AccueilSociolinguistique et urbanisation. Fondation(s) / (re)fondations d’une discipline

Sociolinguistique et urbanisation. Fondation(s) / (re)fondations d’une discipline

Socio-linguistics and urbanisation. The foundations / refoundations of a discipline

Séminaire doctoral pour le questionnement épistémologique de la sociolinguistique

Doctoral seminar for the epistemological questionning of socio-linguistics

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Publié le jeudi 25 septembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Si l’on peut admettre que la sociolinguistique urbaine procède (comme d’autres disciplines du champ des recherches sociales) du tournant de la spatialité et de ce fait d’une quasi-médiation épistémique des concepts de la sociolinguistique générale, on ne doit pas, par ailleurs, faire l’économie de conceptualisations spécifiques la concernant tout autant que de la penser dans une tradition de recherche fructueuse. Les ateliers de recherche ont pour objectif d’organiser régulièrement des moments de réflexion collective autour des questions fondatrices de la sociolinguistique confrontées à des dynamiques socio-langagières émergentes et à des réalités sociales prégnantes. Il sera question de construire l’épistémologie de la sociolinguistique urbaine en tant que sociolinguistique des discours etdes formes de pluralités.

Annonce

Cadrage

Si l’on peut admettre que la sociolinguistique urbaine procède (comme d’autres disciplines du champ des recherches sociales) du tournant de la spatialité et de ce fait d’une quasi-médiation épistémique des concepts de la sociolinguistique générale, on ne doit pas, par ailleurs, faire l’économie de conceptualisations spécifiques la concernant tout autant que de la penser dans une tradition de recherche fructueuse. Les ateliers de recherche ont pour objectif d’organiser régulièrement des moments de réflexion collective autour des questions fondatrices de la sociolinguistique confrontées à des dynamiques socio-langagières  émergentes et à des réalités sociales prégnantes. Il sera question de construire l’épistémologie de la sociolinguistique urbaine en tant que sociolinguistique des discours et des formes de pluralités. 

Co-organisé par des chercheurs confirmés et de jeunes chercheurs, l’atelier de recherche trouve sa pertinence dans une démarche globale de recherche systématiquement réflexive, qualitative et interventionniste. En l'état les thèmes de réflexion sont (sans être exhaustifs) 1. Réflexivité et expérience épistémo-biographique en sociolinguistique ; 2. Marxisme et sociolinguistique : Volochinov ; 3. Socio-sémiotique et sociolinguistique : le lien aux espaces ; 4. Structuralisme et sociolinguistique : le lien à l’idéologie ; 5. Analyse du discours, textualité et sociolinguistique.

Co-organisé par

  • l’EA 4246 PREFics (Programme transversal Discrimination langagière et communication dans l'espace public (Migrance, urbanisation, pratiques discursives,  développement durable urbain en contexte francophone).
  • le Groupe de réflexion de jeunes chercheurs en sociolinguistique
  • Avec le soutien du Groupement d'Intérêt Scientifique Pluralité Linguistique et Culturelle
  • Sous la direction scientifique de Thierry Bulot

Modalités de fonctionnement

Chaque séance (le vendredi de 09h00 à 11h00, Espace Recherche, université de Rennes 2) donne lieu à un débat thématisé autour de la présentation d’un texte de référence et de la contradiction apporté par un autre membre de l’atelier de recherche. Le travail en amont entre le présentateur et le contradicteur est toujours pensé en lien avec le texte de cadrage.

Chaque atelier de recherche dure 2 heures. Accessible à toutes et tous sur demande (voir contact)

Calendrier

Vendredi 26 septembre 2014

« Qu'est ce qu'un mode de raisonnement dialectique ? » lecture critique de Sève L., 1980, Une introduction à la pensée marxiste, Editions Sociales, Paris, pp. 65-74., par Clément Ferré ; Rennes 2 (contradicteur : Thierry Deshayes ; Rennes 2)

Le mode de raisonnement dialectique a ceci de particulier en France qu'il est considéré comme un moment majeur du raisonnement philosophique (Platon et ses dialogues) et dans le même temps comme une absurdité de la pensée relevant de « la projection animiste » (Jacques Monod, 1970, Le hasard et la nécessité : 51 et 87), ne produisant qu'un « fantôme d'affirmation » (Gilles Deleuze, 1962, Nietzsche et la philosophie : 223-224) et appelant à être dépassé par une libératrice « culture non-dialectique » (Michel Foucault, 2001, Dits et écrits, 1954-1975 : 570). Le succès du structuralisme inspiré de la raison analytique promue par Claude Levi-Strauss permet de comprendre en partie le succès de la pensée idéaliste universalisante et naturaliste face à l'historicisme dialectique. De plus, du fait de sa pratique revendiquée au sein du matérialisme philosophique, la critique de ce dernier est venue s'ajouter à celle de la dialectique, en ce sens que le matérialisme constituerait un obstacle aux philosophies de la liberté (Luc Ferry, 2000, Qu'est ce que l'homme ?) inspirées des travaux du conservateur Victor Cousin

Ici, nous tenterons de présenter ce qui fait de notre point de vue, la pertinence d'un mode de raisonnement scientifique qui se qualifierait de dialectique et de matérialiste, en ceci qu'il permet de penser les flux, rapports et autres procès sans pour autant verser dans l'idéalisme linguistique de Berkeley ou le nominalisme foucaldien. Au delà des sciences sociales traditionnelles pensant avant tout la puissance des forces collectives, une dialectique matérialiste apparaît comme intéressante à interroger à la fois pour les sciences de la psyché et pour les sciences de la phusis car renvoyant à la thèse vygotskienne de l'internalisation de l'externe et de l'externalisation de l'interne.

Le tryptique « chose > rapport > procès » pouvant être traduit par l'analogie « interaction > relation > rapport » induit une dimension mémorielle et historique apparaissant comme une caractéristique propre à l'espèce humaine. Nous essaierons de montrer en quoi la prise en compte de cet élément permet de faire le lien avec une sociolinguistique d'inspiration marxienne (Ecole de Rouen) et en prenant comme exemple une sociolinguistique de l'urbanité qui intègre la notion de mémoire sociolinguistique en tant qu'outil conceptuel permettant la compréhension des processus d'appropriation des espaces de vie et des parlures par les acteurs.

Vendredi 24 octobre 2014

« Théories de la justice spatiale et sociolinguistique urbaine. Similarités, complémentarités, articulation. Théories, éthique, intervention » lecture critique de Soja E., 2010, Seeking spatial justice, University of Minnesota Press, Minneapolis, pp. 77-110 par Thierry Deshayes ; Rennes 2 (contradicteur : en attente)

E. Soja revient ici sur la notion de « justice spatiale », sur les réflexions passés et présentes autour de cette idée et sur certains des enjeux sociaux et scientifiques qu’elle pose. L’auteur fait montre dans ce texte d’une logique dialectique, d’une critique de la réification et d’une approche des dynamiques sociales davantage que des supposés faits sociaux qui peuvent nous interpeller. Tout comme la sociolinguistique questionne l’évidence apparente de la frontière entre langue et société, Soja remet ainsi en question l’étude distincte de l’espace et du social. Effectivement, tout comme la langue n’est pas qu’un outil de communication extérieur au monde social et recouru en son sein, l’espace n’est pas qu’un réceptacle du social. Ils constituent tout deux des produits et (re)producteurs du monde social. Par ailleurs, et malgré cela, il manque au triptyque Société/Temps/Espace identifié par Soja, le liant idéologique, déterminants dans les changements et inerties sociales, l’outil de production (et le produit) des significations et de leurs effets matériels : la langue. Ceci étant, comment la proximité des sensibilités épistémologiques de la géographie critique et de la sociolinguistique urbaine peut-elle participer à une compréhension accrue voire à une transformation plus informée du monde social ?

Vendredi 21 novembre 2014

« La mémoire dans le discours : quelles potentialités d'analyse ? » lecture critique de Moirand S., 2007, "Discours, mémoires et contextes : à propos du fonctionnement de l'allusion dans la presse", Corela, Cognition, Discours, Contexte (http://corela.edel.univ-poitiers.fr/index.pho?id=1567) par Thierry Bulot ; Rennes 2 (contradicteur : Clément Ferré ; Rennes 2)

Centré sur un corpus de presse, le texte interroge essentiellement la conceptualisation de mémoire interdiscursive ; et cela dans une perspective dialogique. Dans la mesure où la sociolinguistique urbaine est pensée comme une approche elle aussi centrée sur le dialogisme et notamment sur l'interdiscours, il n'est pas surprenant d'y trouver une conceptualisation de la mémoire relativement proche: la mémoire sociolinguistique rend ainsi compte des potentialités énonciatives et interprétatives des locuteurs et locutrices pensé-es, quant à eux/elle comme des instances de discours. La présentation et la discussion de ce texte sera ainsi l'occasion de rappeler l'ancrage de la sociolinguistique urbaine (en tant que sociolinguistique des discours) dans l'analyse du discours française.

Vendredi 23 janvier 2015

« Réflexion méthodologique autour du journal de terrain : potentialités et limites » lecture critique de Stalder P., 2012, "Observation, écriture et décripture : radiographie d'un journal de terrain", Gohard-Radenkovic A., Pouliot S., Stalder P. (eds.), Journal de bord, journal d'observation, Peter Lang, Bern, pp. 49-72 par Thomas Vetier Rennes 2 (contradicteur : en attente)

Pia Stalder interroge ici, via cette « radiographie » du journal de terrain (ou journal de bord), un point méthodologique fondamental dans la pratique de la recherche, particulièrement pour les jeunes chercheurs. Ici, le journal de terrain endosse tour à tour, dans une recherche qualitative, différents rôles en tant qu’outil de recherche, qu'instrument où encore de document de travail. Il s’en trouve être ainsi « l’interface » entre le chercheur et son terrain, mais également entre lui-même et son « alter-ego » dans sa conception « doublement dialogique ». Issu de l’ethnographie, il permet d’observer les interactions, le verbal et le non-verbal tout en permettant de « gérer simultanément observations, lectures, réflexions et frustrations » (Winkin, 1996, Anthropologie de la communication).

Pia Stalder fait ainsi de ce « lieu d’accueil des observations du chercheur » un outil d’apprentissage sur le terrain et pour le jeune chercheur. Celui-ci permet en effet d’éduquer le regard, d’apprendre à organiser et de décortiquer le terrain. C’est ainsi un apprentissage sur le tas, spontané (Augé et Colleyn, 2009, L’anthropologie) qui relève d’un auto-apprentissage dans la recherche et par la recherche. Pia Stalder en fait donc tout autant un journal d’apprentissage qu’un journal intime à fonction cathartique où le jeune chercheur apprend à se connaître, à objectiver le « vu et le vécu », à stratifier et catégoriser ses découvertes tout en interrogeant son terrain de recherche : en d’autres termes : « comment se fait-il que ‘ça’ fonctionne? » (Winkin, 1996, Ibid.).

Il s’agit ainsi, d’une part, d’interroger les fonctionnalités du journal de terrain : quels sont ses principes fondateurs, ses potentialités, ses conditions d’usages et ses débouchées pour la recherche. D’autre part, d’avoir un retour réflexif sur les limites, les contours à donner à cet outil au risque au contraire, selon Pia Stalder, de la « surinterprétation » des résultats tirés du journal de terrain…

Vendredi 13 février 2015

« Ni normatif ni militant : le cas de l’engagement éthique du chercheur » lecture critique de Koren R., 2013, "Ni normatif ni militant : le cas de l'engagement éthique du chercheur", Argumentation et analyse du Discours, 11 (http://aad.revues.org/1572) par Pauline Rannou ; Rennes 2 (contradicteur : en attente)

Le positionnement descriptif, neutre et distancié, est l’option choisie par la majorité des chercheurs en sciences du langage en France. L’analyste du discours et de l’argumentation devrait s’interdire toute forme d’évaluation de peur de basculer dans la dénonciation ou la prescription. La construction d’un savoir épistémique valide serait à ce prix. Cette contribution tente cependant de justifier l’hypothèse suivante : ce type de positionnement ne convient pas à la totalité des corpus ; il existe des pratiques discursives et argumentatives fallacieuses ou mortifères sur lesquelles la description distanciée n’a pas prise et qui rendent l’évaluation de l’interprète inéluctable. La neutralité est alors un obstacle à la construction d’un savoir épistémique rendant compte de la totalité des observables du texte. On essaiera de démontrer que la prise de position éthique est alors la condition de possibilité de ce savoir. La démonstration proposera un recensement critique des arguments invoqués contre l’engagement idéologique ou normatif et la définition d’un engagement éthique focalisé, illustré par trois études de cas.

Vendredi 20 mars 2015

« Quelle réflexion pour quelles modalités d'analyse ? » lecture critique de Sarfati G.E., 2014, "L'emprise du sens : note sur les conditions théoriques et les enjeux de l'analyse du discours institutionnel", Longhi J., Sarfati G.E., Les discours institutionnels en confrontation, L'Harmattan, Paris, pp. 13-46 par Vanessa Delage ; Rennes 2 (contradicteur : en attente)

En considérant qu'il n'existe pas de théorisation de la dimension discursive du sens, Georges-Elia Sarfati déroule une réflexion linguistique du sens commun afin d'envisager ensemble l'institutionnel et le sémiotique. En effet, il fait le constat que les différentes disciplines délaissent la dimension discursive lorsqu'il s'agit de comprendre ce qu'est le sens. Dans un premier temps, il s'attache à distinguer l'analyse du discours institutionnel de l'analyse du discours. Il parle d'une rupture sur trois plans : théorique, méthodologique et pratique. La notion d'institution discursive n'étant pas satisfaisante, il fallait s'intéresser au versant discursif d'institution. Ainsi, il propose d'élaborer une modalisation socio-discursive du sens commun issue d'une approche pragmatique à travers la définition du concept « d'institution de sens » (p. 21). La lecture et la discussion permettra d'interroger sa propre pratique d'analyse.

Vendredi 17 avril 2015

« Titre en attente » Mélanie Texier ; Rennes 2 (contradicteur : en attente)

Vendredi 22 mai 2015

« Le pouvoir hors ou dans les mots ? Ou l’affrontement de deux sociologies du langage » lecture critique de Achard P., 1983, "Je le jure... Commentaire sur Ce qui parler veut dire de Pierre Bourdieu", Langage et société, 29, Maison des sciences de l'homme, Paris, pp. 61-78 par Aude Etrillard ; Rennes 2 (contradicteur : en attente)

Dans ce commentaire Pierre Achard propose une critique des éléments fondamentaux constituant les oppositions entre sa sociologie du langage et celle de Pierre Bourdieu. Partant du rejet par Bourdieu de la performativité austinienne en tant que « naïve » omission des éléments externes qui donnent au langage son pouvoir, Achard développe une argumentation pour l’analyse de la puissance interne des formations discursives, de « l’efficacité sociale du langage » au delà du symbolique, ou de la représentation covariante des positions sociologiques des acteurs.

Posant la question du statut ontologique du discours en sociologie, la lecture critique de ce débat fera échos à des débats plus récents et à mes propres questionnements dans le cadre d’un positionnement critique en sociolinguistique.

 

Lieux

  • Université Rennes 2, Espace Recherche ALC, bâtiment B, rez-de-chaussée - Rue du Recteur Paul Henry
    Rennes, France (35)

Dates

  • vendredi 26 septembre 2014
  • vendredi 24 octobre 2014
  • vendredi 21 novembre 2014
  • vendredi 23 janvier 2015
  • vendredi 13 février 2015
  • vendredi 20 mars 2015
  • vendredi 17 avril 2015
  • vendredi 22 mai 2015

Mots-clés

  • sociolinguistique urbaine, analyse des discours, espace, territoire, méthodologie de la recherche, philosophie du langage, matérialisme historique

Contacts

  • Thierry Bulot
    courriel : thierry [dot] bulot [at] univ-rennes2 [dot] fr
  • Clément Ferré
    courriel : cle [dot] ferre [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Thierry Bulot
    courriel : thierry [dot] bulot [at] univ-rennes2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sociolinguistique et urbanisation. Fondation(s) / (re)fondations d’une discipline », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 25 septembre 2014, http://calenda.org/301140