AccueilFigures et figurations des terroristes : enjeux postcoloniaux

Figures et figurations des terroristes : enjeux postcoloniaux

Figures and the representation of terrorists - post-colonial issues

*  *  *

Publié le jeudi 31 mars 2016 par Céline Guilleux

Résumé

L’ère du terrorisme global dans laquelle nous sommes entrés a mis en scène de redoutables figures publiques dont le potentiel de fascination reste à interroger. Les t-shirts à l’effigie de Ben Laden se portaient très couramment en Afrique subsaharienne dans les années 2000, après les événements du 11 septembre, comme si la charge sulfureuse de ce personnage avait été aussitôt assimilée et neutralisée par le corps social. Cette nouvelle configuration des réseaux d’appartenances à l’échelle mondiale autour des actes terroristes n’est sans doute pas étrangère aux enjeux potscoloniaux du monde contemporain et à la façon dont les logiques impériales perturbent les identités et les jeux d’identifications.

Annonce

23-24 mars 2017, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3

Organisé par Elara Bertho, Catherine Brun et Xavier Garnier, (UMR 7172/THALIM, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Argumentaire

L’ère du terrorisme global dans laquelle nous sommes entrés a mis en scène de redoutables figures publiques dont le potentiel de fascination reste à interroger. Les T-shirts à l’effigie de Ben Laden se portaient très couramment en Afrique subsaharienne dans les années 2000, après les événements du 11 septembre, comme si la charge sulfureuse de ce personnage avait été aussitôt assimilée et neutralisée par le corps social. Cette nouvelle configuration des réseaux d’appartenances à l’échelle mondiale autour des actes terroristes n’est sans doute pas étrangère aux enjeux potscoloniaux du monde contemporain et à la façon dont les logiques impériales perturbent les identités et les jeux d’identifications. Nous proposons d’interroger dans ce colloque la pertinence de la dimension potscoloniale du terrorisme mondialisé.

Dans Les Bannières de la révolte, l’historien Benedict Anderson[1] montre comment la résistance des colonisés à la fin du XIXe a pu faire corps avec l’anarchisme européen et ses modes opératoires. L’Agent secret [1906] de Joseph Conrad a souvent été lu à l’aune de la crise que traverse l’empire colonial britannique au tournant du siècle. La préface de Sartre aux Damnés de la terre de Frantz Fanon a durablement orienté une lecture de cet ouvrage, et en particulier les chapitres sur la violence, dans le sens d’une apologie du terrorisme. Enfin, on pourrait multiplier les exemples d’auteurs issus aussi bien de ce qu’Achille Mbembe appelle la postcolonie, que des anciennes puissances coloniales, posant directement la question du terrorisme dans leurs œuvres. Comment interroger la figure du terroriste dans l’histoire coloniale et postcoloniale ? Quels usages sont faits d’une telle figure ? Pour servir quels états d’urgence ? Comment traite-t-on cette menace absolue, potentiellement dissimulée sous les traits du colonisé ou du migrant, depuis les conquêtes coloniales jusqu’à nos jours ? Le fait-on de la même façon ici et là ?

Parce que la controverse, notamment juridique, sur la définition du terrorisme[2] reste ouverte, et que l’accusation de terrorisme est toujours réversible, la question des modalités de figuration du terroriste est importante. La lecture des textes littéraires est susceptible de nous aider à comprendre ces processus, qui semblent échapper aux définitions traditionnelles du personnage. Tout se passe comme si la « terreur » que provoquent les actes terroristes communiquait une énergie noire à ces figures, qui se réclament d’elle et y trouve leur tension. Comment dire ces figures spectrales, nées d’un acte de terreur, qui hantent les textes et les imaginaires ? Comment les fictions peuvent-elles mettre en mots le devenir-terroriste d’un personnage ? Quels pouvoirs imageants sont conférés à ces figures de terroristes, dont les noms inquiètent autant qu’ils fascinent ? Quelle(s) voix leur prête-t-on ? Quelle énergie cette fascination mortifère met-elle en jeu ? Si, comme on le dit souvent, la radicalisation précède la conversion idéologique, la figure du terroriste n’est-elle pas un élément-clé de cette opération ?

Parce que le monde postcolonial est un champ de forces toujours instable, le corpus littéraire qui s’y rattache abonde en personnages radicaux, nourris de violence, dont la configuration textuelle n’est pas étrangère aux représentations médiatiques de la figure du terroriste. L’analyse littéraire des processus de figuration du terroriste est un enjeu politique important du monde contemporain, notamment pour éviter que ne prospèrent dans les médias de masse les instrumentalisations abusives.

Notes

[1] Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte. Anarchisme, littérature et imaginaire anticolonial. La naissance d’une autre mondialisation, Paris, La découverte, 2009 [Under three flags. Anarchism and Anticolonial Imagination, London, Verso, 2005]

[2] La définition proposée par l’assemblée générale de l’ONU peut servir de point de repère : « Actes criminels qui, à des fins politiques, sont conçus ou calculés pour provoquer la terreur dans le public […] ».

Modalités de soumission

Les propositions de communication (titre, résumé de 400 mots environ) accompagnées d’un court CV sont à adresser

au plus tard le 30 juin 2016,

aux adresses suivantes : catherine.brun@univ-paris3.fr, elara.bertho@gmail.com, xavier.garnier@wanadoo.fr.

Comité scientifique

  • Catherine Coquio (Paris Diderot)
  • Dominique Combe (Ens Ulm)
  • Jane Hiddleston (Oxford University)
  • François Zabbal (Institut du Monde Arabe)

Lieux

  • Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle
    Paris, France (75)

Dates

  • jeudi 30 juin 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • terrorisme, postcolonial, figure

Contacts

  • Elara Bertho
    courriel : elara [dot] bertho [at] gmail [dot] com
  • Xavier Garnier
    courriel : xavier [dot] garnier [at] wanadoo [dot] fr
  • Catherine Brun
    courriel : catherine [dot] brun [at] univ-grenoble-alpes [dot] fr

Source de l'information

  • Elara Bertho
    courriel : elara [dot] bertho [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Figures et figurations des terroristes : enjeux postcoloniaux », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 31 mars 2016, http://calenda.org/361650