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Les terrains du global

The terrain of the global

Revue Terrains / Théories

Revue Terrains / Théories

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Publié le mercredi 28 janvier 2015 par Elsa Zotian

Résumé

Au cours des trente dernières années, les études sur la globalisation se sont bien souvent majoritairement concentrées sur la conceptualisation du « global », sa définition, ses caractéristiques (politiques, économiques, culturelles, sociales…), ainsi que sur les enjeux épistémologiques que posait sa construction comme objet désormais fondamental des sciences sociales. Si la plus grande partie des travaux qui s’y intéressent partagent ce constat désormais banal que l’événement « globalisation » – quel que soit son nom et quelle que soit son ancienneté – ne peut absolument pas laisser intactes les disciplines qui font du social leur objet et oblige, en tant qu’il est un « devenir société du monde » ou un « devenir mondial de la société », à engager une réflexion fondamentale sur leurs buts et leurs méthodes, ces mêmes études divergent grandement sur la façon dont cette prise en compte doit s’appliquer sur le terrain.

Annonce

Argumentaire

Pour son quatrième numéro, la revue Terrains/Théories se propose d’interroger de façon plurisciplinaire les conséquences épistémologiques et méthodologiques du « tournant global » en sciences sociales (Caillé et Dufoix, 2013).

Quarante ans après la publication du premier volume du Système-Monde moderne d’Immanuel Wallerstein (1974), plus de trente ans après l’article de Theodore Levitt sur « la globalisation des marchés » (1983), alors que se sont multipliés les ouvrages, les articles, les anthologies sur la question de la globalisation, il semble utile de se demander comment la globalisation des concepts peut s’articuler, dans la recherche empirique, à la globalisation des objets.

Au cours des trente dernières années, les études sur la globalisation se sont bien souvent majoritairement concentrées sur la conceptualisation du « global », sa définition, ses caractéristiques (politiques, économiques, culturelles, sociales…), ainsi que sur les enjeux épistémologiques que posait sa construction comme objet désormais fondamental des sciences sociales. Si  la plus grande partie des travaux qui s’y intéressent partagent ce constat désormais banal que l’événement « globalisation » – quel que soit son nom et quelle que soit son ancienneté – ne peut absolument pas laisser intactes les disciplines qui font du social leur objet et oblige, en tant qu’il est un « devenir société du monde » ou un « devenir mondial de la société », à engager une réflexion fondamentale sur leurs buts et leurs méthodes, ces mêmes études divergent grandement sur la façon dont cette prise en compte doit s’appliquer sur le terrain.

En effet, tout se passe comme si, face à un phénomène aussi diffus et englobant au point que l’époque entière semble être définie comme l’ère de la globalisation (une sorte de globalocène), l’effort des chercheurs était plus attiré vers un haut niveau d’abstraction qui les conduit à promouvoir des « modèles » et des « théories » plutôt qu’à confronter les démarches concrètes qu’ils mettent en place pour appréhender les formes et les effets d’un tel phénomène, pas n’importe où : sur le terrain.

Pourtant, la réflexion sur la conduite des enquêtes (en anthropologie, en science politique, en sociologie, en histoire, en géographie etc.) est inséparable de la définition même de l’objet, de ses contours, de ses spatialisations et temporalisations complexes. La plupart des innovations dans la manière de mener des enquêtes correspondent à des perspectives singulières sur la place des individus, des structures, des interactions, du spatial, du temporel etc. Si le global n’est pas simplement un objet comme les autres, qui pourrait par conséquent être étudié selon les méthodes classiques des sciences sociales – comme semblent par exemple le considérer Metzger, Martin et Pierre (2003) –, alors l’enquête témoignera d’une conception particulière de ce qu’est le global ou la globalisation. 

Bien sûr, au cours des deux dernières décennies, des méthodes ont été inventées ou réinventées pour approcher le global (Rossi, 2007). Certaines mettent l’accent sur le local : étude de cas élargie (Burawoy, 2000), histoire connectée (Subrahmanyam, 1997); d’autres sur le « suivi » : ethnographie multisituée (Marcus, 1995), analyse de circulations (Dezalay et Garth, 2002), méthodes mobiles (Büscher, Urry et Wichtger, 2011), production de graphes ou de cartes représentant les connexions (Diminescu, 2012) ; ou encore sur les modalités de la glocalisation (Robertson, 1995) comme l’anthropologie du système mondial (Friedman et Ekholm-Friedman, 2008a et b), l’étude des mondes vécus (Schuerkens,2003) ou l’histoire transnationale (Saunier, 2013). La plupart sont qualitatives, mais il en existe qui, à partir de données quantitatives, ont tenté de « mesurer » la globalisation (Caselli, 2012) ou d’évaluer l’avenir de la comparaison dans un cadre globalisé (Giraud, 2012). De 2002 à 2008,  l’équipe allemande du « GlobalIndex » a produit une mesure quadridimensionnelle de la globalisation selon les critères économique, culturel, politique et technologique (Raab et allii, 2008). 

Ce numéro souhaite réunir un large ensemble de travaux de sciences sociales, d’histoire, d’économie et de philosophie concernés par cette question des « terrains du global » – que cela soit par le type de difficultés empiriques rencontrés, par la volonté de mener une réflexion comparatiste, ou encore par l’enquête sur un objet particulièrement sensible au processus de globalisation. Seront particulièrement bienvenues les propositions s’inscrivant dans l’un des quatre axes suivants :

  • bilan de la réflexion sur les méthodes de terrain ;
  • confrontations ou hybridations entre les méthodes singulières de plusieurs disciplines (histoire-sociologie, géographie-anthropologie, science politique-philosophie…) ;
  • présentation d’une enquête particulière sur le global et de ses implications épistémologiques et conceptuelles ;
  • réflexion méthodologique sur les liens local-global à partir de la question du terrain.

Références

  • Burawoy (Michael) et allii, eds., Global Ethnography: Forces, Connections, and Imaginations in a Postmodern World, Berkeley, University of California Press, 2000.
  • Büscher (Monika), Urry (John) et Wichtger (Katian), eds., Mobile Methods, New York, Routledge, 2011.
  • Caillé (Alain) et Dufoix (Stéphane), dir., Le tournant global des sciences sociales, Paris, La Découverte, 2013.
  • Caselli (Marco), Trying to Measure Globalization. Experiences, Critical Issues and Perspectives, New York, Springer, 2012.
  • Dezalay (Yves) et Garth (Bryant), La mondialisation des guerres de palais, Paris, Seuil, 2002.
  • Diminescu (Dana), dir., E-Diasporas Atlas. Exploration and Cartography of Diasporas on Digital Networks, Paris, Editions de la Maison des sciences de l’homme, 2012.
  • Friedman (Jonathan) et Ekholm-Friedman (Kasja), Historical Transformations: The Anthropology of Global Systems, Lanham, Altamira Press, 2008a.
  • Friedman (Jonathan) et Ekholm-Friedman (Kasja), Modernities, Class and the Contradictions of Globalization: The Anthropology of Global Systems, Lanham, Altamira Press, 2008b.
  • Giraud (Olivier), « Les défis de la comparaison à l’âge de la globalisation », Critique internationale, (57), 2012, p. 89-110.
  • Levitt (Theodore), « The Globalization of Markets », Harvard Business Review, (61), May-June 1983, p. 92-102.
  • Marcus (George), « Ethnography in/of the World System: The Emergence of Multi-Sited Ethnography », Annual Review of Anthropology, 24, 1995, p. 95-117.
  • Martin (Dominique), Metzger (Jean-Luc) et Pierre (Philippe), Les métamorphoses du monde. Sociologie de la mondialisation, Paris, Seuil, 2003.
  • Raab (Marcel), Ruland (Michael), Schönberger (Benno), Blossfeld (Hans-Peter), Hofäcker (Dirk), Buchholz (Sandra) et Schmelzer (Paul), « GlobalIndex : A Sociological Approach to Globalization Measurement », International Sociology, 23(4), 2008, p. 596-631.
  • Robertson (Roland), « Glocalization: Time-Space and Homogeneity-Heterogeneity », in Mike Featherstone (Mike), Lash (Scott) et Robertson (Roland), eds., Global Modernities, Londres, Sage, 1995, p. 25-44.
  • Rossi (Ino), ed., Frontiers of Globalization Research. Theoretical and Methodological Approaches, New York, Springer, 2007.
  • Saunier (Pierre-Yves), Transnational History, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2013.
  • Schuerkens (Ulrike), « Social Transformations between Global Forces and Local Life-Worlds: Introduction », Current Sociology, 51(3-4), 2003, p. 195-308.
  • Wallerstein (Immanuel), Le système du monde du XVème siècle à nos jours, vol. 1, Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Paris, Flammarion, 1980 (1ère édition en anglais 1974)
  • Subrahmanyam (Sanjay), « Connected Histories: Notes towards a Reconfiguration of Early Modern Eurasia », Modern Asian Studies, 31(3), 1997, p. 735-762.

Modalités de soumission 

Les propositions de communication doivent être envoyées aux coordinateurs du numéro :

  • Pierre-Laurent BOULANGER (plboulanger@gmail.com)
  • Stéphane DUFOIX (stephane.dufoix@wanadoo.fr)

au plus tard le 31 mars 2015.

Les propositions devront comporter :

  • un titre ;
  • un résumé d’environ 5000 signes
  • les informations sur le ou les auteurs : nom, affiliation institutionnelle, fonction, adresse professionnelle, numéro de téléphone et courriel.

Modalités d'évaluation

Le comité de rédaction sélectionnera les propositions retenues et en informera les auteurs au 20 avril. Il est demandé aux auteurs de bien vouloir respecter les consignes éditoriales de la revue : http://teth.revues.org/1

Pour toute information complémentaire, veuillez contacter le secrétariat d’édition : mforest@u-paris10.fr

Les articles devront être remis au plus tard le 15 septembre 2015. Le numéro paraîtra en ligne au mois de juin 2016.

Comité de rédaction en exercice

  • Magali BESSONE,
  • Philippe COMBESSIE,
  • Alexis CUKIER, Estelle FERRARESE,
  • Alice LE GOFF,
  • Marie-Claire WILLEMS.

Comité de rédaction plénier

  • Pierre-Laurent BOULANGER,
  • Philippe CHANIAL,
  • Eva DEBRAY,
  • Nicolas DUVOUX,
  • Marie GARRAU,
  • Émilie HACHE,
  • Stéphane HABER,
  • Christian LAVAL,
  • Johann MICHEL,
  • Adèle MOMMÉJA.

Comité scientifique

  • Étienne BALIBAR,
  • Luc BOLTANSKI,
  • Alain CAILLÉ,
  • Robin CELIKATES,
  • Jean-Philippe DERANTY,
  • Francesco FISTETTI,
  • Marc FLEURBAEY,
  • Rainer FORST,
  • Anna Elisabetta GALEOTTI,
  • Claude GAUTIER,
  • Axel GOSSERIES,
  • Axel HONNETH,
  • Bruno KARSENTI,
  • Cynthia KRAUS,
  • Cécile LABORDE,
  • Pascale MOLINIER,
  • Serge PAUGAM,
  • Emmanuel RENAULT,
  • Yves SINTOMER.

Présentation de la revue

Pourquoi une nouvelle revue de sciences sociales ? Ou plutôt, pourquoi une nouvelle revue de science sociale ? Le singulier n’est ici pas neutre. Évoquer une perspective de science sociale, ce n’est ni minimiser sa complexité interne ni en faire une méta-discipline englobante et informe. Il s’agit plutôt d’éviter de dissimuler les liens entre disciplines sous un pluriel autosuffisant qui dispenserait de les faire travailler à partir de leurs propres singularités sur leur objet commun : le social.

Terrains/Théories est une revue pluridisciplinaire à comité de lecture articulée principalement autour de la philosophie, de l’anthropologie et de la sociologie, mais ouverte de manière générale aux autres sciences humaines et sociales : science politique, géographie, économie, histoire, droit. Le projet est né d’un double constat. D’une part, on assiste depuis quelques années à une très forte montée en puissance de la question du terrain comme étant au cœur de l’identité de la sociologie, de l’anthropologie et de la science politique, bien souvent au détriment des perspectives plus épistémologiques, théoriques ou historicisées. D’autre part, depuis une vingtaine d'années, les philosophes contemporains sont intervenus dans les questions politiques, économiques, sociales et culturelles. Les thématiques de la justice, de la délibération, de la reconnaissance, de la domination, du genre, du care etc. deviennent fondamentales dans des domaines la plupart du temps investis par l'économie, la sociologie, l'ethnologie ou la psychologie sociale. On peut toutefois regretter qu'ils ne s'inspirent pas plus des travaux en sciences sociales qui y sont réalisés. D'un autre côté, il n'est pas rare que des travaux en sociologie, en anthropologie ou en psychologie sociale mobilisent des concepts comme l'identité, la reconnaissance, la vulnérabilité, l'empathie, la justice, la domination, l'aliénation, le conflit ou la délibération sans forcément expliciter ou justifier les choix définitionnels qui président à la construction de ces concepts.

Dates

  • mardi 31 mars 2015

Mots-clés

  • terrains, globalisation, gobal, local, ethnographie multisituée, circulations

URLS de référence

Source de l'information

  • Adèle Momméja
    courriel : adele [dot] mommeja [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les terrains du global », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 28 janvier 2015, http://calenda.org/316300