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Produire du savoir sur les migrations

Producing Knowledge on Migration

Enjeux méthodologiques, épistémologiques et éthiques

Methodology, epistemology, ethics

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Publié le mardi 03 février 2015 par João Fernandes

Résumé

Depuis une vingtaine d’années, l’intérêt social et politique pour les migrations internationales s’est accru considérablement. Une des conséquences de cet intérêt est le nombre croissant d’acteurs et d’institutions qui s’investissent dans la production de connaissances et dans l’analyse des enjeux migratoires. Outre les États eux-mêmes et la communauté universitaire, les organisations non-gouvernementales (ONG), les acteurs internationaux (comme les organisations internationales et intergouvernementales), ainsi que les « experts » ou les think tanks, alimentent aujourd’hui la recherche et les débats sur les migrations. Cette journée d’études se propose d’analyser les enjeux méthodologiques, épistémologiques et éthiques soulevés par cet intérêt croissant à l’égard des enjeux migratoires.

Annonce

Argumentaire

Depuis une vingtaine d’années, l’intérêt social et politique pour les migrations internationales s’est accru considérablement. Une des conséquences de cet intérêt est le nombre croissant d’acteurs et d’institutions qui s’investissent dans la production de connaissances et dans l’analyse des enjeux migratoires. Outre les Etats eux-mêmes et la communauté universitaire, les organisations non-gouvernementales (ONG), les acteurs internationaux (comme les organisations internationales et intergouvernementales), ainsi que les ‘experts’ ou les think tanks, alimentent aujourd’hui la recherche et les débats sur les migrations. 

Cette journée d’études se propose d’analyser les enjeux méthodologiques, épistémologiques et éthiques soulevés par cet intérêt croissant à l’égard des enjeux migratoires. 

1.     Méthodologie 

La pratique de la recherche (accès au terrain, obtention des données, conduite d’entretiens, observation, etc.) est souvent difficile sans la coopération avec les institutions impliquées dans la ‘gestion’ des migrations et des populations concernées. C’est le cas par exemple dans les camps de réfugiés, dans les centres de détentions, et dans tous les autres contextes caractérisés par différentes formes d’enfermement des migrants, réfugiés ou requérants d’asile. Il arrive ainsi souvent que les chercheurs s’impliquent étroitement dans le travail d’ONG ou d’organisations internationales pour rendre possible leur travail de terrain. De plus, de nombreux travaux récents ont mis en évidence la nécessité, pour comprendre les réalités migratoires, d’analyser la manière dont ces institutions pensent et travaillent. Cela suppose d’avoir accès aux policy-makers, aux décideurs, aux fonctionnaires étatiques, aux salariés d’ONG, aux représentants d’organisations internationales (comme le HCR ou l’OIM) ou aux humanitaires. Cet accès est souvent difficile, ou du moins partiel, et constitue donc une source possible de limites et de biais pour le travail d’enquête. 

Comment travailler sur un tel terrain ? Quels liens et quel dialogue mettre en place avec ces institutions ? Quel est l’impact de ces liens nécessaires sur l’activité de chercheur et sur ce qu’il est possible (ou impossible) d’étudier? Comment partager ou restituer les informations obtenues? 

2.     Epistémologie 

L’implication d’institutions de différente nature dans la production de savoirs sur les migrations soulève également des enjeux épistémologiques, qui concernent en particulier les concepts et les catégories par lesquels les questions migratoires sont appréhendées et pensées. Le concept de « réfugié », par exemple, est une catégorie légale et administrative, qui sert également de cadre de recherche ‘naturel’ pour de nombreux travaux académiques. Ces dernières décennies, de nombreuses autres catégories ont vu le jour au carrefour de la recherche et de la pratique, posant ainsi des questions similaires. On peut citer la ‘traite’ ou le ‘trafic’ des personnes, les « migrants climatiques », les migrations ‘de transit’ ou ‘forcées’, les ‘personnes déplacées’, etc. Les débats actuels sur les migrations sont par ailleurs dominés par certaines questions paradigmatiques spécifiques, sans qu’il soit possible de déterminer si cette situation est liée à la pertinence analytique de ces problématiques, ou à leur popularité politique. C’est le cas par exemple des « liens entre migrations et développement », ainsi que de la « gestion » ou de la « gouvernance » mondiale des migrations. Ces catégories et ces paradigmes sont incontournables, ne serait-ce que pour comprendre la manière dont les acteurs institutionnels pensent les migrations et agissent en conséquence. Mais ces catégories ont également une influence normative et cognitive qui peut orienter les problématiques des chercheurs, ce qui rend nécessaire une analyse critique et réflexive. 

Comment utiliser les concepts sans en être intellectuellement prisonniers ? Comment analyser les catégories et les problématiques institutionnelles tout en conservant une distance critique à leur égard ? Comment concevoir une démarche de recherche autonome dans ce contexte ? Comment développer des analyses indépendantes tout en contribuant aux nécessaires débats sociaux et politiques sur les migrations ? Comment les concepts voyagent-ils d’un milieu à un autre ? Quelles sont les transformations qui s’opèrent dans ce processus ? 

3.     Ethique 

La nécessaire coopération avec des acteurs institutionnels pose finalement un certain nombre de questions d’ordre éthique. Dans certains cas, par ses recherches ou par son rôle d’expert, le chercheur peut devenir un interlocuteur pour certaines institutions. Les organisations internationales, par exemple, travaillent de façon routinière avec des universitaires, en organisant des conférences ou en publiant leurs travaux. Si ce type de coopération permet utilement de faire circuler les connaissances et de favoriser les débats, il est également possible d’observer des situations plus complexes : les chercheurs peuvent par exemple orienter leurs recherches en fonction de certaines opportunités, ou légitimer par leur statut d’universitaire indépendant les positions politiques de certaines institutions. Les jeunes chercheurs sont particulièrement concernés : la coopération avec des institutions est en effet une source possible de financement, ainsi qu’un vecteur d’insertion professionnelle. 

Comment s’articulent engagement et indépendance du chercheur ? Quelle est l’emprise possible des institutions, et les stratégies mises en œuvre pour en tirer profit ou pour y résister ? Quid du financement de la recherche ? Quels sont les enjeux éthiques de situations de ‘cumule de casquettes’ ? Comment concilier appartenances aux mondes académique et professionnel et réflexivité? 

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Toutes les contributions qui abordent un des trois points ci-dessus, ainsi que les interactions entre eux, seront examinées, quelle que soit leur discipline (sociologie, anthropologie, sciences politiques, géographie, histoire, sciences de la communication, etc.). Les jeunes chercheurs (doctorants et post-doctorants) sont particulièrement invités.

Les résumés, d'une longueur maximale de 500 mots, doivent être envoyés

avant le 15 avril 2015

à l'adresse suivante: migrationknowledgeconference@gmail.com. Veuillez préciser vos nom et prénom, affiliation institutionnelle et information de contact dans le texte de votre courriel. Les auteurs dont les propositions auront été retenues seront informés en avril 2015. Les textes des communications seront à envoyer avant le 15 mai 2015, pour permettre d'organiser les séances.

Les journées d’étude internationales auront lieu à l'Université de Paris 13 les 28, 29 mai 2015 

Comité scientifique et d’organisation

  • Sabine Arkaida Dini (Paris 13, sabine.dini@gmail.com)
  • Laura Fakra (Paris 13, l.fakra@gmail.com)        
  • Shoshana Fine (SciencesPo, Shoshana.fine@sciencespo.fr)
  • Caterina Giusa (Paris 13 caterinagiusa@hotmail.com)    
  • Antoine Pécoud (Paris 13, antoine.pecoud@univ-paris13.fr)
  • Giulia Scalettaris (Lille2/IHEID giulia.scalettaris@gmail.com)   
 

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • mercredi 15 avril 2015

Source de l'information

  • Caterina Giusa
    courriel : caterinagiusa [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Produire du savoir sur les migrations », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 03 février 2015, http://calenda.org/316229