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Entre Haïti et ailleurs

Between Haiti and elsewhere

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Publié le vendredi 27 mai 2016 par Céline Guilleux

Résumé

Cette journée d’études organisée par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur les Antilles hispaniques et l’Amérique latine du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines de l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines invite à s'interroger sur la problématique du phénomène migratoire et sur son éventuel retentissement sur la construction de l’imaginaire haïtien.

Annonce

j’habite l’errance du temps et le mutisme des peuples […]

j’habite l’errance de ma propre chair je passe et repasse

sous tous les ponts du monde,

Louis-Philippe Dalembert, Ces îles de plein sel, 2000.

Argumentaire

Cette journée d’études organisée par le GRIAHAL(Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Antilles hispaniques et l’Amérique latine) du Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés contemporaines de l’Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines invite à s'interroger sur la problématique du phénomène migratoire et sur son éventuel retentissement sur la construction de l’imaginaire haïtien. Dans une perspective interdisciplinaire propre au GRIAHAL, elle s’intéressera à l’élaboration, chez les Haïtiens d’Haïti ou chez ceux de la diaspora, d'un imaginaire associé  aux réalités et aux conséquences de la migration, afin de comprendre comment ce phénomène peut s’avérer fondateur ou structurel.

Ainsi a-t-il été choisi d’amorcer la réflexion par une lecture sociale et politique de la réalité haïtienne d’aujourd’hui, héritière, dans une large part, des stigmates d’une histoire tragique et qui semble, de l’extérieur, offrir au regard le spectacle d’un pays en miettes rongé par la pauvreté, l’étanchéité sociale et les difficultés politiques au point qu’une grande part des siens l’a quitté. L’apport des sciences sociales nous permettra de questionner ces regards croisés sur l’ici et l’ailleurs haïtiens, interrogeant par là l’évolution et les mutations des notions de migration, de diaspora mais également d’évolution identitaire, d’acculturation ou de « transculturation » à même de caractériser cette communauté.

Mais ce pays, qui peut paraître exsangue, palpite toutefois d’une intense vitalité artistique portée par ses peintres, ses sculpteurs, ses musiciens, ses poètes et ses romanciers bien au-delà de ses frontières. Aussi le volet littéraire de cette journée d’études sera-t-il consacré à l’examen dans la littérature haïtienne des thématiques du voyage, de la migration, de l’errance ou du « vagabondage », notion préférée par Louis-Philippe Dalembert qui nous honorera de sa participation.

En effet, comme « le crayon du bon dieu » du roman de 1996, le vagabondage également « n'a pas de gomme », il ne serait alors pas seulement une errance intellectuelle et organisée pour être théorisée. Ce que l’on ne peut « gommer » faute de gomme oblige à certaines prises en compte littéraires et philosophiques et conduit tout autant à assumer le hasard de certains parcours. Lier la forme d'écriture que cela implique, comme par exemple l'oraliture (au sens « glissantien » du terme) à la position de l'écrivain « en diaspora » semble de la sorte pertinent pour interroger le dialogue entre l’ici et les ailleurs, ici et là-bas ou le devenir du sentiment d’appartenance face aux mutations identitaires. L'oraliture caribéenne serait-elle cette part profonde du pays quitté que l'on porte en soi où que l'on aille et qui fait que, finalement, peu importe le vagabondage, il ne saurait verser dans une « dénégation de l'appartenance » ? Se situer en diaspora, en exil « essentiel » ou « existentiel » mène peut-être à la symbiose des paroles, celles que l'on porte en soi, celle du pays quitté et recomposé dans l'imaginaire et celles des lieux que l'on traverse et où l'on va se fixer. Ecrire, créer en « diaspora » semble de la sorte comme enrichir et faire croître l'hybridité caribéenne fondatrice. Le vagabondage offrirait-il à la « mondialité » la richesse de cette infinité de legs esthétiques qui rendent le « Tout-Monde » fertile et l’écriture labile ?

Or, n’est-il pas possible de précisément faire l’épreuve de la migration en vagabondant en soi et en l’autre tout à la fois comme le permet le terreau culturel et anthropologique haïtien ? Le vaudou aborde la question de la migration et du vagabondage en puisant profondément dans la métaphore autant que dans des postures ambivalentes chez l’écrivain pour lequel le vaudou est à la fois lointain et proche, étranger et familier. Il proposerait une mise en scène littéraire de l’ubiquité, de la possibilité d’être « ici et là-bas » à la fois qui caractérise aussi le motif du vagabondage chez Louis-Philippe Dalembert.

Cette ubiquité fertile modifie profondément la présence au monde et confère une autre dimension à l’identité : posséder pleinement l’ubiquité, arriver à être tout à fait dans plusieurs lieux, en Haïti et ailleurs, en parvenant à faire l’économie de la liminarité au sens où Von Gennep définit le concept. Ou encore l'ubiquité en serait-elle l'état transcendant ?

Ces questions qui ne se veulent, en aucun cas, exclusives, peuvent, bien sûr, prêter à d’autres problématiques liées à celle de la migration, en particulier chez Louis-Philippe Dalembert, et permettre tout autant d’aborder les finalités existentielles et philosophiques qu’implique une parole errante ou vagabonde, projet résumé ici par Daniel-Henri Pageaux : « Le monde où vit Louis-Philippe Dalembert est inachevé ; l’histoire des hommes s’est interrompue, elle bégaye ou crie sa douleur. A la question si souvent restée sans réponse : « pourquoi des poètes en des temps de détresse ? », Louis-Philippe Dalembert répond par l’espoir. Par la présence au monde, par la parole émerveillée et lucide. La parole qui doit abolir et transformer, avant de fonder un monde nouveau. »[1]

[1]  Daniel-Henri Pageaux, avant-propos au recueil de Louis-Philippe Dalembert, Et le soleil se souvient…, Paris, L’Harmattan, 1989.

Dominique Diard, LASLAR et GRIAHAL

Clémentine Lucien, CRIMIC et GRIAHAL

Sylvie BOUFFARTIGUE, GRIAHAL-CHCSC

Le GRIAHAL

Le GRIAHAL, Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Antilles Hispaniques et l'Amérique Latine, est un groupe interdisciplinaire qui associe des chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants travaillant sur le monde caraïbe. Il est rattaché au CHCSC de l'Université de Versailles Saint Quentin-en-Yvelines.

Le GRIAHAL s’inscrit dans les axes suivants :

  • l'étude des sociétés caribéennes et latino-américaines (approches historique, sociale, politique, culturelle...)
  • la constitution des identités culturelles nationales et transnationales (affirmations, résistances, interrelations…) et la question des frontières culturelles, des échanges, des réciprocités…, en particulier la circulation des modèles et des identités
  • les phénomènes d'exil, de migrations et de diaspora
  • les relations de tous ordres entre, d’un côté, Amérique Latine/Antilles Hispaniques et, d’un autre côté, Europe et Amérique anglo-saxonne
  • les répercussions de tous ces phénomènes au plan plus strictement littéraire.

Programme

9h30 : Inscription.

Ouverture par :

  • Sylvie Bouffartigue (UVSQ),
  • Dominique Diard (Université de Caen Basse-Normandie)
  • Renée-Clémentine Lucien (Paris - Sorbonne).

10h

  • Les diasporas haïtiennesChristian Giraud (IHEAL, CREDAL)
  • Le vagabondage n’a pas de gomme : oraliture et diaspora chez Louis-Philippe Dalembert. Marcelo Marinho (UNILA)
  • Entre souvenir, construction et recréation : le vaudou comme un repère pour le vagabondage de Louis-Philippe Dalembert. Victoria Famin (Paris - Sorbonne)

11h30 Discussion.

12h Déjeuner.

14h

  • Retour au « pays-temps » de Grannie (Louis-Philippe Dalembert, L’Autre Face de la mer, Les Dieux voyagent la nuit). Odile Gannier (Nice)
  • Regards sur une trajectoire poétique et romanesque : de la transculturation au néo-baroque. Daniel-Henri Pageaux (Paris 3 - Sorbonne Nouvelle)

15h

  • Lecture par Louis-Philippe Dalembert.

15h30 Pause-débat.

16h Clôture.

IHEAL, Amphithéâtre, 1er étage - 28, rue Saint Guillaume, 75007 Paris

Organisatrices

  • Sylvie Bouffartigue,
  • Dominique Diard,
  • Clémentine Lucien

Auteur invité

  • Louis-Philippe Dalembert

Inscription

Entrée libre sur inscription.

Informations

sylvie.bouffartigue@uvsq.fr

Lieux

  • Amphithéâtre 1er étage - IHEAL, 28 rue Saint-Guillaume
    Paris, France (75007)

Dates

  • vendredi 17 juin 2016

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Haïti, Caraïbe, Louis-Philippe Dalembert

Contacts

  • Sylvie Bouffartigue
    courriel : sylvie [dot] bouffartigue [at] uvsq [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Maya Anderson
    courriel : aylimim [at] hotmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Entre Haïti et ailleurs », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 27 mai 2016, http://calenda.org/368171