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Cultures villageoises au Moyen Âge et à l'époque moderne

Village cultures in the Middle Ages and in the modern era

XXXVIIe journées internationales d’histoire de l'abbaye de Flaran

37th international day of history at Flaran Abbey

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Publié le jeudi 02 juillet 2015 par João Fernandes

Résumé

L’objectif de ces XXXVIIe journées de Flaran est d’élargir à la paysannerie le spectre des groupes sociaux en mesure d’élaborer un capital culturel porteur de revendications sociales et politiques.  Même absence de restrictions sur les domaines recouverts par la culture, dès lors que celle-ci est envisagée dans une perspective d’histoire sociale : culture politique, culture religieuse, savoir spécialisé dans un domaine professionnel etc. Il s’agira également de voir dans la longue durée, les degrés de literacy des sociétés paysannes, la circulation des modèles culturels vers elles (depuis la ville, le clergé ou la noblesse), leurs dimensions politiques, leur contexte d’apparition, leurs finalités sociales (défense de positions menacées ?)

Annonce

Argumentaire

L’objectif de ces 37e journées de Flaran est d’élargir à la paysannerie le spectre des groupes sociaux en mesure d’élaborer un capital culturel porteur de revendications sociales et politiques. On ne s’arrêtera pas sur une acception trop restrictive du titre de ces journées, en particulier sur le terme de « village », car c’est à l’ensemble des ruraux non nobles que l’on s’intéressera et à ceux qui assurent le rôle d’intermédiaires culturels dans les campagnes. Même absence de restrictions sur les domaines recouverts par la culture, dès lors que celle-ci est envisagée dans une perspective d’histoire sociale : culture politique, culture religieuse, savoir spécialisé dans un domaine professionnel etc. Il s’agira également de voir dans la longue durée, les degrés de literacy des sociétés paysannes, la circulation des modèles culturels vers elles (depuis la ville, le clergé ou la noblesse), leurs dimensions politiques, leur contexte d’apparition, leurs finalités sociales (défense de positions menacées ?)… Ce faisant, le regard pourrait aussi être porté sur la culture matérielle, notamment à travers le mobilier ou les habitations dont les vestiges mis au jour par l’archéologie  trahissent  parfois un même souci de distinction sociale ou d’adoption de modèles valorisants.

Le choix de ce thème résulte du constat de quasi occultation dans l’histoire culturelle de la place occupée par la paysannerie. À preuve, lorsque l’on associe « culture » et paysannerie à cette époque, c’est au sens premier du terme « culture » que chacun pense d’abord, comme production agricole, rarement pour l’autre sens du mot (connaissances, savoirs, représentations). Même si, considérée comme une histoire sociale des représentations, l’histoire culturelle a renouvelé bien des champs de l’histoire médiévale et moderne depuis une vingtaine d’années, les historiens restent volontiers focalisés sur la culture de la noblesse, celle des clercs ou celle de la bourgeoisie.  Dans l’historiographie, la culture des paysans est volontiers restée confinée à la « culture populaire », un domaine qui a rencontré un succès notable dans les années 1970-1980. La notion de « culture populaire » a donné lieu à de sérieuses remises en cause. De fait, la division culture savante / culture populaire sur laquelle elle repose paraît largement artificielle. Les notions de peuple et d’élite recouvrent des catégories plus complexes.

L’importance de ces renouvellements doit être soulignée. D’un point de vue épistémologique, ils offrent  en effet l’opportunité aux historiens travaillant sur les sociétés rurales d’affiner les concepts. Il s’agit tout d’abord de répondre à l’un des défis de l’histoire culturelle, ou plus exactement de l’histoire socio-culturelle, qui, à la faveur de l’inflexion culturelle de l’historiographie des ces 30 dernières années, occupe désormais une place centrale. Cependant, dans cette histoire culturelle qui se nourrit d’histoire sociale pour éclairer les comportements, les représentations des hommes et leurs manières d’interpréter le monde, dans cette histoire sociale renouvelée qui prend en compte le rôle des représentations, force est de regretter l’absence de projet d’ambition sur la culture des ruraux non nobles. Ce qui fragilise d’autant le dessein de globalisation que l’on prête parfois à la « galaxie socio-culturelle ».

Deuxième enjeu d’importance : une appréciation moins partielle des élites rurales non nobles des époques médiévale et moderne. L’intérêt pour les élites paysannes, sensible dans les travaux de ces dernières années, s’explique par le besoin de mieux appréhender la complexité des sociétés du passé. Or, si les historiens se sont surtout attachés à percer les fondements de la puissance sociale des ruraux dans le champ de l’économie (revenus, patrimoines), ou par l’examen de leurs fonctions de médiation de l’autorité seigneuriale, on sait que les logiques de distinction se déploient aussi dans le champ de la culture, puisque la distinction élitaire repose sur un savoir spécialisé (P. Bourdieu, La Distinction. Critique sociale du jugement). Les rapports de domination que s’efforcent de caractériser les sociologues – surtout quand ils ne sont pas visibles – reposent sur la possession d’un capital qui ne se limite pas au seul capital matériel. Ce capital intègre aussi les ressources immatérielles qu’il nous faut tenter d’appréhender si l’on ne veut pas paraître se satisfaire d’un concept à moitié opératoire. Il convient de rappeler que par ressources immatérielles on entend, à la suite de Pierre Bourdieu, à la fois le capital culturel (diplômes, connaissances, bonnes manières), le capital symbolique (prestige, statut) et le capital social (réseau relationnel). La place de chacun au sein des champs – dominant ou dominé - dépend ainsi du volume de capitaux à sa disposition, ce qui implique que les élites d’un champ ne sont pas forcément les mêmes que celles d’un autre.

Programme

Vendredi 9 Octobre

9h30 – 12h30 Séance de travail

Frédéric BOUTOULLE, Université de Bordeaux-Montaigne et Stéphane GOMIS, Université Blaise-Pascal / Clermont-Ferrand, Rapport introductif

Écoles, scolarisation et diffusion de l’écrit en milieu rural

  • Isabelle BRETTHAUER, Université Paris Diderot-Paris 7 (C), Pratiques sociales de l’écrit dans la société rurale normande, (XIVe-XVe siècle)
  • Emmanuelle CHAPRON, Aix-Marseille Université (R), La culture scolaire en France au XVIIIe siècle
  • Stéphanie LACHAUD, Université de Bordeaux-Montaigne (C), Les maîtres d’écoles dans les communautés rurales de la généralité de Bordeaux aux XVIIe et XVIIIe siècles

Cultures et mémoires villageoises au miroir de l’écrit

  • Christophe MANEUVRIER, Université de Caen (C), Littératie et emblématique villageoise à travers les pratiques sigillaires en Normandie (XIIIe-XIVe siècles) 

15h00 – 18h00 Séance de travail

  • Dominique BIDOT-GERMA, Université de Pau et des Pays de l'Adour (C), Oral, écrit, gestes ... Les cultures populaires dans les villages de Béarn entre 1320 et 1520
  • Aude MAIREY, CNRS (C), Le yeoman dans la littérature anglaise de la fin du Moyen Âge : une catégorie ambiguë
  • Jesse BYOCK, University of California Los Angeles (C), Paysannerie et sagas en Islande

La culture politique des villageois

  • Hipolito Rafael OLIVA HERRER, Universidad de Sevilla (R), Les paysans et la communauté politique : conceptions du pouvoir et formes d’action politique paysanne à la fin du Moyen Âge

Samedi 10 Octobre

8h30 – 9h30 Assemblée générale de l’Association des Journées Internationales d’Histoire de Flaran

9h30 - 12h30 Séance de travail

  • Isabelle GUÉGAN, Université de Brest (C), Culture paysanne et domaine congéable dans les cahiers de doléances bas-bretons
  • Déborah COHEN, Aix-Marseille Université (C), « Sentinelles vigilantes » au village : la dénonciation comme espace de conformisme ou d’autonomie politiques (1789-1795)

Cultures populaires, savoirs spécialisés et pratiques sociales : des lieux communs aux nouvelles lectures

  • Jean-Philippe GENÊT, Université de Paris I (R), Le villageois anglais du Moyen Âge entre fêtes et affaires
  • Thierry ISSARTEL, CPGE Louis Barthou, Pau(C), Pour une anthropologie religieuse des sociétés rurales à l’Époque moderne : le cas de la « société des maisons » en Béarn (XVIe-XVIIe siècle)
  • Éva GUILLOREL, Université de Caen (C), Chanter au village dans la France d’Ancien Régime 

14h30 – 17h00 Séance de travail

  • Stéphane GOMIS, Université Blaise-Pascal / Clermont-Ferrand (C), Les reinages en France (XVIe-XVIIIe siècles)
  • José María IMIZCOZ, Universidad del País Vasco (R), Une histoire à refaire. Déconstruire les lieux communs sur la culture du monde rural basque
  • Angelo TORRE, Università del Piemonte Orientale, Alessandria (C), Le rôle des couvents de réguliers dans les campagnes du Piémont entre le XVIe et le XVIIIe siècle

Lieux

  • salle de La Madeleine - Abbaye de Flaran
    Valence-sur-Baïse, France (32310)

Dates

  • vendredi 09 octobre 2015
  • samedi 10 octobre 2015

Mots-clés

  • culture, monde rural, société paysanne

Contacts

  • Jean-Loup Abbé
    courriel : abbe [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-Loup Abbé
    courriel : abbe [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Cultures villageoises au Moyen Âge et à l'époque moderne », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 02 juillet 2015, http://calenda.org/334069