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Explorer la ville : le rapport aux espaces publics des enfants et des adolescents

Exploring the city - the relationship between public spaces for children and teens

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Publié le lundi 25 avril 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Comment les jeunes appréhendent-ils l’espace urbain dans nos villes contemporaines ? Quels usages font-ils des espaces publics ? Quels impacts les technologies de la communication ont-elles sur leur pratique de la ville ? De quelle façon « habitent-ils » la ville, c’est-à-dire : comment pratiquent-ils l’espace urbain ? Comment agissent-ils dans l’espace urbain ? Et comment celui-ci les agit-il ? En quoi les jeunes sont-ils « révélateurs de nos rapports aux espaces publics » ? Quels sont les postulats sur la ville de demain en termes de confort et de bien-être que nous présentent les propositions qui cherchent à rendre la ville aux enfants et, dans une moindre mesure, aux adolescents ?

Annonce

Argumentaire

Comment les jeunes appréhendent-ils l’espace urbain dans nos villes contemporaines ? Quels usages font-ils des espaces publics ? Quels impacts les technologies de la communication ont-elles sur leur pratique de la ville ? De quelle façon, actuellement, les jeunes(1) « habitent-ils » la ville, c’est-à-dire : comment pratiquent-ils l’espace urbain (Joseph, 1998 ; De Certeau, 1980) ? comment agissent-ils dans l’espace urbain contemporain ? et comment celui-ci les agit-il ? En quoi les jeunes sont-ils « révélateurs de nos rapports aux espaces publics » (Rivière, 2012) ? Quels sont les postulats sur la ville de demain en termes de confort et de bien-être que nous présentent les propositions qui cherchent à rendre la ville aux enfants et, dans une moindre mesure, aux adolescents ?

Voilà les grandes questions que souhaite aborder ce numéro d’Enfances Familles Générations qui vise à mieux comprendre comment, sous l’impact des changements sociétaux que nous sommes en train de vivre, se transforme le rapport à l’urbain des jeunes qui circulent en ville sans être accompagnés par des adultes.

Comme souligné par diverses publications récentes (Paquot, 2015 ; Gayet-Viaud et al., 2015), peu d’études portent actuellement sur le vivre en ville des jeunes. Lorsque cette question est abordée, les études se consacrent soit à l’enfance soit à l’adolescence, et ne proposent aucun dialogue entre ces deux classes d’âges. Sans nier leurs différences, nous n’entrerons pas ici dans le débat de la conceptualisation des classes d’âges ; nous souhaitons plutôt comprendre la manière dont les « oubliés de la ville », selon l’expression de Pascal Legué (voir Paquot, 2015 : 45-58) l’habitent et se construisent peu à peu en citadins(2), car les méthodes informelles de socialisation, telles celles que l’on peut voir émerger dans les espaces publics des métropoles (parcs, squares, rues, ruelles, etc.), restent très peu étudiées en sciences humaines et sociales. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que dans le relativement récent Dictionnaire de l’adolescence et de la jeunesse dirigé par David Le Breton et Daniel Marcelli (2010), aucune entrée n’est consacrée aux rapports que les jeunes entretiennent avec la ville et aux espaces publics. Ces rapports n’apparaissent que dans les idées de « violence urbaine », d’« errance » et d’« apprentissage de la citoyenneté ».

À l’exception de la géographie, dans le cadre de la géographie du comportement notamment, ou de la psychologie – et plus largement dans le contexte anglo-saxon que francophone –, la plupart des recherches hors de la sphère privée s’intéressent à d’autres institutions que la famille (la crèche, les conseils municipaux d’enfants, l’école, les centres de loisirs) et peu de travaux concernent les enfants de moins de 12 ans dans les lieux publics.

Déjà à la fin des années 1970, Philipe Ariès s’inquiétait de la disparition des usages enfantins spontanés dans la ville et considérait que la désertion de ce public qui n’utilisait plus les rues comme terrain de jeu était le signe d’une transformation des villes vers des « antivilles » ou des « non-villes », selon ses propres expressions. Il tirait alors la sonnette d’alarme en écrivant qu’il fallait « réintégrer l’enfant dans la ville, et non plus supprimer la ville, sous prétexte de protéger la famille et l’enfant ! » (1993 : 253). Néanmoins, depuis, l’architecture et l’urbanisme ont créé de plus en plus de discontinuités entre les espaces urbains et les espaces pour enfants. Des séparations rigides (murs, grillages, règlements) entre l’école et la rue, entre les espaces dédiés aux jeux, aux sports et le reste ont accentué le cloisonnement des espaces dans nos villes contemporaines. La présence de jeunes de moins 12 ans non accompagnés d’adultes s’est faite de plus en plus rare.

Ainsi, dans nos sociétés, les enfants et les adolescents (bien que pour ces derniers dans une moindre mesure) sont cantonnés à des espaces spécifiques (parcs spécialement dessinés à leur intention, activités dirigées, etc.). Ils sont donc constamment entravés dans leur exploration de la ville. Cette non-autonomie dans l’espace urbain actuel est généralement expliquée par la relation parents / enfants qui s’est élaborée au cours du XXe siècle et qui engendre une surprotection, par des questions de gestion de temps, de commodité, de sécurité et de perception(s) de dangers réels ou supposés. Y aurait-il d’autres causes limitant la présence des jeunes circulant sans la présence d’adultes dans l’espace urbain ?

Face à cette situation, des collectifs se sont organisés dans différentes parties du monde, notamment en Italie avec le projet La città dei bambini (www.lacittadeibambini.org), du pédagogue Francesco Tonucci au début des années 1990, qui s’est depuis étendu à plusieurs villes italiennes, espagnoles et latino-américaines ; aux États-Unis (autour du mouvement Free Range Kids) ; ou encore dans les pays nordiques où des morceaux de villes sont construits avec les enfants, pour mettre un frein à cette désertion et leur redonner la rue. La « ville des enfants » ou la « ville récréative » est devenue le symbole d’une ville où il fait bon vivre, une ville où une meilleure qualité de vie semble avoir été retrouvée. Nous serons particulièrement sensibles à des propositions d’articles qui analysent de manière critique les propositions actuelles qui cherchent à remettre les enfants et les adolescents au centre des préoccupations urbaines en avançant l’importance du jeu dans l’appréhension de notre rapport à la ville. Faut-il à tout prix que la ville devienne récréative ?

D’autre part si, comme le soulignent certains auteurs, la culture de la chambre est à mettre en corrélation avec le déclin de la rue et le développement des médias domestiques, il faudra s’intéresser également aux manières dont les espaces virtuels influencent la relation entre sujets sociaux et lieux matériellement palpables. Quels liens existent-ils entre espaces publics « physiques » et communication en ligne ? Il s’agira de prendre en considération le rôle des nouvelles technologies de communication (téléphone intelligent, réseaux socio-numérique, etc.) dans les pratiques quotidiennes de l’espace urbain où les jeunes sont à la fois « récepteur, émetteur et relais » (Marzloff, 2008).

Plutôt que d’alimenter la polémique autour de la désertion des lieux publics de la part de certaines jeunesses ou de leur sur-occupation de la part d’autres jeunes générations (en particulier celles de milieu populaire), dans ce dossier nous aimerions présenter d’une part des études récentes ou en cours qui analysent les usages des espaces publics des enfants et adolescents et l’impact que les technologies numériques ont dans ceux-ci ; et d’autre part, une réflexion sur les modèles de ville en gestation qui ont la volonté de faire place aux jeunes dans la ville de demain. Notre volonté est de faire converger différents points de vue disciplinaires (anthropologie, géographie, sociologie, psychologie, pédagogie, urbanisme, architecture, etc.), en sollicitant des chercheurs de divers pays autour des modes de vie urbains des jeunes qui ont conquis une certaine autonomie vis-à-vis de leurs parents / tuteurs.

(1) Nous entendons par « jeunes » les enfanst et adolescents de 10 à 20 ans.

(2) C’est intentionnellement que nous parlons ici de citadins (habitants des villes) et non de citoyens (personnes qui ont des droits et des obligations vis-à-vis d’un État).

Références

Ariès, Philippe. 1993. « L’enfant et la rue, de la ville à l’antiville », dans Essais de mémoire, 1943-1983, Paris, Le Seuil, p. 233-254.

Cloutier, Marie-Soleil, et Juan Torres (dir.). 2010. Revue Enfances Familles Générations, no 12, « L’enfant et la ville ».

De Certeau, Michel. 1980. L’invention du quotidien, Paris, Union générale d’éditions.

Gayet-Viaud, Carole, Clément Rivière et Philippe Simay. 2015.« Les enfants dans la ville », Revue métropolitiques, http://www.metropolitiques.eu.html.

Groupe Palomar. 2009. « Les enfants comme acteurs urbains », dans Alessia de Biase et Mónica Coralli (dir.), Espaces en commun. Nouvelles formes de penser et d’habiter la ville, Paris, L’Harmattan, p. 207-223.

Jarrigeon, Anne, et Joëlle Menrath (2010) « De la créativité partagée au chahut contemporain : le téléphone mobile au lycée », Ethnologie française, vol. 40, no 1, p. 109-114.

Joseph, Isaac. 1998. La ville sans qualités, Avignon, Éditions de l’Aube.

Marzloff, Bruno. 2008. Le 5e écran. Les médias urbains dans la ville 2.0, Paris, FYP.

Metton, Céline. 2010. « L’autonomie relationnelle : Sms, "chat" et messagerie instantanée », Ethnologie française, vol. 40, no 1, p. 101-107.

Paquot, Thierry (dir.). 2015. La ville récréative, Gollion, In Folio.

Pétry, Hélène. 2015. Envoie-moi un message. Les adolescents connectés et leurs réseaux numériques à Paris et à Rio de Janeiro, Paris, Éditions Recherches.

Rivière, Clément. 2012. « Les enfants, révélateurs de nos rapports aux espaces publics », Revue métropolitiques, mis en ligne le 18 juin 2012, www.metropolitiques.eu.

Soumissions

Les propositions (résumés) doivent être déposées sur le site de la revue pour

le 16 septembre 2016.

À cette fin, les auteurs doivent disposer d’un compte d’usager en tant qu’auteur (onglet s’inscrire). La proposition doit comprendre un titre provisoire, un résumé (1 500 à 2 000 car., espaces compris) et les coordonnées de tous les auteurs.

Les auteurs des propositions retenues devront remettre leur manuscrit (50 000 à 60 000 car., espaces compris, excluant le résumé et la bibliographie) au plus tard le 17 février 2017. Ils sont priés de se conformer aux règles d’édition de la revue : www.efg.inrs.ca/index.php/EFG/about/submissions#authorGuidelines.

Les manuscrits sont acceptés ou refusés sur la recommandation de la direction de la revue et des responsables du numéro après avoir été évalués à l’aveugle par deux ou trois lecteurs externes.

Directeurs de numéro

  • Nadja Monnet, chercheure, groupe de recherche AFIN, Université autonome de Barcelone (Espagne) / LAA / UMR 7218 Lavue du Centre national de la recherche scientifique (France)
  • Mouloud Boukala, professeur, Centre inter­universitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions, Université du Québec à Montréal (Canada)

Dates

  • vendredi 16 septembre 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • famille, ville, enfant, adolescent, espace public, technologie de la communication, urbanisme

Source de l'information

  • Béatrice Lefebvre
    courriel : efg [at] ucs [dot] inrs [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Explorer la ville : le rapport aux espaces publics des enfants et des adolescents », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 25 avril 2016, http://calenda.org/364490