AccueilLes pratiques corporelles : des prismes pour étudier la construction des rapports de pouvoir en Amérique latine et dans les Caraïbes

Les pratiques corporelles : des prismes pour étudier la construction des rapports de pouvoir en Amérique latine et dans les Caraïbes

Corporeal practices - prisms for studying the construction of power relations in Latin America and in the Caribbean

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Publié le jeudi 10 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Le laboratoire junior EIRALC (Empires, impérialismes et résistances en Amérique latine et dans les Caraïbes) propose, pour sa deuxième journée d’études, de réfléchir aux rapports de pouvoir en Amérique latine et dans les Caraïbes à travers le prisme du corps. Les « techniques du corps » (Mauss, 1936), les gestes de la vie quotidienne et du travail, les attitudes, les violences physiques, les usages vestimentaires, les tatouages, les scarifications, la consommation d’un certain type de nourriture ou encore de substances psychotropes et bien d’autres pratiques peuvent être un outil de compréhension des sociétés latino-américaines et caribéennes de la conquête à nos jours.

Annonce

  • STARACO- Université de Nantes
  • EIRALC- ENS de Lyon
  • 10 juin à Nantes

Argumentaire

Le laboratoire junior EIRALC propose, pour sa deuxième journée d’études, de réfléchir aux rapports de pouvoir en Amérique latine et dans les Caraïbes à travers le prisme du corps. Les « techniques du corps » (MAUSS, 1936), les gestes de la vie quotidienne et du travail, les attitudes, les violences physiques, les usages vestimentaires, les tatouages, les scarifications, la consommation d’un certain type de nourriture ou encore de substances psychotropes et bien d’autres pratiques peuvent être un outil de compréhension des sociétés latino-américaines et caribéennes de la conquête à nos jours. Il s’agit en particulier d’appréhender la façon dont les individus et les groupes, par leurs pratiques corporelles, se positionnent et réagissent face à un pouvoir ou l’exercent. Ce sera l’occasion d’examiner des enjeux tant conceptuels que méthodologiques permettant de penser ces pratiques.

D’une part, analyser les différentes modalités de confrontation avec le pouvoir permet de réfléchir aux outils conceptuels forgés par les sciences humaines et sociales. EIRALC souhaite approfondir la question des résistances, en envisageant la diversité de leurs formes mais aussi en pointant les limites de cette catégorie. Le détour par d’autres concepts – répertoire d’actions, hybridation, accommodation, réappropriation, contre-acculturation, etc. – permettra notamment d’envisager des situations qui échappent à l’opposition binaire consentement/résistance. Ainsi le corps peut être étudié comme un vecteur et pas seulement comme un instrument du pouvoir ; le corps n’est pas que le produit de rapports de force, mais l’agent qui contribue à leur production (LECERCLE, 2006). C’est pourquoi le corps sera envisagé comme “récepteur de processus constitutifs”, et comme sujet actif qui détermine des normes (HERRING TORRES, 2008). Nombre de travaux récents insistent sur la nécessité de penser la question du biopolitique comme l’un des cadres d’analyse fondamentaux des rapports de pouvoir dans l’Amérique latine et les Caraïbes (PEDRAZA GOMEZ, 2004; ESCOBAR CAJAMARCA, 2013).

D’autre part, travailler sur des pratiques permet d’envisager des actions qui obéissent à « une logique qui s’effectue directement dans la gymnastique corporelle » (BOURDIEU, 1994) et d’entrevoir ainsi des formes de résistance qui ne passent pas nécessairement par le discours et/ou par une conceptualisation. Il s’agira dès lors de confronter différentes méthodes issues des sciences sociales (pratiques de « terrain », analyse d’archives, fouilles archéologiques, etc.) et de réfléchir au positionnement du chercheur par rapport à son objet d’étude pour comprendre comment et jusqu’où la recherche permet de restituer la logique, la signification, des pratiques évoquées.

À partir de ces deux grands enjeux et du large cadre géographique et chronologique choisi par le laboratoire – l’Amérique latine et les Caraïbes, de la période coloniale au temps présent – les communications pourront aborder les rapports de pouvoir sous différents angles. Citons par exemple, les relations de travail ou la construction et réappropriation des normes de genre, de race, et de classe. Enfin, associé jusqu’à l’excès à une exceptionnalité latino-américaine et caribéenne, le métissage est un phénomène culturel ayant fait l’objet d’une surabondance de discours, valorisant ou dénigrant ses manifestations corporelles. L’intensité des débats et des approches théoriques à ce sujet pourra être analysée dans la production littéraire, par exemple à propos des nombreuses relectures de The Tempest de William Shakespeare en Amérique latine et dans les Caraïbes (JÁUREGUI, 2008), à partir du célèbre Ariel de Rodó, jusqu’aux aux appropriations féministes comme celle de Gloria Anzaldúa dans The New Mestiza, en passant par Calibán de Roberto Fernández Retamar (ou Une tempête d’Aimé Césaire); la question est également abordée dans l’oeuvre des célèbres critiques littéraires Antonio Cornejo Polar et Ángel Rama. Elle prend chez eux la forme de concepts tels que heterogeneidad (CORNEJO POLAR, 1994) ou transculturación (RAMA, 1984).  La question du métissage pourra également être étudiée dans le domaine artistique et dans les sciences sociales. Ou bien la question de la construction du pouvoir à partir du corps politique, dans le sens de la construction du collectif par l’engagement, par le militantisme. Corps politique qui peut se tenir en résistance vis-à-vis du pouvoir central, ou bien en avoir un lien de collaboration mutuelle avec lui. La mise en scène de cet engagement, de cette organisation, est aussi partie des inquiétudes vis-à-vis des pratiques corporelles (GOIRAND, 2015). Les pratiques de résistance pourront également être abordées dans le domaine artistique, notamment par le prisme de la théorie de la performance. Par exemple, dans le théâtre comme dans l’art contemporain, nombreuses sont les « re-mises en scène de la mémoire traumatisante» (TAYLOR, 2005) de la disparition forcée des corps dans les Etats dictatoriaux latino-américains.

Bibliographie indicative

ANZALDUA, Gloria, Borderlands/La Frontera. The New Mestiza,San Francisco, Aunt Lute Books, 1999

BOURDIEU, Pierre, Raisons pratiquesSur la théorie de l’action, Paris, Seuil, 1994

CORNEJO POLAR, (1994), Escribir en el aire. Ensayo sobre la heterogeneidad socio-cultural en las literaturas andinas, Lima, (CELACP)-Latinoamericana Editores, 2003 (2da edición)

ESCOBAR CAJAMARCA, Manuel Roberto, La politización del cuerpo subjetividades trans en resistencia, Nómadas, Bogotá, 2013

GOIRAND, Camille, « Rituels démocratiques et mise en scène de la participation populaire dans les assemblées du budget participatif à Recife (Brésil) », Participations 2015/1 (N° 11), p. 53-85

HERRING TORRES, Max, Cuerpos anómalos, Bogotá, Universidad Nacional de Colombia, 2008

JAUREGUI Carlos A., Canibalia. Canibalismo, calibalismo, antropofagia cultural y consumo en América Latina, Madrid, Iberoamericana, 2008

LECERCLE, A marxist philosophy of language, ELLIOT Gregory (trad.), Leiden and Boston, Brill, 2006

MAUSS, Marcel (1984), « Les techniques du corps » [1934], in Sociologie et anthropologie,  Paris, PUF, Quadrige, 1950, pp. 365–386

PEDRAZA GOMEZ, Zandra,  « El régimen biopolítico en América Latina. Cuerpo y pensamiento social »in Iberoamericana. America Latina - España - Portugal, 2004, no. 15, pp. 7-20

RAMA (1984), Transculturación narrativa en América Latina, Buenos Aires, Ediciones El Andariego, 2008

RETAMAR, Roberto Fernández, Calibán : apuntes sobre la cultura en nuestra América, Mexico, Editorial Diogenes, 1974

TAYLOR, Diana, ““El espectáculo de la memoria: trauma, performance y política”, Hemispheric Institute, NY, 2005.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (2500 signes maximum) doivent être envoyées

avant le 1er mai 2016

à l'adresse suivante: labojunior.eiralc@gmail.com

Le choix des communications sélectionnées sera communiqué avant le 10 mai 2016. 

Comité responsable pour la sélection des communications

  • DUCOUX Antoine – Élève à l’ENS de Lyon, Lecteur de langue française à Harvard University
  • HERRERA Morgana – Doctorante en Études Hispanophones, Université Toulouse Jean Jaurès, FRAMESPA
  • JOYEUX Anne – Doctorante en Études Hispanophones, Institut d’Études Ibériques, Université Paris IV
  • LEMA SILVA Laura – Doctorante en Études Hispanophones, Université Lumière Lyon II, Institut des Amériques
  • SPILLEMAEKER Frédéric – Doctorant en Histoire, Université de Nantes, Centre de recherches en histoire internationale et Atlantique

Lieux

  • Université de Nantes
    Nantes, France (44)

Dates

  • dimanche 01 mai 2016

Mots-clés

  • corps, pratique, race, genre, sexualité, Caraïbes, Antilles

Contacts

  • Frédéric Spillemaeker
    courriel : fspillemaeker [at] gmail [dot] com
  • Laura Lema Silva
    courriel : lauralema [dot] s [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Laura Lema Silva
    courriel : lauralema [dot] s [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les pratiques corporelles : des prismes pour étudier la construction des rapports de pouvoir en Amérique latine et dans les Caraïbes », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 10 mars 2016, http://calenda.org/358632