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Mythes socio-techniques et développement

Sociotechnical myths and development

Proposition de numéro spécial pour la revue Anthropologie et développement

Proposal for a special issue of Anthropology and Development

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Publié le vendredi 23 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Les années 2000 semblent se caractériser par une nouvelle vague de promotion de dispositifs sociotechniques promus comme des solutions quasi-universelles, résolvant un ensemble de problèmes, et finalement apportant la solution au développement. Ce numéro spécial de la revue Anthropologie et développement vise à apporter un regard critique sur l’émergence et la fabrication de tels mythes. Les contributions empiriques analyseront les dispositifs qui semblent s’imposer comme cadres de référence d’interventions visant à une amélioration des conditions de vie des populations des pays en développement. Les cas d’étude ne seront pas nécessairement centrés sur un objet technique (artefact) mais devront analyser des dispositifs ayant une certaine matérialité qui devra être rendue explicite.

Annonce

Coordinateur du numéro spécial

  • Jean-Philippe Venot (UMR G-EAU, IRD)
  • Gert Jan Veldwish (Water Resources Management Group, Université de Wageningen)

Argumentaire

De tout temps, les objets techniques ont joué un rôle central dans les discours et pratiques du développement. Cette association étroite a notamment pour fondement la révolution industrielle de la fin du 19ème siècle qui a renforcé l’idée que les technologies sont des vecteurs de progrès et de modernité. Les technologies, comme les objets cartographiques, exercent une fascination liée au fait qu’elles sont souvent envisagées comme des applications directes d’une science qui serait ‘neutre’ et véhiculent ainsi une impression de robustesse et de certitude légitimée scientifiquement.

Cette conception de l’objet technique est à la base des programmes de transfert de technologie qui ont longtemps dominé (et dominent toujours ?) l’aide au développement depuis les années 1950. De tels programmes attribuent des caractéristiques intrinsèques aux objets techniques indépendamment du contexte socio-environnemental dans lequel ils sont utilisés. Une telle vision de l’objet technique rend possible la célébration d’outil-miracles ou autres silver bullets auxquels l’on attribue une capacité à résoudre les grands défis de notre temps : malnutrition, pauvreté, dégradation des ressources naturelles. Dès les années 1970s, cependant, il devint apparent que transfert de technologies ne se traduisait pas automatiquement par réduction de la pauvreté et pouvait même causer un creusement des inégalités. Dans le secteur de l’agriculture, par exemple, la « révolution verte » fit l’objet de débats houleux. Les années 1980 et 1990 se sont ainsi caractérisées par des appels de plus en plus pressants soulignant que les objets techniques ne sauraient, à eux seuls, résoudre les grands problèmes du monde et devaient s’insérer dans des approches plus intégratrices, qui à leur tour ont été érigées en solutions miracles.

De nombreux auteurs, faisant appel aux notions de système et réseau, ont commencé à questionner la linéarité des modèles de transfert de technologie ou de diffusion de l’innovation, inadaptés, selon eux, aux dynamiques complexes d’appropriation et modification des objets techniques. Des auteurs plus critiques encore attribuant le pervertissement ou la perte des structures sociales et des savoirs locaux à l’introduction d’objets techniques modernes, dans une critique ouverte de la ‘modernité’. De tels questionnements sur les impacts des objets techniques sur la société se sont accompagnés de réflexions plus conceptuelles sur la notion même de technologie de la part d’anthropologues et de théoriciens des sciences et techniques. Ceux-ci soulignent que, loin d’être neutres, les objets techniques sont des construits sociaux résultant et façonnant de complexes jeux d’acteurs. 

Malgré ce renouvellement dans les façons d’appréhender les objets techniques et leurs effets, les années 2000 semblent se caractériser (sans doute en lien avec des avancées significatives dans le champ des technologies de l’information) à un retour non pas des objets techniques pris isolément mais de dispositifs sociotechniques (c’est-à-dire un ensemble organisé d’objets techniques, de pratiques, de formes d’organisation et de gestion, et des choix de société qui les sous-tendent), qui sont promus comme des solutions quasi-universelles, résolvant un ensemble de problèmes, et finalement apportant LA solution au développement. Des pratiques et techniques agricoles telles que le SRI (Système de Riziculture Intensive), l’agriculture de conservation, et l’irrigation au Goutte à Goutte, des cultures telles que celle du Jatropha pour la production locale d’agro-carburant, des aliments contre la malnutrition tels que le Plumpy Nut, des modalités spécifiques de participation et d’intégration comme les plateformes multi-acteur et les approches filières, ou même des réformes institutionnelles et politiques (transfert de gestion de l’irrigation, cadastrage en enregistrement des droits fonciers), ont ainsi pu être présentées comme des solutions miracle applicable universellement

Ce numéro spécial de la revue Anthropologie et Développement  vise à apporter un regard critique sur l’émergence et la fabrication de tels mythes. Les contributions empiriques analyseront les dispositifs qui semblent s’imposer comme cadres de référence d’interventions visant à une amélioration des conditions de vie des populations des pays en développement. Les cas d’étude ne seront pas nécessairement centrés sur un objet technique (artefact) mais devront analyser des dispositifs ayant une certaine ‘matérialité’ qui devra être rendue explicite. Les contributions pourront par exemple avoir pour objet les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’assainissement (latrines, vaccins, moustiquaires, etc.), de la gestion des ressources naturelles (foncier, biodiversité, forêts : cadastre et zonage, formalisation des droits, paiement pour services écosystémiques), de l’agriculture (système de riziculture intensive, agriculture de conservation goutte à goutte, transfert de gestion, certification, OGM), etc.  

Les contributions pourront s’inspirer de différents champs analytiques tels que l’anthropologie du développement, la political ecology, les études des sciences et technologies (notamment les sous-champs de la théorie de l’acteur-réseau et de la construction sociale des technologies) afin de répondre, entre autres, aux questions suivantes : (1) qu’est ce qui définit une technologie ou un dispositif sociotechnique, par quelles opérations de construction des problèmes sont-ils érigés en solutions miracle (2) qui sont les acteurs impliqués dans élaboration et la promotion de tels mythes socio-techniques, et comment sont-ils impliqués, (3) comment les réseaux d’acteurs promouvant ces technologies se sont-ils constitués – par quelles stratégies d’intéressement et d’engagement (4) quelles sont les stratégies de promotion et de « marketing » de ces dispositifs, et quelles idéologies y sont associées (5) par quels mécanismes, les problèmes concrets de mise en œuvre sur le terrain, les échecs, les réinterprétations multiples de ces modèles sont ils voilés voir occultés permettant ainsi une reproduction ou une réinvention de ces mythes, (6) quels sont les effets d’une telle persistance en termes d’équité et de justice, et (7) qu’est ce qui peut expliquer les changements et la chute de certains mythes?

Bibliographie de référence

Akrich, M., Callon, M. & Latour, B. (1988a). A quoi tient le succès des innovations? 1 : L’art de l’intéressement. Gérer et comprendre, Annales des Mines, 11, 4-17.

Akrich, M., Callon, M. and Latour, B. (1988b). A quoi tient le succès des innovations? 2 : le choix des porte-parole. Gérer et comprendre, Annales des Mines 12, 14-29.

Bijker, W.E. ; Law, J. (1992). Shaping technology/Building Society. Studies in sociotechnical change. Cambridge, MA: MIT Press.

Diemer (ed.). (1997). La négociation sociale des dispositifs techniques pour le développement. Bulletin No. 13 de l’APAD. Hamburg : APAD.

Forsyth, T. (2003). Criticial Political Ecology – The politics of environmental science. New York, London: Routledge.

Jiggins, J. (1989). Farmer participatory research and technology development. In Occasional papers in rural extension No. 5. Ontario, Canada: University of Guelph.

Lewis, D., & Mosse, D. (2006). Development brokers and translators: The ethnography of aid and agencies. Bloomfield: Kumarian Press.

Long, N. 2001. Development sociology: actor perspectives. London and New York: Routledge.

Olivier de Sardan, J.P. (2005). Anthropology and Development: Understanding Contemporary Social Change. London: Zed Books.

Mosse, D. (2005). Cultivating Development: An Ethnography of Aid Policy and Practice. London: Pluto Press.

Röling, N.G. (1992). The emergence of knowledge systems thinking: A changing perception of relationships among innovation, knowledge process and configuration. Knowledge and Policy.  The International Journal of Knowledge Transfer and Utilization 5:42-64.

Sumberg, J.; Thompson, J. (2012). Contested Agronomy: Agricultural Research in a changing world. New York, London: Routledge.

Calendrier et modalités de soumission

Les propositions de contribution pourront être faites en français ou en anglais

Long résumé (2 pages, environ 1,000 mots) 

  • pour le 15 novembre 2015

  • Notification de pré-acceptation aux auteurs le 15 décembre 2015
  • Papier complet soumis à la revue le 30 avril 2016 (voir règle de présentation ci-dessous)
  • Notification de décision, après avis des relecteurs, le 30 juin 2016
  • Version finale des papiers attendue pour le 31 Aout 2016

Résumés à envoyer à : jean-philippe.venot@ird.fr et gertjan.veldwisch@wur.nl, avec copie à revue@apad-association.org

Une revue à comité de lecture

La revue Anthropologie & développementest une revue à comité de lecture. Les résumés sont sélectionnés conjointement par l'APAD et les éditeurs du numéro spécial. Les articles sont relus par le responsable (ou un des responsables) du dossier et un relecteur du Comité de lecture, choisis en fonction du sujet de l’article et de son champ géographique, et dont l’un au moins est membre du Comité de lecture.

Les relecteurs transmettent leur avis, sur l’intérêt et la qualité de l’article, et sur la possibilité de le publier dans la revue.

Evaluation

L’évaluation des articles peut conduire à quatre réponses :

  • Accepté
  • Accepté sous réserve de modifications
  • Proposition de modifications importantes sans garantie de publication
  • Refusé

L’auteur recevra l’avis sur l’évaluation de son texte dans un délai de 3 mois suivant sa proposition à la Revue de l’APAD. Dans le cas où l’article est publiable moyennant reprises, ou refusé, ils fournissent une analyse du texte à destination de l’auteur. Ces commentaires sont transmis de façon anonyme à l’auteur. La seconde version est revue par les relecteurs avant acceptation finale.

Comité de lecture

  • Sylvie Ayimpam (IMAF, Aix-en-Provence, France)
  • Thomas Bierschenk (Université Mainz, Allemagne)
  • Giorgio Blundo (EHESS, Marseille, France)
  • Jacky Bouju (AMU, CEMAF, Aix-en-Provence, France)
  • Laurence Boutinot (CIRAD, Montpellier, France)
  • Mirjam de Bruijn (ASC, Leiden, Pays-Bas)
  • Ann Cassiman (Faculty of Social Sciences, Leuven, Belgique)
  • Jean-Pierre Chauveau (IRD, Montpellier, France)
  • Jean Copans (Université Paris Descartes, Paris, France)
  • Abdou Salam Fall (IFAN, Université Cheick-Anta Diop, Dakar, Sénégal)
  • Marion Fresia (Institut d’ethnologie, Neuchâtel, Suisse)
  • Sten Hagberg (Université d’Uppsala, Uppsala, Suède)
  • Oumarou Hamani (LASDEL, Niamey, Niger)
  • Mathieu Hilgers (ULB, Bruxelles, Belgique)
  • Jean-Pierre Jacob (IHEID, Genève, Suisse)
  • Ludovic Kibora (CNRST, INSS, Ouagadougou, Burkina Faso)
  • Pierre Joseph Laurent (UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique)
  • Philippe Lavigne Delville (IRD, UMR GRED, Montpellier, France)
  • Pierre-Yves Le Meur (IRD, UMR GRED, Nouméa, Nouvelle-Calédonie)
  • David Lewis (London School of Economics, Londres, Grande Bretagne)
  • Christian Lund (Copenhagen University, Danemark)
  • Pascale Moity Maizi (SUPAGRO, Montpellier, France)
  • Roch Mongbo (Université Abomey-Calavi & LADYD, Bénin)
  • Tania Murray Li (University of Toronto, Canada)
  • Jean-Pierre Olivier de Sardan (LASDEL, Niamey, Niger)
  • Fatoumata Ouattara (IRD, UMR SESSTIM, Marseille, France)
  • Maud Saint Lary (IMAF, Paris, France)
  • Mahaman Tidjani Alou (LASDEL, Niamey, Niger)

Règles de présentation du texte

Les textes au format du logiciel Word ou Opendocument ne doivent pas excéder 50 000 signes (notes, bibliographie et espaces compris). Le texte initial doit être saisi « au kilomètre » (sans tabulations et sans feuille de style) dans la police Times New Roman de taille 12.

Le paragraphe « normal » est à interligne simple, espaces avant et après de 6 points (pas de saut de paragraphe pour séparer deux paragraphes). La version finale doit être mise en forme selon le modèle de la revue (envoyé aux auteurs après acceptation du texte).

Le texte inclut :

  • un titre et éventuellement un sous-titre ;
  • le prénom et le nom de l’auteur. L’affiliation institutionnelle et l’adresse électronique sont en fin d’article ;
  • un résumé en français et en anglais (200 mots) ;
  • les notes de bas de page numérotées de 1 à 20 (maximum) ;
  • les citations dans le corps du texte (au dessus de 2 lignes, les citations sont à mettre dans un paragraphe séparé) ;
  • les éventuels schémas, cartes, à intégrer dans une zone de texte et non directement dans le texte ;
  • la hiérarchie des titres (2 niveaux de titres maximum dans le texte). Les titres, sous-titres, titres de sections et sous-sections doivent être courts et explicatifs ;
  • une bibliographie mentionnant tous les auteurs cités dans le texte ;
  • les renvois à la bibliographie se font dans le texte, et non dans les notes de bas de page, réservées aux commentaires ;
  • La référence sera présentée dans le corps du texte sous la forme : (Dupont, 1960 : 20) ; (Dupont et Dupond, 2000 ; Durand, 2014) ;
  • Les noms des auteurs doivent être écrits en lettres minuscules ;
  • Les écrits d’un même auteur parus la même année seront distingués par des lettres minuscules (1977a, 1977b) ;
  • La bibliographie est présentée à la fin du texte par ordre alphabétique de noms d’auteur (voir site internet de l'APAD pour plus de détail).

Dates

  • dimanche 15 novembre 2015

Fichiers attachés

Mots-clés

  • mythe socio-technique, développement, innovation, réseau, transfert, technologie, dispositif, système, acteur-réseau

Contacts

  • Revue Anthropologie et développement
    courriel : revue [at] apad-association [dot] org

Source de l'information

  • Anthropologie et développement
    courriel : revue [at] apad-association [dot] org

Pour citer cette annonce

« Mythes socio-techniques et développement », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 23 octobre 2015, http://calenda.org/342586