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Politiques et usages critiques des images d’archives

Politics and critical uses of archive images

L’œuvre de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi

The work of Yervant Gianikian and Angela Ricci Lucchi

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Publié le jeudi 24 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque ambitionne de former une discussion transdisciplinaire autour de l’usage politique et critique des images d'archives filmiques, en l'abordant à partir de l'œuvre de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi. Depuis leur rencontre en 1975, ils ont élaboré une œuvre remarquable, au sens littéral du terme, par la pluralité des supports au sein desquels elle se déploie – remploi d’archives filmiques, installations, carnets de terrains, journaux filmés, aquarelles – et par la pluralité des sujets politiques et historiques qu’ils ont ainsi traités – guerre, génocide, colonialisme – par un travail minutieux de la matière filmique et vidéographique.

Annonce

Argumentaire


Prévu les 25 et 26 octobre 2016 à l'EHESS en partenariat avec le Centre Pompidou, ce colloque ambitionne de former une discussion transdisciplinaire autour de l’usage politique et critique des images d'archives filmiques, en l'abordant à partir de l'œuvre de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi.. Cet appel s'adresse à des chercheurs et jeunes chercheurs issus des disciplines telles que l’histoire et théorie du cinéma, l’histoire de l’art, l’histoire, l’anthropologie et l’anthropologie visuelle, ainsi qu’aux acteurs (critiques de cinéma, artistes et curateurs) qui ont rencontré l’œuvre des cinéastes aux différents moments de leur parcours.

À la faveur de la rétrospective complète des œuvres des cinéastes au Centre Pompidou (automne 2015) et de la parution de leurs nombreux écrits et carnets de travail chez Post-Éditions (Notre caméra analytique. Mise en catalogue des images et objets), nous souhaitons créer un lieu de discussion pour envisager l'intégralité de leur travail, ses continuités, ses changements.

Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi ont réalisé plusieurs vidéos et des journaux écrits et filmés lors de différents voyages mais se sont toujours défendus d'être des « archéologues ou des anthropologues » (Gianikian, Ricci Lucchi, 2015). Par leur « aller et retour entre puissances de la masse et saisissement de l’être individuel, avec tous les états intermédiaires concevables » (Bellour, 2012/2001), les cinéastes défient les catégories et les échelles d’analyse consacrées dans le champ des sciences sociales, mais aussi la manière dont l’anthropologie et l’histoire peuvent repenser leur grille de lecture au contact des « films artistiques d’archives » (Blümlinger, 2013). Si les images trouvées par les cinéastes tracent une histoire de la visualité, les disciplines concernées par ces corpus semblent avoir du mal à saisir toutes les dimensions de leur travail formel.

Le catalogue d'images trouvées constitué par les cinéastes ouvre également la voie à des études historiographiques et ethnographiques des usages sociaux et politiques des imageries fascistes et colonialistes. Par leur travail minutieux et artisanal parmi diverses archives filmiques, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi ont exhumé et remployé des images réalisées entre la fin du XIXème siècle et les années 1970. Cet appel encourage à interroger à la fois les régimes d’historicité des images collectées, la « conception de l’archive » (Blümlinger, 2013) qui prévaut dans les méthodes de travail des cinéastes, et les formes critiques élaborées par leur entreprise formelle. Des propositions pourront porter sur les nombreuses et diverses réactions suscitées par leurs œuvres. Il semble qu’à la manière du punk dans les années 1970, les films de Gianikian et Ricci Lucchi « arrachent le rire aux [spectateurs] puis le leur enfoncent dans la gorge » (Marcus, 2006/1989).

Les malentendus, les incompréhensions et les désaccords entre l’« étude d’image par les moyens de l’image elle-même » (Brenez, 1998) proposée par les cinéastes et les approches académiques de ces corpus (Russell, 1999, Griffiths, 2002) forment une troisième grille de lecture possible de ces intersections qui seront interrogées et explorées lors de ce colloque.

Les propositions de communication pourront porter sur l’ensemble des œuvres de Gianikian et Ricci Lucchi (collections d’objets éparses, remploi d’archives, « carnets de travail », journaux filmés, installations), ou esquisser des liens avec des œuvres qui s’inscrivent dans une histoire visuelle et culturelle plus large.

Les axes de réflexion suivants sont proposés :

– La place du travail des cinéastes dans une histoire visuelle du regard “occidental” et des processus de domination.
– Les résistances et le « droit de regard » (Mirzoeff, 2011) des dominés dans l’œuvre de Gianikian et Ricci Lucchi.
– Le retentissement potentiel de leurs images dans les luttes actuelles des dominés pour l’accès à une image distincte et à une parole singulière.
– Un réexamen de la posture critique de l’« artiste en ethnographe » (Foster, 1996) – à l’intersection des enjeux anthropologiques et des sujets de contestation dégagés par une démarche artistique.
– Des historiographies des catastrophes et des usages politiques du passé au XXème siècle.
– Une analyse et une critique des rencontres entre le futurisme et le fascisme.
– Le geste de « la mise en catalogue » dans l’histoire de l’art et l’histoire des sciences humaines (de l’anthropologie à la criminologie).
– La place de l’œuvre de Gianikian et Ricci Lucchi dans l’histoire des cinématographies politiques et critiques.
– Les échanges et les rencontres des cinéastes avec les avant-gardes historiques.
– Les survivances et permanences des régimes visuels colonialistes, totalitaires et fascistes.
– Les formes filmiques de l’« impensé du temps » (Hartog, 2003) – l’oubli, l’amnésie, le refoulé et le dénié.
– Les stratégies poétiques et critiques visuelles ; continuités et renouvellement des pratiques de remontage.
– L'amplification et le détournement des codes de représentation visuelle à l'égard des images appropriées.
– Les dimensions éthiques de l’intervention sur les images d’archives.
– La possibilité et les facultés d’une démarche visuelle et plastique dans un travail archéologique et anthropologique.
– L’articulation entre les différents niveaux d’intention des images réappropriées.
– L’usage critique et le travail formel du son et de la musique.
– Les enjeux critiques et esthétiques des dispositifs de projections et d'installation élaborés lors des expositions.

Références

– Bellour R., 2012, La Querelle des dispositifs. Cinéma – installations, expositions, Paris, P.O.L.
– Blumlinger C., 2013 (2009), Cinéma de seconde main. Esthétique du remploi dans l’art du film et des nouveaux médias, Paris, Klincksieck, traduit de l’allemand par Pierre Rusch et Christophe Jouanlanne
– Brenez N., 1998, De la Figure en général et du Corps en particulier. L’invention figurative au cinéma, Paris/Bruxelles, De Boeck Université, Coll. Arts & Cinéma
– Foster H., 1996, « The Artist as Ethnographer », The Return of the Real. The Avant-Garde at the End of the century, Cambridge/London, October Book, MIT Press, pp.171-203
– Gianikian Y., Ricci Lucchi A., 2015, Notre Caméra Analytique. Mise en catalogue des images et objets, Paris, Post-Éditions, Centre Pompidou
– Griffiths A., 2002, Wondrous Difference. Cinema, Anthropology & turn-of-the-century visual culture, New York, Columbia University Press
– Hartog F., 2003, Régimes d’historicité : présentisme et expérience du temps, Paris, Seuil
– Marcus G., 2006 (1989), Lipstick Traces. Une histoire secrète du vingtième siècle, Paris, Gallimard
– Mirzoeff N., 2011, The Right to Look. A Counterhistory of Visuality, Durham/London, Duke University Press, 2011
– Russell C., 1999, Experimental Ethnography : the Work of Film in the Age of Video, Durham/London, Duke University Press

Modalités de soumission

Les propositions (en langue française ou anglaise, entre 400 et 500 mots) et une courte notice biographique sont à adresser aux organisateurs du colloque (larcherj@hotmail.fr et alopai@hotmail.com)

avant le 30 avril 2016.

Les acceptations seront notifiées aux participants avant fin mai 2016. Les intervenants devront envoyer leurs communications écrites aux organisateurs avant le 10 octobre 2016.

Le colloque aura lieu le 25 et 26 octobre 2016 à l'EHESS, 105 boulevard Raspail, 75006, Paris

Comité d’organisation

  • Jonathan Larcher (EHESS/CRAL)
  • Alo Paistik (EHESS/CRAL)

Comité scientifique

  • Nicole Brenez (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3/LIRA)
  • Jean-Paul Colleyn (EHESS/IMAF)
  • Antoine De Baecque (École Normale Supérieure/DHTA)
  • Miriam De Rosa (Università Cattolica del Sacro Cuore)
  • Robert Lumley (UCL/SELCS)
  • Jean-Marie Schaeffer ((EHESS / DIA)
  • Matthias Steinle (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3/IRCAV)
  • Judith Revault d'Allonnes (Centre Pompidou)

Lieux

  • 105 Boulevard Raspail
    Paris, France (75006)

Dates

  • samedi 30 avril 2016

Mots-clés

  • cinéma, archive, avant-garde, art contemporain, culture visuelle

Contacts

  • Jonathan Larcher
    courriel : larcherj [at] hotmail [dot] fr

Source de l'information

  • Jonathan Larcher
    courriel : larcherj [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Politiques et usages critiques des images d’archives », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 24 mars 2016, http://calenda.org/360248