AccueilL’exercice de l’autorité dans les mondes musulmans d’aujourd’hui

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Publié le mercredi 11 février 2015 par Elsa Zotian

Résumé

Il existe de nombreuses façons d’appréhender la question de l’autorité. Celle-ci peut être définie comme une capacité de commandement ou de prescription exercée sur un individu ou un groupe social, qui induit l’acceptation et même l’obéissance. L’autorité serait donc un pouvoir qui n’aurait pas besoin de s’exercer pour exister, bien qu’en même temps, elle suscite des oppositions et requiert souvent la cœrcition ou la force, voire la violence, pour être effective. L’on peut aussi avoir une approche plus prédicative de l’autorité et la voir, non pas comme une chose en soi, mais plutôt comme une modalité de l’action. On parle alors d’une décision faisant autorité, d’une personne agissant avec autorité, d’une caractéristique propre à des relations entre parents et enfants, hommes et femmes, gouvernants et gouvernés. Comment cette question de l’autorité se pose-t-elle dans le contexte des mondes musulmans ?

Annonce

Argumentaire

Il existe de nombreuses façons d’appréhender la question de l’autorité. Celle-ci peut être définie comme une capacité de commandement ou de prescription exercée sur un individu ou un groupe social, qui induit l’acceptation et même l’obéissance. L’autorité serait donc un pouvoir qui n’aurait pas besoin de s’exercer pour exister, bien qu’en même temps, elle suscite des oppositions et requiert souvent la coercition ou la force, voire la violence, pour être effective. L’on peut aussi avoir une approche plus prédicative de l’autorité et la voir, non pas comme une chose en soi, mais plutôt comme une modalité de l’action. On parle alors d’une décision faisant autorité, d’une personne agissant avec autorité, d’une caractéristique propre à des relations entre parents et enfants, hommes et femmes, gouvernants et gouvernés.

Alexandre Kojève propose une typologie faite de quatre figures : le Père, le Chef, le Juge, le Maître. Le Père est celui qui précède, qui est venu avant ; son autorité est celle de la convention, de l’usage ancien, de ce qui fonde le groupe social qui la reconnaît. Le Chef est celui qui sait, qui prévoit, qui planifie ; il se distingue parmi des égaux, il se fait leader, prophète, mais aussi savant. Le Juge est celui qui arbitre, contrôle, censure, il fait preuve de justice et de justesse. Le Maître, enfin, est celui qui vit dans un horizon d’inégalité ; il est maître pour l’esclave ou le serviteur, il est vainqueur pour le vaincu, noble pour le roturier. A partir de ces figures il s’agit de penser la relation d’autorité comme non seulement interactionnelle mais également située, susceptible de s’adosser à différents registres (historiques, traditionnels, juridiques, etc.) et de prendre diverses formes.

Comment cette question de l’autorité se pose-t-elle dans le contexte des mondes musulmans ? Il faut tout d’abord s’interroger sur cette catégorie d’appartenance « musulman » (ou « islamique »). Désigne-t-elle toutes ces situations où sont impliquées des populations convictionnellement ou sociologiquement musulmanes ? Ou renvoie-t-elle, plus précisément, à des situations où c’est la référence à l’islam qui induit un effet d’autorité ? Au-delà de cette question préjudicielle, différents niveaux de questionnement s’imposent : les concepts et leur histoire, les institutions, la légitimité et la légalité, le pouvoir et la violence, les relations de genre et de génération, le langage et le discours.

Quel que soit le statut précis de l’islam dans notre interrogation, il convient de s’interroger sur la combinaison des quatre figures d’autorité dans le contexte contemporain. Cela vaut en situation d’islam majoritaire comme minoritaire, d’islam arabe comme non arabe, au Maghreb ou au Machrek. Comment se retrouvent et se combinent ces différentes figures d’autorité ? En quoi et comment le facteur « islam » y prend-il sa pertinence ? Quels sont les modes de pertinence d’un tel facteur dans les mondes musulmans contemporains ? Six axes de recherche s’imposent, parmi d’autres possibles :

  • Les concepts et leur histoire : il faut s’interroger sur le concept d’autorité, les mots qui lui sont associés, leur étymologie, leur histoire et leurs usages ; une attention particulière mérite d’être accordée à la période réformiste, qui est un creuset de notre époque contemporaine.
  • Le pouvoir et la violence : l’articulation de l’autorité avec le pouvoir, la coercition et la violence doit être examinée ; il faut entre autre se demander comment l’autorité s’en distingue et jusqu’à quel point elle peut s’en affranchir.
  • Les institutions : les lieux de production et d’exercice de l’autorité doivent être explorés, qu’ils soient explicitement religieux ou non ; des institutions traditionnelles se sont perpétuées, des institutions nouvelles sont apparues, il importe d’en prendre la mesure et d’en examiner l’action contemporaine.
  • La légitimité et la légalité : les facteurs politiques et juridiques sont essentiels en matière d’autorité ; il convient donc de s’interroger sur la manière dont celle-ci s’exprime dans les textes, les institutions et les pratiques du droit, de la justice et du pouvoir politique.
  • Les relations de genre et de génération : l’autorité n’est pas qu’une affaire politique et juridique, loin s’en faut ; il faut s’interroger sur ses modes d’existence et de fonctionnement sociaux, au sein de la famille entre autres ; cela peut amener à reprendre ou critiquer la notion de patriarcalisme. Cet axe peut également être l’occasion d’entamer une réflexion sur les dimensions économiques de l’autorité sociale.
  • Le langage et le discours : l’exercice de l’autorité, de même que ses effets, transitent largement par le langage et les discours qu’il produit ; une attention particulière mérite d’être apportée à la sociolinguistique de l’autorité en contextes musulmans.

Sur des aires linguistiques et géographiques contemporaines variées, ayant en commun une forte présence et pertinence de l’islam, ce colloque entend renouveler l’étude du concept d’autorité et des modes de déploiement de cette dernière.

Conditions de soumission

Les propositions, entre 400 et 500 mots, sont attendues

pour le 30 avril 2015.

Elles sont à adresser à l’adresse suivante : benzenine[a]hotmail[.]com

12 octobre 2015 : tenue de la journée

Comité scientifique

  • Hassan Remaoun, Université d’Oran/CRASC
  • Bachir Yelles Chaouch, Université d’Oran
  • Baudouin Dupret, CJB (Rabat)
  • Mohamed Merzouk, Université d’Oran
  • Mohamed Hocine Benkheira, EPHE (Paris)
  • Ahmed Khouaja, LaboratoireDirasset (Tunis)

Coordonnateurs du colloque

  • Benzenine Belkacem, CRASC 
  • Assia Boutaleb, Université Paris 8/ CJB 

Comité d’organisation

  • Belkacem Benzenine
  • Soraya Mouloudji-Guerroudji
  • Souad Marradj
  • Samir Fareh

Lieux

  • Auditorium - Technopôle de l'USTO. Bir El Djir
    Oran, Algérie (31000)

Dates

  • lundi 12 octobre 2015

Mots-clés

  • islam, autorité, loi, normes, pouvoir

Contacts

  • Benzenine Belkacem
    courriel : benzenine [at] hotmail [dot] com
  • Boutaleb Assia
    courriel : assia [dot] boutaleb [at] cjb [dot] ma

Source de l'information

  • Belkacem Benzezine
    courriel : benzenine [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’exercice de l’autorité dans les mondes musulmans d’aujourd’hui », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 février 2015, http://calenda.org/317224