles que Médecins sans Frontières, Greenpeace ou Amnesty International, des firmes multinationales comme Microsoft ou Total, des structures intergouvernementales et/ou supranationales telles que le Fonds Monétaire International, l’UNICEF ou l’Organisation Mondiale du Commerce jouent désormais un rôle de premier plan. Par ailleurs, les actions entreprises par des acteurs de moindre envergure comme les régions, les peuples indigènes, les églises ou des individus émanant de la société civile ne sauraient être négligées. Et si certains ont pu regretter le déclin de la souveraineté étatique dans les relations internationales, il n’empêche que ces acteurs non-étatiques ne peuvent être ignorés car ils sont au cœur de la diplomatie du XXIe siècle.

De fait, ce phénomène a récemment donné lieu à une abondante littérature[3]et à l’émergence de nouveaux concepts. Les notions de « (nouvelle) diplomatie d’influence », « diplomatie économique », ou « diplomatie de l’humanitaire[4] » attestent de ce changement d’ère. En parallèle, le champ des études diplomatiques s’intéresse de plus en plus au rôle croissant joué par les ressources naturelles dans les relations internationales. Le choc pétrolier de 1973 et l’apparition du concept de « diplomatie des ressources » témoignent également d’une mutation dans les politiques internationales. Or, si ce type de diplomatie, dont l’objet est souvent de contrôler l’accès aux ressources naturelles, a longtemps été l’apanage des États qui cherchaient à renforcer leur puissance nationale[5], l’influence nouvelle des acteurs non-étatiques vient désormais s’opposer, s’ajouter ou se substituer à la diplomatie officielle autour de cet enjeu international. L’implication des acteurs non-étatiques donne une dimension nouvelle à la diplomatie des ressources car leurs motivations vont souvent au-delà de la simple appropriation ou du contrôle des ressources. Ainsi, la pérennisation ou la bonne gestion des ressources aux niveaux régional, transnational voire global a pu constituer la finalité des actions entreprises par des acteurs non-étatiques[6].

Jusqu’à maintenant, ces concepts d’acteurs non-étatiques et de diplomatie des ressources ont surtout été appliqués au monde post-1945. Cependant, quelques historiens ont récemment montré que, depuis longtemps déjà, les acteurs non-étatiques occupent les marges de la diplomatie officielle et qu’il serait donc inexact de les envisager uniquement comme une conséquence de la globalisation à la période contemporaine[7]. Cette approche a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives qui mettent davantage l’accent sur les continuités plutôt que sur les ruptures dans l’évolution des pratiques diplomatiques. De même, il semble que les ressources naturelles ont de tout temps été un enjeu capital des relations internationales.

L’objectif de ce colloque est donc de montrer que l’influence des acteurs non-étatiques dans la diplomatie des ressources n’est pas une caractéristique propre à la diplomatie globalisée contemporaine et doit être replacée dans une perspective historique. Ce colloque s’intéressera spécifiquement au monde anglophone à partir de la fin du XVIIIe siècle. En effet, c’est à partir de ce moment que se développe une diplomatie étatique institutionnalisée avec la création du Foreign Office en 1782 et du State Department en 1789. La Grande-Bretagne, dont l’Empire s’accroît considérablement au XIXe siècle, comme les États-Unis, dont le poids dans les relations internationales va progressivement s’affirmer jusqu’à devenir une super puissance au cours du XXe siècle, exercent leur influence partout dans le monde, de l’Afrique à l’Amérique latine, en passant par le Moyen-Orient, l’Asie et l’Arctique. Toutefois, plutôt que de se concentrer sur la diplomatie officielle de ces deux grandes puissances, nous chercherons à mettre en lumière le rôle joué par les acteurs non-étatiques : hier, réseaux de marchands des chartered companies, organisations philanthropiques, explorateurs, entrepreneurs, journalistes, etc. ; plus récemment, ONG, multinationales, régions, instances supranationales, groupes minoritaires, etc. Il s’agira de montrer comment, dans cette diplomatie parallèle, les ressources naturelles occupent une place capitale à la fois en tant que finalité mais aussi comme support à des négociations dont l’objectif les dépasse.

Les communications, en anglais ou en français, pourront explorer, entre autres, les thématiques suivantes :

  • Les ressources naturelles comme enjeu économique, humanitaire ou sécuritaire
  • La mobilisation des acteurs non-étatiques contre les différentes formes de pillage des ressources naturelles favorisant la déstabilisation politique (braconnage, contrebande…)
  • L’implication des acteurs non-étatiques dans des conflits ayant comme enjeu les ressources naturelles
  • La gestion des ressources naturelles comme tremplin national pour les peuples autochtones
  • La contribution des acteurs non-étatiques au développement durable et à la bonne gestion internationale des ressources naturelles
  • Les méthodes utilisées par les acteurs non-étatiques dans la diplomatie des ressources (militantisme, recours aux politiques d’influence, négociations et alliances...)
  • Les liens entre la diplomatie officielle et les acteurs étatiques
  • Le positionnement des acteurs non-étatiques vis-à-vis des questions d’accès et d’exploration des ressources naturelles

Sont bienvenues toutes les propositions, y compris celles portant sur la longue durée ou adoptant une perspective comparatiste.

Références

[1] Richard Langhorne, “The Diplomacy of Non-State Actors”, Diplomacy and Statecraft, 16 (2005), p.3.

[2] Certains auteurs notent toutefois un retour au modèle westphalien fondé sur les principes de non-ingérence, de souveraineté étatique et d’égalité entre États dans la diplomatie de pays émergents tels que la Chine et l’Inde. Cette réaffirmation d’une forme plus « classique » de la diplomatie émanant de pays essentiellement asiatiques a conduit à la conceptualisation d’un nouvel ordre « estphalien » dans le champ des études diplomatiques. Voir notamment Tom Ginsburg, “Eastphalia as the perfection of Westphalia”, Indiana Journal of Global Legal Studies, vol. 17, no. 1 (2010), pp. 27-45.

[3] Samy Cohen, “Les États et les ‘nouveaux acteurs’”, Politique Internationale, n°107, printemps 2005.

[4] Philippe Régnier, “The Emerging Concept of Diplomacy: Identification of a Community of Practice and Prospects for International Recognition”, International Review of the Red Cross, vol. 93, n° 884, December 2011, p. 1211,http://www.icrc.org/eng/assets/files/review/2011/irrc-884-reginier.pdf (consulté le 15 octobre 2013).

[5] David Zweig, “‘Resource Diplomacy’ Under Hegemony: The Sources of Sino-American Competition in the 21st century?”, pp.2-3,http://www.cctr.ust.hk/materials/working_papers/WorkingPaper18_DavidZweig.pdf(consulté le 7 février 2014).

[6] Elena Blanco and Jona Razzaque, Globalisation and Natural Resources Law: Challenges, Key Issues and Perspectives, Edward Elgar Publishing, 2011.

[7] James Pamment, New Public Diplomacy in the 21st Century: A Comparative Study of Policy and Practice, London & New York: Routledge, 2013.

Modalités de soumission

Merci d’envoyer vos propositions de communications (250 mots max.), accompagnées d’une notice bio-bibliographique à l’adresse suivante :colloqueglobaldiplomacy@gmail.com

avant le 12 novembre 2014.

Une réponse sera donnée rapidement, après examen des propositions par le comité scientifique.

Le colloque se tiendra les 2-3 juillet 2015 au LARCA – Université Paris-Diderot

Comité d’organisation

  • Laurence Cros (LARCA, Université Paris-Diderot),
  • Maggy Hary (LARCA, Université Paris-Diderot),
  • Stéphanie Prévost (LARCA, UniversitéParis-Diderot),
  • Mélanie Torrent (LARCA, Université Paris-Diderot).

Comité scientifique

  • Paul Cheney (Université de Chicago),
  • Gérard Chouin (IFRA Nigeria),
  • Annick Cizel (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3),
  • Gilles Giheux (Université Paris-Diderot),
  • Amelia Hadfield (Canterbury Christ Church, UK),
  • David Haglund (Queen’s University, Canada),
  • Paule Halley (Université Laval, Canada),
  • Trevor Harris (Université de Picardie Jules Verne),
  • Allan Potofsky (LARCA, Université Paris-Diderot),
  • Sandrine Tolazzi (Université de Grenoble),
  • Julien Zarifian (Université de Cergy-Pontoise).

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • mercredi 12 novembre 2014

Mots-clés

  • diplomatie, ressource naturelle, ONG, acteur non-étatique, mulitnationale, conflit, développement durable

Contacts

  • Mélanie Torrent
    courriel : melanie [dot] torrent [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Source de l'information

  • Mélanie Torrent
    courriel : melanie [dot] torrent [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Diplomatie globale et ressources naturelles », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 06 octobre 2014, http://calenda.org/300778