AccueilConflit et naturalisation / modélisation du social : quelles spécificités de l’analyse sociologique du conflit ?

Conflit et naturalisation / modélisation du social : quelles spécificités de l’analyse sociologique du conflit ?

Conflict and naturalisation / modelisation of the social: what specificities for the sociological analysis of conflict?

GT 45 « Sociologie des conflits » du VIe congrès de l'Association française de sociologie 2015

GT 45 "The sociology of conflicts" - 6th French Sociology Association conference 2015

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Publié le mercredi 04 février 2015 par João Fernandes

Résumé

Nous vous proposons des éléments d’orientation de nos futurs discussions autour de la thématique du congrès 2015 « Conflit et naturalisation / modélisation du social : quelles spécificités de l’analyse sociologique du conflit ? ». Toutefois, dans la continuité des activités du GT 45 Sociologie des conflits et à la demande de nombreux participants de continuer à œuvrer dans cette voie, le présent appel à communication rappel aussi l’intérêt de poursuivre, lors du congrès 2015, les travaux du Groupe de travail sur les conflits.

Annonce

Argumentaire

Quand on prend soin de regarder la recomposition du champ sociologique, on observe que des thématiques comme le conflit sont maintenant massivement entreprises par des champs de connaissances qui peuvent revendiquer un monopole du savoir au prétexte qu’elle serait plus « scientifique » comme l’économie cognitive, la biologie comportementaliste, la neuro-socio-biologie, les sciences computationnelles ou digitales…

Sans présager aucunement d’une réponse claire, c’est plutôt au regard d’une inquiétude qu’il convient de s’interroger sur le retour et la prétention de tels raisonnements potentiellement porteurs de régressions se fondant par exemple sur une hypothétique nature biologique qui nous amènerait à agir selon des instincts ancestraux. Les individus, sans qu’ils ne soient questionnés comme des sujets, seraient alors des êtres influencés par des facteurs apparemment sans importance tels que les différences individuelles, la force, le corps, la masculinité, ou les fluctuations à court terme de la faim, des incitations biologiques. N’y a-t-il pas là un danger sous la forme d’un retour des raisonnements spencériens, « struggle of life », sans parler de réductionnisme scientifique ? 

Ici peut intervenir la question de certains objets en lien avec les conflits, par exemple, les émotions et d’autres phénomènes de régulation sociale (par exemple les effets de la colère, les processus d’instrumentalisation dans les négociations, la montée aux extrêmes et le passage à l’acte, etc.). Peut-on et doit-on en particulier se fixer comme objectif de saisir le moment du passage à l’acte ? On pense encore ici à l’idée que certains d’entre nous seraient « nés » pour être pacificateurs ou médiateurs ou, au contraire, agresseurs, déviants, dangereux, asociaux.

Au passage, c’est bien pour justifier la sociologie que Randall Collins, tout en faisant valoir qu'il existe chez les êtres humains une peur innée de nuire à d’autres personnes, montre bien que dans une interaction sociale antagoniste, il peut se produire autre chose que la lutte pour la survie ou la fuite sous l’effet de la peur de la défaite. Cette troisième alternative est d’une importance cruciale car elle rend le social, interactionniste ou intersubjectif (au sens de Michel Wieviorka), possible et impossible à prévoir.

Sur le plan cette fois des méthodes, les computationnal studies, digital studies, très en vogue sont-elles capables de nous aider à analyser et à comprendre la complexité des interactions conflictuelles ?

Et si oui, comment penser l’articulation avec la sociologie « old school » ? Les sciences digitales (simulation sociale en particulier) présentent l’intérêt de pouvoir analyser ce que la sociologie a du mal à saisir à savoir les processus, les émergences, l’incertitude, les rationalités en action, en co-constructions, scenarii…Les digital studies permettraient l’accumulation d’une masse de données importantes et inédites (les fameuses Big Data), en mettant le sociologue en extériorité de l’observation quitte à ne pas avertir les observés et expliquer sa stratégie scientifique et en assurer l'acceptation sociale des sciences sociales. Mais ces analyses virtuelles ne sont-elles pas pour autantlimitées à des phénomènes émergents stabilisés ? Ne contribuent-elles pas par un effet de mode à l’oubli du patrimoine des sciences sociales, de l’histoire. Et pour finir, ne contribue-t-elle pas à la prédiction de comportements sociaux dont les institutions pourraient s’emparer pour justifier des choix de politiques urbaines ? On pense ici à l’utilisation de logiciels d’inférence statistique par la police américaine lui permettant de prédire une infraction ou un crime et d’aborder des conflits urbains par une politique de répression anticipée.

Nouveaux espaces ? Conflits dans et autour des sociétés numérisées

 L’ère du numérique transformerait profondément nos sociétés. Ainsi, peut-on dire que la théorie des conflits sociaux était une bonne théorie pour les systèmes de nos sociétés classiques hiérarchisées, mais qu’en est-il des sociétés connexionnistes numériques complexes? Plus modestement, ne doit-on pas analyser sérieusement comment cette « société numérique » s’ajoute et s’encastre aux structures déjà existantes de la société mais sans aucunement les supplanter voire même de les modifier ? Dans cet ordre d’idées, les médias sociaux peuvent-ils contribuer à publiciser, à conflictualiser une question sociale (la numérisation de nos vies) sans pour autant exclure la nécessité de se réunir physiquement pour la confrontation ? Le numérique, s’il ne modifie pas la nature profonde du conflit, en modifie t-il son émergence et sa dynamique temporelle ? Le nombre de personnes connectées en réseau rend-il la phase d’une mobilisation plus rapide? Les connexions numériques facilitent-elles la croissance d’un mouvement pacifique, ou à l’inverse favorisent-elles les mouvements polarisants? Ce sont autant de questions de recherche que des propositions de communication pourraient éclairer.

ACC pour le GT45 Sociologie des conflits 

Nous vous proposons ci-après quelques éléments d’orientation de nos futurs discussions autour de la thématique du congrès 2015 « Conflit et naturalisation / modélisation du social : quelles spécificités de l’analyse sociologique du conflit ? »

Toutefois, dans la continuité des activités du GT 45 Sociologie des conflits et à la demande de nombreux participants de continuer à œuvrer dans cette voie, le présent appel à communication rappel aussi l’intérêt de poursuivre, lors du congrès 2015, les travaux concernant :

Poursuite des travaux du GT45

1) Les traditions théoriques et réflexions épistémologiques d’une sociologie du conflit

Il s’agit d’interroger les questions épistémologiques que soulève l’attention au conflit. Par exemple, la question du positionnement d’une théorie du conflit à l’intérieur des disciplines, la mise en exergue des différences et/ou de la porosité des frontières disciplinaires, l’impact du conflit sur le positionnement disciplinaire mais aussi les comparaisons entre théories du conflit selon les contextes historiques et/géographiques de production etc.

2) La sociologie du conflit et ses méthodes

Les recherches en sociologie du conflit se caractérisent-elles par des méthodes particulières ? Quelles sont les méthodes les plus utilisées en sociologie du conflit (qualitatives, quantitatives, production directes de données, données de seconde main, méthodes innovantes, approches cliniques, poids des exemples et illustration dans l’argumentation, utilisation de ces illustrations –objective/subjective/narrative-, etc.) Y-a-t ’il des méthodes innovantes, créatives ? Qu’en est-il de la différenciation des disciplines à partir de l’utilisation de méthodes spécifiques d’analyse des conflits (ou non). Existe-t-il des méthodes suivant les types de conflits ou suivant les types d’acteurs, de contextes, etc. ?

3) Formes, fonctions et significations du conflit

Il s’agit ici de réfléchir sur les formes (latent, manifeste, violent, agonal ou polémique, guerrier, etc.), fonctions (cohésives, destructrice, créatrice, régulation, etc.), significations (négatives, positives, questions éthiques et déontologiques, pouvoir, domination), et sphères du conflit (individuelle, collective, niveau micro- et méso-sociologique).

4) Le conflit dans les différents champs de la société

Il s’agit ici de réfléchir sur les champs de la société dans lesquels nous pouvons analyser le conflit (travail, santé, organisation, justice, défense et sécurité intérieure ou extérieure, environnement, genre, monde artistique, travail social, etc.) et ainsi aussi sur la question du contenu porté par le conflit.

Modalités pratiques d'envoi des propositions

Les propositions de communication (3000 signes maximum, espaces compris) présenteront l’objet de la recherche, le questionnement et la problématique, le terrain, les catégories et la méthodologie utilisée pour le recueil des données (ou à défaut, les corpus systématiques de sources si ce travail n’est pas lié à un terrain).

 Les propositions comprendront les éléments suivants dans l’ordre d’apparition :

  • Nom, prénom du/des auteur-e-s
  • Fonction et institution de rattachement
  • Adresse mail
  • Titre de la communication
  • 5 mots clés
  • Proposition de communication (3000 signes maximum espaces compris)
  • Titre et résumé de la proposition (1500 signes espaces compris) 

Les propositions doivent être adressées sous fichier word et rtf à

 sociologieconflitsafsgt45@gmail.com 

avant le 15 février 2015.

Les réponses aux propositions reçues seront envoyées courant février 2015.

Les résumés (1500 signes) des propositions acceptées figureront dans le volume édité pour le congrès. C’est au moment de vous inscrire au congrès sur le site de l’AFS que vous devrez y déposer votre résumé afin qu’il figure dans le volume édité pour le congrès, cette responsabilité incombant donc aux auteurs.

Nous vous remercions de bien vouloir :

1- indiquer en objet de votre message : AFS-GT 45 proposition congrès 2015

2- nommer votre fichier de la façon suivante : nom-congrès AFS 2015.doc

Responsables

  • Nicolas Amadio (Université de Strasbourg),
  • Jérôme Ferret (Université de Toulouse 1 Capitole,
  • Dietmar Loch (Université de Lille 1)

Catégories

Lieux

  • Saint-Quentin-en-Yvelines, France (78)

Dates

  • dimanche 15 février 2015

Mots-clés

  • conflit, naturalisation, modélisation du social, analyse sociologique

Source de l'information

  • Nicolas Amadio
    courriel : sociologieconflitsafsgt45 [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Conflit et naturalisation / modélisation du social : quelles spécificités de l’analyse sociologique du conflit ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 février 2015, http://calenda.org/316942