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Le sport au travail : état de la recherche

Sport at work: the current state of research

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Publié le lundi 22 février 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Les 23 et 24 novembre prochains, des chercheurs de différents horizons se retrouveront à l’université de Strasbourg pour présenter leurs travaux et échanger sur la thématique en vogue des pratiques physiques et sportives dans l’espace du travail, autrement appelé de manière quelque peu restrictive « sport en entreprise ». Ces journées ont la double ambition de réaliser un état des lieux des sous-thématiques couvertes par plusieurs décennies de recherches variées en langue française ; de faire émerger des pistes de développement de la recherche liée à l’avènement des pratiques physiques et sportives dans la sphère professionnelle.

Annonce

Strasbourg, MISHA (Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme - Alsace), Salle de Conférences, 23 + 24 novembre 2016

Argumentaire

Quelques éléments contextuels

De nos jours, tout indique que la pratique du sport dans la sphère professionnelle connaît un engouement sans précédent. Même s’il existe un décalage persistant avec la réalité du taux de salariés qui pratiquent assidûment sur leur lieu de travail (Pierre, 2015), la thématique du « sport en entreprise » est particulièrement en vogue. La couverture médiatique dont bénéficie ce sujet porteur est certes plus importante mais, au-delà, ce sont la multiplication des acteurs (mouvement sportif, formateurs indépendants, partenaires sociaux, mutuelles, etc.) qui s’y intéressent ainsi que la structuration d’un véritable marché qui matérialisent et justifient cet essor. Probablement plus que jamais, les entreprises et autres collectivités s’emploient, à des échelles et des degrés variables, à (re)mettre les corps en mouvement.

En effet, l’effervescence des débats autour du sport au travail, relayés par différents médias d’informations (presse professionnelle, magazines économiques, émissions thématiques sur les faits de société), témoigne du souci croissant attribué à la santé et au bien-être des salariés sur leur lieu de travail. Parmi les injonctions à l’activité physique, la santé et le bien-être font sans aucun doute figure de locomotive, devenant des arguments moteurs. Une santé que vient parfois sérieusement altérer l’activité productive, l’intensification des cadences matérialisée par la mode du lean management et ses effets néfastes, ainsi que les contraintes – financières et temporelles – imposées par un marché mondialisé (Pezé, 2013 ; Dejours, 2015). Par ailleurs, on observe que l’inactivité physique devient galopante dans une société de plus en plus sédentarisée. Or, les pratiques sportives apparaissent comme des moyens de prévenir voire, parfois, de compenser des déséquilibres – physiques et psychiques – engendrés par l’activité de travail.

Partant, il n’est pas surprenant d’observer la structuration d’un marché de prestations de services sportifs aux entreprises qui, balbutiant au début des années 1980, progresse significativement depuis les années 2000. Différents types d’acteurs (sociétés privées, organisations du mouvement sportif, formateurs indépendants, etc.) ciblent les salariés en particulier en leur proposant différents services, essentiellement récréatifs et ludiques, en prise sur l’activité physique. Par ailleurs, il faut noter que la digitalisation du sport en entreprise, qui s’organise de plus en plus de façon connectée avec des plateformes et des applications adaptées, n’est pas étrangère à cette évolution. De jeunes starts-up – comme celles de l’incubateur Le Tremplin (Gymlib, Yofitness…) ou d’autres comme Fysiki, Bonk Bok ou Kiplin – en ont fait leur fonds de commerce.

Relevons enfin que le sport en entreprise est un sujet qui demeure politique. En partie instrumentalisé, le sport était le terrain, notamment avant et après le deuxième conflit mondial, de luttes entre syndicats et patrons ; les deux se disputant parfois littéralement la propriété de clubs installés au sein d’une même entreprise (Davoust, Martinache, 2013). Mais son caractère politique s’est semble-t-il épaissi et déplacé. Si, en interne, les divers acteurs s’accordent désormais à dire que le sport est justement un des sujets les moins polémiques a priori, la diversité des processus par lesquels il se développe aujourd’hui tend à discréditer la thèse qu’il est imposé « par le haut ». Le discours ordinaire asséné et soutenu par une certaine presse économique et managériale contribue à naturaliser l’idée que le sport constitue une réponse évidente au stress au travail des salariés et soulève des questionnements latents. De plus, en dehors de l’enceinte des établissements de travail, on observe aisément des rivalités et des tensions entre les acteurs majeurs de la gouvernance du sport (Ministère des sports, CNOSF, fédérations unisport olympiques, fédérations multisports affinitaires) qui se disputent la paternité de la gestion et du pilotage du sport dans l’univers du travail.

Les apports scientifiques sur le sport au travail

D’un point de vue scientifique, il nous semble que la panoplie – toute relative – des recherches menées sur cette thématique peut être grossièrement réduite à trois grandes approches.

On observe tout d’abord un foisonnement de recherches historiques qui, bien que ne ciblant pas directement la pratique des sports dans les espaces de travail – à l’exception des contributions de P. Fridenson (1979, 1989) sur les ouvriers de l’automobile et le sport –, apportent un éclairage intéressant sur les pratiques récréatives dans les industries des XIXè et XXè siècles. En parcourant l’histoire du sport, plusieurs chercheurs élaborent un état des lieux de la pratique sportive et abordent la question de ses éventuels liens avec le monde de l’entreprise, particulièrement dans le secteur industriel. Certains montrent que l’apparition des sports (notamment en Angleterre) coïncide avec la montée du capitalisme libéral et du paternalisme social (Arnaud, 1998). La volonté des patronages de contrôler les corps en utilisant la gymnastique, participant ainsi à une éducation morale de la jeunesse, a exercé peu ou prou une influence sur le processus de diffusion du sport au travail (Arnaud, Camy, 1986 ; Defrance, 1976, 1998 ; Vigarello, 2002 ; Wahl, 1986, 1989). Certains historiens se consacrent à l’analyse des activités sportives d’une population donnée comme les ouvriers (Arnaud, 1994 ; Deletang, 1982, 1986, 1998 ; Pivato, 1994) ou, plus généralement, aux œuvres paternalistes qui utilisent, plus tard, les activités physiques à des fins hygiénistes et éducatives (Chartier, Vigarello, 1982 ; Noiriel, 1988). D’autres ciblent les employés comme Y. Léziart (1994) et montrent que le sport au travail se développe d’abord dans les grands magasins parisiens. En focalisant son analyse sur le Club Athlétique de la Société Générale (CASG), X. Breuil (2007) explique bien que le sport sert moins, pour les banquiers de l’époque, à améliorer le rendement des employés qu’à asseoir, à l’instar des « Palais d’argent », le prestige de leur établissement (et parfaire leur propre image par extension). On voit enfin émerger des contributions instructives sur les grandes industries du XIXè siècle comme Michelin (Bui-Xuan, 1995) ou Fiat avec la Juventus de Turin (Dietschy, 1997 ; Lanfranchi, 2004).

La thématique de la pratique sportive dans la sphère professionnelle a également attiré quelques sociologues soucieux de comprendre les enjeux de son introduction dans différents espaces de travail. Si J.-P. Callède (2007) a raison d’affirmer que « la question des sports dans l’entreprise reste très peu évoquée dans les travaux en sciences sociales », il n’en demeure pas moins que le terrain a été en partie défriché dès la fin des années 1990. Outre la célèbre contribution d’A. Ehrenberg (1991) – qui se pose en témoin du « mariage entre sport et entreprise » –, les thèses de B. Barbusse (1997), F. Burlot (1997), L. Pichot (1997) et C. Fourré (1999) sont les premières à démontrer les liens entre la pratique sportive et la culture d’entreprise – en analysant la contribution à sa construction. Elles soulignent également que la pratique sportive peut constituer un vecteur de communication et de cohésion interne (dans une perspective de gestion des ressources humaines). Ces recherches ont éclairé différents pans alors méconnus du sport au travail : le sport associatif d’entreprise, les séminaires et autres stages outdoor, les politiques de communication internes et externes ou encore les apports du sport sur les relations humaines. Enfin, d’autres travaux plus récents – Pierre (2009 ; 2015) – permettent de mieux saisir la genèse et les conditions de l’évolution des pratiques sportives dans les entreprises d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi d’appréhender l’espace des usages et des pratiques ainsi que les effets liés à l’avènement d’une offre sportive au travail.

Assez étonnamment, les contributions en sciences de gestion sont plus rares. Les analogies entre sport et entreprise sont plutôt appréhendées dans une perspective de transfert de connaissance sur les organisations (Chappelet, 1996 ; Camilli, Petit, Picq, 2002 ; Picq, 2005), y compris dans les publications anglo-saxonnes (Keidel, 1984 ; Liu, Srivastava, Woo Hong, 1998). T. Picq a, de son côté, réfléchi aux mécanismes de la performance collective en interrogeant, à la suite de B. Barbusse (1997), les transferts de connaissance entre l’univers de l’entreprise et celui d’un club de handball (Picq, 2005). Mais toutes ces contributions soulèvent encore nombre de questions.

Ce que dit la littérature anglo-saxonne

Les auteurs francophones ne citent que rarement (pour ne pas dire jamais) les contributions anglo-saxonnes sur la thématique du sport au travail. Cela ne signifie pas qu’elles sont inintéressantes, bien au contraire. Dès le début des années 1980, l’équipe de Cox et al. (1981) évalue l’influence d’un programme d’activités sportives sur l’état physique, la productivité et le taux d’absentéisme du personnel. Cette tendance à chiffrer précisément les hypothétiques gains financiers devient progressivement l’orientation dominante des travaux à l’échelle internationale. C’est dans les pays scandinaves, notamment au Danemark et en Suède, que les expérimentations sont les plus nombreuses et figurent parmi les plus abouties (Skovgaard, Berggren, 2000 ; Eichberg, 2008). En 2004, une équipe scandinave menée par K. Proper (2004) a montré qu’un investissement substantiel par salarié (430 €) dans un programme de promotion de l’activité physique sur le lieu de travail engendrait un bénéfice (635 €) lié à la réduction de l’absentéisme bien supérieur à l’investissement initial et, in fine, une économie annuelle par travailleur (205 €) non négligeable. Quant à U. Thiele Schwarz et H. Hasson (2011), ils ont effectué une expérimentation dans plusieurs centres de soins dentaires en Suède qui confirme les résultats précités : les salariés les plus sportifs voient leur nombre de journées d’arrêt de travail diminuer. Enfin, des chercheurs américains, travaillant sur des usines de PSA Peugeot Citroën, ont constaté les bénéfices – réels bien que limités – des activités physiques sur le corps des ouvriers (diminution de  la souffrance physique, augmentation de la souplesse et amélioration des fonctionnalités du dos).

Des questionnements en suspens

En dépit de ces contributions, en France, en Europe et à l’échelle internationale, quelques zones d’ombre apparaissent dans l’analyse de l’objet « sport au travail ». Par ailleurs, à ce stade de la revue de littérature, un certain nombre de questions restent sans réponses convaincantes.

Des terrains d’enquête en friche

On remarque tout d’abord que de nombreux espaces de travail demeurent inexplorés. Les principales recherches ont ciblé, assez logiquement, l’univers des grandes entreprises, en particulier celles du secteur tertiaire. Peu d’analyses ont observé le secteur industriel ou bien les activités déployées localement par les PME. Pourtant, dans le BTP, l’aéronautique et ailleurs, différentes initiatives impulsées depuis quelques années déjà mériteraient d’être examinées de plus près. Il en est de même pour les collectivités territoriales et les administrations qui restent indéniablement les parents pauvres des recherches sur cette thématique.

Un décalage entre les représentations et les réalités à analyser

On est ensuite en droit de se demander si l’importance que revêt le sport au travail est à la hauteur de la place qu’y consacrent les médias, et plus généralement, de « l’enthousiasme ambiant » qui règne autour du sport-santé dans l’univers professionnel ? En effet, alors que les enquêtes démographiques en France depuis le début des années 2000 mettent en évidence un taux de sportivité en croissance de la population, le taux de pratique sportive en entreprise dépasse péniblement 15% (Pierre, 2015). Quel est le sens de cet écart ? Quelles interprétations nous est-il possible d’avancer ? Faut-il comprendre que la mise en œuvre des activités sportives comporte des risques – lesquels ? – trop importants par rapport aux bénéfices escomptés ? Les espaces de travail où sont proposées des activités sportives seraient finalement des cas rares, relativement isolés et rassembleraient des conditions particulières nécessaires à leur développement. Ce n’est qu’une hypothèse qu’il nous importe de vérifier. Car si les raisons pour lesquelles une part importante des salariés ne souhaite pas s’impliquer dans les activités sportives sur le lieu de travail ont été identifiées (Pierre, 2009 et 2015 ; Pierre, Pichot, 2011) – contraintes matérielles, temporelles inhérentes à l’organisation du travail, freins psychologiques relatifs à la promiscuité avec les collègues et la hiérarchie, volonté de ne pas fragiliser la césure entre le temps professionnel et le temps de loisir, etc. –, il semble désormais utile de se concentrer sur les ressorts de l’offre de services de pratiques sportives proposés, si peu diffusés soient-ils. Faut-il rechercher dans les activités sportives elles-mêmes ou bien dans les modalités de leur mise en œuvre les ingrédients attractifs mobilisant les salariés ? Des raisons d’ordre psychosociologique les concernant expliquent-elles leur adhésion ? Le bien-être « partout et tout le temps » comme finalité conduit-il les salariés à la mobilisation et à l’activisme corporel ? Les activités sportives s’inscrivent-elles dans des stratégies managériales, des dynamiques de groupes de travail et par là, servent-elles des formes de liens et de reconnaissance recherchées par les salariés ? Tout bien considéré, si tant est que la notion de culture d’entreprise ne soit pas surannée, quelle peut être la contribution des activités sportives sur le lieu de travail à la culture et à l’identité de l’organisation ?

L’institutionnalisation du sport au travail en question(s)

De même, si l’institutionnalisation du sport a été mise en évidence et analysée au cours du XXè siècle (Defrance, 2004 ; Gasparini, 2007), quels sont les indicateurs qui nous permettent d’attester aujourd’hui l’institutionnalisation du sport en entreprise ? Le développement du sport en entreprise est-il en quelque sorte un décalque de l’essor des pratiques sportives dans la société française depuis les années 1960 ? Y répondre invite à saisir l’évolution des formes d’organisation prises par le sport en entreprise (internalisation versus externalisation de l’organisation des activités sportives ; dispositifs de gestion particuliers mis en œuvre, etc.). Les manières dont sont mises en œuvre les activités sportives dans l’entreprise ne s’inscrivent-elles pas finalement dans une tendance à dissimuler la verticalité du processus décisionnel et à démontrer l’horizontalité des relations de travail ? Autrement dit, le sport au travail, dans son organisation et son fonctionnement, reproduit-il la division du travail établie ou bien, au contraire, constitue-t-il un dispositif pour redéfinir la division sociale et morale du travail ? Voilà une question susceptible d’attirer la curiosité des chercheurs en sociologie du travail. Autant dire qu’il importe de savoir si la dimension politique du sport en entreprise s’est déplacée d’une problématique binaire des rapports de pouvoir entre le patronat et le salariat vers une redéfinition des rapports sociaux autrement qu’à partir des statuts occupés. Car ce qui se passe dans les espaces sportifs au travail peut, dans une certaine mesure, redéfinir les places occupées, les prérogatives et la crédibilité de chacun. En ce sens, quelles seraient les conditions de possibilité d’une redéfinition des rapports sociaux au travail par l’entremise du sport ? Si tant est qu’il soit possible de démontrer l’institutionnalisation du sport au travail, quelles seraient alors les formes prises par un tel processus ? Quel(s) rôle(s) peuvent jouer les « dispositifs de gestion » (Boussard et Maugeri, 2003 ; Lascoumes, Le Galès et alii., 2004) au sein d’une organisation intégrant les activités physiques au travail ? Les initiatives et les actions de développement du sport au travail peuvent-elles s’inscrire pour les porteurs de projets et être perçues par leurs destinataires autrement que dans un rapport productiviste (d’efficacité dans l’action) ou dans une logique purement rationnelle ?

Le sport, un outil de ré-enchantement au travail ?

La contribution proclamée du sport au bien-être des salariés ne participe-t-elle pas d’un processus d’enchantement au travail ? Dans cette direction, le sport ne doit-il pas être considéré comme un paravent, une réponse au désenchantement au travail ? Si tel est le cas, ne remplit-il pas dès lors une fonction compensatoire, de ré-enchantement ? Dans la lignée des travaux de F. Burlot (1999), ne contribue-t-il par à modifier les représentations des salariés, les images qu’ils ont d’eux-mêmes, de leurs collègues et de la société pour laquelle ils s’investissent parfois corps et âme. Par ailleurs, le sport comme objet d’intermédiation – c’est-à-dire vecteur d’informations, support de communication interne – et facteur de cohésion interne (cf. supra) ne peut-il pas être pensé comme une réponse à la dématérialisation des relations au sein de la sphère au travail, au primat des informations digitales ? Au fond, les activités physiques et corporelles ne jouent-elles pas le rôle d’un marchepied vers le « bien-vivre ensemble », ne sont-elles pas un révélateur d’attentes et besoins enfouis de relations, d’interactions physiques constitutives de formes de liens à renouveler ? Dans une telle perspective, sous quelles conditions et dans quelle configuration organisationnelle un management est possible, conciliant performances et bien-être au travail des salariés (Karsenty et alii, 2015) ?

Vers un nouveau paradigme de la performance collective au travail ?

Historiquement associé à la notion de performance entendue comme rapport productif, l’engagement des salariés dans les pratiques sportives conduit à penser autrement le rapport à la performance et à le resituer dans le cadre plus large du « développement personnel ». Mais la société du travail, infiltrée de part en part par une « nouvelle » idéologie de la performance (Heilbrunn, 2004), peut-elle justement s’affranchir de l’immixtion de la performance dans l’ensemble des sphères d’activité ?

D’une part, les mises en situation sportives favorisent-elles l’agir professionnel, la formation du « praticien réflexif » (Schön, 1996) capable d’analyser avec recul les enjeux des situations de travail, de développer des capabilités (Sen, 1985) et de faire partager des savoir-faire individuels et collectifs. Le temps du travail peut-il être en partie un temps d’éducation sportive, c’est-à-dire réunir les conditions favorables à l’apprentissage et l’expression de savoir-faire individuels et collectifs par l’activité physique et corporelle en situations tantôt sécurisées tantôt d’épreuve ?

D’autre part, au moment où il est question de performance collective au travail et de travail collaboratif, les activités sportives permettent-elles d’envisager le système contribution-rétribution sous un angle nouveau, en rupture non seulement avec le système productiviste taylorien mais aussi avec une société de travail marquée par le « nouvel » esprit du capitalisme (Boltanski et Chiapello, 1999) ? Le sport peut-il aider à concevoir le résultat autrement que dans la perspective d’un produit fini ? Dans cette direction, on est en droit de s’interroger sur les formes de reconnaissance attendues de la participation du salarié aux activités sportives et sur les effets produits quant à la nature des relations humaines sur le lieu de travail.

Quels dispositifs méthodologiques pour demain ?

La quasi intégralité des recherches évoquées ci-dessus se sont appuyées essentiellement sur un arsenal méthodologique « classique » mobilisant des enquêtes quantitatives par questionnaire et le plus souvent des entretiens menés avec les porteurs de projets sportifs dans l’entreprise. Plus rarement, les investigations ont eu recours à des techniques qualitatives d’observation ethnographique. Pourtant, les questionnements en cours encouragent les analyses processuelles de mise en œuvre du sport au travail et, partant, des méthodologies qualitatives croisées visant à relever les pratiques et les comportements « en train de se faire » d’une part et, indissociablement, les raisons pour lesquelles les acteurs sociaux, quel que soit leur statut au travail, s’engagent dans les activités sportives sans se départir des significations qu’ils attribuent à leur investissement d’autre part. Cette perspective qualitative n’est pas sans soulever des interrogations quant à l’objectivation des comportements observés. En effet, le chercheur peut-il observer sans participer aux activités sportives en adoptant une posture de neutralité ? L’observateur non salarié de l’organisation pourra-t-il éviter d’être suspecté de participer à un processus d’évaluation ou de contrôle élaboré par la direction de l’organisation et d’être perçu comme un satellite du pouvoir dans un contexte ambiant d’évaluation permanente et de reporting ? Différemment, l’observateur peut-il être un acteur participant autrement qu’en se présentant comme un professionnel de l’encadrement ? Auquel cas présenterait-il les attributs lui permettant de tenir ce rang ? Avec quel statut l’analyste peut-il engager des discussions, mener des entretiens avec les salariés sans produire des effets d’entraînement ou, au contraire, d’inhibition chez les répondants. Les univers de travail, peu enclins à être permissifs à l’observation et l’analyse, si ce n’est dans le cadre de recherches-actions déclenchées pour résoudre des dysfonctionnements ou des conflits, exigent une réflexion préalable sur les dispositifs et les protocoles méthodologiques (voire les stratégies de présentation) à mobiliser pour mener des études – notamment sociologiques – robustes.

À partir d’un état de la recherche aussi précis qu’exhaustif, ce colloque doit permettre non seulement de dégager des lignes de force, des tendances lourdes sur l’émergence et le déroulement des activités sportives au travail, mais aussi d’afficher des ambitions programmatiques tout à la fois théoriques et méthodologiques stimulant les équipes de chercheurs réunis autour de cette question.

Public visé

Ce colloque peut intéresser plusieurs publics : les cadres et les dirigeants d’entreprise y trouveront des éléments de réflexion pour définir et repenser leurs modes de management, favoriser la motivation et l’engagement de leurs collaborateurs. Les acteurs du mouvement sportif associatif ainsi que les professionnels de la santé sont également intéressés par ces thématiques en vogue. Enfin, les chercheurs, les enseignants, les doctorants et les étudiants de master en sciences humaines et sociales, en sciences de gestion mais aussi en STAPS y puiseront à la fois des ancrages théoriques, des pratiques méthodologiques et des études de cas stimulantes. 

Modalités de soumission

Les propositions de communication, de 5 000 signes maximum (espaces compris), sont attendues

pour le 31 mai 2016.

Elles sont à adresser par voie électronique à julien.pierre@unistra.fr et pichot@unistra.fr. Les auteurs sont invités à faire des propositions se basant sur un travail de recherche original et à détailler les matériaux empiriques et la littérature sur lesquels ils envisagent de s’appuyer.

Ils recevront une réponse au plus tard le 15 juin 2016.

Contacts

  • Julien PIERRE, julien.pierre@unistra.fr 06 08 93 57 62
  • Lilian PICHOT pichot@unistra.fr, 03 68 85 64 54

Conseil scientifique

  • Isabelle Barth, Professeure des universités, laboratoire Humanis, École de Management de Strasbourg (EA 1347)
  • Valérie Boussard, Professeure des universités, Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société (IDHES – UMR 8533), Université Paris-Ouest Nanterre
  • Jean-Paul Callède, Chargé de recherche CNRS, Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique, Université Paris 4
  • Jacques Defrance, Professeur des universités, Centre de sociologie européenne, Université Paris-Ouest Nanterre
  • Marie-Anne Dujarier, Maître de conférences HDR, Laboratoire Interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE - UMR CNAM CNRS), Université Paris Sorbonne Nouvelle
  • Sébastien Fleuriel, Professeur des universités, CLERSE (UMR CNRS 8019), Université de Lille 1
  • Patrick Fridenson, Directeur d'études EHESS, Centre de recherches historiques (UMR 8558)
  • William Gasparini, Professeur des universités, Unité de recherche « Sport et sciences sociales » (EA 1342), Université de Strasbourg
  • Benoît Heilbrunn, Professeur de marketing, ESCP Europe
  • Marina Honta, Professeure des universités, Laboratoire Cultures Éducation Sociétés (EA 4140), Université de Bordeaux
  • Lionel Jacquot, Professeur des universités, Laboratoire lorrain de sciences sociales (EA 3478), Université de Lorraine
  • Michel Koebel, Maître de conférences HDR, Unité de recherche « Sport et sciences sociales » (EA 1342), Université de Strasbourg
  • Luc Marco, Professeur des universités, Centre d’économie, CNRS (UMR 7234), Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité
  • Bernard Massiera, Maître de conférences HDR, Laboratoire LAMHESS (EA 6309), Université de Nice
  • Sylvie Monchatre, Maître de conférences, Laboratoire SAGE, Université de Strasbourg
  • Claire Perrin, Maître de conférences HDR, Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (L-ViS), Université Lyon 1
  • Jean Saint-Martin, Professeur des universités, Unité de recherche « Sport et sciences sociales » (EA 1342), Université de Strasbourg
  • Bastien Soulé, Professeur des universités, Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport (L-ViS), Université Lyon 1
  • Gary Tribou, Professeur des universités, Unité de recherche « Sport et sciences sociales » (EA 1342), Université de Strasbourg
  • Pascal Ughetto, Professeur des universités, Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS), Université Paris-Est-Marne-la-Vallée
  • Gilles Vieille-Marchiset, Professeur des universités, Unité de recherche « Sport et sciences sociales » (EA 1342), université de Strasbourg
  • Michel Villette, Professeur de sociologie à Agro-ParisTech, Centre Maurice Halbwachs (ENS/EHESS/
  • Anne Vuillemin, Professeure des universités, Laboratoire APEMAC(EA4360), Universitéde Lorraine

Bibliographie indicative

  • ARNAUD Pierre, CAMY Jean (dir.) (1986), La naissance du mouvement sportif associatif en France. Sociabilités et formes de pratiques sportives, éditions PUL, Lyon.
  • ARNAUD Pierre (dir.) (1994), Les origines du sport ouvrier en Europe, éditions L’Harmattan, collection Espaces et Temps du sport, Paris.
  • ARNAUD Pierre (dir.) (1998), Les athlètes de la république. Gymnastique, sport et idéologie républicaine : 1870-1914, éditions L’Harmattan, collection Espaces et temps du sport, Paris, 2è édition [1987].
  • BARBUSSE Béatrice (1997), Sport et entreprise : des apports réciproques en matière de gestion des ressources humaines, thèse de doctorat en STAPS, 2 tomes, Université René Descartes, Paris V.
  • BOLTANSKI Luc, CHIAPELLO Eve (1999), Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, Paris.
  • BOUSSARD Valérie, MAUGERI Salvatore (dir.) (2003), Du politique dans les organisations. Sociologie des dispositifs de gestion, L’Harmattan, Paris.
  • BREUIL Xavier (2007), « Aux origines de la culture rugbystique de la Société Générale : le CASG et la pratique de l’ovale entre 1903 et 1940 », in J.-Y. Guillain, P. Porte (dir.), La Planète est rugby. Regards croisés sur l’ovalie, Paris-Biarritz, Musée National du Sport-Atlantica, pp. 113-126.
  • BUI-XUAN Gilles (1995), « Les écoles Michelin optent pour la méthode naturelle », in P. Arnaud, J.-P. Clément et M. Herr, Éducation physique et sport en France 1920-1980, éditions AFRAPS, Clermont-Ferrand, pp. 61-77.
  • BURLOT Fabrice (1997), Le sport en entreprise, un outil de cohésion interne. Enjeux identitaires et mécanismes idéologiques, thèse de doctorat en STAPS, Université de Paris XI.
  • CALLÈDE Jean-Paul (2007), La sociologie française et la pratique sportive (1875-2005), Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, Pessac.
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  • DEFRANCE Jacques (1976), « Esquisse d’une histoire sociale de la gymnastique (1760- 1870) », Actes de la Recherche en Sciences Sociales, vol. 2, n°6, pp. 22-46.
  • DEFRANCE Jacques (1998), « Patronat, patronage et patriotisme », in P. Arnaud (dir.), Les athlètes de la république. Gymnastique, sport et idéologie républicaine : 1870-1914, éditions L’Harmattan, collection Espaces et temps du sport, Paris, pp. 223-233.
  • DEFRANCE Jacques (2004), « Les institutions sportives », in P. Tronquoy (coord.), Sport et société, Cahiers français, La Documentation Française, n°320, mai-juin, pp. 11-15.
  • DEJOURS Christophe (2015), Le choix : souffrir au travail n'est pas une fatalité, Bayard Jeunesse, collection Essais document, Paris.
  • DELETANG Bernard (1982), « Le mouvement sportif ouvrier. Première partie : une histoire dans l’histoire », Revue EPS, n°177, pp. 33-35.
  • DELETANG Bernard (1986), « Sport travailliste et sport corporatif. Ou la laborieuse implantation du sport dans le monde du travail », Revue EPS, n°200-201, juillet-octobre, pp. 111-112.
  • DELETANG Bernard (1998), « Le mouvement sportif ouvrier. La république à l’épreuve du socialisme », in P. Arnaud (dir.), Les athlètes de la république. Gymnastique, sport et idéologie républicaine : 1870-1914, éditions L’Harmattan, collection Espaces et temps du sport, Paris, pp. 341-357.
  • DIETSCHY Pierre (1997), Football et société à Turin, 1920-1960, thèse de doctorat en Histoire, Université de Lyon II.
  • EHRENBERG Alain (1991), Le culte de la performance, éditions Hachette, collection Pluriel, Paris.
  • EICHBERG Henning (2008), « Organizing sports around the workplace. Some experiences from Scandinavian company sport », Ido - Ruch dla Kultury, n°8, p. 60-65.
  • FOURRÉ Catherine (1999), Mise en scène de la métaphore sportive dans la formation professionnelle. L’exemple des stages « outdoor » organisés pour les cadres d’entreprise, thèse de doctorat en STAPS, Université Paul Sabatier, Toulouse.
  • GASPARINI William (dir.) (2007), L’institutionnalisation des pratiques sportives et de loisir, éditions Le Manuscrit, collection Université-Recherche, Paris.
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Lieux

  • Salle de Conférence, Maison Interuniversitaire des Sciences de l’Homme - Alsace
    Strasbourg, France (67)

Dates

  • mardi 31 mai 2016

Mots-clés

  • sport, entreprise, travail, santé, motivation, performance, institutionnalisation

Contacts

  • Julien Pierre
    courriel : julien [dot] pierre [at] unistra [dot] fr

Source de l'information

  • Julien Pierre
    courriel : julien [dot] pierre [at] unistra [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sport au travail : état de la recherche », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 22 février 2016, http://calenda.org/357008