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Élites et transitions démocratiques dans le monde arabe

Elites and democratic transitions in the Arab world - roles, missions, and training. Comparative approaches

Rôles, missions et formation. Approche comparative

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Publié le jeudi 11 février 2016 par João Fernandes

Résumé

L’on est persuadés que les rôles, missions et responsabilités des élites ne peuvent et ne doivent être évoqués uniquement lors de ces dernières cinq années mais plutôt replacés dans un cadre de temps plus large et plus lointain. Deux remarques s’imposent. La première renvoie au fait que durant les vingt dernières années, les pays arabes ont connu des changements politiques différents dont les aboutissements restent mal étudiés et peu éclairés. Changements qui parfois ont déclenché des transitions démocratiques inachevées et dont l’essor reste incertain  tant les enjeux y afférents sont multiples (État de droit, libertés publiques, élections démocratiques, l’alternance…), locaux, régionaux et internationaux.

Annonce

Argumentaire

Le monde Arabe connait depuis cinq années des bouleversements politiques de grande envergure qui touchent à des degrés différents l’ensemble de ses structures et sociales et politiques. L’observateur attentif y verrait l’expression des mutations historiques structurelles autant que l’aboutissement des revendications sociopolitiques d’une partie des classes, formations et autres couches sociales. Il pourrait y déceler aussi l’enchevêtrement entre des facteurs endogènes et d’autres exogènes aux sociétés arabes s’articulant politiquement dans un méga-cadre de transformations géopolitiques où l’influence des élites et acteurs nationaux va de pair avec l’intervention-allant grandissante- des acteurs politiques internationaux.

Toutefois, l’on peut s’accorder sur le fait que ces changements, encore en cours, ne sont pas créateurs de perspectives politiques claires et finales. C’est ce qui rend difficile et complexe toute lecture prévisionnelle, ou du moins la rend multiple prévoyant une multitude de scénarios. Le retour explicatif sur ces événements sociopolitiques fait dégager un ensemble de facteurs autant immédiats que profonds et historiques. Bien qu’il soit assez difficile de vérifier la validité scientifique et méthodologique de chacun des schémas explicatifs de ces événements, il n’en demeure pas moins que l’on puisse avancer deux remarques qui s’y rattachent, à savoir :

En premier lieu, il s’agit de l’aspect cumulatif des facteurs expliquant ces événements.  Tout facteur immédiat, direct, précipitant et déclenchant ne saurait occulter le cadre historique, anthropologique, politique et structurel, à même de bien comprendre et analyser ces évènements historiques

En second lieu, il s’agit de leur caractère plutôt « spontané ». L’on peut dire, sans grand risque de se tromper, que ces évènements, du moins à leurs débuts, n’exprimaient pas une action réfléchie, préparée, planifiée, organisée et pré-décidée par des acteurs locaux. Ceci n’empêche nullement d’affirmer que dans un deuxième temps de ces évènements, l’on a pu y observer la présence et l’implication des partis, des associations, des intellectuels, bref, des élites qui assumaient et jouaient, à des degrés différents, des responsabilités et des rôles.

L’on est persuadés que les rôles, missions et responsabilités des élites ne peuvent et ne doivent être évoqués uniquement lors de ces dernières cinq années mais plutôt replacés dans un cadre de temps plus large et plus lointain. Deux remarques s’imposent. La première renvoie au fait que durant les vingt dernières années, les pays arabes ont connu des changements politiques différents dont les aboutissements restent mal étudiés et peu éclairés. Changements qui parfois ont déclenché des transitions démocratiques inachevées et dont l’essor reste incertain  tant les enjeux y afférents sont multiples (Etat de droit, libertés publiques, élections démocratiques, l’alternance…), locaux, régionaux et internationaux.

La deuxième remarque a trait aux rôles complexes assumés par les élites nationales lors de ces phases de transition. Quelles description et analyse pourrait-on apporter à ces rôles et comment se sont-ils effectués et assumés par les élites politiques, les élites universitaires, les élites artistiques et autres économiques et syndicales. Est-ce une adhésion, un appui et une implication à la transition ou y en avait-il une forme d’opposition.

Axes thématiques

C’est à partir de cette mise en contexte que l’ont est amenés à poser les questionnements suivants :

II) Elites et mouvements sociaux contestataires. De prime abord, il s’agit de comprendre les rôles joués et assumés par les élites durant ces grands changements sociopolitiques. Quelles étaient leurs natures et leurs contours et peut-on mesurer leur effectivité. S’agissaient-ils d’un commandement et d’un encadrement politique ou s’étaient-ils effectués à un degré moindre, celui d’une participation réelle, effective et organique ; et à quels moments et phases ces rôles étaient-ils assurés et assumés. Il s’agit de comparer les différentes expériences vécues dans les pays arabes ces vingt dernières années et d’en retracer les similitudes et les contrastes affectant les comportements des élites ; d’en tirer, si possible, les conclusions scientifiques et méthodologiques éclairant les spécificités sociologiques de ces élites. Spécificités d’autant plus affirmées que les expériences et contextes politiques de ces pays présentent une très grande hétérogénéité au niveau des aboutissements des transitions démocratiques : aboutissement inachevé, transition bloquée et étouffée, transition en cours.

D’un autre côté, la question des élites en tant que problématique soulève et sous-tend un niveau politique intrinsèquement lié à la nature des régimes politiques en place. Le fait étant, il s’agit de comprendre comment l’état des libertés individuelles et politiques a-t-il affecté la « mission » des élites. Les politiques anti-démocratiques  mises en œuvre, celles de privation des droits civiques, d’emprisonnement et du resserrement de l’étau, celles de la violence physique et de l’apeurement, ont grandement affecté le comportement et le rôle sociopolitiques des élites et les ont potentiellement entravés. Peut-on évoquer un rôle de contre pouvoir, celui d’une contre culture politique et artistique. Y-avait-il des différences majeures, et donc significatives, au niveau des rôles joués par les élites nationales, par les élites politiques et celles économiques et entrepreneuriales, par celles citadines et autres rurales, par celles religieuses et celles libérales, par celles artistiques et celles universitaires. Quels sont les champs d’action investis par ces élites pendant ces phases de transition et comment s’y étaient-elles comportées.

II) Elites et processus politiques. Est-il suffisant d’expliquer ces rôles et positions en se référant uniquement aux comportements de l’Etat, à son hégémonie, à son despotisme, à ses qualificatifs militaro-policiers. N’y avait-il pas un manquement au rôle historique supposé être assumé par les élites. L’Etat  n’a-t-il pas réussi à « instrumentaliser » les élites en distribuant du pouvoir, de la richesse et en la faisant accéder aux postes de prestige, et lui accélérant son ascension sociale, la stabilisant de ce fait dans un processus de « reproduction » de pilier du régime. Il est légitime, scientifiquement et historiquement parlant, de voir à quel point il serait valide et valable de récuser-réfuter autant le discours incriminant les élites que celui basé sur leur victimisation. Autant de questions se rapportant au lobbying exercé par des franges des élites, à l’esprit du clan qui les anime et même à la mobilisation des ressources du pouvoir pour gérer la concurrence politique.  

En outre, l’on est en droit de revoir –en l’analysant- l’image qui se forme à propos des élites. Emerge-t-il un nouveau profil  égratignant et transgressant l’ancienne image ; celle plaçant les élites « en face du peuple ». Les élites gardent-elles intactes ses capacités de mobilisation des masses ou en observe-t-on des effritements, des désagrégations et quels sont  les enjeux qui les accompagnent.

III) Elites, circulation, formation et transformation. En fait, comprendre  les rôles des élites dans les transformations sociales actuelles et surtout dans les transitions politiques et démocratiques, exige sur le plan scientifique et académique, que l’on soit attentifs aux diverses mutations qui affectent ces rôles.

Il s’agit moins d’une tâche de ré-conceptualisation, que d’un effort de prospection d’autres pistes à même de nous permettre de bien cerner ce qui est entrain de changer et ce qui l’est déjà .  L’approche de CH.W. Mills reste d’une grande actualité car insistant sur la place par rapport au pouvoir de ces hommes et femmes occupant des postes clefs dans les organisations publiques et dans les grandes institutions et qui prennent des décisions importantes dont l’impact est capital sur l’ensemble de la population. Alors que Mills évoque ces élites « qui ont le plus de tout ce qu’il faut avoir, c’est-à-dire généralement l’argent, le pouvoir, le prestige et tous les styles de vie que ces choses permettent » (Mills, l’élite du pouvoir, 1969) ; Pareto, lui, insiste sur les facteurs psychoculturels pour comprendre la circulation des élites et leur mobilité sociale en invoquant  leur recours à « la ruse [et à] la violence » ce qui envoie aux stratégies élaborées et ce dans le but « de perpétuer leur domination » (Pareto, Traité de sociologie générale, 1917). En fait, il nous semble d’une grande utilité scientifique que de pouvoir comprendre comment ce statut social et ce pouvoir sont acquis et maintenus. Au vu des changements affectant la fonction politique et sociale de l’Etat, l’accès à l’enseignement supérieur et sa massification, l’accroissement de l’activité entrepreneuriale, la notoriété religieuse, les échanges économiques mondialisés, l’expansion des réseaux sociaux et des NTIC ; l’on est dans l’obligation de « repenser » les processus par lesquels se forment et se transforment les élites et de s’interroger à propos de leurs statuts, de leurs identités nouvelles, de leurs missions et rôles sociaux et des façons dont elles s’en acquittent.

IV) Elites et transition démocratiques. Les élites politiques et sociales, économiques et artistiques, celles anciennes ou nouvelles en cours de formation, sont un acteur associé à la gestion et au management des processus de la transition démocratique. Leurs positions politiques, leurs convictions idéologiques, leurs appartenances sociales, leurs trajectoires ascendantes, leurs avantages socio-financiers ou ceux symboliques, sont autant de facteurs subjectivant et objectivant les cheminements actuels et futurs de ces transitions. Ils les affectent, les propulsent, les modifient et les façonnent en ayant un impact certain sur le déroulement de la phase transitoire. En même temps, il serait fort légitime que l’on découvre s’il y a lutte, concurrence, négociation  ou pacte entre les anciennes élites et celles nouvelles. Est-ce que les transitions démocratiques- pendant ses diverses phases de déroulement- affectent ou pas, foncièrement ou peu, l’essence des rôles et missions des élites ; leurs offrent-elles de nouvelles ressources de pouvoir et de nouvelles opportunités de l’exercer ; leurs permettent-elles de se recomposer, de se reproduire et de se renouveler dans et par de nouveaux mécanismes de tri et de sélection.

Comité scientifique

  • KCHAOU Mounir, chercheur en philosophie, professeur à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, Université de Tunis.
  • BEN HFAIEDH Abelwaheb, sociologue chercheur, maître de conférences à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, président du FSSA (forum des sciences sociales appliquées) et de l’IIPOS (institut international des études de l’opinion publique).
  • MABROUK Mehdi, sociologue chercheur, maître de conférences à la faculté des sciences humaines et sociales à l’université de Tunis, directeur du CAREP (centre arabe de recherche et de l’étude des politiques).      
  • ABDERRAHIM Hafedh, sociologue chercheur, maître de conférences à la faculté des lettres et sciences humaines à l’université de Sfax, ex-directeur  de l’Institut supérieur des Arts et Métiers de Gabès ex-conseiller auprès du chef du gouvernement chargé du dossier de l’éducation de l’enseignement supérieur et de la culture. 
  • AYARI Adel sociologue chercheur, maître assistant à l’ISAJC (institut supérieur de l’animation pour la jeunesse et la culture), Université de Tunis, rapporteur du comité scientifique au CAREP.
  • DRISSI Mehrez, conseiller général d’orientation universitaire, docteur et chercheur en sciences de l’éducation, ancien directeur général du CNIPRE (centre national de l’innovation pédagogique et de            recherches en éducation) 

Date de la  tenue du colloque

26-27-28 Mai 2016 à Tunis

Conditions de soumission et de  participation

Tout participant doit choisir et mentionner l’axe sur laquelle il va intervenir

 Langues du colloque : Arabe – Français - Anglais. Toute communication orale dans l’une de ces langues doit être appuyée par un résumé dans l’une des deux autres langues.

 Envoi des projets de communication:

  • Remplir la fiche d’inscription ci-jointe
  • Envoi des résumés : La soumission de communication doit comporter : un titre, un résumé de 500 à 700 mots, incluant  la problématique étudiée, la méthodologie de recherche et les principales idées, 05 mots clés, une  bibliographie sommaire ainsi que le nom de l’auteur, l’institution d’appartenance, l’adresse mail, le numéro de téléphone.

Les projets d’intervention devront être envoyés impérativement aux deux adresses électroniques suivantes :

Echéancier et dates

  •  Date limite d’envoi des résumés: 05 Mars 2016

  •  Notification des résultats des évaluations: 20 Mars 2016
  • Date limite de soumission du texte final (full paper):25 Avril 2016, toute soumission parvenue après cette date sera refusée.

Informations générales

1- Le Centre Arabe des Recherches et de l’Etude des Politiques (CAREP) prendra en charge :

  • pour les participants résidants à l’étranger : billet d’avion électronique – transfert hôtel-aéroport-hôtel, hébergement en pension complète pour 3 nuitées.
  • Pour les participants tunisiens qui résident hors du grand Tunis: hébergement en pension complète pour 2 nuitées.

2- Tous les extras (téléphone, boissons alcoolisées, etc.) sont à la charge des participants.

Publication

Les travaux de ce colloque seront publiés ultérieurement.

Pour toute information, veuillez contacter :

Carep.tn@gmail.com

Ou  le (00216) 23 470 863/ Le ( 00216)71845542

Lieux

  • Tunis, Tunisie (1082)

Dates

  • samedi 05 mars 2016

Mots-clés

  • élites, transition, transition démocratique, circulation, formation

Contacts

  • Mariem Jebali
    courriel : mariem [dot] carep [at] gmail [dot] com
  • Adel Ayari
    courriel : ayariadel [dot] 1963 [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Mariem Jebali
    courriel : mariem [dot] carep [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Élites et transitions démocratiques dans le monde arabe », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 11 février 2016, http://calenda.org/355816