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Performances culturelles du genre

The cultural performances of gender

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Publié le mardi 23 décembre 2014 par Céline Guilleux

Résumé

Ce séminaire interdisciplinaire se propose d'explorer différents espaces, « lieux » et « lisières » de la culture pour penser le genre comme une pratique singulière et mouvante et la performance comme son espace de prédilection. 

Annonce

Argumentaire

En conclusion de Trouble dans le genre (1990), Judith Butler déploie un concept crucial pour les études de genre, celui de la performance : lieu où se déroule, où se construit et où se défait l’identité du sujet, il est aussi le lieu de l’épanouissement de cette « boucle infinie » constituée d'une multitude de caractéristiques et de prédicats — « la couleur, la sexualité, l’ethnicité, la classe (...) et les ‘capacités physiques’ — qui finissent toutes sur un etc. embarrassé ». Un « etc. embarrassé » qui révèle, selon Butler, l’incapacité du langage à « englober un sujet situé » et se traduit chez Homi Bhabha, Mikhail Bakhtine ou bien encore Gayatri C. Spivak par d’autres entrelacs complexes : ceux de la culture du sujet ; sujet nourrit de signes, de rituels, de pratiques, mais sujet également apte à s’en émanciper par la réappropriation même de ces signes, de ces rituels, de ces pratiques.

Comment la performance orchestre-t-elle cette relation complexe du sujet à l’identité et à la culture ? La scène, celle des arts et de la littérature, mais également des médias ou du langage, est le lieu privilégié de la pratique comme du spectacle, du rituel culturel comme de l’expérimentation ; le lieu où les identités se formulent, se composent, mais aussi se transgressent. Elle est le lieu où le genre s’expose comme construction culturelle, mais où s’exposent également les outils et les moyens de cette construction.  

Ce séminaire interdisciplinaire se propose d'explorer différents espaces, ‘lieux’ et ‘lisières’ de la culture pour penser le genre comme une pratique singulière et mouvante et la performance comme son espace de prédilection. A travers une pluralité de médias, d'approches et de disciplines, il s'agira d'inviter à penser les effets et les spécificités de ces performances complexes, historicisées et culturellement situées, pour observer ensuite la façon dont le genre s’inscrit, se construit mais également se déconstruit dans les pratiques culturelles, où les identités de genre se négocient et s’articulent au prisme de leur ancrage. Enfin, il s'agira d'analyser comment le genre et sa performance témoignent des cultures et des modes de construction, de domination mais également d’émancipation du sujet. 

Coordonnatrices

  • par Anne Castaing (CNRS/THALIM),
  • Tiziana Leucci (CNRS/CEIAS)
  • Fanny Lignon (Univ. Lyon 1/THALIM

Programme

9 janvier (CEIAS)

Xavier Garnier (Univ. Sorbonne Nouvelle/THALIM), Usages littéraires de l’intersectionnalité dans les études de genre.

6 février (INHA)

Mehdi Derfoufi (UNIL/IRCAV), Omar Sharif, le Prince inquiet de nos désirs. Fabrication et mises en scène d'une masculinité arabe postcoloniale.

Omar Sharif est né en 1932 à Alexandrie. Il est souvent présenté comme l'unique star internationale et arabe de cinéma. En réalité, cette affirmation n'est exacte que si l'on considère que l'ensemble des pays arabes et du Maghreb - où des stars comme Farid Al-Atrache et Adel Imam le dépassent en popularité - ne constituent pas un ensemble international. Il faut donc comprendre qu'Omar Sharif est l'unique star arabe de cinéma à avoir élargi ce statut à l'occident, via Hollywood. S'il doit cette évolution de carrière à son rôle dans Lawrence d'Arabie (David Lean, 1962), il ne faut pas oublier qu'Omar Sharif fut d'abord découvert par Youssef Chahine (Le démon du désert, 1954), avant d'épouser l'immense star Faten Hamama, aux côtés de laquelle il tourna plus d'une vingtaine de longs-métrages en Egypte. Il est indispensable de souligner que le cinéma égyptien était alors un des premiers au monde, et se diffusait auprès du grand public dans tout le monde arabe et jusqu'en Inde et en Turquie... Et lorsque Youssef Chahine, le plus occidental des cinéastes égyptiens, présente Ciel d'Enfer au Festival de Cannes en 1954, Jean Cocteau (alors président du jury), s'entiche du jeune acteur. C'est la première "sortie" d'Omar Sharif sur la scène médiatique occidentale, entre "people" et "actualité artistique".

Dans cette communication, je me propose d'analyser la façon dont s'est construite la persona d'Omar Sharif à partir de sa "présentation" au Festival de Cannes 1954, et jusqu'à la fin des années 1970. Le fait qu'Omar Sharif soit la seule star arabe de cinéma à avoir obtenu ce statut en Occident pose la question des "raisons du succès", et plus précisément des mécanismes de ce succès. Or, ces mécanismes se fondent essentiellement sur l'élaboration conjointe (entre les performances de la star elle-même, son utilisation par les réalisateurs et le travail médiatique de la presse généraliste comme de la presse spécialisée) d'une certaine masculinité marquée par l'arabité, l'ambivalence sexuelle, et la séduction romantique conçue à destination d'un public occidental (en particulier féminin). Afin d'analyser ces trois dimensions de la persona d'Omar Sharif - et dans le but de démontrer en quoi cette persona constitue le fondement d'une masculinité arabe postcoloniale soluble dans le bain médiatique occidental -, je m'appuierai sur une sélection de films parmi les plus remarquables de sa carrière, ainsi que sur une étude de la réception médiatique de la star dans la presse française, américaine, et britannique.

13 mars (INHA)

Hélène Marquié (Univ. Paris 8), Enjeux et conséquences d’une histoire genrée de la danse. L’exemple de la prise en compte de quelques figures effacées de la Belle Époque.

10 avril (IHA)

Nelly Quemener (Univ. Sorbonne Nouvelle/CIM), Les apports des notions de performance et de performativité pour l'étude des représentations médiatiques.

22 mai (CEIAS)

Davesh Soneji (McGill University), Illicit Sexuality and the Politics of Movement: Dance and the Kalāvantula Performing Community in South  India

12 juin (INHA)

Mona Zegaï (Univ. Paris 8/CRESPPA), La présentation des déguisements dans le marketing du jouet comme outil d’inscription du genre dans les corps.

Lieux

  • 6e étage, salle 640 - CEIAS, 190-198 avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • vendredi 09 janvier 2015
  • vendredi 06 février 2015
  • vendredi 13 mars 2015
  • vendredi 10 avril 2015
  • vendredi 22 mai 2015
  • vendredi 12 juin 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Performance, genre, Cultural Studies

Contacts

  • Anne Castaing
    courriel : projetdeli2015 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Anne Castaing
    courriel : projetdeli2015 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Performances culturelles du genre », Séminaire, Calenda, Publié le mardi 23 décembre 2014, http://calenda.org/312334