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Modulation – Deleuze

Lieux communs n°18

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Publié le mardi 23 juin 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Un double anniversaire, le 90e de naissance et le 20e de mort, fait événement et nous invite à rendre hommage à Gilles Deleuze (1925-1995) en nous interrogeant sur le devenir d’une pensée qui, loin de s’épuiser, ne cesse au contraire de déplier et augmenter ses potentiels de par le temps. Si le terme de « modulation » paraît particulièrement approprié pour exploiter ce devenir, c’est parce qu’il incarne l’opération qui y est à l’œuvre – « opération du réel » – en même temps qu’il renvoie à la configuration d’échanges à l’intérieur et par-delà les disciplines (art, science, philosophie), que la pensée deleuzienne comme réalité relationnelle n’a de cesse d’accomplir.

Annonce

Argumentaire

Un double anniversaire le 90e de naissance et le 20e de mort fait événement et nous invite à rendre hommage à Gilles Deleuze (1925-1995) en nous interrogeant sur le devenir d’une pensée qui, loin de s’épuiser, ne cesse au contraire de déplier et augmenter ses potentiels de par le temps. Si le terme de « modulation » paraît particulièrement approprié pour exploiter ce devenir, c’est parce qu’il incarne l’opération qui y est à l’œuvre – « opération du Réel » – en même temps qu’il renvoie à la configuration d’échanges à l’intérieur et par-delà les disciplines (art, science, philosophie), que la pensée deleuzienne comme réalité relationnelle n’a de cesse d’accomplir.

Désignant dans son acception usuelle une inflexion de la voix, un changement de ton, ou variation dans la couleur, le terme de modulation surgit dans des domaines très variés et spécialisés, dont la musique (passage d’une modalité musicale à une autre), la physique (variation d’amplitude ou de fréquence), les télécommunications (changement de la forme physique d’un signal), la traductologie, ou bien les sciences cognitives (enaction). Chacun de ces champs représente un intérêt spécial pour Deleuze, il suffit de penser aux modèles technologique, musical, maritime, mathématique, physique et esthétique esquissés avec Félix Guattari dans Mille plateaux (1980), ou au projet géophilosophique de Qu’est-ce que la philosophie ? (1991) insistant sur l’indécidabilité des concepts, des sensations et des fonctions. Pour ce qui est de l’emploi de la modulation en esthétique ou en philosophie de l’art, présent chez Maurice Merleau-Ponty tout comme chez Henri Maldiney, chez Paul Valéry tout comme chez Gilles Deleuze, les propos de Paul Cézanne semblent y jouer pour beaucoup. Ainsi la « modulation » s’avère être la technique picturale susceptible de donner à voir des sensations colorées par les taches juxtaposées, lesquelles se succédant les unes aux autres, finissent non plus par modeler, mais moduler la nature.

C’est par cette double rencontre « disparative » avec Cézanne et Gilbert Simondon que Deleuze s’achemine vers la modulation comme concept opératoire d’une philosophie problématique. En effet, ce terme repéré dans le livre « de grande importance » de Simondon fait une première apparition chez Deleuze dans la treizième série de Logique du sens (1969). Situé dans un contexte signé par Artaud, Carroll et Wolfson, la modulation y sert à récupérer la physique du sens (« tout est de la physique ») inscrite dans la matière d’un « pur langage-affect » que portent les « surcharges consonantiques, gutturales et aspirés », « accents intérieurs », « cris » et « souffles ». Agissant sur cette matière molle et mouillée, la modulation en vient à moléculariser, à trouer la valeur molaire, syllabique du langage articulé. A conjuguer de la sorte la surface des Stoïciens, la schizophrénie ainsi que l’idée de disparation, d’individuation et de milieu de Simondon, Deleuze fait appel à l’état métastable où l’émergence ou plutôt l’hétérogenèse du sens et de tout événement peut avoir lieu.

Aussi bien dans la lignée de la critique simondonienne du modèle hylémorphique, une philosophie de l’art mineur s’élabore-t-elle de livre en livre, au fil de l’opération temporelle, « continue et perpétuellement variable » – la modulation – grâce aux rencontres, à des conjonctions que celle-ci implique avec Simondon de la transduction, Guattari de la capture des forces, Cézanne de la catastrophe, Francis Bacon du diagramme, mais aussi avec Leibniz, Whitehead, Bergson ou Spinoza. Autant de points d’inflexion, autant de variations ou de plis qui viennent reconduire la modulation au beau milieu d’une « complication » entre, voire par-delà, sens et sensation. De Logique du sens à Qu’est-ce que la philosophie ? via Mille Plateaux, Francis Bacon. Logique de la sensation (1981), L’Image-Temps (1985) et Le Pli. Leibniz et le baroque (1988), Deleuze met en échec toute relation de représentation relative à des « paradigmes arbrifiés », modèle qui continue de mouler notre rapport au monde, à la culture, au social, en faveur d’une philosophie qui prétend moduler ensemble les « trois grandes formes de la pensée » que sont l’art, la science et la philosophie.

Ce colloque entend explorer des « sensations : des percepts et des affects, des paysages et des visages, des visions et des devenirs », tout ce qui se laisse capturer par la triple opération de vibration, d’étreinte et d’ouverture à l’œuvre dans tout événement. Il s’agira de s’interroger sur ce que la « modulation-Deleuze » ajoute à la saisie de notre contemporanéité, dans des zones infiniment variées et variables, de la pratique des arts à l’écologie des cultures.

Conférenciers d’honneur

  • Anne Sauvagnargues (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
  • Tiphaine Samoyault (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)
  • Yves Abrioux (Université Paris 8)
  • Bertrand Westphal (Université de Limoges)
  • Jean-Michel Devésa (Université de Limoges)

Comité scientifique

  • Ricard Ripoll (Université Autonome de Barcelone, Espagne)
  • Jean-Michel Devésa (Université de Limoges, France)
  • Corin Braga (Université Babeş-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie)
  • Timea Gyimesi (Université de Szeged, Hongrie)

Comité d’organisation

  • Andrea Gyivicsán – Centre Universitaire Francophone, Szeged, Hongrie
  • Judit Lipták-Pikó – Département d’Etudes Françaises, Université de Szeged, Hongrie
  • Ramona Pál-Kovács – Département d’Etudes Françaises, Université de Szeged, Hongrie
  • Horea Poenar – Université Babes-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie

Modalités de soumission

Le colloque se déroulera en français, le bulletin d’inscription est téléchargeable; les propositions sont à envoyer à Mme Timea Gyimesi à l’adresse suivante : modulation.deleuze2015@gmail.com

avant le 31 juillet 2015.

Les propositions seront ensuite examinées jusqu’à la mi-août.

Lieux

  • Egyetem utca 2.
    Szeged, Hongrie (6722)

Dates

  • vendredi 31 juillet 2015

Mots-clés

  • modulation, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Gilbert Simondon, Paul Cézanne

Contacts

  • Timea Gyimesi
    courriel : gyimesitg [at] gmail [dot] com
  • Modulation Colloque
    courriel : modulation [dot] deleuze2015 [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Timea Gyimesi
    courriel : gyimesitg [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Modulation – Deleuze », Colloque, Calenda, Publié le mardi 23 juin 2015, http://calenda.org/332696