AccueilFrontières mouvantes : explorer l’originalité francophone des pratiques, théories et langages des organisations publiques

Frontières mouvantes : explorer l’originalité francophone des pratiques, théories et langages des organisations publiques

Moving borders: exploring Francophone originality in practices, theories and languages of public organisation

Séminaire Francophone du Groupe européen d'administration publique (GEAP)

Francophone seminar of the Groupe européen d'administration publique (GEAP)

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Publié le mercredi 02 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Lors des sessions du séminaire francophone à Toulouse en 2015, l’originalité des pratiques et des théories francophones a été mise en relief à travers des débats sur les conséquences de la diversité des langues en administration publique, et des contributions sur les spécificités doctrinales, théoriques et empiriques de la science administrative francophone. Ces expériences nous amènent à développer le programme de recherche 2015-2018 du séminaire francophone afin d’approfondir les travaux entamés et d’encourager d’autres chercheurs à y contribuer.

Annonce

Lors des sessions du séminaire francophone à Toulouse en 2015, l’originalité des pratiques et des théories francophones a été mise en relief à travers des débats sur les conséquences de la diversité des langues en administration publique, et des contributions sur les spécificités doctrinales, théoriques et empiriques de la science administrative francophone.

Ces expériences nous amènent à développer le programme de recherche 2015-2018 du séminaire francophone afin d’approfondir les travaux entamés et d’encourager d’autres chercheurs à y contribuer.

Programme de recherche 2015-2018 du Séminaire Francophone du GEAP

Le séminaire va interroger la consistance de l’aire francophone du management public, ses réactions au NPM, et surtout sa contribution à la découverte de nouveaux horizons dans le dialogue européen des sciences administratives. Dans ces échanges, les descriptions, comme les tests d’hypothèses, les travaux empiriques comme les réflexions de fond, l’exploration de l’existant comme la prospective sont également bienvenues. En particulier, les démarches comparatives ou celles mettant en lumière l’originalité des expériences de terrain ou des conceptions et doctrines administratives et gestionnaires, seront bienvenues. Un certain nombre de thématiques notamment, s’inscrivent dans la continuité des travaux précédents, ou paraissent porteuses de développements nouveaux :

  • Existe-t-il en administration publique des concepts académiques ou des traditions pratiques d’extraction francophone, ou apparues en réaction à l’influence française, auxquels on peut reconnaître une histoire originale et une diffusion propre ? Quels sont les contours d’une francophonie administrative ?
  • Peut-on entrevoir d’ores et déjà des hybridations nouvelles, sources d’innovation au sein de la francosphère et dans son dialogue avec les autres traditions administratives?
  • Dans l’administration européenne, comment se concurrencent ou se composent des caractéristiques issues de différentes traditions, voire des caractéristiques nouvelles ?
  • Face aux défis actuels, comment se transforment les conceptions de l’Etat, telles qu’elles se manifestent dans les administrations centrales, les collectivités locales, ou des secteurs d’intérêt général ; justice, éducation, énergie, transport...
  • Quels modèles de gouvernance, quels outils et solutions sont proposés pour encadrer ou résoudre les problèmes complexes («wicked problems») de nos sociétés contemporaines fragmentées et interconnectées?
  • Y a-t-il des originalités dans la manière d’affronter les situations de crise, par exemple la communication de crise, les restrictions budgétaires, les diminutions de personnel ou le changement de leur statut, ou encore la création, la délégation ou l’abandon de certaines missions ?
  • Quelles leçons tire-t-on d’un siècle de réformes ? Faut-il changer le changement ?

Ces thématiques apparaissent soit comme intrinsèquement liées à l’environnement administratif et académique francophone, soit susceptibles d’y recevoir un éclairage particulier. C’est en ce sens que nous invitons les contributeurs à les envisager et à les élargir dans le cadre de cet appel.

La méthode du Séminaire Francophone : une ambition comparative

Par delà les approches culturalistes classiques, les mondes professionnels et de la recherche dénotent un regain d’intérêt pour les démarches comparatives, non seulement entre les sphères anglophone et francophone, mais aussi entre les diverses traditions francophones, ou avec des administrations soumises à une pluralité d’influences (notamment dans les pays en voie de développement et les organisations internationales). Les objets d’influence sont variés : institutions (filières de recrutement, modes de délégation, institutions de contrôle...), pratiques de gestion des organisations (méthodes de GRH, modes de gestion et pilotage de la performance, pratiques de communication...), politiques publiques et programmes de réformes entre autres. Mais des questions communes traversent ces recherches comparatives : quelle était l’influence de l’ordre constitutionnel, des institutions et des méthodes de gestion d’origine napoléonienne ? Ces éléments constituent-ils des références fortes, voire « naturelles » ?

L’analyse des influences à l’intérieur même de la sphère francophone crée un renversement de perspective : il ne s’agit plus ici d’étudier une tradition francophone soi-disant marginalisée par rapport aux références anglo-saxonnes, mais bien de rendre compte de mécanismes d’influence, voire de dominance, et aussi de dynamiques locales autonomes,
à l’intérieur même de la francophonie. En ouvrant sur des recherches moins polarisées, cette perspective est féconde.

Ces analyses comparatives font aussi apparaître des difficultés. D’abord, comment mesurer l’influence de modèles organisationnels ou administratifs ? Les méthodes empruntent à différentes disciplines. On peut ainsi reconnaître des démarches historiques (antériorité et séquence des discours et des documents, canaux de diffusion, analyses textuelles d’éléments de langage voyageant entre les institutions...), des démarches institutionnalistes inspirées par le droit et les sciences politiques repérant systématiquement les similarités et les différences des structures et institutions formelles, ou encore des démarches plus sociologiques analysant des trajectoires d’acteurs, des rôles de médiation individuels ou organisationnels. Néanmoins, toutes ces démarches demandaient à être approfondies, ce qui renvoie à des enjeux méthodologiques : les recherches comparatives sont ambitieuses, et les chercheurs doivent s’équiper pour les traiter de manière rigoureuse.

Le cadre théorique de la comparaison pose également question. La référence aux mécanismes isomorphiques de diMaggio et Powell (1991) est constante, mais est- elle suffisante, ou même toujours adéquate ? Les cadres conceptuels devraient s’ouvrir vers d’autres analyses de type centre-périphérie (Keim, 2010), recourir aux référentiels, médiateurs et communautés épistémiques (Jobert & Muller, 1987; Simoulin, 2015), renvoyer au poids des instruments (Le Galès, Lascoumes, & Halpern, 2014)... Le choix même du cadre théorique et des méthodes est susceptible d’être réfléchi sous l’angle comparatif.

«Traduire» les faits et les contextes, généraliser, intéresser

Par ailleurs, la comparaison n’est pas la seule manière de contribuer au programme de recherche actuel du séminaire francophone du GEAP. L’originalité des pratiques, ou simplement leur contingence, la manière dont les comportements organisationnels locaux échappent aux modèles extérieurs, l’innovation enracinée dans des cultures formalisées ou peu visibles, tout cela est susceptible d’être étudié directement par des études de cas ou des enquêtes plus étendues.

Les thématiques du management public et de l’administration publique sont toutes susceptibles d’être étudiées sous cet angle : gestion des ressources humaines, leadership, mesure de la performance, communication avec les publics, questions éthiques et déontologiques, responsabilités politiques et administratives, stratégie et conception des politiques, modes de délégation, procédures budgétaires, contrôle juridictionnel, etc. Tout en énumérant ces champs, on mesure à quel point ils sont connotés, dans leur appellation, par le langage disciplinaire des sciences de gestion, des sciences administratives, dans leurs contextes culturels disciplinaires et nationaux respectifs.

Le chercheur se trouve alors face au défi de faire percevoir l’intérêt plus large de pratiques enracinées dans le contexte local spécifique qu’il étudie. La difficulté est certes épistémologique : c’est la robustesse de la généralisation, la validité externe des résultats, l’induction à partir du matériau empirique, la validation ou la falsification de théories partagées.

La difficulté est cependant aussi stratégique : les collègues – chercheurs ou praticiens – représentés dans les réseaux scientifiques sont habitués à leurs catégories, partagent des rituels et épreuves de validation conventionnels, et usent d’un langage ou du moins d’un vocabulaire commun. Comment les convaincre de l’intérêt d’une nouvelle perspective, d’un nouveau concept, d’une expérience de terrain originale ? Certes, le chercheur peut utiliser les schémas de communication convenus, mais cela ne sera pas toujours suffisant. Dans la perspective de la théorie de l’acteur-réseau (Latour, 2005), ou des science studies (Law, 2008), la réussite de cette épreuve n’est pas qu’affaire de « qualité scientifique » désincarnée. Elle dépend aussi de la capacité du chercheur à mettre en scène, à trouver des appuis matériels, à faire parler « ses faits » d’une manière qui va intéresser et convaincre ses auditeurs et lecteurs.

Gageons que de ce point de vue, le séminaire francophone offre une attention et une hospitalité (Ciborra, 1997) à des chercheurs qui souhaitent cultiver leurs idées. Cet engagement à l’ouverture s’obtient par l’effet de la langue commune qui réduit les obstacles liés à la traduction (Wolf & Fukari, 2007), joint à une sensibilité à des analyses non-orthodoxes ou peu présentes dans la littérature mainstream.

Proposition de communication

  • Abstract by e-mail : 15 April 2016

  • Decision by co-Chairs : 5 May 2016
  • Completed papers : 31 July 2016

Submission of proposals should be made online via the tab “registration-submission” : http://egpa-conference2016.org/registration-submission/

Nous invitons les chercheurs et les praticiens à nous communiquer par le biais du site Internet du congrès un résumé de deux pages maximum en respectant les intitulés suivants :
• Titre de la communication
• Les thèmes ou mots clés
• La problématique soulevée
• Un résumé des méthodes de recherche et/ou approche empirique utilisée
• Les résultats avancés
• Les références sélectives
• Le nom des auteurs, le nom des Universités ou organisations et les coordonnées (Adresse, E-mail, N° téléphone)

Évaluateurs des propositions

Les évaluations des propositions se font par les responsables scientifiques des différents sous-groupes du séminaire du GEAP

La liste des évaluateurs pour chaque groupe est disponible à cette adresse : http://egpa-conference2016.org/registration-submission/

Références

Ciborra, C. (1997). De profundis? Deconstructing the concept of strategic alignment. Scandinavian journal of information systems, 9(1), 67-82.
Jobert, B., & Muller, P. (1987). L’Etat en action. Paris: Presses Universitaires de France.
Keim, W. (2010). Pour un modèle centre-périphérie dans les sciences sociales. Revue d’anthropologie des connaissances, Vol 4, n° 3(3), 570-598.
Latour, B. (2005). Reassembling the Social-An Introduction to Actor-Network-Theory. Oxford University Press.
Law, J. (2008). On sociology and STS. The Sociological Review, 56(4), 623-649.
Le Galès, P., Lascoumes, P., & Halpern, C. (2014). L’instrumentation de l’action publique: controverses, résistances, effets. Paris: Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.
Powell, W. W., & DiMaggio, P. J. (1991). The new institutionalism in organizational analysis. University of Chicago Press.
Simoulin, V. (2015). La gouvernance «à la française» : une spécificité des pratiques ou des regards ? Présenté à European Group for Public Administration 2015 Annual Conference - Lost in translation: Exploring francophone originality in Public Administration practices, theories, and language, Toulouse.
Wolf, M., & Fukari, A. (Éd.). (2007). Constructing a Sociology of Translation. Amsterdam / Philadelphia: John Benjamins Publishing.

Lieux

  • Utrecht, Pays-Bas

Dates

  • vendredi 15 avril 2016

Mots-clés

  • administration publique, gestion, francophonie, culture administrative, politique publique, public management

Contacts

  • Jan Mattijs
    courriel : jan [dot] mattijs [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Jan Mattijs
    courriel : jan [dot] mattijs [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Frontières mouvantes : explorer l’originalité francophone des pratiques, théories et langages des organisations publiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 02 mars 2016, http://calenda.org/358178