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Sociologie du bonheur

The sociology of happiness

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Publié le mercredi 04 mars 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Le bonheur apparaît être un prisme pertinent pour comprendre les rouages de notre société, à la fois macroscopiquement mais également à l’échelle individuelle. Dans cette optique, l’atelier « Thésards », formé à l’initiative des doctorants du pôle individualisation et lien social du laboratoire Cerlis, propose une journée d’étude pour échanger autour de cet objet.

Annonce

Argumentaire

Les philosophes sont les premiers à « penser » le bonheur. Dans l’Antiquité grecque, différentes approches du bonheur sont développées. De la rationalité d’Aristote prônant le bonheur comme modèle de vertu à l’hédonisme d’Epicure, les conceptions théoriques « opposées » du bonheur révèlent la difficulté d’élaboration d’un objet clairement défini.

Le sacre du bonheur en France s’inscrit dès le début des années 60 et se retrouve alors dans toutes les sphères sociales sous la forme d’une injonction à « être heureux », connaître le bonheur devient alors un devoir collectif comme individuel (Pawin, 2013). Dans le domaine cinématographique, le nouveau genre constitué par les films intimistes, qui apparaissent post mai 68 indique également un changement de perception du bonheur (Pawin, 2013). Focalisés sur la question de la vie heureuse, ils témoignent d’une modification de l’économie de valeurs. Ainsi, Un homme et une femme (1966) de Claude Lelouch, Les choses de la vie (1970) de Claude Sautet, ou encore Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) de Maurice Pialat, « proclament un droit au bonheur et à l’expression des sentiments intimes, à la réflexion et au retour sur soi » (Pawin, 2013, p.175). Dans ces œuvres, c’est un bonheur de l’individu qui est mis en scène, puisque dans les films d’action comme dans les films intimistes, les héros sont heureux de leur propre succès, ce qui s’inscrit dans la montée de l’individualisme.

Parallèlement, les regards scientifiques portés sur le bonheur ont été de l’ordre de la définition et de l’évaluation : qu’est-ce que le bonheur ? Qui sont les individus les plus heureux ? Très vite le bonheur va se traduire par le mot « bien-être » et donner lieu à une première mesure du bien-être subjectif en 1946, à l’initiative de Jean Stoetzel, fondateur de l’Institut français d’opinion publique (IFOP) (Pawin, 2013). C’est à la même période que le champ de la psychologie positive se développe en France et appuie cette relation entre bonheur et bien-être de l’individu (Seligman, 2011 ; 2013).

Dès 1966, le sociologue Jean Cazeneuve tente d’établir une typologie du bonheur avec d’un côté « le dionysiaque » ou bonheur de l’existence, et de l’autre, « l’apollinien » ou bonheur de l’être.[1] Pour ce chercheur, la civilisation technicienne encourage ce dernier type, un bonheur de l’être, fonctionnant de pair avec une société de consommation d’objets représentés comme source de bien-être (Ansart, 1967). De ces premières théories, transparait l’influence économiste associant les revenus au bonheur. En 1974, une première rupture se crée avec le paradoxe de Richard Easterlin, expliquant que les taux de bonheur dans les pays développés n'évoluent pas proportionnellement à la hausse des revenus disponibles des ménages (Langlois, 2014).

Fort de ces théories, les sociologues s’essayeront à cet objet du bonheur en cherchant à mettre en lumière d’autres indicateurs tels que le travail (Baudelot, Gollac, 2003), le sentiment de sécurité, les relations sociales (Langlois, 2014), etc. D’autres chercheurs à l’instar des ethnologues, ont travaillé sur la question du bonheur et ont fait ressortir que celui-ci était associé à des représentations spécifiques telles que les vacances (Perier, 2009), ou encore la ruralité, qui s’oppose à la croyance négative selon laquelle « la vie en ville serait un enfer » (Isnard, 2009).

En résumé, le bonheur apparaît être un prisme pertinent pour comprendre les rouages de notre société, à la fois macroscopiquement mais également à l’échelle individuelle. Dans cette optique, l’atelier Thésards, formé à l’initiative des doctorants du pôle individualisation et lien social du laboratoire Cerlis, propose une journée d’étude qui se tiendra le 28 mai 2015 pour échanger autour de cet objet. Trois axes ont été envisagés pour optimiser la cohérence de cet événement.

Axe 1 : Bonheur, bien-être ? Vivre heureux ? : définir, analyser, comprendre

Comment conceptualiser l’expérience individuelle du bonheur ?

Axe 2 : Méthodologie : accéder aux discours sur le bonheur

Comment appréhender le bonheur sur le terrain ? Dispositifs qualitatifs et quantitatifs, quelles contraintes, quels apports ?

Axe 3 : Qui sont les heureux ? Les expériences et les discours du bonheur

Est-il vraiment présent dans les imaginaires ? Quelles sont les stratégies individuelles face aux injonctions au bien-être jalonnant l’espace social ? (CSP, générations, genre, territorialités, etc.) 

Bibliographie

  • Ansart Pierre. Jean Cazeneuve, Bonheur et civilisation, Paris, Gallimard. In : L’homme et la société, N. 3, 1967. PP. 207-208
  • Baudelot C. Michel Gollac, travailler pour vivre heureux, Paris, Fayard, 2003.
  • Cazeneuve J, bonheur et civilisation, broché, 1966.
  • Langlois Simon, « Bonheur, bien-être subjectif et sentiment de justice au Québec », L’année sociologique, 2014/2 Vol. 64, p.389-420.
  • Pawin Rémy, « La conversion au bonheur en France dans la seconde moitié au 20e siècle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2013/2 N°118, p. 171-184.
  • Seligman, M.E.P, Flourish (2011) N.Y : Simon & Schuster

[1] Selon Jean Cazeneuve, le modèle apollinien fait référence à un comportement davantage lié à la résignation et au détachement ; il s’oppose au modèle dionysiaque entendu entre autres comme l’exaltation des sentiments et la quête des plaisirs. 

Modalités de soumission

Les propositions de communication (300 mots) sont à envoyer à l’adresse suivante thesard.cerlis@gmail.com

avant le 31 mars 2015. 

Le comité d’organisation

  • Marion Braizaz - marion.braizaz@gmail.com
  • Alexandra Piesen - alexandra.piesen@gmail.com
  • Maeli Saidi - maeli.saidi@gmail.com

Le comité d'organisation se charge également de la sélection des communications.

Catégories

Dates

  • mardi 31 mars 2015

Mots-clés

  • bonheur, individu, identité, lien social, individualisme, travail, famille

Contacts

  • Marion Braizaz
    courriel : marion [dot] braizaz [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Marion Braizaz
    courriel : marion [dot] braizaz [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Sociologie du bonheur », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 04 mars 2015, http://calenda.org/319226