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Transitions historiques : rythmes, crises, héritages

XIIe colloque annuel de la Maison « Archéologie et ethnologie, René-Ginouvès »

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Publié le mercredi 06 mai 2015 par Elsa Zotian

Résumé

La dissection des « régimes d’historicité » par François Hartog en 2003 (Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Le Seuil, 2003) a amené cet historien à considérer que le régime actuel relevait de ce qu’il appelle le « présentisme », c’est-à-dire un régime où « le présent est omniprésent (…) [et] tend à devenir à lui-même son propre et son seul horizon ». Un tel constat pourrait paraître condamner d’emblée la notion même de « transition historique », si attachée à première vue à une réflexion sur l’ordonnancement du temps social comme du temps psychologique, à la construction d’une successivité entre l’avant, le pendant et l’après. Pourtant, au jour le jour, historiens, archéologues et anthropologues, chacun selon des modalités qui leur sont propres, continuent de pratiquer « l’art de la transition ».

Annonce

Argumentaire

La dissection des « régimes d’historicité » par François Hartog en 2003 (Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris, Le Seuil, 2003) a amené cet historien à considérer que le régime actuel relevait de ce qu’il appelle le « présentisme », c’est-à-dire un régime où « le présent est omniprésent (…) [et] tend à devenir à lui-même son propre et son seul horizon ». Un tel constat pourrait paraître condamner d’emblée la notion même de « transition historique », si attachée à première vue à une réflexion sur l’ordonnancement du temps social comme du temps psychologique, à la construction d’une successivité entre l’avant, le pendant et l’après. Pourtant, au jour le jour, historiens, archéologues et anthropologues, chacun selon des modalités qui leur sont propres, continuent de pratiquer « l’art de la transition ».

L’objectivation du temps par les historiens et les archéologues aboutit à des périodisations comportant des ruptures et des moments de continuité, ce qui conduit à l’émergence de moments de transition dont la durée paraît varier selon le plus ou moins grand recul par rapport au point du passé considéré. L’une des questions qui se pose à cet égard est celle de la manière dont on identifie, dans le domaine archéologique par ex., ces transitions. Plutôt que de considérer la transition comme un simple sas entre deux périodes, n’est-il pas plus intéressant de la penser autrement et de prendre en compte, pour la définir, les interférences entre passé, présent et futur et les paramètres du changement au lieu de suivre le simple ordonnancement temporel ? De même, si la transition cesse d’être un tunnel chronologique, peut-elle acquérir une identité particulière en tant que période ? Ces périodes que l’on appelle des transitions de manière intuitive ne présentent-elles pas des similitudes ? La question serait ici de savoir s’il n’y a pas là une nouvelle manière de penser la transition en régime présentiste, qui ne relèverait plus d’un mode ancien d’écriture du passé.

Mais le temps tel qu’analysé par les anthropologues et les historiens est aussi un temps subjectif, où le ressenti des acteurs importe autant que les frises chronologiques au sein desquelles la mise à distance prétend les enfermer. La question se pose alors de savoir si les acteurs d’une transition « objectivée » la perçoivent ou l’ont perçue comme telle dans leurs activités quotidiennes, générant ainsi des conduites motivées par l’instabilité de leur vécu. Cette perception s’articule autour de trois notions-clés : d’abord celle d’héritage, souvent manipulée par les acteurs eux-mêmes pour exprimer soit un sentiment négatif de rejet d’un passé jugé envahissant, soit le sentiment positif de son indispensable patrimonialisation ; ensuite, celle de crise, qui vient parfois se substituer à celle de transition pour exprimer les doutes qu’éprouvent les acteurs vis-à-vis de leur avenir (et se pose ici de nouveau la question de savoir comment évaluer la durée d’une « crise ») ; enfin, celle de génération, paramètre aussi important pour les comportements en situation de transition que le sexe ou la situation sociale : en effet, lorsque le rythme des changements s’accélère, la transition est vécue de manière très différente selon l’âge auquel on est « entré en transition ».

Programme

Mercredi 10 juin – Rythmes

9h30 : Accueil des participants

9h45 : Frédéric Hurlet (UPOND, ArScAn, Directeur de la MAE) Présentation du colloque

Session 1

Claudia Moatti (Université Paris 8 Saint-Denis), Présidence

  • 10h : Christel Müller (UPOND, ArScAn) : Introduction
  • 10h30 : Jacques Revel (EHESS), Conférence plénière : Transition : usages, abus et limites d’une catégorie historiographique

11h30 - 11h50 : Pause

  • 11h50-12h20 : Isabelle Rivoal (CNRS, LESC) : Modèles sociologiques pour penser le glissement des valeurs à l’échelle de la vie humaine : ajustement, grandeur, congruence
  • 12h20-12h50 : Valentine Roux (CNRS, Préhistoire et Technologie): Structures de cuisson et période de transition : des choix instables avant sélection définitive

13h-14h : Buffet

Session 2

Roland Etienne (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), Présidence

  • 14h-14h30 : Christelle Mazé (post-doc, HISoMA) : Quand les Égyptiens découpaient l’histoire en tranches… La Première Période intermédiaire (2150-1980 av. n. è.) dans la mémoire culturelle de l’Égypte ancienne et l’écriture de son passé.
  • 14h30-15h : Anna Heller (Université de Tours): Le Ier siècle av. J.-C. en Asie Mineure : « epigraphic habit » et périodisation en histoire ancienne.
  • 15h-15h30 : Caroline Saal (Université de Liège): Historiographie et régimes d’historicité au XVIIe siècle

15h30-15h50 : Pause

  • 15h50-16h20 : Maxence Bailly (Université Aix Marseille) et Agnès Caraglio (Université Aix Marseille) : Le seuil et les marges : le phénomène campaniforme et la transition Néolithique/Age du Bronze en Europe. Entre aporie méthodologique et opportunité réflexive.
  • 16h20-16h50 : Karine Rivière (École française d’Athènes) : Les actes de culte comme marqueurs des traditions : le problème du passage de l’époque mycénienne à l’époque archaïque

17h00 : Cocktail

Jeudi 11 juin – Crises

Session 3

Yann Rivière (EHESS), Présidence

  • 10h-10h30 : Hervé Inglebert (UPOND, ArScAn) : Les crises de l’empire romain (IIIe siècle ; Ve siècle ; VIIe siècle)
  • 10h30-11h : Marie Roux (UPOND, ArScAn): « Champs d’expérience » et « horizons d’attente » des aristocrates gallo-romains lors de l’apparition des premiers royaumes romano-barbares : caractériser leurs manières d’être au temps, dans un âge de transition, au travers des réflexions koselleckiennes
  • 11h-11h30 : Emmanuelle Tixier du Mesnil (UPOND, Orient et Méditerranée) : La crise andalouse du XIe siècle, une transition perçue comme une rupture définitive

11h30-11h50 : Pause

  • 11h50-12h20 : Magalie Charreire (Université de Montpellier) : Le « roman-histoire », mesure de la transition en 1830
  • 12h20-12h50 : Patrice Baubeau (UPOND, IDHES) : La révolution de 1848 : les trois temps de la crise et les trois temps de l’historiographie

13h-14h : Buffet

Session 4

Marie-Claire Lavabre (CNRS, ISP), Présidence

  • 14h-14h30 : Olivier Allard (EHESS) : Transition vers la démocratie ou instauration d’une ère d’abondance ? Les Amérindiens, la politique et la « révolution bolivarienne » au Venezuela
  • 14h30-15h : Caroline Dufy (IEP, Bordeaux): La Russie, « perdue dans la transition ? » (Liliya Shevtsova). Pour un réexamen critique des théories de la transition à la lumière de la Russie contemporaine
  • 15h-15h30 : Monica Heintz (UPOND, LESC) : « Transition historique » et désordre du changement

15h30-15h50 : Pause

  • 15h50-16h20 : Naïs Virenque (Université de Tours) : Les arts de la mémoire à la charnière entre Moyen-Âge et Renaissance
  • 16h20-16h50 : Bethany Honeysett (University of Edinburgh) : Coins, cosmopolitics and metropolitics: The legacy of generations in Syria’s regime of transformation

Vendredi 12 juin – Héritages

Session 5

Philippe Erikson (UPOND, LESC), Présidence

  • 10h : Charles Stewart (University College London), Conférence plénière : Affect, Epoch and Analogy: An Anthropology of History
  • 11h-11h30 : Frédéric Hurlet (UPOND, ArScAn, Directeur de la MAE) : Naître au début du principat d’Auguste. La génération d’Actium et le nouvel horizon politique

11h30- 11h50 : Pause

  • 11h50- 12h20 : Pierre Allard (CNRS, Préhistoire et Technologie) : Entre crise et héritage : « la révolution néolithique » en Europe tempérée
  • 12h20-12h50 : Violaine Héritier-Salama (UPOND, Doctorante au LESC) et al. : Comment disparaît une ville sous les champs… La transformation de la ville d’Aghmat (Maroc) en bourg rural entre les XIVe siècle et XVIe siècle, une simple transition politique et économique ?

13h-14h : Buffet

Session 6

Anne de Sales (CNRS, LESC), Présidence

  • 14h-14h30 : Cédric Yvinec (EHESS) : Devenir écologiste après avoir été chasseur-horticulteur, caféiculteur, trafiquant de bois et évangéliste : les récits historiques des Surui du Rondônia (Amazonie brésilienne) sur leur passé récent (années 1970-2010)
  • 14h30-15h : Giacomo Mantovan (EHESS) : « Personne dans la communauté n’est venu me dire que je suis de cette caste-là et que je dois souffrir. C’est toi, Papa, qui me l’as dit ». Réflexions sur l’héritage et les temporalités de l’histoire d’un révolutionnaire tamoul et de son fils exilés en France
  • 15h-15h30 : Guillaume Alevêque (University College London) : Quand les mauvais esprits redeviennent des ancêtres : héritage, appartenance et représentations de soi en Polynésie Française

15h30-15h50 : Pause

  • 16h : Pierre Allard (CNRS, Préhistoire et Technologie), Monica Heintz (UPOND, LESC), Yann Rivière (EHESS) : Conclusions

Lieux

  • Bâtiment B, salle des conférences - Université Paris Ouest Nanterre Université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • mercredi 10 juin 2015
  • jeudi 11 juin 2015
  • vendredi 12 juin 2015

Mots-clés

  • transitions, crises, rythmes, héritages, présentisme, histoire, archéologie, anthropologie

Contacts

  • Monica Heintz
    courriel : monica [dot] heintz [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr
  • Christel Müller
    courriel : christel [dot] muller [at] u-paris10 [dot] fr
  • Pierre Allard
    courriel : pierre [dot] allard [at] mae [dot] u-paris10 [dot] fr

Source de l'information

  • Vanessa Tubiana-Brun
    courriel : vanessa [dot] tubiana-brun [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Transitions historiques : rythmes, crises, héritages », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 06 mai 2015, http://calenda.org/327460