AccueilLes écritures visuelles de l'histoire dans la bande dessinée

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Publié le vendredi 28 novembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Le séminaire Les écritures visuelles de l’histoire dans la bande dessinée : enjeux et pratiques a pour vocation, à travers des rencontres avec des auteurs, des analystes de la bande dessinée et des historiens, de se confronter à la manière dont la bande dessinée met en gage de nombreux processus d’écriture de l’histoire par le biais du visuel. Il s’agit de mettre en avant le fait que la bande dessinée participe de la lisibilité et de la visibilité de l’histoire.

Annonce

Argumentaire

Séminaire organisé et animé par Pierre-Laurent DAURÈS (Maître de Conférence à Sciences Po Paris, enseignant à l’Ecole Européenne Supérieure de l’Image, critique sur le site Du9.org), Adrien GENOUDET (Doctorant à Paris VIII et doctorant-associé à l’IHTP) et Vincent MARIE (Docteur et agrégé d’Histoire, chercheur associé à l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines et à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3).

En cette période du Centenaire, nous constatons que la fabrique de l’Histoire et son écriture animent de nombreux débats et colloques et que ces réflexions tendent à s’intensifier. Si la démarche des historiens et la conception de leurs travaux sont aujourd’hui investis, la pratique et la part visuelle de l’élaboration des récits historiques constituent encore un champ important qui mérite attention. La bande dessinée et la culture visuelle en général permettent de nombreuses ouvertures épistémologiques et heuristiques et nous voyons actuellement toute l’ampleur que ces nouvelles recherches apportent à nos conceptions sur la discipline historique.

Il est évident qu’un cap a été franchi ces quinze dernières années. Des travaux comme ceux de Thierry Groensteen, de Benoît Peeters, de Thierry Crépin ou encore ceux de Pascal Ory (pour ne prendre que la dimension historiographique et historicisante) ont permis la reconnaissance certaine de la bande dessinée comme art et comme médium autonomes. Elle vit désormais une vie double où l’on trouve toujours d’un côté une grande majorité de fans, d’amateurs et de collectionneurs (qui ont largement contribué à permettre l’élaboration de son histoire) et d’un autre côté des universitaires ou penseurs qui ont élaboré une véritable recherche en bande dessinée.

Deux domaines semblent se distinguer majoritairement parmi les multiples angles d’analyses. Premièrement, le domaine sémiologique, le « langage de la bande dessinée ». On peut noter les travaux de Thierry Groensteen (Systèmes de la bande dessinée), Harry Morgan, Scott McCloud (L’Art invisible), Jean-Christophe Menu (La bande dessinée et son double), Benoît Peeters, Jacques Samson sans oublier ceux de Pierre Fresnault-Deruelle… Deuxièmement, le domaine historiographique, l’histoire de la bande dessinée. On peut noter ici les travaux de Gérard Blanchard, Thierry Smolderen, Jean-Paul Gabilliet (pour la bande dessinée américaine), Jean-Noël Lafargue et une fois encore Thierry Groensteen (La Bande dessinée son histoire et ses maîtres).

On s’est peu tourné, en somme, sur la performance visuelle de la bande dessinée, sur ses propres moyens d’écriture de l’histoire.

Des travaux ont été menés et des penseurs, tels que Pascal Ory, mais aussi Thierry Crépin ont milité pour une « histoire culturelle » de la bande dessinée : c’est à dire analyser et reconnaître les différentes influences et répercussions culturelles de la bande dessinée dans une époque donnée. Autrement dit, ces historiens militent pour une constante recontextualisation de la bande dessinée dans sa période de production. Dans son article célèbre datant d’octobre 1984 « Mickey go home ! » (dans la revue Vingtième Siècle), Pascal Ory démontrait de manière passionnante comment le travail de l’historien des mentalités pouvait correspondre à l’histoire propre de la bande dessinée et comment, par la bande dessinée, on pouvait analyser et comprendre une société à un moment donné.

Nous aimerions, lors de nos réflexions, avancer l’idée que la bande dessinée, dans sa forme, par le dessin, par son « langage » et par les différentes appropriations qu’elle implique produit et diffuse des écritures visuelles de l’Histoire.

L’atelier Les écritures visuelles de l’Histoire dans la bande dessinée : enjeux et pratiques a pour vocation, à travers des rencontres avec des auteurs, des analystes de la bande dessinée et des historiens, de se confronter à la manière dont la bande dessinée met en gage de nombreux processus d’écriture de l’histoire par le biais du visuel. Il s’agit de mettre en avant le fait que la bande dessinée participe de la lisibilité et de la visibilité de l’Histoire. Henry Rousso le notait justement dès 1984 dans la revue Vingtième Siècle : « Au total, la bande dessinée actuelle offre une lecture originale de l’Histoire du temps présent »

Pour cela, nous nous interrogerons sur la place des différents travaux de réappropriations visuelles des auteurs (utilisation de documents historiques, d’images d’archives etc.) dans la droite ligne des travaux de Vincent Marie, de la mise en récit de l’Histoire par le biais des constructions visuelles, de la diffusion et de la réception des œuvres bédéistiques dans différents contextes historiques. Nous analyserons également la manière dont la bande dessinée s’approprie de nombreux thèmes contemporains chers à l’historien : la mémoire, le témoignage, la micro et la macro histoire, les temporalités etc. Enfin, nous aimerions surtout comprendre comment la bande dessinée construit et diffuse des imaginaires « historiques » qui influencent, dans le cours du temps, notre perception visuelle de l’Histoire.

Programme

1er décembre 2014 : Séance introductive en présence de Pascal Ory

Au-delà d’une présentation des enjeux de cet atelier, cette séance replacera notre réflexion au sein d’une historiographie française et internationale.

Séance aux Archives Nationales de 15h à 17h30. Salle d'Albâtre

Invité : Pascal ORY (Professeur des Universités – Paris I Panthéon Sorbonne).

26 janvier 2015 : La grande figure historique: objet d’histoire, objet bédéistique

L’éditeur de bande dessinée Glénat a lancé en mars 2014 sa nouvelle collection « Ils ont fait l’histoire ». Art narratif, la bande dessinée s’attache avant tout aux trajectoires de ses personnages ; pour dire l’Histoire, elle a recours à des personnages aux destins hors du commun : Charlemagne, Philippe Le Bel, Jaures... renouant ainsi avec la tradition de l’incarnation du récit historique. Comment interroger cet aspect à travers la bande dessinée – quels investissements, graphiques et documentaires, permettent de comprendre l’écriture visuelle d’une certaine histoire héroïque par le neuvième art.  

Avec Christian Amalvi, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paul-Valéry et Cédric Illand, représentant de Glénat, nous interrogerons les enjeux et les écueils d’un tel projet éditorial

Séance aux Archives Nationales de 15h à 17h30.

Invités : Christian AMALVI (Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paul-Valéry Montpellier III) ; Cédric ILLAND (Editeur en charge de la collection « Ils ont fait l’Histoire » – Glénat).

9 fevrier 2015 : Récits mémoriels, représentations des traumatismes historiques et constitution d’un réseau visuel

Rendant compte d’évènements historiques majeurs, les récits mémoriels en bande dessinée se sont développés ces dernières années, défrichant de nouvelles façons de construire et transmettre l’histoire, tout en démontrant de nouvelles aptitudes de la bande dessinée. En mettant en scène l’expérience incarnée dans un personnage, la bande dessinée développe une approche et des représentations subjectives du traumatisme historique que l’on questionnera lors de cette séance. Nous tenterons de comprendre également comment l’acte du dessin est souvent conditionné par des réseaux visuels existants du traumatisme. Enfin, il conviendra de nous confronter à la place de ces œuvres au regard du travail de l’historien.

Séance aux Archives Nationales de 15h à 17h30. Salle d'Albâtre

Invités : Isabelle DELORME (doctorante au Centre d’histoire, Sciences Po Paris (Les récits mémoriels historiques en bande dessinée) ; Nathan RÉRA (Docteur en Histoire de l’art, auteur, entre autres de Rwanda, entre crise morale et malaise esthétique – Les médias, la photographie et le cinéma à l’épreuve du génocide des Tutsi (1994-2014), 2014)

23 fevrier 2015 : Le « médiévalisme » dans la bande dessinée américaine – 1929-1945

Le Moyen âge est sans doute, avec la Conquête de l’Ouest américain, la période la plus représentée dans la bande dessinée américaine, et ce dès le développement du médium à la fin des années vingt. Rares sont les grandes séries de l’époque à échapper à cette fièvre médiévaliste qui accompagne celle qui se développe au même moment dans le 7e art. Comment expliquer un pareil engouement pour le Moyen âge imaginaire ? Les auteurs américains ont certes pu être influencés par le médiévalisme anglais dont les principaux hérauts restent Walter Scott et Alfred Tennyson. Néanmoins, ils vont rapidement développer un médiévalisme propre, qui épouse les représentations de leur société. La facilité avec laquelle le Moyen âge imaginaire se greffe dans ces nouveaux genres dénote sans doute du statut particulier de la période dans l'imaginaire américain et occidental – c’est ce que nous observerons lors de cette séance.

Séances au CNRS – Institut de l’Histoire du Temps Présent de 15h à 17h30.

Invités : William BLANC (Doctorant en histoire médiévale, auteur dans la revue KaBoom et de Les Historiens de garde, 2013) ; Jean-Paul GABILLIET (Professeur Université Bordeaux III en Etudes nord-américaines, auteur de Des Comics et des hommes : histoire culturelle des comic books aux Etats-Unis, 2004).

10 mars 2015 : Les mystères de l’Egypte ancienne dans la bande dessinée : petite fabrique d’un imaginaire historique

Comment l’Egypte ancienne s’inscrit-elle dans la mémoire collective ? La bande dessinée semble être un vecteur de la constitution d’un imaginaire de l’Egypte ancienne. Les auteurs recréent et réinterprètent l’Histoire avec des référents et des attitudes mentales qui leur appartiennent tout en laissant libre cours à des fantasmes parfois difficiles à décrypter. A ce titre, le neuvième art s’inscrit dans un courant culturel et artistique parfois fait d’emprunts sélectifs au répertoire antique, tout en étant simultanément redevables à d’autres traditions artistiques et notamment à l’égyptomanie. L’égyptomanie acquiert alors dans la bande dessinée une dimension propre, caractérisée par des codes et un vocabulaire tout à fait spécifiques, favorisant l’invention narrative et graphique. Saisir les mystères de l’Egypte ancienne dans la bande dessinée revient à composer une « grammaire de la civilisation » des pharaons. Nous nous interrogerons sur la généalogie des images et nous chercherons à distinguer les sources d’influences sur lesquels s’appuient les auteurs afin de démontrer que les représentations qui nourrissent l’imagination des artistes ne naissent pas ex nihilo mais sont le fait d’un long cheminement historique.

Séances au CNRS – Institut de l’Histoire du Temps Présent de 15h à 17h30.

31 mars 2015 : Immigration et bande dessinée – séance de projection.

La bande dessinée, art séquentiel, se nourrit d’histoires : celles d’artistes d’origine libanaise, vietnamienne, italienne, algérienne ou argentine venus vivre et travailler en France ou celles d’auteurs témoins de l’Histoire planétaire des migrations. Comment raconter l’immigration en bande dessinée ? Dans quels régimes d’historicité s’inscrivent ces récits ? Entre les cases s’esquissent les récits intimes, universels et poétiques de leurs trajectoires humaines et créatrices. Leurs dessins sont plus que des traits, ils dévoilent les portraits sensibles d’hommes et de femmes qui parviennent encore à s’étonner, à s’interroger et à nous entraîner vers l’essentiel : les mouvements de la vie…

Séances au CNRS – Institut de l’Histoire du Temps Présent  de 15h à 17h30.

Projection du film au Cinéma des Cinéastes (date communiquée ultérieurement)

Invité : Clément Baloup (auteur et dessinateur –Quitter Saïgon, (La boîte à bulles, 2010) ou Zeina  Abirached (auteur et dessinateur – Mourir partir revenir le jeu des hirondelles(Cambourakis, 2008).

Projection du film de Vincent MARIE, Bulles d’exil (2012).

3 avril 2015 : Appropriations des images et écritures visuelles de l’Histoire : dessiner le passé. Rencontre avec David Vandermeulen

Lors de cette séance-rencontre, nous essayerons de comprendre le travail de l’auteur et dessinateur de bande dessinée dès lors qu’il souhaite ré-incarner une époque passée par le dessin.

Séance à la Bibliothèque Nationale de France de 17h à 19h.

Invité : David VANDERMEULEN (auteur et dessinateur – notamment de la série Fritz Haber, chez Delcourt).

22 mai 2015 : Le temps hors des cases : pratiques intermédiales et bande dessinée – Rencontre avec Séra

L’auteur franco-cambodgien Séra – rescapé du génocide cambodgien – déploie une œuvre importante depuis une quarantaine d’année. Auteur de bande dessinée mais aussi sculpteur et plasticien, nous aborderons avec lui le rapport complexe que l’artiste-témoin entretient avec la représentation du réel. Utilisation de documents et de sources, réappropriations multiples de visuels, l’auteur décrira sa fabrique de l’image d’histoire. Une fois encore, ce sera ici l’occasion de confronter l’historien à ses propres pratiques et à la réception de telles démarches artistiques.

Séance à la Bibliothèque Nationale de France de 17h à 19h

Invité : SÉRA (auteur et dessinateur – notamment de Impasse et Rouge (1995), L’eau et la terre (2005) et Lendemains de cendres (2007)).

5 Juin 2015  -  L’archive fiction d’histoire - I - La première guerre mondiale : Kris et Maël

Autour de la première guerre mondiale, nous questionnerons le recours aux images d’archives dans la bande dessinée. Il semble en effet intéressant de montrer comment les auteurs de Notre mère la guerre s’approprient les images d’archive pour en faire des fictions d’histoires.

Séance à la Bibliothèque Nationale de France de 17h à 19h.

Invités : KRIS (scénariste de bande dessinée et auteur de Notre mère la guerre) et MAËL (dessinateur de Notre mère la guerre).

Lieux

  • Bibliothèque Nationale de France, Quai François Mauriac - Archives Nationales, 11 rue des Quatre-fils — CNRS - Institut de l'Histoire du Temps Présent, 59/61 rue Pouchet
    Paris, France (75003 | 75013 | 75017)

Dates

  • lundi 01 décembre 2014
  • lundi 26 janvier 2015
  • lundi 09 février 2015
  • lundi 23 février 2015
  • mardi 10 mars 2015
  • mardi 31 mars 2015
  • vendredi 03 avril 2015
  • vendredi 22 mai 2015
  • vendredi 05 juin 2015

Mots-clés

  • bande dessinée, écriture, culture visuelle

Contacts

  • Adrien Genoudet
    courriel : adrien [dot] genoudet [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Adrien Genoudet
    courriel : adrien [dot] genoudet [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les écritures visuelles de l'histoire dans la bande dessinée », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 28 novembre 2014, http://calenda.org/309951