AccueilL’éthique dans les pratiques professionnelles de l’information et de la communication

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Publié le mardi 24 février 2015 par João Fernandes

Résumé

Cette journée d’étude organisée par le GRIPIC vise à interroger la place de l’éthique dans les pratiques professionnelles de l’information et de la communication. Journaliste, manager, communicant, enseignant, chercheur, chacun opère des choix, de manière plus ou moins consciente, à travers un cadre d’interprétation, une rhétorique, un mode de relation, un support matériel, qui sont susceptibles de modifier la perception de son public en l’invitant à agir de manière plus ou moins éthique. Entre régulation et auto-régulation, nous nous demanderons comment penser l’exigence éthique dans le cadre des pratiques professionnelles. Dans quelle mesure est-il possible de convoquer sa sensibilité, son expérience, ses valeurs, ses convictions personnelles ? Quelle valeur ont-elles ? Comment les partager ? Pour en discuter avec nous, des professeurs, des doctorants et des professionnels nous feront part de leur expérience et ouvriront un débat scientifique autour de l'objet de recherche qu'est l’éthique.

Annonce

Programme

Matinée

8h30-9h00 – Accueil des participants 

9h00-9h30 – Introduction par Adeline Wrona, directrice du GRIPIC et par Véronique Richard, responsable de l’axe de recherche « enjeux de communication et relations de travail » au GRIPIC 

9h30-10h45 – Table ronde n°1 : l’éthique & le journalisme

Modératrice : Pr. Adeline Wrona, directrice du GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

  • Intervenant 1 : Pr. Denis Ruellan, CRAPE, Université Rennes 1
  • Intervenante 2 : Bérénice Mariau, docteur, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

Discutant : Michel Noblecourt, journaliste, Le Monde 

10h45-12h00 – Table ronde n°2 : l’éthique & le management

Modératrice : Pr. Véronique Richard, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

  • Intervenant 1 :Pr. Jacques Bonnet, Agrosup Dijon / CIMEOS, Université de Bourgogne
  • Intervenante 2 : Marine Allein, doctorante, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

Discutant : Gilbert Abergel, consultant en santé publique 

APRÈS-MIDI 

13h30-14h45 – Table ronde n°3 : l’éthique & la recherche

Modératrice : Pr. Karine Berthelot-Guiet, GRIPIC, directrice du CELSA Paris-Sorbonne

  • Intervenante 1 : Pr. Joëlle le Marec, Université Paris Diderot – Paris 7
  • Intervenante 2 : Maud Fontaine, doctorante, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

Discutante : Pr. Sylvie Leleu-Merviel, directrice du laboratoire DeVisU, Université de Valenciennes 

14h45-16h00 – Table ronde n°4 : l’éthique & l’entreprise

Modératrice : Pr. Nicole D’Almeida, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

  • Intervenant 1 : Pr. Christian Le Moënne, PREFics, Université Rennes 2
  • Intervenant 2 : Florian Malaterre, doctorant, GRIPIC, CELSA Paris-Sorbonne

Discutant : Jean-Philippe Vanot, Président de ParisTech 

16h00-16h15 – Conclusion par Florian Malaterre, doctorant au GRIPIC

1) L’éthique : de l’interprétation à la pratique 

L'éthique renvoie aux conditions d’une vie bonne, pour soi et pour les autres[1]. Elle est de l’ordre de l’interprétation et/ou de la pratique. On ne saurait dissocier l’une et l’autre, tant la pratique dépend d’une interprétation[2] et l’interprétation est/dépend d’une pratique[3]. Chacun cherche les valeurs qui l’animent, choisit les principes d’action qui doivent prévaloir, veille aux conditions de leur mise en œuvre, se rend sensible à leur réalité. Que les règles nous soient données ou non, leur sens n’est jamais acquis à l’avance. L’éthique est avant tout un projet, la recherche d’une interprétation et d’une posture adéquates par rapport à la réalité.

Pour autant, l’interprétation et la posture que l’on construit dépendent nécessairement de l’ordre du monde auquel on appartient. Nous appréhendons la réalité par le prisme de nos émotions, de nos intérêts, de nos représentations, de nos modèles de pensée, que l’on convoque, qui nous interpellent ou qui nous mobilisent. Nos habitus, l’ordre social qui organise notre relation avec les autres, influencent notre comportement. L’interprétation n’est jamais purement intellectuelle. Chaque affect donne une valeur à la réalité et s’articule avec des idées ou des systèmes d’idées[4] dans lesquels il trouve un sens logique. C’est ce processus complexe de valorisation et de dévalorisation, entre sensible et rationnel, qu’il nous importe de connaître et de nous approprier. 

2) L’éthique de la médiation[5] 

La mise en partage de notre interprétation dépend de processus de médiation. Ces derniers se matérialisent à travers des dispositifs médiatiques, organisationnels et/ou interactionnels. La médiation a un rôle dans les processus de signification. Elle conditionne et oriente la production du sens. Elle suppose des choix préalables de la part de celui qui véhicule l’information. Elle peut être utilisée pour provoquer une interprétation et/ou une posture, de manière discrète ou marquée, ponctuelle ou récurrente. Dès lors, il s’agit de considérer que la façon de s’exprimer, le cadre d’analyse, le genre du discours, la rhétorique, le type de support, le format, le mode de relation peuvent avoir une influence sur l’appropriation des informations que l’on met en partage. Les modes de production et de circulation de l’information peuvent induire des logiques d’action[6].

Les professionnels de l’information et de la communication, en tant qu’ils interprètent et donnent à interpréter, sont amenés à interroger le sens de ces processus de médiation. Chaque professionnel a une conscience, plus ou moins claire, des conséquences de ses actions. Chacun peut être conduit à répondre à des questions qui le dépassent : l’appétence du public pour un type d’actualité justifie-t-elle son traitement ? quel niveau de transparence adopter en public sans mettre en péril son activité professionnelle ? en quoi l’autorité managériale dépend-elle d’une relation d’authenticité à l’égard des membres d’une équipe ? dans quelle mesure est-on autorisé à prendre une position politique dans un cadre institutionnel ? etc. Chacun a une marge de manœuvre plus ou moins grande pour agir dans les contraintes qui sont les siennes [7]. Le professionnel est/reste responsable de la qualité de l’information qu’il met en circulation autant que de la manière dont il la communique. 

3) L’éthique professionnelle : aller au-devant de la règle 

La plupart des pratiques professionnelles de l’information et de la communication sont encadrées par des lois. Celles-ci visent à nous prémunir contre des comportements inappropriés et à préserver l’ordre éthique de la société. Mais les lois ne couvrent qu’une partie des situations où est en jeu l’éthique. De même, on peut agir dans la légalité, tout en donnant une orientation non éthique à ses pratiques. Il y a donc un espace d’indétermination, qui peut être utilisé (ou non) pour une recherche d’éthique. L’influence de telles pratiques n’est pas négligeable. On peut constater, par exemple, que ces choix peuvent créer un contexte de confiance ou de défiance, de coopération ou de division, d’épanouissement ou de mal-être.

De nos jours, de nombreuses organisations (entreprises, institutions publiques, organisations non gouvernementales) tendent à revendiquer une approche éthique dans/pour leurs activités. Les chartes éthiques sont pour elles un moyen de se rapporter à leur pratique et de donner du sens à leurs activités de manière publique[8]. Chaque salarié est invité à respecter les valeurs et les principes d’action que définit l’organisation. Pourtant, peut-on à travers les chartes éthiques répondre à la question de l’éthique ? Quelle valeur donner aux valeurs prescrites ? Nos valeurs personnelles peuvent-elles faire partie de l’équation ? Quelle(s) fonction(s) communicationnelle(s) donner à ces chartes éthiques[9] ? 

4) Le partage de l’éthique : émotion, intellect, expérience 

L’éthique dépend d’un engagement personnel. Elle requiert, d’un point de vue individuel, de réaliser un cheminement sensible, intellectuel et expérientiel. Si l’on cherche à porter une éthique à travers son comportement, il semble important d’être attentif à la manière dont peut être perçue notre action et à notre impact objectif sur la réalité. Si l’on vise à partager l’exigence d’une éthique, il paraît difficile de se satisfaire d’une approche prescriptive. Tout d’abord, parce qu’elle paraît contraire à l’autonomie de l’autre, ensuite – et corrélativement – parce qu’elle implique une prétention à la vérité qui paraît difficile à tenir en éthique, tant les perceptions de ce qui doit prévaloir varient. Pourtant, l’ordre éthique de la société ne tient-il pas de par la force de nos convictions ? L’intercompréhension n’a t-elle pas elle aussi ses limites ? Comment faire autrement qu’être prescriptif quand il est nécessaire – voire urgent – d’agir ?

On se demandera dès lors comment circule l’éthique et comment la partager. Le partage de l’éthique requiert-il une sensibilité, une compétence, un savoir, une posture, une expérience ? Par quel moyen faire comprendre la valeur d’une expérience ? Est-il toujours possible de prendre en compte le sensible lorsqu’il convient de répondre à une exigence d’objectivité pour le journaliste, de neutralité pour le chercheur, de rationalité pour le manager ? Dans quelle mesure ces prescriptions professionnelles, en tant qu’elles modèlent nos pratiques, ont-elles une valeur ? 

5) Un objet de recherche : l’éthique en communication 

La question de l’éthique amène à interroger les pratiques de l’information et de la communication. De l’éthique dépend notre manière de travailler, les biais qui peuvent nuire à la valeur de nos pratiques, ou qui lui donnent du sens. La question est omniprésente, dans les enjeux que soulignent les recherches en sciences de l’information et de la communication (SIC), dans les valeurs que portent les chercheurs. L’éthique pose la question épistémologique des limites de l’auto-réflexivité méthodologique. Elle interroge l’objectivité de nos pratiques, comme leur neutralité. Jusqu’où doit aller l’engagement personnel du chercheur ? En quel sens l’engagement personnel est-il ou non la condition de possibilité de la recherche scientifique ? D’un projet académique ?

Réciproquement, nos pratiques de l’information et de la communication nous amènent à nous interroger sur ce qu’est l’éthique. A travers l’approche sémiotique de Jacques Fontanille, on mesure toute la difficulté qu’il y a à se saisir de cet objet[10]. Si l’éthique requiert la compréhension des critères qui permettent de la penser, il convient également de s’intéresser aux modalités de sa circulation. D’abord, parce que son sens dépend de l’appropriation des individus dans une société – de sorte que l’on peut parler de l’éthique comme d’un « être culturel »[11]. Ensuite, parce qu’on peut considérer que les modes d’appropriation dépendent de la manière dont circule l’éthique. Enfin, parce que l’éthique se définit, de manière essentielle, par le mode de relation que l’on construit avec soi et avec les autres[12]. 

Dans le cadre de cette journée d’étude, nous travaillerons sur 4 domaines : le journalisme, le management, la recherche, l’entreprise. Pour chaque domaine, nous proposons d’articuler nos réflexions autour de 4 séries de questions : 

  • Dans quelle mesure les pratiques professionnelles de l’information et de la communication doivent-elles répondre à un critère d’objectivité, de neutralité et/ou de rationalité ? Comment faire place à la sensibilité ?
  • Jusqu’où est-il possible de valoriser l’engagement éthique dans les pratiques professionnelles ? Quelle est la valeur de l’éthique ?
  • Comment transmettre une éthique aux professionnels de l’information et de la communication et/ou  aux chercheurs en SIC ? Comment en arrive-t-on à une prise de conscience en matière d’éthique ? A l’accroissement d’une exigence ?
  • Comment penser l’éthique en SIC ? L’éthique est-elle inhérente aux processus d’information et de communication ? Est-elle un processus de signification spécifique ? Comment circulent les valeurs ?

[1] « L’éthique, c’est le désir d’une vie accomplie, avec et pour les autres ; dans des institutions justes », Paul Ricœur, « Éthique et morale », in Lectures 1 : Autour du politique, Seuil, 1991

[2] De soi et de l’autre…

[3] On pourrait parler, avec Gianni Vattimo, d’une « éthique de l’interprétation ». Cf. Gianni Vattimo, Éthique de l'interprétation,La Découverte, 1991

[4] Il s’agit, en ce sens, d’une « idéologie » - sans qu’il soit nécessaire, à ce niveau, de lui attacher un sens péjoratif.

[5] Nous empruntons l’expression à Jean Caune : Pour une éthique de la médiation, Presses universitaires de Grenoble, 1999

[6] Par exemple, traiter l’actualité sur le registre du drame, peut provoquer des réactions affectives (peur, repli, colère) et se traduire par le choix politique d’une idéologie « sécuritaire »-ou au contraire entraîner une réaction citoyenne.

[7] Il peut, par exemple, travailler à trouver le ton juste pour éviter de traiter un sujet d’actualité en rentrant de manière exagérée dans le pathos, il peut critiquer les modalités d’après lesquelles il est invité à interagir, il peut choisir d’éviter de conforter des clivages dans un contexte politique sensible, il peut travailler à donner un autre regard sur l’actualité, etc.

[8] On peut citer, par exemple, le code de conduite de professionnels de la communication d’entreprise : www.iabc.com/about/code.htm, la charte éthique du journal Libération :  http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2014/07/07/la-charte-ethique-de-liberation_1059029

la charte des chercheurs européens : http://ec.europa.eu/euraxess/index.cfm/rights/europeanCharter

[9] On lira avec intérêt les travaux de Romain Huët, qui souligne la place des dynamiques sociales dans la construction des chartes éthiques – et réciproquement. Cf. not. Romain Huët, La fabrique de l’éthique : les nouvelles promesses des entreprises, CNRS, 2012 

[10] « L’éthique n’est ni dans l’acte, ni dans l’opérateur, ni dans l’Autre, ni dans l’Idéal, mais dans les différentes relations qui les unissent, et dans la manière dont ces relations s’expriment. » Jacques Fontanille, « Sémiotique et éthique », Nouveaux actes sémiotiques, 2007

[11] Nous empruntons la notion d’« être culturel » à Yves Jeanneret, l’idée étant que les choses/idées n’ont de sens qu’à travers les interprétations qu’en ont les individus, qui participent d’une culture. Yves Jeanneret, Penser la trivialité, Volume 1 : la vie triviale des êtres culturels, Hermès-Lavoisier,2008

[12] Après Lévinas, on a tendance à ne mettre en avant que la relation à l’autre. Mais la question éthique envisage aussi un rapport à soi.

Lieux

  • Grand Amphithéâtre - 77, rue de Villiers
    Neuilly-sur-Seine, France (92200)

Dates

  • mercredi 18 mars 2015

Mots-clés

  • éthique, médiation, processus, information, communication, expérience

Contacts

  • Florian Malaterre
    courriel : sic [dot] ethique [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Florian Malaterre
    courriel : sic [dot] ethique [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« L’éthique dans les pratiques professionnelles de l’information et de la communication », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 24 février 2015, http://calenda.org/318807