AccueilQuotidienneté, souffrance et politisation : de la vie ordinaire à la théorie sociale

Quotidienneté, souffrance et politisation : de la vie ordinaire à la théorie sociale

The day-to-day, suffering and politicisation: from ordinary life to social theory

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Publié le vendredi 11 septembre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Ce séminaire voudrait proposer un regard pluriel sur la problématique la souffrance sociale. Cette thématique ne constitue évidemment pas un objet nouveau pour les sciences sociales. Des analyses séminales de Durkheim sur le suicide jusqu'aux plus récentes réflexions d'Emmanuel Renault, de Guillaume Le Blanc, de Mickaël Foessel et de bien d’autres, la sociologie et la philosophie sociale n'ont eu de cesse de ré-affirmer le caractère sociale de la souffrance - et de soustraire ainsi son savoir à l'autorité exclusive de la psychologie. L'originalité de ce séminaire tiendra donc moins à son objet qu'à son corpus et à la spécificité de sa démarche.

Annonce

Argumentaire

Ce séminaire voudrait proposer un regard pluriel sur la problématique la souffrance sociale. Cette thématique ne constitue évidemment pas un objet nouveau pour les sciences sociales. Des analyses séminales de Durkheim sur le suicide jusqu'aux plus récentes réflexions d'Emmanuel Renault, de Guillaume Le Blanc, de Mickaël Foessel et de bien d’autres, la sociologie et la philosophie sociale n'ont eu de cesse de ré-affirmer le caractère sociale de la souffrance - et de soustraire ainsi son savoir à l'autorité exclusive de la psychologie. L'originalité de ce séminaire tiendra donc moins à son objet qu'à son corpus et à la spécificité de sa démarche.

Les interventions de ce séminaire auront en effet pour point commun de s'appuyer sur l'analyse d'un même corpus retraçant les échanges entre des bénévoles d’une association de prévention contre le suicide et des Individus en situation de souffrance. Se sont en effet multipliés, ces dernières années, les dispositifs d'écoute spécialement conçus pour recueillir le mal-être, la souffrance ou encore la détresse du corps social (S.O.S Suicide, Santé Fil Jeune, S.O.S Femmes battues, S.O.S Amitié, pour ne citer que ces associations). À l'ombre de l'espace public, ces conversations à distance (téléphone, mail ou chats) permettent aux personnes en souffrance de trouver une oreille anonyme et bénévole pour partager leurs vexations, leurs peines, leurs colères, ou encore leurs lassitudes. Chez eux, assis devant un écran d’ordinateur, les mains rivées sur le clavier, ceux-ci articulent par écrit, ce qui, de leur vie, est habituellement passé sous silence. Ce séminaire se voudra ainsi attentif à ces « nuls parts », et à ce qui, dans ces récits ordinaires, se raconte.

Ce corpus de message constitue un matériau sociologique tout à fait inédit. Non constituées pour le chercheur, ces correspondances émanent de femmes et d’hommes provenant de toutes les couches sociales de la société. Surtout, elles mettent en scène comment les individus pensent leur souffrance avec leurs propres mots, les causes telles qu’elles apparaissent à leurs yeux, les moyens de leur dépassement, et les raisons qui les poussent à rendre communicable leur situation à un tiers anonyme. Ce séminaire s'intéressera ainsi moins aux causes effectives de la souffrance qu'à ce que signifie « dire sa souffrance ». Car conter ses malheurs au moyen du langage et se figurer par écrit, c’est déjà entretenir une relation avec un autre que soi-même : c’est, d’une certain façon, se dire et se narrer avec le social en nous. A l’étude de ces écrits se superposera en outre une étude de son écoute. Car si des individus isolés trouvent aujourd’hui, grâce aux technologies de communication, une oreille attentive à leurs chagrins, il nous faudra à notre tour écouter cette bienveillance et ses manières si particulières de veiller sur la souffrance. Ce projet d’étude aura ainsi pour objectif d'envisager ensemble la souffrance, ses modalités d'écoute, ses modalités d'expression, et son inévitable dimension politique.

Dans cette intention, un même corpus a été adressé à tous nos intervenants. Il s’agit de toutes les conversations entre les  malheureux et les bénévoles associatifs au cours du mois de septembre 2014 (1300 pages de conversation). Le but est de confronter les regards avisés que chacun pourrait avoir au contact de ces récits. Tous les intervenants ont ainsi été conviés à porter leur regard sur les manières spécifiques qu’ont ces hommes de se raconter, afin de mêler la réflexion théorique à ces expériences d’écriture habituellement retranchées du visible. 

Programme

6 novembre 2015

10h-13h.

  • Estelle Ferrarese, (Philosophe et déléguée CNRS au centre Marc Bloch à Berlin),

Estelle Ferrarese est philosophe et déléguée CNRS au Centre Marc Bloch à Berlin. Elle a soutenu en 2010 son Habilitation à Diriger des Recherches en philosophie intitulée « Le vulnérable et le politique. Une théorie critique de l’intersubjectivité ». Estelle Ferrarese est l’auteure de « Ethique et politique de l’espace public. Habermas et la discussion » (Vrin, 2013)et « Niklas Luhmann, une introduction » (Pocket, 2007).  Elle a également contribué à l’écriture des ouvrages suivants : « Qu’est-ce que lutter pour la reconnaissance ? » (Le bord de l’eau, 2013) , « Corps vulnérables » (L’harmattan, 2015). On notera également sa traduction de l’ouvrage de Nancy Fraser «Qu'est-ce que la justice sociale ? : Reconnaissance et redistribution » (La découverte, 2005). 

20 novembre 2015

10h-13h

  • Michaël Foessel, (Philosophe et directeur de la chaire de philosophie à Polytechnique Paris),

Mickaël Foessel  est professeur de philosophie à l’école Polytechnique, et directeur de sa chaire de philosophie.  Spécialiste de philosophie allemande et de philosophie politique, il n’hésite pas à mobiliser les classiques de la philosophie pour interroger notre présent. Mickaël Foessel est membre du comité de rédaction de la revue Esprit. En sus de ses très nombreux articles universitaires, il est également chroniqueur régulier sur France Culture et Libération. Il est notamment l’auteur de : « L'Anthologie Paul Ricœur » (Point, 2007) « La privation de l'intime » (Seuil, 2008),  « État de vigilance » (Le bord de l’eau, 2010), ainsi que  « Après la fin du monde : Critique de la raison apocalyptique » (Seuil, 2013).

26 février 2016

10h-13h

  • Alexis Cukier, (Philosophe, ATER à l’université de Poitiers), 

Alexis Cukier  estattaché temporaire d’enseignement et de recherche au département de philosophie de l’Université de Poitiers. En décembre 2014 il soutient sa thèse intitulée : « Pouvoir et empathie. Philosophie sociale, psychologie et théorie politique ». Alexis Cukier a participé à la rédaction de plusieurs ouvrages de philosophie sociale, notamment : « Les paradoxes de l'empathie. Philosophie, psychanalyse, sciences sociales » (CNRS Editions, 2011), « Emancipation, les métamorphoses de la critique sociale » (Le Croquant, 2013), ainsi que « La réification. Histoire et actualité d'un concept critique » (La dispute, 2014).

4 mars 2016

10h-13h

  • Anselm Jappe, Philosophe à l’académie des Beaux-Arts de Frosinone (Italie), 

Anselm Jappe enseigne l'esthétique à l'Académie des Beaux-arts de Sassari en Italie. Spécialiste de la pensée de Guy Debord, il participe également au courant de pensée international connu comme « critique de la valeur ». Depuis 2012 Anselm Jappe porte sa réflexion sur le concept de narcissisme. A ce titre, il dirige le séminaire « Le sujet contemporain entre fétichisme de la marchandise et pulsion de mort » au Collège international de philosophie. Parmi ses nombreux ouvrages on pourra retenir : « Guy Debord » (Edition Denoël, 2001) , « Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur » (Edition Denoël, 2003), « L'avant-garde inacceptable - réflexions sur Guy Debord » (Éditions lignes-Léo Scheer, 2004),  ainsi que « Crédit à mort : la décomposition du capitalisme et ses critiques » (Lignes, 2011).

8 mars 2016

18h-20h,

  • François Cooren, Professeur en communication, Université de Montréal (Canada)

François Cooren est professeur titulaire et directeur du département de communication de l'Université de Montréal. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur l’étude des interactions en milieu organisationnel, sur les théories de la communication et la pragmatique du langage. Il est l’auteur de « Manière de faire parler : interaction et ventriloquie »  (le Bord de l'eau, 2013), ainsi que : « Organizational Discourse: Communication and Constitution » (Polity Press, 2014)

1er Avril 2016

10h-13h

  • Erik Bordeleau, (Chercheur au SensLab à Montréal).

Erik Bordeleau  est chercheur au SenseLab de Montreal. Il est titulaire d’un doctorat en littérature comparée portant sur la relation entre anonymat et politique dans le cinéma chinois. Naviguant adroitement entre cinéma littérature et philosophie, Erik Bordeleau est l’auteur de « Que taire ? » (Editions Universitaires Europeennes, 2010), « Foucault anonymat » (Le Quartanier, 2012, Prix Spirale Eva-Le-Grand) et plus récemment « Comment sauver le commun du communisme? » (Le Quartanier, 2014). Erik Bordeleau  est également membre du groupe d’action en cinéma « Épopée » à l’origine des films « Rupture » (2014) et « Insurgence » (2013), sur la grève étudiante québécoise.

29 avril 2016

10h-13h

  • Bernard Aspe (Philosophe).

Bernard Aspe est philosophe. En 2001 il soutient une thèse de philosophie sous la direction de Jacques Rancière intitulée « La pensée de l’individuation et la subjectivation politique ». Fondateur de la revue « Persistances »et grand lecteur de l’œuvre de Gilbert Simondon, il a publié de nombreux articles dans des revues telles que « Multitudes », « Chimères » et « Alice ». Dans ses différents ouvrages, Bernard Aspe interroge avec exigence ce que peut être  « l’agir politique ». Il est l'auteur de « L'instant d'après. Projectiles pour une politique à l'état naissant » (La Fabrique, 2006),  « Les mots et les actes »(Nous, 2011) ainsi que plus récemment « Horizon inverse » (Nous, 2013).

13 mai 2015

10h-13h

  • Guillaume Le Blanc, (Philosophe à l’université de Bordeaux), 

Guillaume Le Blanc est professeur de philosophie à l’Université Bordeaux III. Ses nombreux travaux réinvestissent tour à tour les notions de précarité, d’exclusion et de normalité.  C’est à partir d’une relation critique aux normes qu’il développe dans son travail que Guillaume Le Blanc invite son lecteur à penser de nouvelles formes de vie. Parmi ses nombreux ouvrages on retiendra ici « Vies ordinaires, vies précaires » (Seuil, 2007), « L’invisibilité sociale » (Presses universitaires de France,2009),  « Dedans, dehors : la condition d'étranger » ( Seuil,2010) ainsi que « Que faire de notre vulnérabilité ?» (Bayard, 2011)

3 juin 2016

10h-13h

  • Maud Verdier, (MCF Sciences du langage à l'université de Montpellier 3) et Michel de Fornel (Directeur d'études EHESS, sociolinguistique, EHESS).

Maud Verdier est  anthropologue et linguiste. Elle est maître de conférences à l'Université Paul Valéry de Montpellier.  Ses travaux de recherche concernent l’utilisation des nouvelles technologies dans les contextes professionnels et non-professionnels, ses terrains d’étude se situent en France et à Madagascar.  Maud Verdier est l’auteure de nombreux articles universitaires, parmi  lesquels : « La constitution de l’idéologie linguistique des chatteurs malgachophones dans les cybercafés de Tananarive » (Langage et Société, 2013),  «  Identités et communautés de pratiques des chatteurs malgachophones dans les cybercafés de Tananarive (Madagascar) » (Cahiers d’Etudes africaines, 2014). On retiendra également l’ouvrage co-écrit avec Michel de Fornel intitulé : « Aux prises avec la douleur - Analyse conversationnelle des consultations d’analgésie » (Éditions de l’EHESS, 2014)

Michel de Fornel  est Sociolinguiste et linguiste. Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, il a dirigé de nombreux ouvrages aujourd’hui essentiels pour la recherche en sciences humaines et sociales,  notamment : « Généraliser, ou le perpétuel dépassement » (Éditions de l’EHESS, 2012),  «  Généraliser  l’indéfini » (Éditions de l’EHESS, 2011),  « Bourdieu et l’anthropologie linguistique » (Éditions de l’EHESS, 2012),  « Naturalisme versus constructivisme ? » (Éditions de l’EHESS, 2007)

Lieux

  • Amphithéâtre O1 - Le Tambour, Place du Recteur Henri Le Moal
    Rennes, France (35)

Dates

  • vendredi 06 novembre 2015
  • vendredi 20 novembre 2015
  • vendredi 26 février 2016
  • vendredi 04 mars 2016
  • mardi 08 mars 2016
  • vendredi 01 avril 2016
  • vendredi 29 avril 2016
  • vendredi 13 mai 2016
  • vendredi 03 juin 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • quotidienneté, souffrance, politisation, suicide, aide à distance, prévention du suicide, vie ordinaire

Contacts

  • Alexandre Rouxel
    courriel : alexandrerouxel [at] live [dot] fr

Source de l'information

  • Alexandre Rouxel
    courriel : alexandrerouxel [at] live [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Quotidienneté, souffrance et politisation : de la vie ordinaire à la théorie sociale », Cycle de conférences, Calenda, Publié le vendredi 11 septembre 2015, http://calenda.org/338634