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Ordres et désordres au jardin

Order and disorder in the garden

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Publié le vendredi 13 novembre 2015 par João Fernandes

Résumé

Dans quelle mesure les jardins sont-ils un instrument de contrôle social et/ou de contestation ? Par le recours au temps long et à la comparaison internationale, ce colloque mettra en perspective la façon dont les jardins sont saisis comme instrument de création d’ordre (social, esthétique, naturel) ou comme lieu de surgissement d’un désordre, que celui-ci relève de la biologie (ou de la « nature »), du social ou de la culture. L’objectif de ce colloque est de croiser les enjeux sociaux et écologiques et les approches disciplinaires sur l’étude des espaces cultivés en ville. La problématique ordres / désordres servira de fil conducteur et sera déclinée à partir de diverses perspectives.

Annonce

Argumentaire

Dans quelle mesure les jardins sont-ils un instrument de contrôle social et/ou de contestation ? Par le recours au temps long et à la comparaison internationale, ce colloque mettra en perspective la façon dont les jardins sont saisis comme instrument de création d’ordre (social, esthétique, naturel) ou comme lieu de surgissement d’un désordre, que celui-ci relève de la biologie (ou de la « nature »), du social ou de la culture.

La problématique ordres/désordres servira de fil conducteur et sera appréhendée à partir de plusieurs approches disciplinaires (sociologie, géographie, histoire, anthropologie, philosophie, économie, biologie et écologie…).Croiser ces savoirs disciplinaires reste un enjeu ; d’une part les sciences de la nature peuvent mettre à jour des désordres qui ne sont pas perçus socialement et que seuls le savoir scientifique peut révéler (par exemple quand une plante mute, ou que changent les modalités de dissémination ou de reproduction, sous l’effet du changement climatique ou de l’activité humaine) et d’autre part les sciences sociales se penchent sur les variations culturelles et sociologiques des perceptions et des classements esthétiques. Mais qu’en est-il du croisement, de la rencontre de ces savoirs ?

L’objectif de ce colloque est de croiser les enjeux sociaux et écologiques et les approches disciplinaires sur l’étude des espaces cultivés en ville. La problématique ordres/désordres servira de fil conducteur et sera déclinée à partir de diverses perspectives, dont on dégagera les lignes de fuite à partir de la synthèse du colloque.

Axes thématiques

Nous avons identifié quatre thèmes pour développer cette problématique :

1)  Variations de l’ordre et du désordre dans les modèles de pensée

2)  Jardins urbains, instruments de production d'un ordre sanitaire, social et écologique

3)  Jardiner en ville, un acte militant

4)  Ordres et désordre au jardin au prisme de la biodiversité

La question des normes (production, résistance, transformations, fondements), des savoirs (scientifiques/vernaculaires, usages, impacts) et de leurs rapports réciproques nous semble prépondérante. La conservation de la biodiversité, qui est un enjeu autant social qu’écologique, renouvelle toute une série de conceptions et de pratiques sociales, voire de pratiques scientifiques. Elle est productrice de nouvelles normes et de nouvelles pratiques qui peuvent être source de désordre – social ou écologique.

Dans ce colloque, nous nous intéressons particulièrement aux fonctions des jardins et à leurs évolutions, ainsi qu’à la place et au rôle des espaces dédiés aux pratiques culturales. L’émergence des jardins partagés et de diverses formes de « guérilla jardinière » à travers tous les pays européens (et au-delà), les diverses demandes sociales autour des jardins nourriciers, n’expriment-elles pas une modification des fonctions et de la localisation et délimitation des jardins dans la ville ? Voire, peut-on les envisager comme des mutations de l’hygiénisme qui passe aujourd’hui par les enjeux de l’autonomie alimentaire et du « bien-manger » (avec des conceptions contradictoires des enjeux sanitaires selon les acteurs) ? La guérilla jardinière, les cultures sur balcon mais aussi le caractère « partagé » des jardins n’est-il pas également une remise en cause du caractère initialement « clos » du jardin ? Quelles sont les limites du jardin ? La question de la clôture comme repli, enfermement et de sa corrosion ou transgression se pose à la fois sur le plan social, spatial et écologique.

Dans une perspective historique, on pourra mettre en regard le devenir des cités-jardins, leurs usages sociaux dans les différents pays d’Europe. Les différentes configurations des jardins familiaux et partagés ainsi que l’émergence de différentes formes de mobilisations collectives seront analysés dans leur dimension contestataire ou conformiste, et dans leurs rapports aux jardins « autorisés » ou aux autorités locales. Nous souhaitons également interroger la succession des modèles urbains et des utopies depuis Howard ou Le Corbusier jusqu’aux projections actuelles de villes végétales telles que celles de Luc Schuiten ou les modèles émergents « d’urbanisme végétal » (Da Cunha, 2009). En quoi sont-ils producteurs d’un ordre social, de quel type, et quelle place ces utopies, laissent-elles au désordre, et à l’altérité ? Dans quelle mesure sont-elles inspirées ou à l’inverse ignorantes des principes fondamentaux de l’écologie ?

La perspective historique est tout aussi pertinente du point de vue écologique : quelles sont les espèces qui ont disparu au cours du temps dans les jardins et quelles sont celles qui sont apparues ? Les usages des espèces ont-ils évolués ? Quels sont les effets de l’urbanisation sur les communautés de plantes ? Les modes de consommation évoluent-ils et font-ils évoluer les pratiques culturales en faveur de la biodiversité ? Les sélections se font-elles systématiquement au détriment de la biodiversité ? Ou encore le temps est-il un facteur de création d’ordre, par régulation ou sélection « naturelle » ?

Ces angles, social, écologique et esthétique, peuvent encore se décliner de la façon suivante :

  sous l’angle social : comment les jardins sont tour à tour élément de contrôle, de pacification sociale ou élément de subversion, par exemple à travers la guérilla jardinière ou les jardins illégaux éphémères créés par des habitants installés ou dont le « droit de cité », et la citoyenneté des usagers, peut être contestées.  Le jardin devient alors le support de la contestation pour des droits (par ex les migrants récents à New York, le droit à cultiver revendiqué en Angleterre) ou d’un ressaisissement d’une communauté pour retisser des liens sociaux (par exemple dans le cas du Parc Miraflores à Séville). Le don et le partage s’affirment aussi comme des valeurs subversives, en rupture avec le monde marchand, à l’exemple des Incroyables comestibles, ou à travers la constitution de communautés agraires dans différentes villes du monde (à Toronto-Canada ou en Argentine). En quoi le jardin est-il alors le maillon « local » d’une pensée politique, au sens d’Arendt, reliant local et global ?

  sous l’angle écologique : l’irruption et la dissémination incontrôlée de plantes allochtones et très invasives font l’objet de réactions sociales, de politiques, de stratégies de contrôle basées sur des travaux scientifiques ; les plantes peuvent être classées (selon les contextes ?) « victimes » ou « nuisibles » : comment se font ces classements ? Comment se produit de l’ordre / surgit du désordre dans cette confrontation du social et du biologique, et ce rapport fait-il sens dans le monde biologique ? En quoi les pratiques de sélection du jardinage impactent-elles les actions de conservation ? Est-ce que les gens cultivent une plus grande diversité de plantes que ce qu’on trouve dans le commerce ? Dans quelle mesure l’émergence (et la montée en puissance) de la biodiversité remet-elle en cause les conceptions existantes de ce qui est « ordre » et « désordre » ?

Au croisement du social et de l’écologique, l’esthétique du jardin connaît des variations notables qui traduisent différentes perceptions sociales de l’ordre et du désordre, entrecroisant ou même remettant en question la césure entre nature et culture, sauvage et domestique. La circulation des plantes à travers les échanges mondiaux et les migrations humaines fait-elle évoluer les types de culture des jardins occidentaux comme non-occidentaux ? Que sait-on des plantes acclimatées, des échanges entre jardiniers et des effets de ces pratiques sur la biodiversité ? Les normes juridiques sont susceptibles d’affecter ces pratiques de circulation et de conservation, notamment concernant les banques de semences autogérées – de quelle façon les jardiniers et petits agriculteurs urbains qui se situent souvent en marge du marché parviennent-ils à desserrer ce type de contrainte ? Sur le plan des savoirs, peut-on parler d’une perte de savoirs naturalistes qui affecte la conservation de l’agrobiodiversité ou bien (ou concomitamment) d’un réinvestissement des savoirs naturalistes qui lui est favorable ?

Les quatre thèmes envisagés peuvent encore être déclinés dans les questions suivantes :

1) Variations de l’ordre et du désordre dans les modèles de pensée, perspectives historiques et comparatives

  •   Comment les urbanistes et les paysagistes se saisissent du jardin et de la biodiversité pour repenser la ville ?
  •   Utopies et mythes des villes-jardins à travers le temps et les cultures ?
  •   Passage du jardinage à l’agriculture urbaine / L’évolution du concept de jardin ?
  •   Analogies ordre des plantes et ordre social, continuum des principes d’action (y compris dans la pensée scientifique, comme dans le neodarwinisme) ;
  •    Les « esthétiques extra occidentales »  (vers l’Occident : ) le « fouilli » pour le regard européen des jardins tropicaux, peut-il être transposé en ville ? est-ce réservé à quelques jardins exemplaires à l’exemple du jardin japonisant de Boulogne ou se diffuse-t-il un autre ordre esthétique dans les jardins contemporains ? (hors Occident) Avec l’urbanisation, les jardins extra-occidentaux voient-ils leur esthétique, leur ordonnancement des plantes se réduire en diversité et complexité ?
  •   Place du conflit dans les pensées sur le jardin urbain ?

2) Production d’ordre ou de désordres par les usages sociaux des jardins urbains

  •   Mutation ou multiplication des usages des jardins ? Hygiénisme, santé alimentaire, culture du bien-être, pédagogie, insertion sociale…
  •   Conflits entre populations de jardiniers ou « agriculteurs urbains » - analyse des objets et des dynamiques de ces conflits, facteurs de désordre mais aussi d’ordre via la mise en place de régulation et nouvelles normes ?
  •   Les migrants cultivent-ils des plantes « allochtones », comment les obtiennent-ils et font-elles l’objet d’échanges entre jardiniers en ville ?
  •   Comment évoluent les plantes cultivées dans les jardins ? Quelle influence des migrants, d’Internet, mais aussi des connaissances scientifiques dans le retour de légumes anciens (l’exemple du chou kale, populaire en Allemagne et en Amérique du Nord) ou nouveaux ?

3) Jardiner en ville : acte militant, instrument de contestation

  •   Les conflits avec les gestionnaires et producteurs de la ville : conflits d’usage, de représentations, de projet politique ?
  •   La promotion du jardinage dans les cités HLM, outil d’appropriation de l’espace ou nouvel hygiénisme ?
  •   Le jardinage : instrument de contestation et/ou de création d’un nouvel ordre (cf. la guérilla jardinière ou les Incroyables comestibles) ?
  •   Usages de la technologie dans les formes de gestion et de production alimentaire – source de conflit ? renaissance de pratiques anciennes, ou à l’inverse usage de technologies avancées pour produire « autrement » et plus écologique.
  •   Le jardin urbain peut-il être un « refuge » pour des pratiques sociales alternatives, pour échapper à différentes formes de contrôles (par les firmes agro-industrielles, les autorités, etc.) ?

4) Ordres et désordre au jardin au prisme de la biodiversité

  •   Les problématiques de conservation de la biodiversité font-elles évoluer les pratiques culturales ? Quels sont les acteurs qui contribuent à leur diffusion et quel rôle joue Internet ? Avec quels effets ?
  •   Quels effets des politiques de suppression des phytosanitaires dans les espaces publics et en 2020 sur les espaces privés en termes de biodiversité ? Quelle promotion de la phytoremédiation ?
  •   Quelles interférences entre les communautés végétales dans et hors des jardins urbains ? Y a-t-il des effets de l’urbanisation sur les communautés végétales ?
  •   Les invasives, les (re)qualifications des plantes nuisibles/utiles – variations au niveau européen (définition et circulation des normes) ; comment sont perçues et utilisées les plantes allochtone ?
  •   Restauration ou conservation de la biodiversité ou agrobiodiversité par les jardiniers et agriculteurs urbains : pratiques, projections, discours ?
  •   Le retour aux vieux légumes et fruits : diversifier / conserver le patrimoine végétal ?

Modalités pratiques d'envoi des propositions

La réponse à l'appel à communications prendra la forme d'un résumé comprenant 3000 à 5000 signes (espaces compris), accompagnés de 5 références maximum.

Les résumés sont à adresser à jardins@misha.fr, pour

le 20 décembre 2015.

Les réponses seront transmises au plus tard le 20 janvier 2016.

Le colloque aura lieu à l'Université de Strasbourg les 23 et 24 mars 2016

Comité d’organisation

  •   Cathy Blanc-Reibel, DynamE
  •   Jean-Noel Consalès, Telemme
  •   Sandrine Glatron, DynamE
  •   Laurence Granchamp, DynamE
  •   Christiane Weber, ZAEU

Comité scientifique

  •   Nathalie Blanc, géographe et sociologue, Ladyss
  •   Jean-Noel Consalès, urbaniste, Université Aix-Marseille
  •   Catherine Darrot, sociologue et agronome, Agrocampus Ouest
  •   Eric Duchemin, sciences de l’environnement, UQAM, Montréal
  •   Michel Hoff, botaniste, Université de Strasbourg
  •   Jean-Paul Lescure, écologue, IRD
  •   Karin Parienti, Université de Freiburg-im-Breisgau
  •   Florence Rudolf, sociologue, Amup Strasbourg
  •   Laurent Simon, bio-géographe, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Dates

  • dimanche 20 décembre 2015

Mots-clés

  • agriculture urbain, jardin, ordre social, normes, savoir, environnement urbain

Contacts

  • Cathy Reibel-Blanc
    courriel : jardins [at] misha [dot] fr
  • Laurence Granchamp
    courriel : jardins [at] misha [dot] fr
  • Sandrine Glatron
    courriel : jardins [at] misha [dot] fr

Source de l'information

  • Sandrine Glatron
    courriel : jardins [at] misha [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Ordres et désordres au jardin », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 novembre 2015, http://calenda.org/347680