AccueilRendez-vous ethnologique

Rendez-vous ethnologique

Ethnological encounter

Collectes, collections, inventaires. Que faire du patrimoine ethnologique ?

Collecting, collections, inventories. What to do with ethnological heritage?

*  *  *

Publié le jeudi 19 mars 2015 par João Fernandes

Résumé

Issus d’un modèle élaboré avant la complète recomposition des univers ruraux européens et avant la décolonisation, les musées d'ethnologie répondaient à des motivations qui ne correspondent plus à l’état des sociétés contemporaines. Mais ces expectatives sont très éloignées des préoccupations devenues centrales pour une anthropologie qui est désormais moins intéressée par les stabilités des faits culturels que par leurs dynamiques et qui tend à observer moins les pratiques que les discours. De plus, les modalités de production, de valorisation, de consommation ou d’usage des objets quotidiens ont profondément changé et les critères anciens de collecte et de traitement sont devenus inopérants devant la « culture matérielle » contemporaine, dont l’origine est désormais rarement locale et même souvent inconnue. C'est là le point de départ de ce premier Rendez-vous ethnologique que lance le Musée de Salagon (Haute-Provence) autour du thème Collectes, collections, inventaires. Que faire du patrimoine ethnologique ?

Annonce

Argumentaire

L’ethnologie ne bénéficie plus, en France, du même intérêt de la part du grand public et du même soutien associatif que dans les années 1980-90. Partout en Europe, la forte demande sociale suscitée par « le patrimoine » n’a néanmoins pas faibli, mais elle s’est étendue à de nouveaux objets ou se traduit par de nouvelles pratiques que, en ce qui concerne le patrimoine ethnologique, l’institution récente du « patrimoine immatériel », dans laquelle la discipline ne se reconnaît pas toujours, ne prend en compte que partiellement.
Dès lors, Que faire du patrimoine ethnologique ? est une interrogation qui s’impose pour un projet tel que Salagon, apparu il y a une trentaine d’années tout d’abord en tant que « conservatoire ethnologique », qui doit maintenant prendre la mesure de ces évolutions et de leurs conséquences.

Les réflexions à propos du « futur des musées ethnographiques » ou des « métamorphoses des musées de société » n’ont certes pas manqué ces dernières années, dans divers pays, mais elles se sont surtout intéressées à de grands établissements qui sont dépositaires de collections d’origine exotique ou dont l’ancrage territorial n’a rien de commun avec celui d’un musée départemental situé dans une région à l’image aussi marquée que celle de la Haute Provence. Par ailleurs, au sein de la nébuleuse des « musées de société » (notion pratique parce qu’indéfinie, mais qui, au moins en France, n’a paradoxalement jamais suscité un réel écho au sein de la société elle-même), les musées ethnographiques sont confrontés à des difficultés qui leur sont spécifiques.
Issus d’un modèle élaboré avant la complète recomposition des univers ruraux européens et avant la décolonisation, souvent soutenus par le sentiment de l’urgence d’une ethnographie de sauvegarde, ils répondaient à des motivations qui ne correspondent plus à l’état des sociétés contemporaines. Il est vrai que leurs publics y cherchent encore souvent l’évocation d’un ailleurs ou d’un passé plus ou moins idéalisés par un désir d’identification et d’authenticité. Mais ces expectatives sont très éloignées des préoccupations devenues centrales pour une anthropologie qui est désormais moins intéressée par les stabilités des faits culturels que par leurs dynamiques et qui tend à observer moins les pratiques que les discours. Cette divergence se traduit notamment par l’inconfort de nombreux chercheurs devant une activité muséologique orientée par une « conservation » qui fige les pièces hors de leurs contextes d’usage ou d’évolution, les prive d’une grande part de leurs significations, n’aide pas à mettre en lumière les dynamiques et les implicationsde leur patrimonialisation, d’autant que le poids croissant pris par la scénographie renforce la tendance à privilégier une lecture esthétique des objets, patente dans des réalisations récentes. En contrepartie, les publics ne se reconnaissent pas tous dans des expositions dont il arrive qu’ils perçoivent le discours comme trop distancié, voire comme provocateur. De plus, les modalités de production, de valorisation, de consommation ou d’usage des objets quotidiens ont profondément changé et les critères anciens de collecte et de traitement sont devenus inopérants devant la « culture matérielle » contemporaine, de nature sérielle et industrielle et dont l’origine est désormais rarement locale et même souvent inconnue.

Outre que les collections ethnographiques détenues par quelques musées des Beaux-Arts ou « d’art et histoire » n’y sont pas vues comme primordiales, les petites structures muséographiques sont les dépositaires de fonds souvent rassemblés par des amateurs, pas toujours bien documentés, parfois conservés dans des conditions très précaires. Le travail de tri, d’inventaire, de documentation, de conditionnement et parfois de restauration qui les transformerait en collections et éventuellement en expositions est rendu plus difficile par les incertitudes fragilisant maintenant le discours ethnomuséologique et sa légitimité scientifique. Que faire aujourd’hui entrer dans les collections et, dans le cas des Musées de France ou des structures équivalentes d’autres pays, rendre inaliénable, et pourquoi ?
Ce tableau n’est pas éclairci par la fragmentation de l’idée de « patrimoine ethnologique » causée par l’émergence du « patrimoine immatériel » et quelques années de mise en œuvre de son inventaire. La nature dynamique et rapidement évolutive des éléments de cette nouvelle catégorie est en théorie reconnue par sa définition, mais que soit employé à son propos le même terme technique que dans le cas d’une méthode et d’un instrument de gestion des collections d’objets est en soi un indicateur de problèmes épistémologiques et méthodologiques profonds. Toujours très critiquée par la recherche en anthropologie, la notion suscite néanmoins un intérêt notable de la part du public et des responsables politiques. Il en découle une demande dirigée en partie vers des musées qui, s’ils considèrent devoir y répondre, ne sont pas forcément prêts, conceptuellement et matériellement, à le faire.

Le mouvement écomuséologique a promu avec enthousiasme un idéal de muséologie participative qui se propose de répondre à ces doutes. Mais l’essoufflement de nombreux projets par manque de renouvellement de la génération de leurs initiateurs indique certaines limites d’une notion de « participation » imprécise, en fait peu souvent mise pleinement en pratique et que des muséologues ou des ethnologues soupçonnent parfois de mettre en cause leur autorité scientifique. D’un autre côté, les grandes structures institutionnelles – aux tutelles diverses et dont beaucoup, en

France ou ailleurs, passent par une phase de reformulation plus ou moins profonde – affichent la volonté de renouveler le dialogue avec leurs publics et d’être les protagonistes d’une intervention citoyenne renforcée. Celle-ci semble devoir passer avant tout par une médiation culturelle autour de « grandes questions » qui traversent aujourd’hui la société et dont les implications sont souvent globales. Les petites structures d’implantation locale n’ont pas la même vocation ni, surtout, les mêmes moyens. Elles répondent à d’autres expectatives, à la portée plus réduite. Les unes et les autres, quelles que soient leurs positions relatives entre forces du marché et puissance publique, doivent en outre trouver leur place dans l’univers en expansion des activités et des institutions de médiation du patrimoine et, de manière plus générale, dans une économie de la culture en pleine recomposition.
Particulièrement sensibles au Musée de Salagon, ces interrogations sont communes à la plupart des projets muséologiques d’échelle locale en Europe, dont les difficultés peuvent être accrues lorsque les territoires à partir desquels ils ont été définis reçoivent de nouvelles populations ou voient se modifier leur insertion régionale ou nationale. Apporter des réponses passe sans doute par un échange renforcé entre ces « petits musées » et leurs homologues de plus grande taille ainsi qu’avec tous les acteurs non-professionnels, souvent passionnés, engagés dans le champ du « patrimoine ». Rassemblant des porteurs d’initiatives patrimoniales locales, des responsables politiques, des professionnels de l’ethnologie et de la muséologie, une rencontre régionale qui se tiendra à Salagon le 24 avril 2015, à l’occasion de l’ouverture de l’exposition C’est quoi, exactement, un musée d’ethnologie ?, sera l’occasion d’un tel débat. Étayée par la certitude que les musées ethnographiques locaux ont un public, la discussion sera résolument tournée vers l’observation des attentes patrimoniales actuelles et l’identification de possibilités et de perspectives nouvelles.
Il s’agira aussi de fonder à cette occasion un Rendez-vous Ethnologique annuel, ouvert aux plus divers thèmes, dans l’esprit de communication entre les mondes universitaires et amateurs qui fait déjà la richesse et la renommée du Séminaire d’Ethnobotanique organisé par le musée depuis bientôt quinze ans.

Programme

8:30 – Accueil au Musée de Salagon.
9:00 – Ouverture de la journée par Isabelle Laban dal Canto, Conservateur et directrice du Musée de Salagon.

  • 9:15 – Ethnographie, collections, inventaires, musées... : familles recomposées (que reste-t-ilde nos amours ?). Jean-Yves Durand, Centro em Rede de Investigação em Antropologia (Universidade do Minho, Braga, Portugal) et IDEMEC (Aix-en-Provence) ; ex-directeur du Museu da Terra de Miranda (Portugal) ; membre du conseil scientifique du Musée de Salagon.

10:30 – Pause.

  • 10:45 – Grandeur et décadence des musées d’ethnologie. Christian Bromberger, professeur émérite d'anthropologie, IDEMEC, Université d'Aix-Marseille, membre du conseil scientifique du Musée de Salagon.
  • 11:30 – Patrimoine ethnographique institutionnel (Musée de France/monuments Historiques) : procédures et enjeux en conservation-restauration. Roland May, Conservateur général du patrimoine, directeur du Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine (Marseille).

12:15 – Repas.

  • 14:00 – Un Musée des tourneurs-sur-bois à Aiguines (une volonté municipale affirmée). Charles-Antoine Mordelet, maire d’Aiguines.
  • 14:45 – Le Musée Dauphinois : entre collections, patrimoine et missions sociétales. Jean Guibal, Conservateur en chef du patrimoine, professeur associé à l'Institut d’Études politiques de Grenoble, directeur du Musée Dauphinois, Grenoble.

15:30 – Pause.

  • 15:45 – Le musée du Moyen Verdon, un musée atypique ? Catherine Leroy, membre fondateur et vice-présidente de l'Association Petra Castellane.
  • 16:30 – Le Museon arlaten. Un retour sur expérience : analyse critique de l’existant, un projet de rénovation. Dominique Serena Allier, Conservateur en Chef du Patrimoine, directrice du Museon Arlaten.

17:15 – Discussion générale.
18:00 – Fin de la journée.

Lieux

  • Musée de Salagon
    Mane, France (04300)

Dates

  • vendredi 24 avril 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • musées d'ethnologie, muséographie

Contacts

  • Musée de Salagon
    courriel : info-salagon [at] cg04 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Elise Bain
    courriel : elisebain [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Rendez-vous ethnologique », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 19 mars 2015, http://calenda.org/321932