AccueilÉlaborer un plan de vie : condition de l'autonomie ou nouvelle contrainte sociale ?

Élaborer un plan de vie : condition de l'autonomie ou nouvelle contrainte sociale ?

Elaborating a life plan: a condition of autonomy or a new social constraint?

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Publié le jeudi 22 janvier 2015 par João Fernandes

Résumé

Prévision, prédiction, pronostic, diagnostic, scénario…, autant de notions qui semblent révéler une volonté forte d’anticipation. Autant de notions qui se concrétisent dans des dispositifs de soin, de décision, de prospective, de planification. Autant de notions qui engagent notre rapport à soi, à l'autre, à la société. Entre « espérance collective » et « désenchantement éthique », l’anticipation semble peiner à trouver sa place. La question centrale reste donc la suivante : à quelles aspirations l’anticipation doit-elle répondre ? Ce séminaire cherchera à mettre ce questionnement en partage selon des perspectives disciplinaires diverses impliquant et explicitant des pratiques.

Annonce

Argumentaire

L’Espace éthique Île-de-France – dans le cadre de ses missions au sein du Laboratoire d’excellence DISTALZ – est engagé dans une réflexion de fond, en lien étroit avec la pratique de recherche et de soin, sur la question des diagnostics précoces, notamment dans le cas de la maladie d’Alzheimer[1]. Les questions relatives à la nature de ces savoirs d’anticipation et à leur impact éthique sur la personne et la société se posent, dans ce domaine comme dans d’autres, de manière pressante : cela engage aujourd’hui à des approfondissements dans une perspective large et interdisciplinaire. Dans sa démarche, l’Espace éthique Île-de-France cherche à croiser les approches théorique et pratique et à faire rencontrer universitaires et praticiens. Ce séminaire en sera une nouvelle illustration. Son thème sera repris dans la 2ème Université d’été Science, éthique et société qui se déroulera en juin 2015. 

Prévision, prédiction, pronostic, diagnostic, scénario…, autant de notions qui semblent révéler une volonté forte d’anticipation. Autant de notions qui se concrétisent dans des dispositifs de soin, de décision, de prospective, de planification. Autant de notions qui engagent notre rapport à soi, à l'autre, à la société. Mais de quoi relève cette volonté d’anticiper ? Quelle conception du futur pouvons-nous construire ? Quelle connaissance sur le futur ? Comment laisser ouverte une pluralité de visions de la vie bonne ? Comment anticiper sans déterminer ? Comment le futur peut-il rester un espace de possibilités, un « terrain de possibilités indéterminées » ? Comment « construire une représentation du futur souhaitable à partir de l’observation des futurs possibles » ? Et si le futur n’est pas seulement la continuation linéaire du présent mais un possible parmi des possibles, si le futur n’est plus la continuation de la tradition, si « il y a du libre, là où « ce qui vient » est imprévisible, où il y a de l’ « à-venir » », alors que veut dire anticiper ? L’anticipation est-elle une volonté de maîtrise ou une capacité d’adaptation ? 

Entre « espérance collective » et « désenchantement éthique », l’anticipation semble peiner à trouver sa place. La question centrale reste donc la suivante : à quelles aspirations l’anticipation doit-elle  répondre ? Ce séminaire cherchera à mettre ce questionnement en partage selon des perspectives disciplinaires diverses impliquant et explicitant des pratiques.

Inscription : http://www.espace-ethique.org/seminaire14

Programmation

4 thématiques  / 8 séances 

1/ « Anticiper dans le soin : de nouvelles responsabilités ? » 

Les pratiques du soin sont aujourd’hui confrontées à la multiplication des outils et des démarches diagnostiques dont le point de convergence semble être une volonté forte d’anticiper, le plus précocement possible. De ce contexte naissent de nouvelles responsabilités qui donnent au « prendre soin » une dimension nouvelle. L’anticipation, la prise en compte ou la détermination potentielle du futur, devient partie prenante du moment du soin. Celui-ci, toujours pensé au présent dans le quotidien vécu de la personne vulnérable, se retrouve ainsi orienté vers le futur, contraint de prendre en compte de nouvelles aspirations. Parmi celles-ci, se reconfigurent nos rapport à la fin de vie, à la vieillesse, à la maladie, à la vulnérabilité. Cette première thématique tentera de mettre en présence différents points de vue sur cette reconfiguration des savoirs et des pratiques du soin dans un contexte d’aspirations nouvelles et complexes pour l’anticipation.

Mots-clés : démarche diagnostique ; prendre soin ; vulnérabilité ; anticipation  

Séance 1 - 16 octobre 2014

  • « Anticiper des choix ? Autour des résolutions anticipées de soin » - Intervenants : Fabrice Gzil ; Pascale Vinant[2] 

Séance 2  - 20 novembre 2014

  •  « Face à l’anticipation de handicaps lourds : décider en situation d’incertitude » - Intervenants : Sophie Crozier ; Pierre Bétrémieux 

2/ « Anticipation et accélération : des temporalités contradictoires ? » 

A l’anticipation semble être associée l’idée d’une prise en compte du temps long et d’une considération pour le futur. Anticiper reviendrait à prendre les devants pour mieux appréhender l’avenir. Mais qu’en est-il lorsque l’on considère ce phénomène majeur qui structure et oriente nos sociétés qu’est l’accélération sociale ? Anticipation et accélération semblent en effet relever de temporalités contradictoires. L’accélération compresse le présent et étouffe le futur là où l’anticipation devrait agir comme une forme de création d’espaces pour le futur dans le présent. Alors que certaines temporalités s’étirent, d’autres se contractent. Ainsi, comment, dans la société accélérée, les aspirations multiples et complexes à l’anticipation peuvent-elles s’exprimer ? L’anticipation ne devient-elle pas un outil de l’accélération lorsqu’elle répond à des aspirations de calcul prédictif ? Cette thématique tentera de mettre en partage cette idée de temporalités critiques ou contradictoires qui illustrent des situations dans lesquelles la discordance des temps est devenue notre paysage commun.

Mots-clés : accélération sociale ; temporalités critiques ; discordance des temps ; anticipation 

Séance 3 - 11 décembre 2014

  • « Plus tôt, plus vite : accélérer pour anticiper – anticiper pour accélérer » - Intervenants : Eric Siéroff ; Nicole Aubert 

Séance 4 - 8 janvier 2015 

  • « Face à l’accélération technique : comment anticiper dans la vulnérabilité ? » - Intervenants : Marie-Geneviève Pinsart ; Michel Puech 

3/ « Anticipation et normativité : comment résister à la détermination du possible ? » 

Parce que la volonté d’anticiper répond à de multiples aspirations, l’anticipation n’est pas une action axiologiquement neutre. L’anticipation est au cœur d’une tension fondamentale entre le possible et le déterminé. Peut-on anticiper sans déterminer ? Comment laisser ouverte une pluralité de visions de la vie bonne en situation d’anticipation ? Comment le futur peut-il rester un espace de possibilités, un « terrain de possibilités indéterminées » ? L’anticipation est-elle le corollaire systématique d’un « plan de vie » ? Si l’anticipation doit répondre à un certain nombre de principes éthiques, elle est en même temps créatrice de nouveaux enjeux normatifs. A partir d’exemples concrets de dispositifs ou d’outils d’anticipation, cette séance mettra en lumière cette tension intrinsèque à l’acte d’anticiper. 

Mots-clés : normativité ; plan de vie ; déterminisme ; anticipationnisme ; conception de la vie bonne 

Séance 5 - 5 février 2015

  •  « Elaborer un « plan de vie » : condition de l’autonomie ou nouvelle contrainte sociale ? » - Intervenants : Catherine Audard ; Mylène Botbol-Baum 

Séance 6 - 5 mars 2015

  • « La logique de la précaution : sauvegarder le possible ou l’anéantir ? » - Intervenants : Claude-Olivier Doron ; Pierre Corvol 

4/ « Anticipation et savoirs : quelles connaissances du futur ? » 

La connaissance du futur doit-elle se réduire à un discours sur les risques ou à un calcul prédictif à visée planificatrice ? Peut-on imaginer des savoirs d’anticipation relativement autonomes par rapport à ces thématiques du risque et de la prédiction ? Finalement, de quoi relève notre capacité prédictive et quelles connaissances du futur peut-on avoir ? Comme les savoirs d’anticipation prennent en compte l’imprévisibilité ? Quelle responsabilité à l’égard ces connaissances sur le futur ? Comment comprendre les limites constatées et subies de la prospective ? L’anticipation réduit-elle l’incertitude ? Que connaissons-nous lorsque nous connaissons le futur ? De quelle type de rationalité relève – ou doit relever – une connaissance sur le futur ? Connaissances et savoirs d’anticipation se trouvent ainsi en première ligne d’une réflexion épistémologique fondamentale qui tient à la façon dont se construisent et se transmettent les savoirs.   

Mots-clés : savoirs prédictifs ; prospective ; risque ; incertitudes ; prévisions ; prédictivité algorithmique 

Séance 7  - 16 avril 2015

  •  « Big data et anticipation : vers une gouvernementalité algorithmique ? » - Intervenants : Emmanuel Didier, Antoinette Rouvroy 

Séance 8 - 21 mai 2015

  • « Quelles connaissances pour une connaissance du futur ? » Intervenants : Georges Amar, Nicolas Bouleau 

Approche des intervenants susceptibles de contribuer à cette réflexion 

  • AMAR, Georges. Prospectiviste et chercheur associé à la chaire d’innovation de l’Ecole des Mines Paris Tech, ancien directeur de l’unité « Prospective et conception innovante »  de la RATP
  • AUDARD, Catherine. Professeure de philosophie à London School of Economics
  • Aubert, Nicole. Psychologue et sociologue, professeur émérite à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris et Laboratoire de Changement Social (LCS) de l’Université Paris 7
  • Baertchi, Bernard. Philosophe, Université de Genève, Institut Ethique Histoire Humanités
  • BÉTRÉMIEUX, Pierre, Docteur en philosophie, Membre du conseil de vigilance de la Fédération des associations pour adultes et jeunes handicapés
  • BOTBOL-BAUM, Mylène. Professeur de Philosophie et bioéthique. Université Catholique de Louvain
  • Bouleau, Nicolas. Mathématicien et philosophe, ancien directeur de recherches et professeur à l’École des Ponts ParisTech, chercheur associé au CIRED
  • CROZIER, Sophie. Neurologue, praticienne hospitalier, CHU Pitié-Salpêtrière, EA1610 Université Paris-Sud
  • CORVOL, Pierre. Médecin, professeur au Collège de France, Chaire de médecine expérimentale
  • DIDIER, Emmanuel. Sociologue au CNRS, Groupe de Sociologie Politique et Morale (GSPM)
  • DORON, Claude-Olivier. Maître de conférences en histoire et philosophie des sciences, Université Paris VII Denis Diderot, REHSEIS et Centre Georges Canguilhem
  • FELTZ, Bernard. Professeur de philosophie des sciences, Université Catholique de Louvain
  • GZIL, Fabrice. Philosophe, responsable du pôle Etudes et Recherches de la Fondation Médéric Alzheimer
  • Pelluchon, Corine. Professeure de philosophie à l’Université de Franche-Comté
  • PINSART, Marie-Geneviève. Professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, vice-présidente du comité national d’éthique de Belgique
  • PUECH, Michel. Professeur de philosophie, Université Paris-Sorbonne
  • Rouvroy, Antoinette. Docteur en sciences juridiques, chercheuse qualifiée du FNRS
  • Siéroff, Eric. Professeur de neuropsychologie à l’Université Paris Descartes, co-fondateur de la Revue de Neuropsychologie
  • VINANT, Pascale. Médecin, Unité fonctionnelle  médecine palliative, Hôpitaux universitaires Paris Centre
  • Zucman, Elisabeth. Ancienne médecin en réadaptation, présidente du Groupe Polyhandicap France

[1] Deux workshops (2013 et 2014) et deux journées scientifiques au sein des universités d’été Alzheimer, éthique et société (2013 et 2014) ont été consacrés à cette question du diagnostic précoce. L’université d’été 2013 avait pour thème « Vouloir savoir. Anticiper, diagnostiquer, mobiliser ».  L’Espace éthique Île-de-France est également membre du Labex DISTALZ qui regroupe différentes entités de recherche dans le domaine du diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer.

[2] Nom des intervenants proposés en attente de confirmation.

Lieux

  • Hôpital Saint Louis (porte 9, 1er étage) - 1 avenue Claude Vellefaux
    Paris, France (75010)

Dates

  • jeudi 16 octobre 2014
  • jeudi 20 novembre 2014
  • jeudi 11 décembre 2014
  • jeudi 08 janvier 2015
  • jeudi 05 février 2015
  • jeudi 05 mars 2015
  • jeudi 16 avril 2015
  • jeudi 21 mai 2015

Mots-clés

  • anticipation, plan de vie, planification, projet, autonomie

Contacts

  • Paul-Loup Weil-Dubuc
    courriel : paul-loup [dot] weil-dubuc [at] u-psud [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Paul-Loup Weil-Dubuc
    courriel : paul-loup [dot] weil-dubuc [at] u-psud [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Élaborer un plan de vie : condition de l'autonomie ou nouvelle contrainte sociale ? », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 22 janvier 2015, http://calenda.org/315897