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Prison et méthodes de recherche

Prison and research methods

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Publié le mercredi 28 octobre 2015 par Céline Guilleux

Résumé

Nous organisons prochainement une journée d’étude sur le thème des méthodes de recherche en prison. Cette journée réunira des chercheurs de différentes disciplines (sociologie, histoire, économie) et sera l’occasion de croiser les approches. Depuis les années 1990, la littérature académique sur les institutions carcérales n’a cessé de prendre de l’importance et de se diversifier. En France, les connaissances scientifiques ont été nourries par l’implication d’un nombre croissant de disciplines : sociologie, démographie, histoire, sciences politiques etc. Les enquêtes sociologiques consacrées à l’organisation des institutions carcérales et aux acteurs qui la composent ont notamment connu un véritable essor. 

Annonce

Présentation générale

Depuis les années 1990, la littérature académique sur les institutions carcérales n’a cessé de prendre de l’importance et de se diversifier. En France, les connaissances scientifiques ont été nourries par l’implication d’un nombre croissant de disciplines : sociologie, démographie, histoire, sciences politiques etc. Les enquêtes sociologiques consacrées à l’organisation des institutions carcérales et aux acteurs qui la composent ont notamment connu un véritable essor. Des travaux ont été menés concernant les personnels (Casadamont, 1982 ; Chauvenet, Benguigui, Orlic 1994 ; Milly 2001), le suicide des détenus (Bourgoin 1994), les relations entre détenus et personnels (Rostaing 1997), les trajectoires de détenus (Chantraine 2004 ; Chantraine, Touraut, Fontaine, 2008), la violence (Chauvenet, Orlic, Rostaing, 2008), l’architecture (Milhaud, 2009). Les recherches portant sur les activités des personnes incarcérées ont aussi donné lieu à quelques publications sur le travail des détenus (Guilbaud, 2008), le sport en prison (Gras, 2005) ou les études en milieu carcéral (Salane, 2008). Les mineurs incarcérés ont également fait l’objet de plusieurs recherches ces derniers années (Le Caisne, 2008, Chantraine, 2011, Bailleau F., Gourmelon N., Milburn P., 2012) de même que l’expérience des familles de détenus (Ricordeau, 2008, Touraut, 2012). Plus récemment encore des travaux ont été consacrés à la religion (Béraud, De Galembert, Rostaing, 2013), à l’émergence du droit en prison (Bouagga, 2015) et au vieillissement en prison (Touraut, Désesquelles 2015). Outre les approches sociologiques mobilisant des méthodes qualitatives et quantitatives, des travaux ont été produits à partir de données statistiques (voir notamment les travaux d’Annie Kensey, Pierre Victor Tournier ou d’Aline Désesquelles).

Or, peu de travaux ont abordé la question spécifique de la méthodologie de l'enquête en prison. Il existe aujourd'hui des textes épars sur le sujet : Rostaing (2006 et 2010), Le Caisne (2000), Cliquennois (2006), Le Caisne et Proteau (2008), Zanna (2010) par exemple. Cependant, ces travaux sont relativement isolés. Si beaucoup de recherches permettent de rendre compte de ce qui se joue en prison sous des angles très différents, il est intéressant d’engager une réflexion collective sur les méthodologies d'enquête sur ce « terrain limite ». Cette journée d’étude se propose donc de discuter des pratiques de la recherche qui permettent aux scientifiques de produire leurs données à partir desquels se fondent les savoirs sur la prison.

Les questions abordées seront nombreuses : Comment réaliser une enquête ethnographique en prison ? Que peut-on observer en détention ? Comment produire des chiffres sur la prison et que disent ces données quantitatives sur l’institution et sa population ? Comment travailler sur la prison à partir d’archives ? Quelles sont les facettes de l’enfermement que les différentes méthodes permettent d’éclairer et celles qui restent peu analysées ? Quelles difficultés pratiques peuvent-être rencontrées en partant d'une méthodologie particulière (observation participante, entretiens, questionnaires, archives etc.) ? Le chercheur rencontre-t-il des obstacles particuliers au vu des contraintes institutionnelles liées aux logiques d’enfermement, de segmentation et de sécurité qui caractérisent en propre les prisons ? Comment le chercheur sur le terrain est-il pris dans des enjeux relationnels ?  Y-a-t-il à cet égard une spécificité de la prison comme terrain ?

Par ailleurs, la posture du chercheur par rapport à son objet interroge particulièrement lorsqu’il travaille sur la prison. Le chercheur est nécessairement ancré dans un contexte politique, social, économique et dans des savoirs historiquement construits. Les recherches sont toujours le fruit d’une imbrication d’une réalité contextuelle et d’un parcours biographique. L’enjeu ici n’est pas de s’adonner à une réflexivité pleine de « complaisance narcissique » (Beaud, 2011) sur le travail d’enquête mais bien d’analyser en quoi les manières dont le chercheur est situé impacte la production de savoirs sur les institutions carcérales en rendant compte des manières de faire en situation. L’enquête de terrain implique et engage inévitablement le chercheur. Alors que les travaux sociologiques ont longtemps ignoré les dimensions personnelles des recherches, comme le rappelle D. Cefaï[1], les émotions et les sentiments du sociologue participent de la recherche. En outre, les passions et les débats suscités par la prison amènent à se questionner sur l’engagement pris dans et par-delà le travail de recherche.

Pour répondre à ces différents questionnements, la journée d’étude entend croiser les approches et faire dialoguer les différentes traditions des sciences sociales : méthodologie qualitative ou quantitative, approches par entretien ou par observation, ethnographie, analyse d’archives, de fichiers statistiques etc. Les domaines d’investigation sont ici larges et l’exploration profitera du dialogue entre les recherches prenant appuies sur des méthodologies distinctes et inscrites dans des disciplines diverses. La journée d'étude fera intervenir des économistes, des historiens, des sociologues et ethnologues. En outre, la journée sera aussi l’occasion d'interroger comment le croisement des outils méthodologiques pourrait donner lieu à des travaux de recherche originaux sur le milieu pénitentiaire et, plus largement, sur les institutions d'enfermement, dans une réelle perspective d'interdisciplinarité.

L’analyse des modalités de production des données des recherches, ne peut être envisagée comme étant déconnectée de leurs résultats. Puisqu’ils ne peuvent exciter isolément, la journée liera inévitablement méthodes et connaissances scientifiques sur la prison.

[1]  « Dans la plupart des travaux publiés, les dimensions personnelles du travail de terrain ont été tenues pour négligeables. (…) cette pratique a changé de façon significative pendant les années soixante-dix. Les aspects personnels des activités d’enquête sur le terrain ont été de plus en plus explorés : la dynamique de l’implication et ses conséquences, telle l’identification avec les enquêtés, la place des motivations et des sentiments personnels dans le travail de la recherche, le rôle crucial pour les enquêtés de l’équation personnelle de l’enquêteur. » in CEFAÏ D., 2003, p. 414.

Programme

  • 9h-9h15 Accueil des participants
  • 9h15 - 9h30 : Introduction, par Caroline Touraut (Chargée d’études sociologique à la DAP et chercheuse associée à l’ISP Cachan), Claire de Galembert (Chargée de recherche CNRS – ISP Cachan) et Anaïs Henneguelle (Doctorante en économie à l’IDHES – ENS de Cachan)

9h30 – 11h  Matérialité

Discutante : Corinne Rostaing, Maitresse de conférencesen sociologie, Université Lyon 2  

  • David Scheer : « Etudier l’architecture carcérale : objets, espaces et corps du chercheur », Aspirant FNRS au Centre de Recherches Criminologiques de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).
  • Camille Allaria : « La prison dans la tête : enquêter sur la surveillance électronique des prisonniers », Docteure en sociologie, Lames - Aix-en-Provence

11h 15- 12h30  Temporalité et histoire

Discutant : Marc Renneville, Directeur de recherche au CNRS, Centre Alexandre Koyré

  • Laurent Gras : «  Le sport en prison à la lumière du concept de carrière », Sociodémographe, Responsable de la formation – Ecole nationale d’Administration pénitentiaire (ENAP)
  • Melchior Simioni et Elsa Génard : « Une histoire sociale de la Statistique pénitentiaire (1852-1939)», Melchior Simioni, Doctorant en sociologie au GEMASS- Université de Paris-Sorbonne ; Elsa Génard, Doctorante en histoire contemporaine à l’Université Paris-1
  • Jean-Lucien Sanchez : « Le bagne colonial de Guyane : méthodologie historique et pragmatisme », Chargé d’études historiques à la Direction de l’administration pénitentiaire (Me5), chercheur associé au CESDIP

13h 45  - 15h  Espace

Discutant : Nicolas Fisher, Chargé de recherche CNRS, CESDIP

  • Lucie Bony :« La prison comme objet et terrain en recherche urbaine », ATER à l’université Paris 8 Vincennes - Saint - Denis
  • Léonore Le Caisne : « De la confusion de l’ethnologue à la confusion des détenus. Une expérience ethnographique en maison centrale »,  Chargée de recherche CNRS, CEMS/IMM

15h15 – 16h45  Engagement / Déontologie

Discutante : Marie-Sophie Devresse, Professeure en criminologie, Université catholique de Louvain

  • Annie Kensey et Anaïs Henneguelle : « Connaître la population incarcérée : la production institutionnelle de statistiques pénitentiaires », Annie Kensey, Cheffe du bureau Me5, Ministère de la Justice – DAP et chercheuse associée au CESDIP ; Anaïs Henneguelle, Doctorante en économie à l’IDHES - ENS de Cachan
  • Corentin Durand : « Engagements (et) publics. Eléments pour une « sociologie publique » de la prison », Doctorant en sociologie au LIER - EHESS
  • Chloé Branders : « Le théâtre-action en prison : Le « péril » comme position de recherche », Doctorante en criminologie au CRID&P – Université catholique de Louvain (UCL)

16h45 – 17h  Conclusion générale

Co-organisation

  • Claire de Galembert,
  • Anaïs Henneguelle,
  • Caroline Touraut

Contacts

  • galember@ens-cachan.fr,
  • anais.henneguelle@ens-cachan.fr 
  • caroline.touraut@justice.gouv.fr

Lieux

  • Pavillon des Jardins - 62, avenue du Président Wilson
    Cachan, France (94)

Dates

  • jeudi 03 décembre 2015

Mots-clés

  • prison, incarcération

Contacts

  • Anaïs Henneguelle
    courriel : anais [dot] henneguelle [at] gmail [dot] com
  • Caroline Touraut
    courriel : caroline [dot] touraut [at] justice [dot] gouv [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Anaïs Henneguelle
    courriel : anais [dot] henneguelle [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Prison et méthodes de recherche », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 28 octobre 2015, http://calenda.org/343374